[Note 431: Cet établissement éprouva d'abord quelques obstacles

de la part des prieur et religieux de Saint-Martin-des-Champs et

du curé de Saint-Laurent, sur le territoire et paroisse desquels

cette maison avoit été bâtie; mais ils furent entièrement levés

au mois d'avril de l'année 1226, par un accord qui fut passé

entre ces pauvres femmes nouvellement converties, les religieux

de Saint-Martin et le curé de Saint-Laurent. Par cet acte il fut

convenu que la maison seroit érigée en hôpital, qu'elle ne

pourroit servir à un autre usage sans le consentement des

parties contractantes; que le curé de Saint-Laurent seroit

indemnisé des droits curiaux arbitrés à 20 sous de rente

annuelle; que les chapelains seroient à la nomination du prieur

de Saint-Martin; que ces femmes auroient un cimetière, des fonts

et deux cloches, et qu'elles pourroient acquérir jusqu'à treize

arpents de terrain. (Hist. de Par., t. V, p. 602.)]

Ce fut l'an 1226 que ces filles[432] entrèrent dans cette maison. Cette

date, sur laquelle presque tous les historiens sont d'accord, suffit pour

réfuter l'opinion du petit nombre de ceux qui regardent saint Louis comme

le fondateur de cette communauté, puisque ce prince, alors âgé de douze

ans, ne monta sur le trône qu'à la fin de cette même année; mais la

bienveillance particulière dont il ne cessa d'honorer cet établissement,

les bâtiments nouveaux qu'il fit élever dans son enceinte, les revenus

qu'il fixa pour l'entretien des filles qui l'occupoient, et les priviléges

qu'il leur accorda lui ont justement mérité ce titre de fondateur, et

c'étoit sans doute pour ces motifs qu'il étoit désigné comme tel dans

l'inscription placée sur la porte d'entrée de ce monastère.

[Note 432: Elles furent dès lors connues sous le nom de

_Filles-Dieu_, sans qu'on sache pour quelle raison et par qui

elles furent autorisées à s'appeler ainsi. Cependant Sauval dit

qu'elles ne prirent le nom de _Filles-Dieu_ qu'en 1232, et que

jusque là on les appela _Filles nouvellement converties_.]

L'an 1232 il y eut une cession faite aux Filles-Dieu par les frères et

prieur de Saint-Lazare, de quatre arpents de terre avec la censive et la

justice qu'ils y exerçoient, ainsi que le droit de dîmes; cession qui fut

faite moyennant 12 liv. de rente[433]. On voit aussi, par les anciennes

chartes, qu'en 1253 elles acquirent encore huit autres arpents de terre

contigus aux précédents. Saint Louis leur accorda presque aussitôt

l'amortissement des fonds qu'elles venoient d'acquérir, y ajouta la

permission de tirer de l'eau de la fontaine de Saint-Lazare, et de la

faire conduire dans leur couvent, et pour mettre le comble à ses

bienfaits, les dota de 400 l. de rente assignées sur son trésor. Mais, en

faisant cette dotation, il augmenta le nombre de ces religieuses, qui fut

alors porté jusqu'à deux cents[434].

[Note 433: Dubreul, p. 885.]

[Note 434: Le titre de cette fondation ne se trouve pas; mais le

nombre des religieuses et le revenu qui leur fut affecté sont

connus par les lettres du roi Jean du mois de novembre 1350,

rapportées tout au long dans l'Histoire de Paris de dom Félibien

et Lobineau, t. III, p. 116 et suiv.]

Vers l'an 1349, la peste horrible qui ravagea Paris, la famine, la misère

qui en furent la suite, firent périr plus de la moitié de ces religieuses.

Ce triste événement engagea l'évêque de Paris à réduire leur nombre à

soixante. Sur une telle réduction faite par l'autorité du diocésain, et

dont la communauté ne pouvoit être responsable, les trésoriers de France

se persuadèrent qu'ils avoient le droit de réduire aussi de leur côté la

rente de ces religieuses à 200 liv. Ils donnoient pour raison que saint

Louis n'avoit constitué la rente de 400 l. qu'à condition qu'elles

seroient au nombre de deux cents, et que l'évêque n'avoit pu, de son

autorité privée, diminuer ce nombre sans le consentement du roi. Les

Filles-Dieu réclamèrent vivement contre ce retranchement de leurs revenus,

et leurs représentations furent favorablement écoutées par le roi Jean. Ce

prince, par sa charte de l'an 1350, leur continua la rente entière que

saint Louis leur avoit accordée, mais sous la condition qu'à l'avenir

elles seroient au moins au nombre de cent.

Les Filles-Dieu demeurèrent dans ce monastère jusqu'après la malheureuse

bataille de Poitiers, dans laquelle ce monarque fut fait prisonnier. Nous

avons déjà dit[435] que les Parisiens épouvantés, croyant déjà voir

l'ennemi au pied de leurs murailles, prirent la résolution d'en accroître

les fortifications, brûlèrent les faubourgs peu considérables qui

s'étendoient autour de l'enceinte méridionale, et renfermèrent dans les

fossés et arrière-fossés les faubourgs beaucoup plus étendus qui s'étoient

formés au nord de la ville. D'après le plan arrêté, les arrière-fossés

devoient traverser la culture et l'enclos des Filles-Dieu: elles furent

donc obligées d'abandonner leur maison, de la faire démolir, et de se

retirer dans la ville. Jean de Meulant, alors évêque de Paris, les

transféra dans un hôpital situé près la porte Saint-Denis, et fondé en

1316 par _Imbert de Lyons_ ou _de Lyon_, bourgeois de Paris, en exécution

des dernières volontés de deux de ses fils morts avant lui. Leur but, en

fondant cet hôpital, avoit été de procurer l'hospitalité aux femmes

mendiantes qui passeroient à Paris. Elles devoient y être logées une nuit,

et congédiées le lendemain avec _un pain et un denier_. Il paroît, par les

différents actes, que la chapelle de cette maison étoit sous le titre de

Saint-Quentin.

[Note 435: _Voyez_ t. I, p. 37, 1re partie, et dans ce vol. p.

32.]

L'évêque, en établissant les Filles-Dieu dans ce nouvel asile, y fonda une

autre chapelle sous le nom de la Magdeleine; et, les soumettant aux mêmes

pratiques de charité qui s'y exerçoient auparavant, il régla, dans les

statuts qu'il leur donna, qu'il y auroit douze lits pour les pauvres

femmes mendiantes. Ces religieuses firent construire alors les lieux

réguliers nécessaires à leur communauté; et, pour n'être point troublées

dans les exercices du cloître et dans la récitation des divins offices,

elles commirent le soin de l'hospitalité à des soeurs converses[436].

[Note 436: On n'a aucun renseignement précis sur la règle que

suivoient ces religieuses, ni sur la couleur et la forme de leur

vêtement; mais il paroît qu'elles étoient particulièrement

soumises à l'évêque de Paris, qui nommoit, pour gouverner le

spirituel et le temporel de ce monastère, un prêtre sous le

titre de maître-proviseur et gouverneur de la maison des

Filles-Dieu.]

Les désordres et l'esprit de licence qui marquèrent la fin de ce siècle

introduisirent peu à peu le relâchement dans cette maison. L'ordre et

l'esprit monastique se perdirent; on vit s'affoiblir par degrés la ferveur

et la piété des premiers temps; et le relâchement en vint au point que les

divins offices, d'abord négligés, y cessèrent enfin tout-à-fait. Aux

religieuses, dont le nombre diminuoit de jour en jour, succédèrent des

victimes infortunées du libertinage, qui, bien différentes de celles pour

lesquelles cet asile avoit été fondé, cherchèrent moins à y cacher la

honte de leurs désordres, qu'à se préserver de l'indigence, qui en est la

suite ordinaire; et ce _lieu_, suivant l'expression d'une ordonnance de

Charles VIII, _fut appliqué à pécheresses qui, toute leur vie, avoient

abusé de leurs corps, et à la fin étoient en mendicité_. Résolu de faire

cesser un tel scandale, ce monarque ordonna qu'on fît venir des

religieuses réformées de Fontevrault pour occuper ce monastère; mais

quoique les lettres-patentes données par lui à cet effet soient du 27

décembre 1483, cependant quelques discussions sur les droits que l'évêque

exerçoit précédemment dans cet hôpital, droits qui sembloient contraires

aux constitutions de l'ordre de Fontevrault[437], apportèrent du retard à

l'exécution des ordres de Charles VIII. L'obstacle fut enfin levé par le

sacrifice que le prélat fit de ses priviléges, en considération de

l'avantage qui devoit résulter de ce changement; et, dans l'année 1494 ou

1495, huit religieuses de cet ordre célèbre[438] furent installées dans

cette maison, où il ne restoit plus que trois ou quatre des anciennes

religieuses, et à peu près autant de soeurs converses, qui négligeoient

même de s'acquitter des devoirs de l'hospitalité qui leur étoit confiée.

[Note 437: Personne n'ignore que toute l'autorité, dans l'ordre

de Fontevrault, résidoit dans l'abbesse, dont les religieux

mêmes dépendoient immédiatement.]

[Note 438: On les avoit tirées du monastère de la Magdeleine,

près d'Orléans, et de celui de Fontaine, près de Meaux.]

Les nouvelles religieuses, quoique toujours soumises à la règle de

Fontevrault, prirent le nom de Filles-Dieu, qu'elles ont conservé jusqu'à

la destruction des ordres religieux, et continuèrent à exercer

l'hospitalité prescrite par le fondateur de la maison jusque vers l'an

1620, où l'hôpital et la chapelle furent détruits. On ignore par quelle

raison ce changement eut lieu, et si elles furent autorisées par les

supérieurs ecclésiastiques; mais il est présumable que les lois de police,

qui, à cette époque, commençoient à se perfectionner, avoient déjà

considérablement diminué le nombre des femmes mendiantes auxquelles cet

hôpital devoit servir d'asile, et rendu cette fondation à peu près

inutile.

L'année même de leur établissement, les nouvelles Filles-Dieu commencèrent

à faire construire l'église qu'on voyoit encore avant la révolution. Ce

fut Charles VIII qui en posa la première pierre, sur laquelle étoient

gravés le nom de ce roi et les armes de France. Cette église, achevée

seulement en 1508, fut dédiée la même année. Elle n'avoit rien de

remarquable dans son architecture ni dans son intérieur. Le maître-autel,

décoré de quatre colonnes corinthiennes en marbre, fut élevé depuis sur

les dessins de François Mansard. Contre un des piliers de la nef étoit une

statue du Christ attachée à la colonne[439].

[Note 439: Les nombreux historiens de Paris, dont aucun ne s'est

montré difficile sur le mérite des ouvrages de l'art,

conviennent tous cependant que le dessin de cette figure étoit

très-mauvais; mais on ne peut s'empêcher de trouver quelque

chose de risible dans l'emphase avec laquelle ils parlent de la

corde qui l'attachoit à la colonne. «L'exécution en étoit si

vraie, disent-ils, que les cordiers eux-mêmes y étoient

trompés.» On sait aujourd'hui apprécier à leur juste valeur les

prestiges d'une imitation aussi puérile, prestiges tellement

faciles à produire dans ces minces accessoires, que les grands

artistes les négligent presque toujours, et que ces minuties

font ordinairement tout le mérite de ceux qui n'en ont aucun.]

Avant la révolution on voyoit encore, au chevet extérieur de cette église,

un crucifix devant lequel on conduisoit anciennement les criminels qu'on

alloit exécuter à Montfaucon; ils le baisoient, recevoient de l'eau

bénite, et les Filles-Dieu leur apportoient trois morceaux de pain et du

vin: ce triste repas s'appeloit _le dernier repas du patient_. On ignore

l'origine et les motifs de cet usage. Plusieurs ont pensé qu'il étoit

imité des Juifs, qui donnoient du vin de myrrhe, et quelques autres

drogues fortifiantes aux criminels, pour les rendre moins sensibles au

supplice qu'ils alloient souffrir[440].

[Note 440: Les bâtiments des Filles-Dieu ont été en partie

détruits; et sur l'emplacement qu'occupoient ces constructions a

été percée une rue qui établit une communication nouvelle entre

la rue Bourbon-Villeneuve et celle de Saint-Denis. La portion

conservée a changé de forme: c'est maintenant un passage garni

de boutiques, que l'on nomme _Foire du Caire_. (_Voyez_

l'article _Monuments nouveaux_.)]

Dans un titre de 1581 on voit que Pierre de Gondi, évêque de Paris, unit à

ce monastère la chapelle de Sainte-Magdeleine, que Jean de Meulant avoit

fondée lorsqu'il transféra les Filles-Dieu dans la ville.

LES FILLES

DE L'UNION-CHRÉTIENNE,

OU DE SAINT-CHAUMONT.

Voici encore une de ces institutions créées par l'esprit de charité, et

que nous voyons s'élever presque à chaque pas que nous faisons dans cette

grande cité, pour le pauvre, pour le foible, pour celui qui souffre, pour

toutes les misères humaines. Tels sont les prodiges d'une religion

attaquée, calomniée par tant de mauvais esprits, devenus aveugles et

presque stupides à force de perversité. Il n'est point ici besoin

d'apologie: les murs de ces touchants asiles, leurs ruines, s'il en est

encore que la cupidité n'ait pas fait disparoître, ont une éloquence qui

l'emporte de beaucoup sur tout ce que pourroit dire l'historien. Plus nous

avançons dans notre carrière, plus ils vont se multiplier à nos yeux; et

nous ne doutons pas que le lecteur, frappé du simple récit des faits,

n'admire cette harmonie merveilleuse de la religion et du pouvoir, liés

ensemble sous la monarchie par d'indissolubles noeuds, et se prêtant de

mutuels secours pour rendre les hommes meilleurs et plus heureux.

Près de la porte Saint-Denis, et sur le côté droit de la rue du même nom,

étoit la communauté des Filles de l'Union-Chrétienne, autrement dites de

Saint-Chaumont. Elle avoit été fondée en 1661 par demoiselle Anne de

Croze, d'une famille noble et ancienne, pour l'instruction des nouvelles

catholiques et des jeunes filles qui manquoient de secours temporels et de

protecteurs qui pussent les leur procurer. L'association des Filles de la

Providence, formée par madame de Pollalion, servit de modèle à la nouvelle

institution: ce fut même dans la maison créée par cette sainte veuve que

les premiers fondements en furent jetés. Toutefois c'est par erreur que

plusieurs historiens lui en ont attribué l'origine; et ce ne fut que trois

ans après sa mort, arrivée en 1657, que commença l'établissement dont nous

parlons ici.

Mademoiselle de Croze fut aidée dans l'exécution de son dessein par un

saint prêtre nommé Jean-Antoine Le Vachet, qui, depuis plusieurs années,

travailloit à Paris avec beaucoup de succès à l'instruction des nouvelles

catholiques. Trois dames, élèves de madame de Pollalion, s'étant offertes

pour partager les travaux de la pieuse fondatrice, elle leur proposa de

s'établir avec elle dans une maison qui lui appartenoit à Charonne; et

c'est là que furent faits les premiers essais de ce nouvel institut. Ils

furent si heureux que cette charitable demoiselle résolut d'y consacrer

entièrement sa personne et ses biens, et fit sur-le-champ au séminaire

qu'elle venoit de former une donation de la maison et des dépendances qui

y étoient attachées. Non-seulement Louis XIV approuva ce contrat, mais il

y ajouta la faveur de donner en 1673 des lettres-patentes qui autorisèrent

l'établissement, et permit à ces filles de recevoir, acquérir et posséder

tous dons, legs et héritages à titre de fondation. On doit bien penser que

l'équité et la reconnoissance mirent la fondatrice à la tête de cette

communauté, laquelle ne tarda pas à procurer à la religion des avantages

supérieurs même aux espérances qu'on en avoit conçues. Pour les rendre

encore plus efficaces, la soeur de Croze et ses associées jugèrent qu'il

étoit nécessaire de transférer leur institution dans le sein même de la

capitale; et M. de Harlai, archevêque de Paris, auprès de qui elles en

sollicitèrent la permission, n'apporta aucun obstacle à ce projet. Il

s'agissoit de choisir un local: ces dames n'en trouvèrent point qui fût

plus convenable que l'hôtel de Saint-Chaumont, près la porte Saint-Denis.

Ce lieu, qu'on nommoit, au commencement du dix-septième siècle, _la Cour

Bellot_, avoit reçu son nouveau nom de Melchior Mitte, marquis de

Saint-Chaumont, qui, en 1631, en avoit fait l'acquisition, et qui, s'étant

également rendu propriétaire de dix maisons environnantes, avoit fait

bâtir un hôtel sur ce vaste emplacement. Cette propriété, passée depuis en

d'autres mains, étoit alors en vente, et les soeurs de l'Union-Chrétienne

se trouvèrent en état de l'acheter pour la somme de 92,000 liv. Le contrat

d'acquisition fut passé le 30 août 1683. Le roi autorisa encore cette

translation par de nouvelles lettres-patentes données au mois d'avril

1687, et enregistrées le 18 novembre de la même année, lesquelles portent

expressément que _cette maison ne pourra être changée ni convertie en

maison de profession religieuse; que les soeurs qui y sont actuellement et

celles qui leur succéderont seront toujours en l'état de séculières,

suivant leur institut_. Cette formalité nécessaire pour rendre un

établissement légal n'étoit cependant pas entièrement remplie, lorsque les

Filles de l'Union-Chrétienne vinrent à Paris, car elles s'y rendirent au

commencement de l'année 1685, dès que l'acte qui assuroit leur possession

eut été ratifié; et, au mois de février suivant, leur chapelle fut bénite

sous l'invocation de Saint-Joseph.

Les maisons de cet institut se multiplièrent: on en comptoit vingt

distribuées dans différentes villes du royaume, et qui formoient une

congrégation dont le séminaire de Saint-Chaumont étoit la maison

principale, et la résidence de la supérieure générale.

Une partie de cette maison ainsi que la chapelle avoient été rebâties en

1781, sur les dessins de M. Convers, architecte de la princesse de Conti.

Ce fut cette princesse, protectrice de la communauté de Saint-Chaumont,

qui en posa la première pierre, et, l'année suivante, la bénédiction en

fut faite par l'archevêque de Paris. Cette chapelle, dont la façade existe

encore, offre une décoration composée de colonnes ioniennes, au-dessus

desquelles règne une voûte ornée de caissons. On voyoit sur le

maître-autel un tableau représentant une Nativité, par Ménageot[441].

[Note 441: Ces bâtiments existent encore, et sont occupés par

des marchands et des particuliers.]

C'est dans le jardin de cette maison, où logea autrefois le duc de La

Feuillade, que fut jetée en fonte la statue de Louis XIV qui étoit sur la

place des Victoires.

NOTRE-DAME

DE BONNE-NOUVELLE.

Cette église, située dans le quartier qu'on appeloit autrefois

Ville-Neuve-sur-Gravois, entre la rue Beauregard et celle de la Lune, a

succédé à une chapelle qui y avoit été construite en 1551, pour servir de

succursale à la paroisse Saint-Laurent. Cette chapelle porta le nom de

Saint-Louis et de Sainte-Barbe jusqu'en 1563, qu'elle fut dédiée par

Jean-Baptiste Tiercelain, évêque de Luçon, sous l'invocation de la

Sainte-Vierge[442]. Ce n'étoit au reste qu'un très-petit édifice, long de

treize toises sur quatre de large.

[Note 442: Piganiol et ceux qui l'ont copié se sont trompés en

disant que cette dédicace n'eut lieu qu'après la reconstruction

de cette chapelle. (L'abbé Lebeuf, p. 491.)]

Lors des guerres de la Ligue, en 1593, on avoit été obligé de raser les

maisons de ce quartier, ainsi que cette chapelle, pour y construire des

fortifications. La paix et la tranquillité ayant succédé aux désordres

que ces divisions intestines avoient fait naître, ce lieu abandonné se

repeupla assez promptement, au moyen des priviléges qui furent accordés

aux ouvriers qui vinrent s'y établir. En 1624, la population en étoit

déjà si nombreuse que ses habitants déclarèrent à l'archevêque de Paris

que, se trouvant trop éloignés de la paroisse de Saint-Laurent, ils

désiroient obtenir la permission de faire rebâtir la chapelle de

Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, dont il restoit encore quelques débris;

permission qui leur fut accordée par ce prélat, toutefois après qu'il se

fut assuré du consentement du curé de Saint-Laurent[443]. Il paroît que

ce pasteur, qui le donna d'abord, jugea à propos par la suite de le

retirer: car il survint des difficultés qui suspendirent l'entier

achèvement de l'église; et, quoiqu'une inscription placée au frontispice

marquât qu'elle avoit été achevée en 1626, ce n'est cependant qu'en 1652

qu'un arrêt du 21 mai permit aux habitants d'en reprendre les travaux.

Cependant plusieurs actes antérieurs portent à croire qu'on y célébroit

le service divin avant cette dernière époque. Elle ne fut érigée en cure

ou vicairie perpétuelle que dans le mois de juillet 1673.

[Note 443: L'abbé Lebeuf, p. 491.]

Les curés de cette église eurent depuis quelques contestations moins

importantes avec les prieurs et religieux de Saint-Martin-des-Champs,

curés primitifs de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, et qui réclamoient tous

les ans certains priviléges et certaines redevances auxquels ces pasteurs

cherchèrent vainement à se soustraire. Un arrêt du parlement, donné en

1676, les força à reconnoître le patronage de ce monastère, et à remplir

les obligations contractées envers lui. On remarquera ici qu'il faut dire

et écrire Notre-Dame-_de-Bonne-Nouvelle_, et non pas _de

Bonnes-Nouvelles_, comme plusieurs auteurs l'ont cru mal à propos: car le

titre de cette église est relatif à l'Annonciation de la Vierge; et dans

tous les actes latins passés par les curés de cette église, ils se

qualifient _pastor à Bono Nuntio_.

La circonscription du territoire de cette paroisse étoit triangulaire.

Elle commençoit au coin de la rue de Bourbon et de celle du Petit-Carreau;

et toutes les maisons à droite qui terminoient cette dernière rue, ainsi

que toutes celles du côté droit de la rue Poissonnière, étoient de cette

paroisse. Au bout de cette rue, suivant le rempart aussi à droite,

revenant au premier coin de la rue de Bourbon, et longeant ensuite cette

dernière rue jusqu'à son bout qui donne dans la rue du Petit-Carreau, on

se trouve avoir fait le tour du triangle. Ce triangle renfermoit ainsi,

dans ces deux côtés, la moitié de la rue de Cléry, la rue Beauregard, et

plusieurs autres petites rues adjacentes.

FILLES DE LA PETITE

UNION-CHRÉTIENNE,

OU LE PETIT SAINT-CHAUMONT.

Cet établissement faisoit partie de la congrégation de l'Union-Chrétienne,

dont nous venons de parler; il avoit à peu près le même but et la même

destination. Ce fut au vertueux ecclésiastique dont le zèle avoit si

puissamment contribué à la fondation de la première communauté, que l'on

dut encore cette nouvelle institution. Témoin des dangers et des embarras

auxquels étoient exposées des personnes persécutées par leurs parents pour

avoir embrassé la foi catholique, des extrémités auxquelles étoient

réduites de jeunes filles qui, cherchant à se mettre en condition,

manquoient de toutes les ressources de la vie, et même d'asile, il

persuada à plusieurs personnes pieuses de partager l'intérêt que lui

inspiroient ces êtres foibles et malheureux, et leur eut bientôt trouvé

des protecteurs assez puissants[444] pour pouvoir penser à leur procurer

une retraite et les secours nécessaires. Les membres de cette association

charitable jetèrent les yeux sur une maison située rue de la Lune, que

François Berthelot, secrétaire des commandements de Marie-Victoire de

Bavière, dauphine de France, et Marie Regnault son épouse, avoient fait

bâtir pour y recevoir et soigner cinquante soldats revenus de l'armée,

malades ou blessés. La construction de l'hôtel royal des Invalides, que le

roi avoit ordonnée vers ce temps-là, ayant rendu inutiles les vues

bienfaisantes de ces deux époux, ils acceptèrent avec plaisir les

propositions qui leur furent faites de céder cette maison aux Filles de

l'Union-Chrétienne, que la soeur Anne de Croze envoya de Charonne pour

administrer le nouvel établissement. Ceci se passa en 1682; des

lettres-patentes du mois de février 1685, enregistrées au parlement du 5

février 1686, et à la chambre des comptes le 4 du même mois de l'année

suivante, confirmèrent ensuite cette donation.

[Note 444: Louis-Antoine de Noailles, évêque de Châlons; la

duchesse de Noailles sa mère; mademoiselle de Lamoignon;

mademoiselle Mallet, etc.]

Sainte-Anne étoit la patronne titulaire de cette maison, qui a subsisté

jusqu'au commencement de la révolution[445].

[Note 445: La maison, qui existe encore, est maintenant habitée

par des particuliers.]

LA PORTE SAINT-DENIS.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 30 / 34 段