de la part des prieur et religieux de Saint-Martin-des-Champs et
du curé de Saint-Laurent, sur le territoire et paroisse desquels
cette maison avoit été bâtie; mais ils furent entièrement levés
au mois d'avril de l'année 1226, par un accord qui fut passé
entre ces pauvres femmes nouvellement converties, les religieux
de Saint-Martin et le curé de Saint-Laurent. Par cet acte il fut
convenu que la maison seroit érigée en hôpital, qu'elle ne
pourroit servir à un autre usage sans le consentement des
parties contractantes; que le curé de Saint-Laurent seroit
indemnisé des droits curiaux arbitrés à 20 sous de rente
annuelle; que les chapelains seroient à la nomination du prieur
de Saint-Martin; que ces femmes auroient un cimetière, des fonts
et deux cloches, et qu'elles pourroient acquérir jusqu'à treize
arpents de terrain. (Hist. de Par., t. V, p. 602.)]
Ce fut l'an 1226 que ces filles[432] entrèrent dans cette maison. Cette
date, sur laquelle presque tous les historiens sont d'accord, suffit pour
réfuter l'opinion du petit nombre de ceux qui regardent saint Louis comme
le fondateur de cette communauté, puisque ce prince, alors âgé de douze
ans, ne monta sur le trône qu'à la fin de cette même année; mais la
bienveillance particulière dont il ne cessa d'honorer cet établissement,
les bâtiments nouveaux qu'il fit élever dans son enceinte, les revenus
qu'il fixa pour l'entretien des filles qui l'occupoient, et les priviléges
qu'il leur accorda lui ont justement mérité ce titre de fondateur, et
c'étoit sans doute pour ces motifs qu'il étoit désigné comme tel dans
l'inscription placée sur la porte d'entrée de ce monastère.
[Note 432: Elles furent dès lors connues sous le nom de
_Filles-Dieu_, sans qu'on sache pour quelle raison et par qui
elles furent autorisées à s'appeler ainsi. Cependant Sauval dit
qu'elles ne prirent le nom de _Filles-Dieu_ qu'en 1232, et que
jusque là on les appela _Filles nouvellement converties_.]
L'an 1232 il y eut une cession faite aux Filles-Dieu par les frères et
prieur de Saint-Lazare, de quatre arpents de terre avec la censive et la
justice qu'ils y exerçoient, ainsi que le droit de dîmes; cession qui fut
faite moyennant 12 liv. de rente[433]. On voit aussi, par les anciennes
chartes, qu'en 1253 elles acquirent encore huit autres arpents de terre
contigus aux précédents. Saint Louis leur accorda presque aussitôt
l'amortissement des fonds qu'elles venoient d'acquérir, y ajouta la
permission de tirer de l'eau de la fontaine de Saint-Lazare, et de la
faire conduire dans leur couvent, et pour mettre le comble à ses
bienfaits, les dota de 400 l. de rente assignées sur son trésor. Mais, en
faisant cette dotation, il augmenta le nombre de ces religieuses, qui fut
alors porté jusqu'à deux cents[434].
[Note 433: Dubreul, p. 885.]
[Note 434: Le titre de cette fondation ne se trouve pas; mais le
nombre des religieuses et le revenu qui leur fut affecté sont
connus par les lettres du roi Jean du mois de novembre 1350,
rapportées tout au long dans l'Histoire de Paris de dom Félibien
et Lobineau, t. III, p. 116 et suiv.]
Vers l'an 1349, la peste horrible qui ravagea Paris, la famine, la misère
qui en furent la suite, firent périr plus de la moitié de ces religieuses.
Ce triste événement engagea l'évêque de Paris à réduire leur nombre à
soixante. Sur une telle réduction faite par l'autorité du diocésain, et
dont la communauté ne pouvoit être responsable, les trésoriers de France
se persuadèrent qu'ils avoient le droit de réduire aussi de leur côté la
rente de ces religieuses à 200 liv. Ils donnoient pour raison que saint
Louis n'avoit constitué la rente de 400 l. qu'à condition qu'elles
seroient au nombre de deux cents, et que l'évêque n'avoit pu, de son
autorité privée, diminuer ce nombre sans le consentement du roi. Les
Filles-Dieu réclamèrent vivement contre ce retranchement de leurs revenus,
et leurs représentations furent favorablement écoutées par le roi Jean. Ce
prince, par sa charte de l'an 1350, leur continua la rente entière que
saint Louis leur avoit accordée, mais sous la condition qu'à l'avenir
elles seroient au moins au nombre de cent.
Les Filles-Dieu demeurèrent dans ce monastère jusqu'après la malheureuse
bataille de Poitiers, dans laquelle ce monarque fut fait prisonnier. Nous
avons déjà dit[435] que les Parisiens épouvantés, croyant déjà voir
l'ennemi au pied de leurs murailles, prirent la résolution d'en accroître
les fortifications, brûlèrent les faubourgs peu considérables qui
s'étendoient autour de l'enceinte méridionale, et renfermèrent dans les
fossés et arrière-fossés les faubourgs beaucoup plus étendus qui s'étoient
formés au nord de la ville. D'après le plan arrêté, les arrière-fossés
devoient traverser la culture et l'enclos des Filles-Dieu: elles furent
donc obligées d'abandonner leur maison, de la faire démolir, et de se
retirer dans la ville. Jean de Meulant, alors évêque de Paris, les
transféra dans un hôpital situé près la porte Saint-Denis, et fondé en
1316 par _Imbert de Lyons_ ou _de Lyon_, bourgeois de Paris, en exécution
des dernières volontés de deux de ses fils morts avant lui. Leur but, en
fondant cet hôpital, avoit été de procurer l'hospitalité aux femmes
mendiantes qui passeroient à Paris. Elles devoient y être logées une nuit,
et congédiées le lendemain avec _un pain et un denier_. Il paroît, par les
différents actes, que la chapelle de cette maison étoit sous le titre de
Saint-Quentin.
[Note 435: _Voyez_ t. I, p. 37, 1re partie, et dans ce vol. p.
32.]
L'évêque, en établissant les Filles-Dieu dans ce nouvel asile, y fonda une
autre chapelle sous le nom de la Magdeleine; et, les soumettant aux mêmes
pratiques de charité qui s'y exerçoient auparavant, il régla, dans les
statuts qu'il leur donna, qu'il y auroit douze lits pour les pauvres
femmes mendiantes. Ces religieuses firent construire alors les lieux
réguliers nécessaires à leur communauté; et, pour n'être point troublées
dans les exercices du cloître et dans la récitation des divins offices,
elles commirent le soin de l'hospitalité à des soeurs converses[436].
[Note 436: On n'a aucun renseignement précis sur la règle que
suivoient ces religieuses, ni sur la couleur et la forme de leur
vêtement; mais il paroît qu'elles étoient particulièrement
soumises à l'évêque de Paris, qui nommoit, pour gouverner le
spirituel et le temporel de ce monastère, un prêtre sous le
titre de maître-proviseur et gouverneur de la maison des
Filles-Dieu.]
Les désordres et l'esprit de licence qui marquèrent la fin de ce siècle
introduisirent peu à peu le relâchement dans cette maison. L'ordre et
l'esprit monastique se perdirent; on vit s'affoiblir par degrés la ferveur
et la piété des premiers temps; et le relâchement en vint au point que les
divins offices, d'abord négligés, y cessèrent enfin tout-à-fait. Aux
religieuses, dont le nombre diminuoit de jour en jour, succédèrent des
victimes infortunées du libertinage, qui, bien différentes de celles pour
lesquelles cet asile avoit été fondé, cherchèrent moins à y cacher la
honte de leurs désordres, qu'à se préserver de l'indigence, qui en est la
suite ordinaire; et ce _lieu_, suivant l'expression d'une ordonnance de
Charles VIII, _fut appliqué à pécheresses qui, toute leur vie, avoient
abusé de leurs corps, et à la fin étoient en mendicité_. Résolu de faire
cesser un tel scandale, ce monarque ordonna qu'on fît venir des
religieuses réformées de Fontevrault pour occuper ce monastère; mais
quoique les lettres-patentes données par lui à cet effet soient du 27
décembre 1483, cependant quelques discussions sur les droits que l'évêque
exerçoit précédemment dans cet hôpital, droits qui sembloient contraires
aux constitutions de l'ordre de Fontevrault[437], apportèrent du retard à
l'exécution des ordres de Charles VIII. L'obstacle fut enfin levé par le
sacrifice que le prélat fit de ses priviléges, en considération de
l'avantage qui devoit résulter de ce changement; et, dans l'année 1494 ou
1495, huit religieuses de cet ordre célèbre[438] furent installées dans
cette maison, où il ne restoit plus que trois ou quatre des anciennes
religieuses, et à peu près autant de soeurs converses, qui négligeoient
même de s'acquitter des devoirs de l'hospitalité qui leur étoit confiée.
[Note 437: Personne n'ignore que toute l'autorité, dans l'ordre
de Fontevrault, résidoit dans l'abbesse, dont les religieux
mêmes dépendoient immédiatement.]
[Note 438: On les avoit tirées du monastère de la Magdeleine,
près d'Orléans, et de celui de Fontaine, près de Meaux.]
Les nouvelles religieuses, quoique toujours soumises à la règle de
Fontevrault, prirent le nom de Filles-Dieu, qu'elles ont conservé jusqu'à
la destruction des ordres religieux, et continuèrent à exercer
l'hospitalité prescrite par le fondateur de la maison jusque vers l'an
1620, où l'hôpital et la chapelle furent détruits. On ignore par quelle
raison ce changement eut lieu, et si elles furent autorisées par les
supérieurs ecclésiastiques; mais il est présumable que les lois de police,
qui, à cette époque, commençoient à se perfectionner, avoient déjà
considérablement diminué le nombre des femmes mendiantes auxquelles cet
hôpital devoit servir d'asile, et rendu cette fondation à peu près
inutile.
L'année même de leur établissement, les nouvelles Filles-Dieu commencèrent
à faire construire l'église qu'on voyoit encore avant la révolution. Ce
fut Charles VIII qui en posa la première pierre, sur laquelle étoient
gravés le nom de ce roi et les armes de France. Cette église, achevée
seulement en 1508, fut dédiée la même année. Elle n'avoit rien de
remarquable dans son architecture ni dans son intérieur. Le maître-autel,
décoré de quatre colonnes corinthiennes en marbre, fut élevé depuis sur
les dessins de François Mansard. Contre un des piliers de la nef étoit une
statue du Christ attachée à la colonne[439].
[Note 439: Les nombreux historiens de Paris, dont aucun ne s'est
montré difficile sur le mérite des ouvrages de l'art,
conviennent tous cependant que le dessin de cette figure étoit
très-mauvais; mais on ne peut s'empêcher de trouver quelque
chose de risible dans l'emphase avec laquelle ils parlent de la
corde qui l'attachoit à la colonne. «L'exécution en étoit si
vraie, disent-ils, que les cordiers eux-mêmes y étoient
trompés.» On sait aujourd'hui apprécier à leur juste valeur les
prestiges d'une imitation aussi puérile, prestiges tellement
faciles à produire dans ces minces accessoires, que les grands
artistes les négligent presque toujours, et que ces minuties
font ordinairement tout le mérite de ceux qui n'en ont aucun.]
Avant la révolution on voyoit encore, au chevet extérieur de cette église,
un crucifix devant lequel on conduisoit anciennement les criminels qu'on
alloit exécuter à Montfaucon; ils le baisoient, recevoient de l'eau
bénite, et les Filles-Dieu leur apportoient trois morceaux de pain et du
vin: ce triste repas s'appeloit _le dernier repas du patient_. On ignore
l'origine et les motifs de cet usage. Plusieurs ont pensé qu'il étoit
imité des Juifs, qui donnoient du vin de myrrhe, et quelques autres
drogues fortifiantes aux criminels, pour les rendre moins sensibles au
supplice qu'ils alloient souffrir[440].
[Note 440: Les bâtiments des Filles-Dieu ont été en partie
détruits; et sur l'emplacement qu'occupoient ces constructions a
été percée une rue qui établit une communication nouvelle entre
la rue Bourbon-Villeneuve et celle de Saint-Denis. La portion
conservée a changé de forme: c'est maintenant un passage garni
de boutiques, que l'on nomme _Foire du Caire_. (_Voyez_
l'article _Monuments nouveaux_.)]
Dans un titre de 1581 on voit que Pierre de Gondi, évêque de Paris, unit à
ce monastère la chapelle de Sainte-Magdeleine, que Jean de Meulant avoit
fondée lorsqu'il transféra les Filles-Dieu dans la ville.
LES FILLES
DE L'UNION-CHRÉTIENNE,
OU DE SAINT-CHAUMONT.
Voici encore une de ces institutions créées par l'esprit de charité, et
que nous voyons s'élever presque à chaque pas que nous faisons dans cette
grande cité, pour le pauvre, pour le foible, pour celui qui souffre, pour
toutes les misères humaines. Tels sont les prodiges d'une religion
attaquée, calomniée par tant de mauvais esprits, devenus aveugles et
presque stupides à force de perversité. Il n'est point ici besoin
d'apologie: les murs de ces touchants asiles, leurs ruines, s'il en est
encore que la cupidité n'ait pas fait disparoître, ont une éloquence qui
l'emporte de beaucoup sur tout ce que pourroit dire l'historien. Plus nous
avançons dans notre carrière, plus ils vont se multiplier à nos yeux; et
nous ne doutons pas que le lecteur, frappé du simple récit des faits,
n'admire cette harmonie merveilleuse de la religion et du pouvoir, liés
ensemble sous la monarchie par d'indissolubles noeuds, et se prêtant de
mutuels secours pour rendre les hommes meilleurs et plus heureux.
Près de la porte Saint-Denis, et sur le côté droit de la rue du même nom,
étoit la communauté des Filles de l'Union-Chrétienne, autrement dites de
Saint-Chaumont. Elle avoit été fondée en 1661 par demoiselle Anne de
Croze, d'une famille noble et ancienne, pour l'instruction des nouvelles
catholiques et des jeunes filles qui manquoient de secours temporels et de
protecteurs qui pussent les leur procurer. L'association des Filles de la
Providence, formée par madame de Pollalion, servit de modèle à la nouvelle
institution: ce fut même dans la maison créée par cette sainte veuve que
les premiers fondements en furent jetés. Toutefois c'est par erreur que
plusieurs historiens lui en ont attribué l'origine; et ce ne fut que trois
ans après sa mort, arrivée en 1657, que commença l'établissement dont nous
parlons ici.
Mademoiselle de Croze fut aidée dans l'exécution de son dessein par un
saint prêtre nommé Jean-Antoine Le Vachet, qui, depuis plusieurs années,
travailloit à Paris avec beaucoup de succès à l'instruction des nouvelles
catholiques. Trois dames, élèves de madame de Pollalion, s'étant offertes
pour partager les travaux de la pieuse fondatrice, elle leur proposa de
s'établir avec elle dans une maison qui lui appartenoit à Charonne; et
c'est là que furent faits les premiers essais de ce nouvel institut. Ils
furent si heureux que cette charitable demoiselle résolut d'y consacrer
entièrement sa personne et ses biens, et fit sur-le-champ au séminaire
qu'elle venoit de former une donation de la maison et des dépendances qui
y étoient attachées. Non-seulement Louis XIV approuva ce contrat, mais il
y ajouta la faveur de donner en 1673 des lettres-patentes qui autorisèrent
l'établissement, et permit à ces filles de recevoir, acquérir et posséder
tous dons, legs et héritages à titre de fondation. On doit bien penser que
l'équité et la reconnoissance mirent la fondatrice à la tête de cette
communauté, laquelle ne tarda pas à procurer à la religion des avantages
supérieurs même aux espérances qu'on en avoit conçues. Pour les rendre
encore plus efficaces, la soeur de Croze et ses associées jugèrent qu'il
étoit nécessaire de transférer leur institution dans le sein même de la
capitale; et M. de Harlai, archevêque de Paris, auprès de qui elles en
sollicitèrent la permission, n'apporta aucun obstacle à ce projet. Il
s'agissoit de choisir un local: ces dames n'en trouvèrent point qui fût
plus convenable que l'hôtel de Saint-Chaumont, près la porte Saint-Denis.
Ce lieu, qu'on nommoit, au commencement du dix-septième siècle, _la Cour
Bellot_, avoit reçu son nouveau nom de Melchior Mitte, marquis de
Saint-Chaumont, qui, en 1631, en avoit fait l'acquisition, et qui, s'étant
également rendu propriétaire de dix maisons environnantes, avoit fait
bâtir un hôtel sur ce vaste emplacement. Cette propriété, passée depuis en
d'autres mains, étoit alors en vente, et les soeurs de l'Union-Chrétienne
se trouvèrent en état de l'acheter pour la somme de 92,000 liv. Le contrat
d'acquisition fut passé le 30 août 1683. Le roi autorisa encore cette
translation par de nouvelles lettres-patentes données au mois d'avril
1687, et enregistrées le 18 novembre de la même année, lesquelles portent
expressément que _cette maison ne pourra être changée ni convertie en
maison de profession religieuse; que les soeurs qui y sont actuellement et
celles qui leur succéderont seront toujours en l'état de séculières,
suivant leur institut_. Cette formalité nécessaire pour rendre un
établissement légal n'étoit cependant pas entièrement remplie, lorsque les
Filles de l'Union-Chrétienne vinrent à Paris, car elles s'y rendirent au
commencement de l'année 1685, dès que l'acte qui assuroit leur possession
eut été ratifié; et, au mois de février suivant, leur chapelle fut bénite
sous l'invocation de Saint-Joseph.
Les maisons de cet institut se multiplièrent: on en comptoit vingt
distribuées dans différentes villes du royaume, et qui formoient une
congrégation dont le séminaire de Saint-Chaumont étoit la maison
principale, et la résidence de la supérieure générale.
Une partie de cette maison ainsi que la chapelle avoient été rebâties en
1781, sur les dessins de M. Convers, architecte de la princesse de Conti.
Ce fut cette princesse, protectrice de la communauté de Saint-Chaumont,
qui en posa la première pierre, et, l'année suivante, la bénédiction en
fut faite par l'archevêque de Paris. Cette chapelle, dont la façade existe
encore, offre une décoration composée de colonnes ioniennes, au-dessus
desquelles règne une voûte ornée de caissons. On voyoit sur le
maître-autel un tableau représentant une Nativité, par Ménageot[441].
[Note 441: Ces bâtiments existent encore, et sont occupés par
des marchands et des particuliers.]
C'est dans le jardin de cette maison, où logea autrefois le duc de La
Feuillade, que fut jetée en fonte la statue de Louis XIV qui étoit sur la
place des Victoires.
NOTRE-DAME
DE BONNE-NOUVELLE.
Cette église, située dans le quartier qu'on appeloit autrefois
Ville-Neuve-sur-Gravois, entre la rue Beauregard et celle de la Lune, a
succédé à une chapelle qui y avoit été construite en 1551, pour servir de
succursale à la paroisse Saint-Laurent. Cette chapelle porta le nom de
Saint-Louis et de Sainte-Barbe jusqu'en 1563, qu'elle fut dédiée par
Jean-Baptiste Tiercelain, évêque de Luçon, sous l'invocation de la
Sainte-Vierge[442]. Ce n'étoit au reste qu'un très-petit édifice, long de
treize toises sur quatre de large.
[Note 442: Piganiol et ceux qui l'ont copié se sont trompés en
disant que cette dédicace n'eut lieu qu'après la reconstruction
de cette chapelle. (L'abbé Lebeuf, p. 491.)]
Lors des guerres de la Ligue, en 1593, on avoit été obligé de raser les
maisons de ce quartier, ainsi que cette chapelle, pour y construire des
fortifications. La paix et la tranquillité ayant succédé aux désordres
que ces divisions intestines avoient fait naître, ce lieu abandonné se
repeupla assez promptement, au moyen des priviléges qui furent accordés
aux ouvriers qui vinrent s'y établir. En 1624, la population en étoit
déjà si nombreuse que ses habitants déclarèrent à l'archevêque de Paris
que, se trouvant trop éloignés de la paroisse de Saint-Laurent, ils
désiroient obtenir la permission de faire rebâtir la chapelle de
Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, dont il restoit encore quelques débris;
permission qui leur fut accordée par ce prélat, toutefois après qu'il se
fut assuré du consentement du curé de Saint-Laurent[443]. Il paroît que
ce pasteur, qui le donna d'abord, jugea à propos par la suite de le
retirer: car il survint des difficultés qui suspendirent l'entier
achèvement de l'église; et, quoiqu'une inscription placée au frontispice
marquât qu'elle avoit été achevée en 1626, ce n'est cependant qu'en 1652
qu'un arrêt du 21 mai permit aux habitants d'en reprendre les travaux.
Cependant plusieurs actes antérieurs portent à croire qu'on y célébroit
le service divin avant cette dernière époque. Elle ne fut érigée en cure
ou vicairie perpétuelle que dans le mois de juillet 1673.
[Note 443: L'abbé Lebeuf, p. 491.]
Les curés de cette église eurent depuis quelques contestations moins
importantes avec les prieurs et religieux de Saint-Martin-des-Champs,
curés primitifs de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, et qui réclamoient tous
les ans certains priviléges et certaines redevances auxquels ces pasteurs
cherchèrent vainement à se soustraire. Un arrêt du parlement, donné en
1676, les força à reconnoître le patronage de ce monastère, et à remplir
les obligations contractées envers lui. On remarquera ici qu'il faut dire
et écrire Notre-Dame-_de-Bonne-Nouvelle_, et non pas _de
Bonnes-Nouvelles_, comme plusieurs auteurs l'ont cru mal à propos: car le
titre de cette église est relatif à l'Annonciation de la Vierge; et dans
tous les actes latins passés par les curés de cette église, ils se
qualifient _pastor à Bono Nuntio_.
La circonscription du territoire de cette paroisse étoit triangulaire.
Elle commençoit au coin de la rue de Bourbon et de celle du Petit-Carreau;
et toutes les maisons à droite qui terminoient cette dernière rue, ainsi
que toutes celles du côté droit de la rue Poissonnière, étoient de cette
paroisse. Au bout de cette rue, suivant le rempart aussi à droite,
revenant au premier coin de la rue de Bourbon, et longeant ensuite cette
dernière rue jusqu'à son bout qui donne dans la rue du Petit-Carreau, on
se trouve avoir fait le tour du triangle. Ce triangle renfermoit ainsi,
dans ces deux côtés, la moitié de la rue de Cléry, la rue Beauregard, et
plusieurs autres petites rues adjacentes.
FILLES DE LA PETITE
UNION-CHRÉTIENNE,
OU LE PETIT SAINT-CHAUMONT.
Cet établissement faisoit partie de la congrégation de l'Union-Chrétienne,
dont nous venons de parler; il avoit à peu près le même but et la même
destination. Ce fut au vertueux ecclésiastique dont le zèle avoit si
puissamment contribué à la fondation de la première communauté, que l'on
dut encore cette nouvelle institution. Témoin des dangers et des embarras
auxquels étoient exposées des personnes persécutées par leurs parents pour
avoir embrassé la foi catholique, des extrémités auxquelles étoient
réduites de jeunes filles qui, cherchant à se mettre en condition,
manquoient de toutes les ressources de la vie, et même d'asile, il
persuada à plusieurs personnes pieuses de partager l'intérêt que lui
inspiroient ces êtres foibles et malheureux, et leur eut bientôt trouvé
des protecteurs assez puissants[444] pour pouvoir penser à leur procurer
une retraite et les secours nécessaires. Les membres de cette association
charitable jetèrent les yeux sur une maison située rue de la Lune, que
François Berthelot, secrétaire des commandements de Marie-Victoire de
Bavière, dauphine de France, et Marie Regnault son épouse, avoient fait
bâtir pour y recevoir et soigner cinquante soldats revenus de l'armée,
malades ou blessés. La construction de l'hôtel royal des Invalides, que le
roi avoit ordonnée vers ce temps-là, ayant rendu inutiles les vues
bienfaisantes de ces deux époux, ils acceptèrent avec plaisir les
propositions qui leur furent faites de céder cette maison aux Filles de
l'Union-Chrétienne, que la soeur Anne de Croze envoya de Charonne pour
administrer le nouvel établissement. Ceci se passa en 1682; des
lettres-patentes du mois de février 1685, enregistrées au parlement du 5
février 1686, et à la chambre des comptes le 4 du même mois de l'année
suivante, confirmèrent ensuite cette donation.
[Note 444: Louis-Antoine de Noailles, évêque de Châlons; la
duchesse de Noailles sa mère; mademoiselle de Lamoignon;
mademoiselle Mallet, etc.]
Sainte-Anne étoit la patronne titulaire de cette maison, qui a subsisté
jusqu'au commencement de la révolution[445].
[Note 445: La maison, qui existe encore, est maintenant habitée
par des particuliers.]
LA PORTE SAINT-DENIS.