de l'autre dans celle de la Tonnellerie. Son nom lui vient des poteries
qui s'y vendoient encore dans le dix-septième siècle. Elle a porté
anciennement les noms de _rue des deux Jeux de Paume_, _rue Neuve des deux
Jeux de Paume_, parce qu'effectivement il y en avoit deux qui occupoient
l'emplacement où est aujourd'hui la halle aux draps et aux toiles.
_Rue des Potiers d'Étain._ On désigne sous ce nom la partie des piliers
des halles qui règne depuis la rue Pirouette jusqu'à celle de la
Cossonnerie. Elle doit ce nom aux potiers d'étain qui s'y sont établis. On
la désignoit plus ordinairement sous le nom général de _Piliers des
Halles_, et quelquefois sous celui de _Petits Piliers_, parce qu'il y en a
un plus petit nombre de ce côté[399].
[Note 399: On la nomme aujourd'hui rue _des Piliers des Potiers
d'Étain_.]
_Rue des Prêcheurs._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, et de
l'autre à la halle. On la connoissoit sous ce nom dès le douzième siècle.
Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit _rue aux Prêcheurs_, et depuis _au
Prêcheur_, à cause d'une maison où pendoit pour enseigne le _prêcheur_, et
qui étoit nommée en 1381 l'hôtel du Prêcheur[400].
[Note 400: T. I, p. 159.]
Jaillot croit que la maison et l'enseigne devoient leur nom à un
particulier: car il dit avoir vu des lettres de Maurice de Sully, évêque
de Paris, de l'an 1184[401], qui attestent que _Jean de Mosterolo_ avoit
donné à l'abbaye de Saint-Magloire ce qu'il avoit de droit _in terra
Morinensi_, et 9 sous sur la maison de Robert le Prêcheur, _Prædicatoris_.
Au siècle suivant, cette rue se nommoit des Prêcheurs; elle est indiquée
ainsi dans un amortissement du mois de juin 1252, concernant une maison
située _in vico Prædicatorum_[402].
[Note 401: _Cart. S. Magl._, fol. 40.]
[Note 402: _Ibid._, fol 38.]
_Rue de la Réale._ Elle donne d'un bout dans la rue de la grande
Truanderie, et de l'autre sous les piliers des halles. Dans les titres du
quinzième siècle, elle est appelée ruelle ou rue Jean _Vingne_, _Vuigne_,
_Vigne_, des _Vignes_. Ce mot, que Jaillot croit être une altération de
celui de Jean _Bigne_, _Bingue_ ou _Bigue_, ainsi que l'écrivoit Guillot,
a été le nom de plusieurs particuliers dont les actes font mention[403].
Du reste, on trouve cette rue déjà désignée sous le nom de _la Réale_, sur
tous les plans du dix-septième siècle.
[Note 403: On trouve un Jean _Bigue_ échevin de Paris en 1281.]
_Rue Tirouane._ Elle va d'un côté aux rues de Mondetour et de la Petite
Truanderie, et de l'autre aux piliers des halles. On la connoît également
sous le nom de rue _Pirouette_. Il y a apparence que ce terrain formoit
anciennement deux rues, dont l'une s'appeloit _Therouenne_, qui est le nom
du fief. Quant au nom de la seconde, il a été souvent altéré. On trouve
dans la liste des rues du quinzième siècle, rue _Petonnet_, et rue
_Tironne_, ou _Térouenne_; dans Corrozet et Bonfons, rue du _Petonnet_,
_du Peronnet_, _Tironnet_ et _Teronne_. Enfin elles semblent ne former
plus qu'une seule rue sous le nom de _Pirouet_ en _Tiroye_, en _Tiroire_,
en _Theroenne_, _Tirouer_, _Therouanne_ et _Tirouanne_; en 1413, _Pierret
de Terouenne_; _Pirouet en Therouenne_ dans le quinzième et le seizième
siècle; enfin _Pirouette en Therouenne_, qui est son véritable nom.
_Rue de la Tonnellerie._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Honoré, de
l'autre à celle de la Fromagerie et à la halle; elle portoit ce nom dès le
treizième siècle. On la trouve quelquefois désignée sous le nom de la
_Toilerie_, parce qu'autrefois cette rue étoit distinguée en deux parties:
la Tonnellerie étoit la rue ou chemin sous les piliers, l'autre côté étoit
la Toilerie. On l'appeloit aussi rue des _Toilières_; et au quatrième
livre des comptes de Marcel, en 1557, elle est indiquée rue _des
Toilières, qui fait front aux rues de la Tonnellerie et aux Toilières du
côté de la halle au blé_. On connoît plus particulièrement cette rue sous
le nom _des grands Piliers des Halles_[404].
[Note 404: Molière naquit, dit-on, dans une maison de cette rue,
laquelle subsiste encore: c'est la seconde du côté de la rue
Saint-Honoré, sous les piliers. On y a placé son buste, avec une
inscription qui rappelle cet événement. Depuis quelques années
ce petit fait a été contesté.]
_Rue de la Grande Truanderie._ Elle traverse de la rue Comtesse d'Artois
dans celle de Saint-Denis. On donne à ce nom deux étymologies: les uns le
font venir du vieux mot _truand_, qui signifioit un gueux, un vagabond, un
diseur de bonne aventure, espèce de gens que les partisans de cette
étymologie supposent avoir occupé autrefois cette rue, à laquelle ils
auroient donné leur nom. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font
dériver ce nom du vieux mot _tru_, _truage_, qui signifie tribut, impôt,
subside. Jaillot penche pour cette dernière opinion. «De ce mot _trus_,
dit Pasquier dans ses Recherches, vient celui de _Truander_, pour dire
gourmander, parce que ceux qui sont destinés à exiger les tributs sont
ordinairement gens fâcheux qui ont peu de pitié des pauvres, sur lesquels
ils exercent les mandements du roi.» Il y a grande apparence, ajoute-t-il,
qu'on donna le nom de truanderie aux rues où les bureaux de ces fermiers
et receveurs étoient établis.
Guillot parle en cet endroit du carrefour _de la Tour_.
Où l'on geite mainte sentence
En la maison à dam Sequence[405].
[Note 405: _Voyez_ t. Ier, p. 436, 1re partie.]
Ce carrefour étoit la première entrée des halles; il est vraisemblable
qu'on y percevoit les droits sur les marchandises qui arrivoient à ce
marché, et que la rue en avoit pris le nom qu'elle n'a point cessé de
porter jusqu'à ce jour. Ce carrefour subsiste encore à l'endroit où les
deux rues de la Truanderie forment un angle.
_Rue de la Petite Truanderie._ Elle commence au coin de la rue Mondetour
et aboutit dans la rue de la Grande Truanderie, à la place du puits
d'Amour[406], d'où cette rue fut appelée anciennement rue du _Puits
d'Amour_ et de _l'Arian_, ou _Arienne_.
[Note 406: Ce puits, qui ne subsiste plus, se trouvoit à la
pointe de la grande et de la petite _Truanderie_. Il fut,
dit-on, ainsi nommé à cause de la fin tragique d'une jeune fille
qui s'y précipita et s'y noya, se voyant trompée et abandonnée
par son amant. Environ trois cents ans après cette aventure, un
jeune homme, réduit au désespoir par les rigueurs de sa
maîtresse, choisit le même puits pour terminer sa vie et ses
tourments; mais le résultat en fut bien différent: il s'y jeta
avec tant de bonheur, qu'il ne fut pas même blessé, et que sa
maîtresse, touchée de cette preuve d'amour, consentit ensuite à
l'épouser. L'heureux époux, voulant marquer sa reconnoissance
envers ce puits, le fit refaire à neuf, et fit graver sur la
margelle ces deux vers, qu'on y lisoit encore, dit Sauval, vers
la fin du seizième siècle.
L'amour m'a refait,
En 1525, tout-à-fait.
Cependant Piganiol n'a aucun égard à ces anecdotes, et prétend
que le puits d'amour n'a reçu ce nom que _parce qu'il servoit de
rendez-vous aux valets et aux servantes, qui, sous prétexte de
venir puiser de l'eau, y venaient faire l'amour_. (T. III, p.
311.) Jaillot trouve cette nouvelle explication suspecte, ainsi
que celle de _puy_ ou _podium_, nom qui, selon le même auteur,
signifie un carrefour ou une petite éminence, et qu'il suppose
avoir été donné anciennement à cet endroit à cause de sa
situation. Toutefois ce critique ne paroît pas adopter davantage
l'autre étymologie, et pense que ce nom vient du propriétaire ou
de l'enseigne de la maison à laquelle le puits étoit adossé.]
_Rue Verdelet._ Cette rue, qui traverse de la rue Mauconseil dans celle de
la Grande Truanderie, se nommoit anciennement rue _Merderiau_,
_Merderai_, _Merderel_ et _Merderet_. On a adouci ce mot en changeant deux
lettres; et, au commencement du dix-septième siècle, on la nommoit déjà
rue _Verdelet_.
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Marché des Innocents._ Il étoit autrefois occupé tous les jours par des
marchands fripiers, immédiatement après avoir servi de marché aux légumes.
Depuis la révolution, les fripiers ont été transportés au marché du
Temple; et sur le vaste emplacement de la place des Innocents on a élevé
quatre rangs de poteaux figurés en colonnes, et soutenant des charpentes
recouvertes en ardoises; et là sont placés plus commodément ceux qui
vendent les légumes, les herbes, les fruits, etc.
_Marché au Poisson._ Il a été nouvellement construit sur son ancien
emplacement: c'est un grand carré, circonscrit et divisé par des poteaux.
Ceux de l'extrémité sont en pierres de taille, et ceux de l'intérieur
simplement en bois et d'une plus petite dimension. Tout ce carré est
couvert, et abondamment pourvu d'eau par diverses fontaines.
_Ancienne halle à la Viande._ Elle est aujourd'hui destinée à la vente du
beurre et des oeufs, et se divise comme les autres en compartiments formés
par des poteaux que recouvre une toiture. Plusieurs maisons ont été
abattues afin de rendre l'entrée de cette halle plus commode.
_Fontaine de la Pointe-Saint-Eustache._ Cette fontaine, dont la simplicité
étoit extrême, a reçu une décoration fort élégante. Elle se compose
maintenant d'une niche au fond de laquelle est un masque de Silène
vomissant l'eau dans une coquille d'où elle se répand dans un vase à deux
anses, porté par quatre gaînes formées de pates et de têtes de lions, dont
deux rejettent l'eau dans un bassin demi-circulaire. Sur le vase, un
bas-relief représente une nymphe qui donne à boire à un amour.
QUARTIER SAINT-DENIS.
Ce quartier est borné à l'orient par la rue Saint-Martin et par
celle du faubourg du même nom exclusivement; au septentrion, par
les faubourgs Saint-Denis et Saint-Lazare inclusivement et
jusqu'aux barrières; à l'occident, par les rues du
Faubourg-Poissonnière, Poissonnière et Montorgueil jusqu'au coin
de la rue Mauconseil inclusivement; et au midi, par les rues aux
Oues[407] et Mauconseil aussi inclusivement.
[Note 407: Vulgairement _aux Ours_.]
On y comptoit, en 1789, cinquante et une rues, onze culs-de-sacs,
trois églises paroissiales, une église collégiale, une chapelle,
une communauté d'hommes, un couvent et trois communautés de
filles, un hôpital, etc.
Ce quartier, qui commence au centre de la ville, et qui finit à son
extrémité septentrionale, a suivi, dans son accroissement, celui des
diverses enceintes qui se sont succédé.
Avant Philippe-Auguste il n'existoit point encore, puisque la clôture qui
environnoit Paris du temps de Louis-le-Jeune passoit à l'endroit où est
aujourd'hui le cloître Saint-Merri. Les murailles que Philippe fit bâtir
embrassèrent un vaste terrain qui, dans la partie dépendante de ce
quartier, s'étendoit depuis dans la rue Montorgueil jusqu'à celle du
Bourg-l'Abbé, renfermant dans son circuit une partie du bourg qui a donné
son nom à cette dernière rue, l'hôpital Saint-Josse et le couvent de
Saint-Magloire, avec les cultures qui en dépendoient[408].
[Note 408: _Voyez_ le deuxième plan de Paris, et successivement
les autres plans.]
Ces cultures furent bientôt couvertes de maisons; et la rue Saint-Denis,
qu'on nomma depuis _la grant rue_, _la grant chaussée de M. saint Denis_,
commença à se former. Un faubourg nouveau la prolongea bientôt hors de
l'enceinte; et lorsque, sous Charles V, on jugea nécessaire de reculer les
fortifications de la ville, le terrain qui fut renfermé dans le quartier
dont nous parlons étoit déjà presque entièrement couvert de maisons. La
porte Saint-Denis fut dès lors placée à l'endroit où elle étoit encore au
commencement du règne de Louis XIV[409]: car, depuis Charles V jusqu'à
cette époque, cette partie de l'enceinte de Paris ne reçut aucun nouvel
accroissement. Mais à peine eut-elle été bâtie, qu'on vit une autre rue
extérieure, faisant encore suite à la rue Saint-Denis, se prolonger dans
la campagne avec le nom de rue du Faubourg Saint-Denis.
[Note 409: _Voyez_ pl. 91.]
Cette dernière rue, qui conduisoit à la maison Saint-Lazare, resta,
jusqu'au règne de Louis XIV, isolée au milieu des champs. Sous ce prince,
on la voit enfin coupée par quelques rues transversales qui la lient aux
autres faubourgs; mais le terrain que renfermoient ces rues ne contenoit
encore que des jardins, des marais et autres terres labourables.
Ce n'est que dans le dix-huitième siècle qu'on a commencé à couvrir ces
places vides, et que ce faubourg est devenu successivement un des plus
populeux de la capitale.
SAINT-JACQUES-DE-L'HÔPITAL.
Cet hôpital et son église avoient été fondés pour y recevoir les pélerins
qui iroient à Saint-Jacques de Compostelle et qui en reviendroient: mais
par qui et à quelle époque? c'est sur quoi les historiens ne sont pas
d'accord. On a pu déjà remarquer que, dans l'histoire des anciens
monuments de Paris, ce sont presque toujours ces deux points qui sont
enveloppés d'une plus profonde obscurité. Ce n'est qu'en discutant les
différentes opinions, en comparant les dates, en vérifiant les actes,
qu'on peut espérer d'y jeter quelques lumières, et de démêler la vérité à
travers tant de traditions confuses et d'erreurs accréditées ou par
l'ignorance ou par l'intérêt personnel. Par exemple, une ancienne
tradition attribue la fondation de l'hôpital et de l'église de
Saint-Jacques à Charlemagne; et quoique cette opinion soit destituée de
tout fondement, elle a cependant été adoptée par une foule d'écrivains,
tant anciens que modernes[410]. Les chanoines mêmes de cette église
sembloient l'avoir autorisée par la forme de leur sceau, qui représentoit
d'un côté saint Jacques, et de l'autre Charlemagne. Cependant il n'y a
d'autre autorité, pour soutenir une origine aussi peu vraisemblable, que
la Chronique du faux Turpin, où il est dit que ce monarque avoit fait
bâtir, entre Paris et Montmartre, une église du titre de Saint-Jacques.
Non-seulement on s'est trompé en croyant que cela devoit s'entendre de
Saint-Jacques-de-l'Hôpital, mais il s'est trouvé qu'on commettoit une
double erreur: car, quoique le fait ne soit pas plus vrai à l'égard de
Saint-Jacques-de-la-Boucherie, cependant ceux qui ont fabriqué l'histoire
de Turpin n'ont pu avoir en vue que cette dernière église, puisqu'il
existe des manuscrits de cette histoire fabuleuse écrits dès le treizième
siècle, temps auquel l'église de Saint-Jacques-de-l'Hôpital n'étoit
certainement pas bâtie. Les auteurs les plus exacts fixent l'époque de sa
fondation en 1315; une ancienne inscription gravée sur une des portes la
marquoit en 1317; l'abbé Lebeuf la place en 1322.
[Note 410: Fauchet, Corrozet, Belleforest, Duchesne, Lemaire,
les auteurs du Dictionnaire historique.]
Il paroît constant que cet hôpital fut fondé, au commencement du
quatorzième siècle, par des Parisiens qui, ayant fait le pélerinage de
Saint-Jacques de Compostelle, lequel étoit célèbre dès le neuvième siècle,
imaginèrent, pour perpétuer la mémoire de ce pieux voyage, de former entre
eux une société ou confrérie. Quelques historiens prétendent que, dès
1298, elle tenoit ses assemblées dans l'église de Saint-Eustache; mais on
ne voit point qu'elle ait été autorisée avant le règne de Louis X, qui,
par ses lettres-patentes du 10 juillet 1315, approuva cette association,
et lui permit de tenir ses assemblées aux Quinze-Vingts.
Charles de Valois, comte d'Anjou, et plusieurs notables bourgeois de
Paris, s'y étant fait inscrire, en augmentèrent tellement les fonds par
leurs libéralités, que, dès 1317, les confrères se crurent assez riches
pour entreprendre la construction d'un hôpital et d'une chapelle. Ils
achetèrent à cet effet le terrain qu'occupoient encore, dans ces derniers
temps, l'église, le cloître et les maisons de leur dépendance; mais,
s'étant bientôt aperçus qu'ils avoient commencé une entreprise au-dessus
de leurs facultés, ils s'adressèrent à l'official de Paris, qui, en 1319,
leur accorda des lettres par lesquelles les fidèles étoient exhortés à
secourir de leurs aumônes les confrères pélerins de Saint-Jacques, et qui
autorisoient ceux-ci à faire des quêtes dans les différents quartiers de
la ville et au dehors, pour la construction de leur hôpital. Ces quêtes
eurent un succès complet, et procurèrent des sommes plus que suffisantes
pour continuer les bâtiments déjà commencés.
Cependant ils se virent forcés d'en suspendre quelque temps les travaux,
par les oppositions que formèrent bientôt à leur établissement le chapitre
de Saint-Germain-l'Auxerrois et le curé de Saint-Eustache. Une requête que
les confrères adressèrent alors au pape Jean XXII, pour faire lever ces
obstacles, nous apprend que leur intention étoit que la chapelle fût
desservie par quatre chapelains, dont l'un, sous le nom de _trésorier_,
auroit l'administration des biens destinés pour la célébration du service
divin, et seroit comptable envers les administrateurs choisis par les
confrères; que ce service seroit célébré par lesdits chapelains, lesquels
seroient obligés de dire l'office canonial, et de résider; que le
trésorier auroit 50 liv. de revenu, et les chapelains 40 liv.; que toutes
les offrandes faites à l'hôpital, pour quelque cause que ce fût, seroient
employées totalement, tant à la construction de l'hôpital qu'à la
nourriture des pélerins, des pauvres et des malades; qu'enfin il y auroit,
pour le service de la chapelle, une cloche de poids suffisant, et près de
l'hôpital un cimetière destiné à la sépulture des pélerins, des pauvres et
des serviteurs de la maison[411].
[Note 411: Hist. de Par., t. I, p. 546; et t. III, p. 328.]
Jean XXII, par une bulle du 18 juillet 1322, donna son approbation au
projet des confrères pélerins, toutefois après avoir fait vérifier par des
commissaires délégués à cet effet si la confrérie avoit les moyens
d'exécuter les promesses mentionnées dans la requête[412]. Ces mêmes
commissaires réglèrent en même temps les indemnités qu'il étoit juste de
payer aux chapitre et doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, ainsi qu'au curé
de Saint-Eustache, sur le territoire desquels cet hôpital devoit être
bâti, et qui, comme nous venons de le dire, s'étoient d'abord opposés à
son établissement. Les premiers abandonnèrent leurs prétentions moyennant
la somme de 40 liv. parisis, et le curé de Saint-Eustache renonça aux
siennes pour celle de 160 liv. Les commissaires décidèrent aussi que les
confrères, étant garants du revenu de 170 liv. affecté aux quatre prêtres
de cet hôpital, il étoit juste qu'ils présentassent aux bénéfices; qu'en
conséquence la nomination du trésorier seroit faite par l'évêque d'après
leur présentation, et celle des chapelains par le trésorier. Ce droit de
patronage et de présentation fut ensuite confirmé en faveur des confrères
pélerins par une bulle du même pape Jean XXII de l'année 1326, et par une
autre du pape Clément VI en 1342.
[Note 412: Cette bulle fut adressée à l'évêque de Beauvais, et
non à celui de Paris, sans qu'on puisse en connoître la raison.
La même année 1322, Charles-le-Bel avoit donné des
lettres-patentes pour autoriser cet établissement. (Dubreul, p.
985.)]
Les choses restèrent dans cet état jusqu'au commencement du quinzième
siècle, où il se fit, dans la chapelle de cet hôpital, appelée alors
église, plusieurs autres fondations de chapelains de deux espèces
différentes[413]: la première fut de quatorze chapelains, depuis réduits à
douze, lesquels devoient dire un certain nombre de messes, avec le droit
et l'obligation d'assister à l'office du choeur, de loger dans le cloître,
et de recevoir certaines distributions. On créa dans la seconde neuf
autres chapelains, distingués des premiers en ce qu'ils n'avoient ni
séance au choeur ni logement dans le cloître; ces derniers furent
supprimés en 1482, et l'on appliqua une partie des fonds de leurs
chapellenies à l'entretien des enfants de choeur. Depuis cette époque on
ne compta dans l'église de Saint-Jacques-de-l'Hôpital que vingt
titulaires, dont huit étoient chargés de faire l'office du choeur à tour
de semaine, et prenoient en conséquence la qualité de chanoines; les douze
autres, qui n'étoient tenus que d'assister à l'office et de dire un
certain nombre de messes, avoient conservé le nom de chapelains. On y
ajouta depuis quatre vicaires, un sacristain et quatre enfants de choeur.
[Note 413: Il avoit aussi été réglé, vers la fin du quinzième
siècle, qu'on pourroit admettre au nombre des confrères des
fidèles qui n'auroient pas fait le voyage de Saint-Jacques en
Galice, sous la condition qu'ils constateroient en avoir été
empêchés par quelque incommodité, et qu'ils donneroient à
l'hôpital une somme égale à celle que le voyage auroit coûté.
Aux quinzième et seizième siècles, on admit encore dans cette
société les confrères de deux autres célèbres pélerinages,
savoir, celui de Saint-Claude en Franche-Comté, et celui de
Saint-Nicolas de Varengeville, connu autrement sous le nom de
Saint-Nicolas en Lorraine.]
Les confrères pélerins continuèrent à jouir, sans aucune contestation, du
plein exercice de leurs droits sur cet hôpital et sur cette église,
jusqu'au mois de décembre 1672. Le roi ayant rendu à cette époque un édit
par lequel il donnoit à l'ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel et de
Saint-Lazare-de-Jérusalem l'administration et la jouissance perpétuelle
des maisons, droits, biens et revenus de plusieurs ordres hospitaliers,
hospices, hôpitaux, etc., Saint-Jacques-de-l'Hôpital se trouva au nombre
des maisons dont cet acte d'autorité changeoit la destination. Les
confrères réclamèrent vivement contre une telle spoliation: après vingt
ans de contestations et de plaidoiries, un nouvel édit, vérifié au grand
conseil le 9 avril 1693, révoqua celui du mois de décembre 1672, et remit
Saint-Jacques-de-l'Hôpital à ses premiers administrateurs. De nouvelles
difficultés s'élevèrent bientôt au sujet de cette maison; mais comme il
seroit aussi long que fastidieux d'en donner le détail, nous nous
bornerons à dire qu'en 1722 elle fut réunie une seconde fois à l'ordre du
Mont-Carmel et de Saint-Lazare, et qu'enfin elle en fut encore séparée en
1734. Les arrêts du conseil qui rétablirent l'ancienne administration
furent confirmés par lettres-patentes du 15 avril de la même année, et
enregistrés au parlement le 4 juin suivant. Les choses restèrent en cet
état jusqu'au 1er juillet 1781, que de nouvelles lettres-patentes
décidèrent irrévocablement du sort de cet hôpital, dont elles accordèrent
les biens à celui des Enfants-Trouvés; celui-ci en a joui jusqu'au moment
où on les a vendus comme biens nationaux.
À l'époque de 1789, il ne restoit plus de bénéficiers dans
Saint-Jacques-de-l'Hôpital qu'un trésorier, quatre chapelains, un
vicaire-sacristain et quatre enfants de choeur. Le trésorier exerçoit les
fonctions curiales dans l'étendue du cloître seulement. Tous les ans, le
premier lundi d'après la fête de saint Jacques-le-Majeur, les confrères
s'assembloient dans l'église, et faisoient une procession solennelle, où
ils assistoient, ayant un bourdon d'une main et un cierge de l'autre.
Cette église, qui n'avoit rien de remarquable, avoit été bâtie en 1322,
et dédiée, en 1323, par Jean de Marigni, évêque de Beauvais[414]. Le
trésor contenoit différens reliquaires fort riches, qu'il devoit aux
libéralités de Philippe-le-Long, de Jeanne d'Évreux, troisième femme de
Charles-le-Bel, et de quelques autres bienfaiteurs.