pour en faire le théâtre d'une fête, qu'ils donnèrent en
réjouissance de la bataille de Verneuil. Ce fut un spectacle
anglois dans toute la force du terme: des personnages des deux
sexes, de tout âge et de toutes conditions, y passèrent en revue
et exécutèrent diverses danses, ayant la mort pour coryphée.
Cette triste et dégoûtante allégorie s'appeloit la danse
_Macabrée_. Villaret prétend en trouver l'étymologie dans les
mots anglois _to make_, faire, et _to breack_, briser; mais cet
historien n'explique point le rapport qu'il peut y avoir entre
ces deux mots et une pareille danse. Nous serions tout aussi
embarrassés que lui de le faire.]
Les galeries des charniers étoient occupées par un grand nombre de
marchands de toute espèce, par des écrivains publics, qui ne craignoient
pas d'habiter continuellement un foyer de putréfaction, dont l'activité
devenoit de jour en jour plus forte et plus dangereuse. Il y avoit déjà
long-temps qu'on en sentoit les graves inconvénients, même pour la ville
entière, au centre de laquelle il étoit placé. Dès l'an 1765, le parlement
de Paris avoit rendu un arrêt par lequel il ordonnoit qu'à partir du 1er
janvier 1766 il ne seroit plus fait d'inhumations dans les cimetières
situés dans l'intérieur de la ville; et il avoit en même temps indiqué les
endroits qui paroissoient les plus convenables et les plus commodes pour
huit cimetières communs. Il sembloit que la sagesse d'un tel réglement
n'eût dû éprouver ni obstacles ni contradictions: cependant, par des
motifs plus spécieux que solides, et qui n'auroient pas dû entrer un
moment en comparaison avec un intérêt aussi grand que celui de la
conservation des citoyens, l'exécution de cet arrêt fut suspendue pendant
très-long-temps, et ce n'est qu'en 1780 qu'on cessa tout-à-fait
d'enterrer des morts dans le cimetière des Innocents.
La démolition en fut commencée environ six ans après, sous la direction de
MM. Legrand et Molinos. On abattit l'église et les charniers; les fosses
furent ouvertes à une grande profondeur, et l'on s'occupa d'en recueillir
les ossements avec le soin le plus religieux. Tandis que cette opération
se faisoit, on préparait hors de la ville un lieu convenable pour les
recevoir. Une maison située près de la barrière Saint-Jacques, et nommée
la _Tombe-Isouard_, avoit paru propre à remplir le but qu'on se proposoit,
en ce qu'elle étoit située au-dessus des carrières de Montrouge, et qu'il
étoit facile d'y ouvrir une communication avec ces vastes souterrains: un
puits fut creusé à cet effet dans un petit enclos attenant à cette maison,
et les ossements, apportés successivement dans des chariots couverts, y
furent descendus et déposés sur deux lignes parallèles, et à six pieds de
hauteur. Des prêtres en surplis et chantant l'office des morts suivoient
les chariots. Lorsque le transport fut entièrement achevé, on éleva un mur
en maçonnerie qui sépara ces nouvelles catacombes des autres parties des
carrières, et l'archevêque lui-même y descendit pour les bénir[378].
[Note 378: Ces catacombes existent encore, et l'entrée en est
ouverte au public.]
Quant aux monuments sépulcraux, tels que les croix, les tombes en pierre
et en plomb, les épitaphes et autres inscriptions, ils furent rangés avec
beaucoup d'ordre dans le jardin de cette maison, où l'on a pu les voir
encore dans les premiers temps de la révolution. Nous croyons que, sous le
règne de la Convention, ils ont été en grande partie détruits ou
dispersés.
HÔTELS.
_Hôtel du comte d'Artois_ (détruit).
Cet hôtel, qui appartenoit à Robert II, neveu de saint Louis, et que
probablement il avoit fait bâtir, étoit situé dans la rue dite aujourd'hui
_Comtesse-d'Artois_, entre les rues Pavée et Mauconseil. Nous apprenons
que ce prince avoit fait percer le mur d'enceinte en cet endroit, tant
pour sa commodité que pour celle du public; et l'on y avoit pratiqué, par
son ordre, une fausse porte, laquelle prit le nom de _Porte au comte
d'Artois_, et le donna, dit-on, à la rue.
LA PLACE ET LA FONTAINE DES INNOCENTS.
Cette fontaine, construite en 1550 sur les dessins de Pierre Lescot, et
ornée de sculptures par Jean Goujon, n'avoit point dans l'origine la forme
qu'elle offre maintenant. Composée alors seulement de trois arcades, elle
occupoit l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, développant
en ligne droite deux de ses arcades sur cette dernière rue, et la
troisième en retour sur la rue Saint-Denis. Dans cet espace, elle
remplaçoit une ancienne fontaine qui existoit dès le treizième siècle,
puisqu'il en est fait mention dans un accord passé en 1273, entre
Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri. Chacune de ses arcades,
comprise dans la hauteur d'un ordre de pilastres composites, avec
piédestal, entablement et attique, étoit couronnée d'un fronton, et le
tout s'élevoit sur un soubassement d'où l'eau s'échappoit par de petits
mascarons. Cinq figures de naïades occupoient les intervalles des
pilastres, et six bas-reliefs ornoient les frontons et les entablements.
Lorsque la démolition de l'église et des charniers des Innocents eut été
achevée, et que l'on eut converti leur emplacement en un marché public, on
sentit aussitôt la nécessité de décorer d'un monument public la nudité de
cette place immense. La destination du lieu indiquoit que ce monument
devoit être une fontaine, et l'on regrettoit que celle des Innocents,
reléguée à l'une de ses extrémités, n'offrît pas dans sa construction un
ensemble qui la rendît propre à cette décoration. L'irrégularité de sa
forme sembloit y opposer en effet des obstacles invincibles, lorsqu'une
inspiration heureuse rendit tout-à-coup facile ce qui d'abord avoit paru
impraticable. M. Six, architecte, eut la gloire de résoudre ce problème
abandonné par mille autres: il proposa au baron de Breteuil, alors
ministre de Paris, d'oser changer la forme primitive de cette fontaine, et
de la reconstruire au centre de la place sans faire aucun changement à sa
décoration, mais en ajoutant seulement une quatrième face aux trois
premières, et en faisant du tout un carré parfait.
Ce moyen à la fois simple, ingénieux et économique, dont le résultat étoit
d'isoler, sous un aspect peut-être encore plus élégant, un monument conçu
dans son origine sur un plan si différent, fut accueilli avec
empressement, et valut une récompense à son inventeur. Sous la direction
de M. Poyet, alors architecte de la ville, et de MM. Legrand et Molinos,
architectes des monuments publics, la fontaine fut démontée, transportée
et reconstruite sans que la sculpture eût éprouvé la moindre altération.
M. Pajou, chargé de l'exécution des bas-reliefs et des trois figures qui
devoient décorer la nouvelle façade, sut imiter le style de son modèle de
manière à mériter des éloges. Les lions du soubassement et les autres
ornements furent partagés entre MM. l'Huilier, Mézières et Daujon. Le
monument offrit alors, dans son nouvel ensemble, un quadrilatère surmonté
d'une coupole recouverte en cuivre, et formée en écailles de poisson: le
tout, posé sur un socle et des gradins de dix pieds de hauteur, présenta
une élévation totale de quarante-deux pieds et demi.
Ce chef-d'oeuvre, l'honneur de l'école françoise, et comparable peut-être
aux plus belles productions de l'antiquité, n'a pas toujours été apprécié
à sa juste valeur, même par des gens de l'art; et, dans le siècle dernier,
un architecte célèbre[379] trouvoit qu'il n'avoit pas le caractère mâle
qui convenoit à une fontaine; que les ornements trop riches et trop
recherchés dont il est couvert étoient une faute contre le goût et les
convenances. Plus éclairés aujourd'hui sur les vrais principes de la belle
architecture, les connoisseurs admirent au contraire avec quel
discernement exquis les deux grands artistes ont su allier, dans leur
ouvrage, la simplicité de l'ensemble à la richesse des détails, étaler
avec une sage retenue, et dans une harmonie parfaite, ce que
l'architecture a de plus brillant, ce que la sculpture peut offrir de plus
élégant et de plus gracieux. Ce n'étoit pas trop de tout le luxe
corinthien pour accompagner ces bas-reliefs incomparables dans lesquels
Jean Goujon semble s'être surpassé lui-même. C'est là surtout que l'on
peut voir ce qu'étoit le talent de cet homme extraordinaire, qu'on a
comparé au Corrége pour la grâce de ses productions, et qui certainement
l'emportoit de beaucoup sur lui pour la noblesse du style et la pureté du
dessin. Ici la finesse des contours, la souplesse des mouvements,
l'heureux agencement des draperies sous lesquelles le nu se développe avec
le sentiment le plus délicat, tout rappelle la naïveté et la perfection de
l'antique, dont Goujon a été, depuis la renaissance des arts, le plus
excellent imitateur; et nous ne craignons point d'être accusés
d'exagération, en donnant à ces bas-reliefs le premier rang parmi les
chefs-d'oeuvre de la sculpture moderne.
[Note 379: Jacques François Blondel.]
Cette merveille de l'art excita, dès son origine, une vive et profonde
admiration, devenue plus grande encore aujourd'hui que le goût de l'école
est plus que jamais porté vers l'étude et l'imitation de l'antique.
Cependant nous ferons remarquer comme une singularité assez frappante
qu'elle ne put inspirer au meilleur poëte latin du dix-septième siècle,
chargé d'en faire l'éloge, qu'une pensée froide et absurde, renfermée dans
un distique qu'on ne laissa pas de graver sur le soubassement. Au milieu
de tant de grâces et de perfections, Santeuil ne fut saisi que de la
vérité avec laquelle le sculpteur avoit rendu les eaux, qui cependant sont
d'une imitation très-médiocre, par la raison qu'il est impossible à la
sculpture de les imiter; et cette impression bizarre lui fit composer ces
deux vers, qui ne le sont guère moins:
_Quos duros cernis simulatos marmore fluctus,
Hujus nympha loci credidit esse suos._
Dans les petites tables placées au-dessous des impostes, on lit ces mots:
_Fontium Nymphis_; et, avant que cette fontaine eût été changée de place,
une inscription françoise, gravée sur le soubassement du côté de la rue
Saint-Denis, faisoit savoir que ce côté avoit été disposé, en 1708, pour
fournir une plus grande quantité d'eau.
Cet édifice, dont l'entretien avoit été fort négligé, fut réparé dans
cette même année 1708. Vers 1741 on se proposa de le restaurer une seconde
fois; mais comme cette restauration auroit altéré la beauté de la
sculpture, que les entrepreneurs avoient imaginé de faire regratter, on
fit heureusement jeter bas les échafauds avant que cette opération barbare
eût été commencée; et il fut décidé que l'on conserveroit à la postérité
ce magnifique ouvrage dans toute sa pureté[380].
[Note 380: On a introduit depuis peu dans cette fontaine un
très-grand volume d'eau, qui, se répandant en nappes et en
gerbes dans les bassins, contribue à augmenter le bel effet de
sa masse. (_Voyez_ pl. 88.)]
_Fontaine du Marché-Carreau ou Pilori._
Elle fut construite en 1601, alors qu'Antoine Guyot, président en la
chambre des comptes, étoit prévôt des marchands; mais les eaux n'y furent
conduites que sous la prévôté de François Miron. C'est à quoi faisoit
allusion l'inscription en vers latins qu'on y lisoit avant la révolution:
_Saxeus agger eram, ficti modo fontis imago:
Viva mihi laticis_ MIRO _fluenta dédit_[381].
[Note 381: Sur les restaurations faites à cette fontaine,
_voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER DES HALLES.
_Rue de la Chanverrerie._ Un de ses bouts donne dans la rue Saint-Denis,
l'autre dans celle de Mondetour. L'orthographe du nom de cette rue a
considérablement varié. On trouve _Chanverie_ dans Guillot, _Chanvrerie_
dans la taxe de 1313, _Chanvoirerie_ dans Corrozet, _Champ-verrerie_ dans
Sauval, _Chanverrerie_ dans de Chuyes, _Champvoirie_ dans La Caille,
_Champvoirerie_, _Chanvoirie_, etc. Cette différence d'orthographe a fait
naître deux opinions sur l'étymologie de ce nom. Quelques-uns ont cru que
l'endroit où cette rue est située étoit une campagne, ou faisoit partie du
terrain de Champeaux, dans lequel se seroit trouvée une verrerie; et
qu'ainsi il faut écrire _Champ-verrerie_. Ce sentiment, destitué de toute
preuve, n'est appuyé que sur l'autorité de Sauval. L'autre opinion fait
venir le nom de cette rue du mot _chanvre_, et semble plus probable. En
effet, 1º on trouve qu'on vendoit aux halles les filasses et les chanvres,
et l'on ne trouve aucune mention ni indice qu'il y ait eu une verrerie en
cet endroit; 2º le nom de _Chanverie_ que lui donne Guillot, et celui de
_Chanvrerie_ qu'on lit dans la taxe de 1313, sont plus analogues au
chanvre qu'à une verrerie; 3º ce qui semble lever toute difficulté est le
mot latin _Canaberia_, que des actes lui donnent. Dans les lettres de
Pierre de Nemours, évêque de Paris, du mois de juin 1218[382], il est fait
mention d'une maison _in vico de Chanaberia, prope S. Maglorium_. Dans un
amortissement du mois d'octobre 1295, cette rue est nommée _Vicus
Canaberie_[383]; et afin qu'on ne la confonde pas avec une autre, elle y
est indiquée _in censiva Morinensi_ (le fief de Thérouenne). Enfin les
registres capitulaires de Notre-Dame indiquent toujours cette rue sous les
noms de _Chanvrie_, de _Chanvrerie_[384].
[Note 382: _Cart. S.-Magl._, fol. 181.]
[Note 383: _Ibid._, fol. 58.]
[Note 384: Reg. Cap. 3, p. 206 et 246. Dès 1459 il y avoit dans
cette rue une maison appelée _l'hôtel de la marchandise du
poisson de mer_. Cette maison, destinée pour y faire dessaler le
poisson, fut transportée depuis dans la rue de la Cossonnerie.]
_Rue Comtesse d'Artois._ Elle commence à la pointe Saint-Eustache, et
finit à la rue Montorgueil, au coin de la rue Mauconseil. Dans les titres
du quatorzième siècle, elle est indifféremment nommée rue _au comte
d'Artois_; rue de la _Porte à la Comtesse_, et rue _à la Comtesse
d'Artois_. Le nom de rue au comte d'Artois venoit de Robert II, neveu de
saint Louis, dont l'hôtel étoit situé entre les rues Pavée et Mauconseil.
Cette rue est confondue maintenant avec la rue Montorgueil, dont elle a
pris le nom[385].
[Note 385: L'abbé Lebeuf, dans ses notes sur le _dit_ des rues
de Paris par Guillot, avance, et d'autres ont répété d'après
lui, que cette rue s'appeloit, en 1253, rue de la _Savaterie_;
en 1300, _au Comte d'Artois, de Bourgogne, Nicolas Arode_, et de
_la porte à la Comtesse_ au quinzième siècle. On ne trouve aucun
acte où cette rue soit appelée de la _Savaterie_, non plus que
de _Bourgogne_; à l'égard de la rue _Nicolas Arode_, l'abbé
Lebeuf, qui croit la reconnoître dans la rue
_Comtesse-d'Artois_, avoit oublié qu'il en avoit indiqué une de
ce nom dans le quartier Saint-Martin-des-Champs; d'où l'on
pourroit supposer, ou qu'il y en avoit deux du même nom, ce
qu'on ne trouve nulle part, ou que cette rue portoit ce nom
avant qu'on lui eût donné celui de _Comtesse d'Artois_, ce qui
ne peut se concilier avec l'énoncé du rôle de 1313. Voici ce
qu'il porte: «_La première Queullette de la paroisse de
Saint-Huystace se commence de la porte feu Nicolas Arode jusqu'à
la pointe Saint-Huystace, d'illec jusqu'à la porte de
Montmartre...... La troisième Queullette, de la porte au comte
d'Artois jusqu'au coin devant le Pilori._» D'où il est facile de
concevoir que la rue Nicolas Arode devoit être celle que nous
nommons rue de la Pointe-Saint-Eustache, et non la rue de la
Comtesse-d'Artois, laquelle commençoit où l'autre finissoit.]
_Rue de la Cordonnerie._ Elle traverse de la rue de la Tonnellerie au
marché aux Poirées. Elle a pris son nom des cordonniers[386] et vendeurs
de cuirs, qui quittèrent, suivant les apparences, la rue des _Fourreurs_
nommée d'abord de la Cordonnerie, pour venir s'établir aux halles dans
celle que nous décrivons.
[Note 386: Ce n'est que par syncope que ceux qui font et vendent
des souliers sont nommés cordonniers, car originairement on les
appeloit _cordouanniers_, parce que le premier cuir dont les
François se servirent pour leurs souliers venoit de Cordoue, et
en conséquence étoit appelé du _Cordouan_.]
_Rue de la Coçonnerie_, ou _Cossonnerie_. Elle va de la rue Saint-Denis
aux halles. Cette rue est fort ancienne. Sauval dit[387] qu'au douzième
siècle elle portoit le nom de _Via Cochoneria_, et en 1330 de la
Coçonnerie. On lit _Vicus Quoconneriæ_ dans un titre de Saint-Magloire, en
1283[388]; in _Buco Coconnerie ante halas_, dans un acte du mois
d'octobre 1295. Sauval dit que ces noms viennent des cochons et de la
charcuterie qu'on y vendoit, ou des volailles, gibiers et oeufs qui s'y
débitoient, _Cossonnerie voulant dire la même chose que Poulaillerie_. On
la trouve indiquée dans nos nomenclatures _Cossonnerie_, ce qui ne suit
pas aussi exactement l'orthographe du vieux mot latin que l'autre manière.
[Note 387: T. I, p. 128.]
[Note 388: Lebeuf, t. II, p. 586.]
_Rue du Cygne._ Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Mondetour, et
doit ce nom à une enseigne. Dès la fin du treizième siècle on connoissoit
la maison _O Cingne_. Guillot indique la rue au _Cingne_, et le rôle de
1314 la rue au _Cigne_.
_Rue de l'Échaudé._ C'étoit un petit passage qui alloit de la rue au Lard
dans celle de la Poterie. On ignore d'où lui vient ce nom qu'on ne donne
qu'à trois rues disposées en triangle: il se confond maintenant avec la
rue _Le Noir_, dont il fait la suite.
_Rue de la Pointe Saint-Eustache._ Un de ses bouts donne à l'extrémité de
la rue Traînée, et l'autre se termine aux halles, au coin de la rue de la
Tonnellerie. Son nom vient, selon quelques-uns, du clocher de l'église de
Saint-Eustache, qui étoit bâti en pointe ou pyramide. Selon d'autres, il
vient de la pointe formée par les rues qui y viennent aboutir. Ce
carrefour est en effet indiqué en 1300 et dans les siècles suivants sous
le nom de la _Pointe Saint-Huystace_. Nous avons déjà dit que nous croyons
cette rue la même que celle qui est désignée par Guillot sous le nom de
_Nicolas Arode_[389].
[Note 389: On la nomme maintenant _place de la pointe
Saint-Eustache_.]
_Rue aux Fers._ Elle va de la rue Saint-Denis au marché aux Poirées. On a
beaucoup varié sur le nom de cette rue qui est très-ancienne, étant connue
dès le treizième siècle. Sur plusieurs plans, tant anciens que modernes,
on lit _rue aux Fers_; d'autres écrivent _au Ferre_, et _aux Fèves_. Le
voisinage de la halle où l'on vend des légumes a sans doute servi de
fondement à cette dernière dénomination. Le rôle de 1313 et d'autres actes
l'indiquent sous le nom de rue _au Feure_. Sauval dit qu'elle le portoit
en 1297[390]; et il peut lui convenir, ainsi que celui de _Fouare_, qui
signifie aussi paille, parce qu'on croit, dit-il, qu'elle a _servi de
marché_. Jaillot pense que son véritable nom est celui de rue _au Fèvre_,
qu'on écrivoit anciennement _au Feure_ la consonne _v_ ne se distinguant
point alors dans les actes d'avec la voyelle _u_. Dans ce sens le mot
_fèvre_ veut dire un artisan, un fabricant, _faber_. C'est ainsi qu'elle
est nommée dans un arrêt du 26 mars 1321: _in capite vici Fabri juxta
halas_. Ainsi la dénomination de rue _aux Fers_, qu'on lui donne depuis
plus de cent cinquante ans, n'a pas d'autre fondement que l'usage.
[Note 390: T. I, p. 134.]
_Rue de la Friperie_ (la grande et la petite). Ces deux rues doivent leur
nom aux fripiers qui en habitent la plus grande partie; elles aboutissent
toutes deux à la rue de la Tonnellerie. La grande rue de la Friperie se
termine à la rue Jean-de-Beausse, et la petite à celle de la
Lingerie[391].
[Note 391: La petite rue de la Friperie est indiquée sur
quelques plans sous le nom de la _Chausseterie_. On donnoit
anciennement ce nom à la rue Saint-Honoré, depuis les piliers
des halles jusqu'à la rue des Prouvaires.]
_Rue de la Fromagerie._ Elle aboutit d'un côté dans la rue de la
Pointe-Saint-Eustache; de l'autre dans le marché aux Poirées. On la
nommoit anciennement _vieille Fromagerie_, sans doute à cause des
marchands de fromage qui y demeuroient[392]; et c'est ainsi qu'on la
trouve indiquée dans les plans de la fin du quinzième siècle. Guillot
l'appelle _de la Formagerie_.
[Note 392: Sauval, t. I, p. 137.]
_Rue Jean-de-Beausse._ Elle traverse de la rue de la Friperie dans celle
de la Cordonnerie, et doit son nom à un particulier qui y avoit un étal.
Il en est fait mention dans un compte du hallage, en 1484. Son nom n'a pas
varié depuis[393].
[Note 393: Il y avoit encore, à la fin du siècle dernier, une
petite rue qui formoit une partie circulaire, laquelle sortoit
de la rue Jean-de-Beausse et y rentroit. Cette rue, qu'on
nommoit _du Petit-Saint-Martin_, s'appeloit, au quinzième
siècle, suivant Jaillot, ruelle ou rue _du Four-Saint-Martin_.
Cette opinion est fondée sur des actes qui prouvent que, dès
1119, le prieuré de Saint-Martin-des-Champs jouissoit d'un four
aux halles. Ce four, dont il est fait mention dans une bulle de
Calixte II, est désigné dans tous les titres de cette abbaye
sous le nom de _fief de la Rapée_ (au marché aux Poirées), _in
vico qui dicitur Judæorum_. Or, cette rue des Juifs, le même
auteur la croit remplacée par la grande rue de la Friperie, qui
aboutissoit à celle du _Petit-Saint-Martin_. Il ne reste plus
aucun vestige de cette dernière, dont l'emplacement est
entièrement couvert par des maisons. On a également fermé un
cul-de-sac ou passage qui donnoit dans cette rue, et qui
existoit encore avant la révolution. On l'avoit alors partagé en
deux parties qui formoient des cours, et on l'appeloit rue
_Grosnière_. Ce nom, dont nous ignorons l'origine, a beaucoup
varié, et l'on trouve ce même passage sous ceux de
l'_Engronnerie_, l'_Angrognerie_, de la _Grongnerie_. On l'a
aussi nommé _petite rue Saint-Martin_.]
_Rue au Lard._ Elle commence à la rue de la Lingerie et aboutit à la
boucherie de Beauvais. Presque toutes les nomenclatures portent rue
_Aulard_, comme si elle eût emprunté ce nom d'un particulier. Cependant
il est certain qu'on y vendoit autrefois du lard et des charcuteries, ce
qui donne lieu de croire qu'il faut écrire _au Lard_, opinion que fortifie
la vue de plusieurs anciens plans où l'on s'est conformé à cette
orthographe[394].
[Note 394: L'ancienne boucherie de Beauvais étoit placée en face
de cette rue, et en faisoit la continuation. C'est maintenant un
cul-de-sac, nommé, comme la rue, _cul-de-sac au Lard_.]
_Rue de la Lingerie._ Une de ses extrémités donne dans la rue de la
Féronnerie, l'autre dans le marché aux Poirées, au coin de la rue aux
Fers. Elle doit son nom aux lingères et vendeurs de menues friperies à qui
saint Louis permit d'étaler le long du cimetière des Innocents jusqu'au
marché aux Poirées, privilége qui leur fut confirmé par plusieurs de ses
successeurs. Les gantiers étoient établis de l'autre côté de cette rue:
aussi trouve-t-on dans plusieurs actes la lingerie et la ganterie
indiquées au même endroit. Les étaux de lingères subsistèrent en ce lieu
jusqu'au règne de Henri II. Ce prince, ayant racheté toutes les halles,
vendit cet emplacement à des particuliers pour y construire des
maisons[395], lesquelles ont formé une rue qui a pris le nom de _rue de la
Lingerie_.
[Note 395: Ils s'étoient engagés à les construire avec des
arcades de pierres et quatre étages au-dessus, ce qui ne fut pas
entièrement exécuté.]
_Rue de Mondetour._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des Prêcheurs, et
de l'autre dans celle du Cygne. Guillot et ceux qui l'ont suivi ont écrit
_Maudetour_, et avec raison. Elle est ainsi nommée dans les rôles de 1300
et de 1313; et ce nom subsistoit encore du temps de Corrozet. Sauval dit
qu'elle s'appeloit, au quatorzième siècle, _Maudestour_ et
_Maudestours_[396], et, depuis la rue du Cygne jusqu'à celle de la
Truanderie, ruelle ou rue _Jean Gilles_. On varie sur l'étymologie de ce
nom. L'abbé Lebeuf a inféré du nom de _Maudetour_, qui veut dire _mauvais
détour_, ou que c'étoit un endroit dans lequel on avoit fait quelque
mauvaise rencontre, ou que ce nom pouvoit venir de l'ancien château de
Maudestor[397]. Jaillot pense que c'est un nom de famille, et il cite à
l'appui de son sentiment plusieurs titres anciens, et entre autres les
déclarations rendues en 1540, parmi lesquelles on trouve celle d'une
maison sise rue Pyrouet en Thérouenne, aboutissant des deux parts aux
héritiers de feu _Claude Foucault, sieur de Maudetour_[398].
[Note 396: T. I, p. 151.]
[Note 397: T. II, p. 587.]
[Note 398: Rec. de Blondeau, t. XXVIII, 1er cahier.]
_Rue Le Noir._ Cette rue, qui donne de la rue Saint-Honoré dans celle de
la Poterie, a été ouverte depuis 1780, et doit son nom à M. Le Noir,
lieutenant-général de police.
_Rue Pirouette._ Voyez _Tirouane_.