compris entre l'hôtel de Bohème et les rues des Vieilles-Étuves et des
Deux-Écus. Il passa au connétable d'Albret vers le commencement du
quinzième siècle, fut ensuite confisqué sur son fils, et vendu à divers
particuliers. Nous croyons que c'est le même hôtel qui appartenoit, un
siècle auparavant, à Jacques de Bourbon, connétable de France sous le
règne du roi Jean.
_Hôtel de Calais._
Il étoit situé rue Plâtrière et à l'entrée de cette rue, du côté de la rue
Coquillière. Cet hôtel, que l'on appeloit aussi le _Châtel de Calais_,
appartenoit dans le quatorzième siècle au comte de Joigny, et ensuite au
sieur Bernard de Chaillon; enfin, au mois de mai 1387, il fut donné par le
roi à Guillaume de La Trémoille[264]. Cet hôtel tenoit à des écuries et à
un manége que Charles V avoit fait bâtir dans une rue adjacente, et que
l'on nommoit _le Séjour du Roi_[265], et l'hôtel de Laval avoit été en
partie élevé sur son emplacement.
[Note 264: 3e liv. des Chartes, fol. 10.]
[Note 265: _Voyez_ dans la liste des rues, la rue _du Jour_.]
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Bullion_ (rue Plâtrière).
Cet hôtel fut bâti vers l'an 1630 par Claude de Bullion, surintendant des
finances. Un tel édifice, qui n'a rien que de médiocre dans son
architecture, nous paroîtroit peu digne aujourd'hui de servir de logement
à un surintendant des finances[266]. On remarquoit seulement dans
l'intérieur deux galeries qui avoient été peintes et décorées par trois
artistes célèbres, _Vouet_, _Blanchard_ et _Sarazin_. Ces décorations ont
été détruites.
[Note 266: Il est depuis long-temps habité par des particuliers.
Avant la révolution, le rez-de-chaussée avoit déjà été converti
en salles de vente, où l'on faisoit surtout des expositions de
tableaux.--Il continue d'être employé au même usage.]
_Hôtel des Fermes, ci-devant de Séguier_ (rue de Grenelle).
Cet hôtel, dont la porte principale est dans la rue de Grenelle, a été
habité par des princes et par plusieurs personnages illustres. Il est
connu dès le seizième siècle, et consistoit alors en deux maisons qui
appartenoient à Isabelle Le Gaillard, femme de René Baillet, seigneur de
Sceaux, et second président du parlement. Cette dame les vendit, en 1573,
à Françoise d'Orléans, veuve de Louis de Bourbon, premier prince de Condé.
On voit ensuite cette demeure passer entre les mains de Henri de Bourbon,
dernier duc de Montpensier, et sa veuve le revendre, après sa mort, à
Roger de Saint-Larri, duc de Bellegarde, qui en étoit propriétaire en
1612. Celui-ci le fit rebâtir et agrandir, au moyen de quelques
acquisitions qu'il fit dans la rue du Bouloi; et ces nouvelles
constructions furent faites sous la direction de Ducerceau. Elles furent
composées, suivant l'usage de ce temps-là, d'assises de briques liées
ensemble par des chaînes de pierres en bossage; mauvais genre
d'architecture dont nous avons déjà remarqué la bizarrerie.
Pierre Séguier, chancelier de France, ayant acheté cet hôtel en 1633,
l'augmenta depuis de deux vastes galeries construites l'une sur l'autre,
et qui régnoient entre les deux jardins, depuis le grand corps-de-logis
jusqu'à la rue du Bouloi. La galerie supérieure formoit une bibliothéque;
et toutes les deux avoient été ornées de peintures par Simon Vouet.
Le même peintre avoit enrichi la chapelle de tableaux, dont les sujets
étoient pris de la vie de la sainte Vierge et de celle de Jésus-Christ.
Sur l'autel étoient deux statues de Sarrazin, qui représentoient saint
Pierre et sainte Magdeleine, patrons du chancelier Séguier et de son
épouse.
Ce fut dans cet hôtel que ce magistrat se fit un plaisir d'accueillir les
artistes et les savants, qui trouvèrent en lui un protecteur puissant et
éclairé. Ce zèle et cet amour qu'il témoigna toute sa vie pour les
sciences et les arts déterminèrent l'Académie françoise à le choisir pour
son chef après la mort du cardinal de Richelieu. Le chancelier ayant
accepté un patronage qui alors étoit très-honorable, cette compagnie tint
ses séances dans sa maison jusqu'en 1673, que le roi lui accorda une salle
au Vieux-Louvre.
Ce fut dans ce même hôtel que le chancelier Séguier eut plus d'une fois
l'honneur de recevoir Louis XIV, et qu'en 1656 la reine de Suède honora
l'Académie françoise de sa présence.
Vers la fin du dix-septième siècle, les fermiers-généraux en firent
l'acquisition pour y tenir leurs assemblées et placer leurs bureaux; et
ils en sont demeurés propriétaires jusqu'au moment de la révolution.
_Hôtel des Postes_ (rue Plâtrière).
Cet hôtel n'étoit, vers la fin du quinzième siècle, qu'une grande maison,
appelée l'_Image Saint-Jacques_, laquelle appartenoit à Jacques Rebours,
procureur de la ville. Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Épernon,
l'ayant achetée et fait rebâtir, elle fut vendue par Bernard de Nogaret
son fils à Barthélemi d'Hervart, contrôleur-général des finances, qui la
fit reconstruire presque en entier, et n'épargna rien pour en faire une
habitation magnifique. On y remarquoit particulièrement plusieurs ouvrages
de Mignard, et le tableau de la chapelle, représentant la Prédication de
saint Jean-Baptiste, par Bon Boulongne.
Cet hôtel passa ensuite à M. Fleuriau d'Armenonville, secrétaire d'état,
et au comte de Morville son fils, ministre secrétaire d'état aux affaires
étrangères; il portoit encore le nom d'hôtel d'Armenonville, lorsqu'en
1757 le roi le fit acheter pour y placer les bureaux des postes. On y fit
alors les constructions et distributions nécessaires à sa nouvelle
destination[267].
[Note 267: Elle n'a point changé depuis la révolution.]
La maison de l'intendant-général des postes est renfermée dans l'enceinte
de cet hôtel. Sa porte d'entrée, qui donne sur la rue Coq-Héron, est
accompagnée de deux pavillons.
_Hôtel de Toulouse._
Cet hôtel fut bâti vers l'an 1620, sur les dessins de François Mansard,
pour Raymond-Phelypeaux de la Vrillière, secrétaire d'état; en 1701 il fut
vendu à M. Rouillé, maître des requêtes; enfin le comte de Toulouse, qui
l'acheta en 1713, lui donna le nom qu'il n'a point cessé de porter
jusqu'aux derniers temps de la monarchie. Cet hôtel est situé en face de
la petite rue de la Vrillière. Le portail, que l'on a long-temps admiré,
passoit pour un des ouvrages les plus remarquables de Mansard.
Cet édifice, bâti sur un terrain irrégulier, s'étend le long de la rue
Neuve-des-Bons-Enfants jusqu'à la rue Baillif. Il n'offre rien dans sa
construction de vraiment beau; et dans un temps où l'on n'étoit pas
difficile en architecture, on y trouvoit déjà de grands défauts.
Les vastes et nombreux appartements qu'il renferme étoient décorés avec un
luxe d'ornements prodigieux. La galerie et les cabinets contenoient une
collection de tableaux de grands maîtres, qui jouissoit de beaucoup de
réputation. Formée par le comte de Toulouse, elle avoit été augmentée par
son fils M. le duc de Penthièvre, qui, à l'époque de la révolution,
habitoit cet hôtel avec madame la princesse de Lamballe sa fille.
Le grand escalier intérieur, placé dans l'aile gauche, conduisoit à une
salle dite _des Amiraux_, et ainsi appelée parce qu'on y voyoit les
portraits de tous les amiraux de France, depuis Florent de Varennes, qui
vivoit en 1270, jusqu'à M. le duc de Penthièvre inclusivement[268].
[Note 268: Cet hôtel est maintenant occupé par l'administration
de la Banque de France. _Voyez_ l'article _Monuments
nouveaux_.]
_Hôtel de Gesvres._
Cet hôtel, situé dans la rue Croix-des-Petits-Champs, a eu autrefois
quelque célébrité, moins à cause du nom qu'il portoit, que parce qu'il
étoit le seul endroit où l'on tolérât autrefois les jeux de hasard, ces
jeux que, depuis, la sagesse de nos rois avoit entièrement supprimés, et
que l'on a vus l'objet des spéculations fiscales, et pour ainsi dire des
encouragements de tous les gouvernements révolutionnaires qui se sont
succédé. En 1750, une compagnie d'assurances en avoit fait aussi le lieu
de ses assemblées; et c'est pourquoi on y voyoit sculptées sur la porte
les armes du roi, avec une ancre de vaisseau.
FONTAINES.
_Fontaine de la nouvelle Halle._
Elle a été pratiquée dans le piédestal de la colonne astronomique élevée
par Catherine de Médicis, et qui se trouve maintenant adossée à la Halle
au blé.
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-EUSTACHE.
_Rue des Vieux-Augustins._ Elle aboutit d'un côté à la rue Montmartre, de
l'autre à la rue Coquillière, et doit cette dénomination aux
Grands-Augustins qui s'y établirent en arrivant à Paris. Il paroît que
depuis cette époque elle a toujours été appelée ainsi, mais seulement
jusqu'à la rue Pagevin, qui donnoit autrefois son nom à la continuation de
celle-ci jusqu'à la rue Coquillière. En effet, le territoire de ces
religieux ne s'étendoit pas au-delà de la rue _Soli_. Ce domaine, qui
passa ensuite dans les mains de plusieurs propriétaires, s'appeloit, au
seizième siècle, _le clos Gaultier Saulseron_[269].
[Note 269: Reg. des Ensaisin. du chap. S. Honoré, fol. 373,
_verso_. Lorsque les Augustins quittèrent ce quartier en 1293,
leur manoir passa à Robert, comte de Nevers, qui le donna à son
fils en 1296. (Grand cart. de l'évêché, fol. 90, _verso_; cart.
137.) Il appartint depuis aux évêques de Paris: car on a trouvé
qu'en 1315 Guillaume Baufet, qui tenoit alors le siége épiscopal
de cette ville, donna ce terrain à cens à Jean de Clamart.
(Arch. de l'archev.)]
_Rue Babille._ En construisant la Halle au blé sur l'emplacement de
l'hôtel de Soissons, on pratiqua six rues pour en faciliter l'accès et les
débouchés; celle-ci forme la continuation de la rue d'Orléans, et doit son
nom à M. Babille, avocat au parlement, chevalier de l'ordre du roi, alors
échevin.
_Rue Baillifre_, vulgairement appelée _Baillif_. Elle va de la rue des
Bons-Enfants à celle de la Croix-des-Petits-Champs. Tous les plans du
dix-septième siècle la confondent avec la rue des Bons-Enfants, qu'ils
font aboutir en retour d'équerre dans la rue Croix-des-Petits-Champs. Elle
en étoit cependant distinguée, dès le siècle précédent. Sauval dit qu'elle
s'appelle _Baliffre_, et qu'elle doit ce nom à Claude Baliffre,
surintendant de la musique de Henri IV, à qui ce prince donna les places
qui bordent cette rue. Jaillot pense que cette assertion n'est pas juste,
et que Sauval a confondu les noms. Cet emplacement avoit été donné, selon
lui, par la ville à bail emphytéotique à Claude Baillifre, sur la
succession duquel elle fut saisie, et adjugée par décret, le 19 décembre
1626, à Henri Bailli. La maison est énoncée dans ce décret «comme étant
située rue _Bailliffre_, au bout de la rue des Petits-Champs, dans la
pointe du rempart, tenant d'une part au sieur Bailli, intendant de la
musique du roi, et de l'autre à Mathieu Baillifre.» Mathieu et Claude
Baliffre sont aussi désignés dans les censiers de l'archevêché comme
propriétaires de maisons situées rue _Baliffre_.
_Rue du Bouloi_ ou _Bouloir_. Elle aboutit d'un côté à la rue Coquillière,
de l'autre à celle de la Croix-des-Petits-Champs. Sauval, qui l'appelle
rue _du Bouloir_, dit qu'en 1359 elle se nommoit la rue _aux Bulliers_,
dite la _cour Basile_, et que, de _Bulliers_ ou _Boulliers_, le peuple a
fait _Bouloi_ ou _Bouloir_. En effet, dans tous les titres de
l'archevêché du quatorzième siècle, elle est désignée sous le nom de _rue
aux Bouliers_ et de la _cour Basile_. Cette cour étoit située vis-à-vis le
cimetière de Saint-Eustache, qui fut vendu, comme nous l'avons dit, au
chancelier Séguier[270]. La maison du _Bouloi_, qui a donné son nom à
cette rue, étoit située vis-à-vis la douane, et on l'appeloit ainsi dès le
commencement du seizième siècle[271]. Les Carmélites ont eu autrefois un
couvent dans cette rue, où elles s'établirent en 1656.
[Note 270: _Voyez_ p. 228.]
[Note 271: Cens. de l'évêché.]
_Rue du Bout du Monde._ Elle traverse de la rue Montmartre à celle de
Montorgueil. On la nommoit, en 1489, _ruelle des Aigoux_; en 1564, _rue où
soûloient être les égouts de la ville_. C'étoit en effet le passage d'un
égout découvert. Un misérable _rébus_, qui formoit l'enseigne d'une
maison[272], lui fit donner le nom qu'elle porte aujourd'hui; on y avoit
représenté un os, un bouc, un duc (oiseau) et un globe, figure du monde,
avec l'inscription _os bouc duc monde_ (au bout du monde).
[Note 272: C'étoit la cinquième à droite en entrant par la rue
Montmartre.]
_Rue de Calonne_[273]. Cette rue, ouverte depuis 1780, lorsque M. de
Calonne étoit contrôleur-général des finances, sert de communication entre
les rues des Prouvaires et de la Tonnellerie, où se termine ce quartier à
l'orient.
[Note 273: Depuis rue de la Fayette, autrefois rue du
Contrat-Social.]
_Rue Croix-des-Petits-Champs._ Cette rue, qui donne d'un bout dans la rue
Saint-Honoré, et de l'autre aboutit à la place des Victoires, tire la
dernière partie de son nom du terrain sur lequel elle a été construite,
lequel consistoit en jardins et en petits champs. Elle ne fut
originairement connue que sous ce nom de _rue des Petits-Champs_, et
alors elle se terminoit à la rue qui s'appelle aujourd'hui de la
Vrillière; on la prolongea jusqu'à la place des Victoires peu de temps
après la construction de cette place. La dénomination de _rue de la
Croix-des-Petits-Champs_ qu'elle reçut dans la suite, et qu'elle conserve
encore aujourd'hui, lui vient d'une croix qui s'y trouvoit placée à
l'entrée, du côté de la rue Saint-Honoré, et qu'on recula depuis jusqu'à
l'angle formé par la rue du Bouloi. Elle a aussi porté le nom d'_Aubusson_
dans la partie voisine de la place des Victoires; mais ce nom n'a pas
subsisté long-temps.
_Rue Coq-Héron._ Elle fait la continuation de la rue de la Jussienne, et
aboutit à la rue Coquillière. On l'a ainsi appelée dès son origine, qui
est très-ancienne; du reste on ignore l'étymologie ou la cause de cette
dénomination. Ce n'étoit qu'un cul-de-sac en 1298. On trouve dans le grand
cartulaire de l'évêché le titre d'une reconnoissance de huit deniers sur
une maison située au bout d'une ruelle _sine capite quæ vocatur
Quoqueheron_[274].--Cette rue s'est ensuite prolongée jusqu'à la rue
Montmartre. Plusieurs titres du seizième siècle la nomment rue de
l'_Égyptienne_, dite _Coquehéron_; mais cette dénomination ne peut
s'appliquer qu'à la partie de cette rue qui est connue aujourd'hui sous le
nom de la _Jussienne_.
[Note 274: Fol. 273, cart. 437.]
_Rue Coquillière._ Elle aboutit d'un côté à la petite place qui est
devant l'église de Saint-Eustache, et de l'autre à la rue
Croix-des-Petits-Champs. Quelques auteurs ont dit, d'après Sauval, que
cette rue fut d'abord nommée _Coquetière_, parce que les coquetiers, qui
font trafic d'oeufs, arrivoient à la Halle par cette rue; et que, du
temps de Marot, on l'appeloit _Coquillart_, du nom d'un particulier. Il
est plus vraisemblable qu'elle doit son nom à Pierre Coquillier, qui, en
1292, vendit à Gui de Dampierre une grande maison qu'il avoit fait bâtir
dans cette rue. Il paroît constant que cette famille étoit ancienne dans
ce quartier: car on lit dans un manuscrit de la Bibliothéque du roi[275]
qu'en 1262 et 1265 Odeline Coquillière (Coclearia) fonda une chapelle de
Saint-Eustache; dans un acte de 1255 il est également fait mention d'Adam
et Robert Coquillière. Enfin la considération dont jouissoient ces
bourgeois étoit telle qu'ils firent donner leur nom à celle des portes de
l'enceinte de Philippe-Auguste qui fut élevée à l'extrémité de cette rue;
on la trouve effectivement désignée, dans les titres de ce siècle et du
suivant, sous le nom de _la porte au Coquiller_[276].
[Note 275: Côté 5185:B.]
[Note 276: Traité de la Pol., t. I, p. 76.]
_Rue des Deux-Écus._ Cette rue, qui traverse de la rue des Prouvaires dans
celle de Grenelle, n'a pas toujours eu une aussi grande étendue.
Quoiqu'elle fût autrefois bornée par la rue d'Orléans, elle portoit trois
noms, depuis cette rue jusqu'à celle des Prouvaires. À partir de cette
dernière jusqu'à la rue du Four, et même jusqu'à celle des
Vieilles-Étuves, on la trouve nommée _Traversaine_, _Traversane_ et
_Traversine_; ensuite entre ces deux rues, _rue des Écus_, _des
Deux-Écus_; enfin _rue de la Hache_ et _des Deux-Haches_[277], depuis la
rue des Vieilles-Étuves jusqu'à celle de _Nesle_, dite depuis d'Orléans;
et ses diverses parties étoient encore distinguées sous ces trois noms au
commencement du siècle. Corrozet indique aussi la rue des Deux-Écus et
celle des Deux-Haches; il ajoute ensuite la _rue de la Vieille_, celle _de
la Brehaigne_ et _Pressoir du Bret_. Guillot parle aussi d'une _rue
Raoul-Menuicet_. Les changements survenus à l'hôtel de Nesle, dit depuis
hôtel _de Soissons_, ont fait disparoître ces rues, dont nous allons
indiquer la situation.
[Note 277: Cens. de l'évêché.--Cart. de S. Germ. l'Aux.--Compte
des annivers., 1482.]
La rue d'Orléans s'appeloit alors _rue de Nesle_; elle traversoit le
terrain de l'hôtel de Soissons, et aboutissoit à la petite place qui fait
face à l'église Saint-Eustache; il en subsiste encore une partie dans la
rue Oblin, qui, avant la démolition de cet hôtel, se nommoit _cul-de-sac
de l'hôtel de Soissons_.
La rue des Vieilles-Étuves se prolongeoit aussi et aboutissoit dans la rue
de Nesle, presque vis-à-vis la porte de l'hôtel du même nom; c'est cette
partie de rue, depuis celle des Deux-Écus jusqu'à l'angle qu'elle formoit
avec la rue de Nesle, qu'on appeloit la _Vieille Brehaigne_, nom que
Corrozet a mal à propos séparé en deux.
À l'égard du _Pressoir du Bret_[278], il étoit vis-à-vis, dans la rue des
Deux-Écus, entre celles du Four et des Vieilles-Étuves.
[Note 278: C'est par altération que ce pressoir est nommé _du
Bret_; il faut dire _d'Albret_, la maison du connétable d'Albret
étant située entre ces trois rues.]
C'est dans ce même endroit, c'est-à-dire entre les rues des
Vieilles-Étuves et d'Orléans, que la rue des Deux-Écus s'appeloit _des
Deux-Haches_, de l'enseigne d'une maison située au coin de la rue des
Étuves, dite aujourd'hui rue de Varennes.
Quant à la rue _Raoul Menuicet_, ou plutôt _Raoul Mucet_, Jaillot la place
dans la partie de la rue des Veilles-Étuves comprise dans l'hôtel de
Soissons; il fonde cette assertion sur le dit des rues de Guillot, dont
voici les termes[279].
En la rue Raoul Menuicet
Trouvai un homme qui mucet,
Une femme en terre et ensiet,
La rue des Étuves en prêt siet.
[Note 279: _Voyez_ t. Ier, p. 436, 1re partie.]
Il s'appuie en outre du témoignage de l'abbé Lebeuf[280], qui croit
reconnoître cette rue dans le cul-de-sac de Soissons, lequel faisoit la
continuation des rues de Nesle et des Étuves qui y aboutissoient, d'où il
résulte que la rue _Raoul Mucet_ devoit être près de celle des Étuves.
[Note 280: T. I, p. 584.]
Enfin il ajoute qu'il y avoit un cimetière en cet endroit, lequel étoit
certainement situé entre la rue du Four et la continuation de celle des
Vieilles-Étuves. En effet, les censiers de l'évêché indiquent en cet
endroit plusieurs maisons qui appartenoient à la fabrique de
Saint-Eustache; celui de 1372 énonce _une maison aux bourgeois de
Saint-Huitasse, qui est à présent cimetière_; et, pour ne laisser aucun
doute sur sa position, la désigne comme contiguë aux maisons qui _furent
au vicomte de Melun_. Or, tous les titres[281] nous apprennent qu'il y en
avoit qui furent acquises par Mathieu de Nanterre, président au parlement,
et qu'elles étoient situées entre les rues que nous nommons du Four, des
Deux-Écus et de la Nouvelle-Halle au blé.
[Note 281: Cens. de 1489, fol. 47; _verso_.]
Enfin la rue des Deux-Écus fut depuis prolongée jusqu'à la rue de
Grenelle; ce fut, selon le plus grand nombre des historiens de Paris,
Catherine de Médicis qui la fit ouvrir sur son terrain pour la commodité
du public, et en quelque sorte pour le dédommager des parties des rues
d'Orléans et des Vieilles-Étuves qu'elle avoit supprimées et enclavées
dans son hôtel. Cependant Jaillot pense qu'elle ne fut ouverte qu'après la
mort de cette reine, dans l'an 1606.
_Rue des Bons-Enfants._ Elle commence à la rue Saint-Honoré, et aboutit à
la rue Baillif et à la rue Neuve-des-Bons-Enfants. Cette rue doit son nom
au collége qui jadis y étoit situé, et dont nous avons déjà plusieurs fois
parlé. Avant l'établissement de ce collége et la fondation de l'église
Saint-Honoré, cette rue n'étoit connue que sous la dénomination de _chemin
qui va à Clichi_; elle prit ensuite le nom de _ruelle par où l'on va au
collége des Bons-Enfants_[282], et de _rue aux Écoliers de Saint-Honoré_.
[Note 282: Cens. de 1372, 1489 et 1573.]
_Rue Neuve-des-Bons-Enfants._ Elle fait la continuation de la rue des
Bons-Enfants, et aboutit à la rue Neuve-des-Petits-Champs. Cette rue fut
percée sur un terrain de sept cent onze toises que le cardinal de
Richelieu avoit acquis en 1634, et qu'il rétrocéda à un particulier nommé
Barbier. Quelques titres paroissent fixer l'époque de l'ouverture de cette
rue à l'année 1640; il est certain du moins que, l'année suivante, elle
étoit couverte de maisons du côté du Palais-Royal.
_Rue des Veilles-Étuves._ Elle va de la rue Saint-Honoré à celle des
Deux-Écus, et doit ce nom à des étuves ou bains, particulièrement
destinés aux dames[283], qui s'y trouvoient situés. En 1300 on la nommoit
simplement des Étuves, et en 1350, des Vieilles-Étuves[284].
[Note 283: L'usage des étuves étoit anciennement aussi commun en
France, même parmi le peuple, qu'il l'est et l'a toujours été
dans la Grèce et dans l'Asie; on y alloit presque tous les
jours. Saint Rigobert avoit fait bâtir des bains pour les
chanoines de son église, et leur fournissoit le bois pour
chauffer l'eau. Grégoire de Tours parle de religieuses qui
avoient quitté leur couvent, parce qu'on s'y comportoit dans le
bain avec peu de modestie. Le pape Adrien Ier recommandoit au
clergé de chaque paroisse d'aller se baigner processionnellement
tous les jeudis, en chantant des psaumes.
Il paroît que les personnes que l'on prioit à dîner ou à souper
étoient en même temps invitées à se baigner. «Le roi et la
reine, dit la Chronique de Louis XI, firent de grandes chères
dans plusieurs hôtels de leurs serviteurs et officiers de Paris;
entre autres, le dixième de septembre mil quatre cent
soixante-sept, la reine, accompagnée de madame de Bourbon, de
mademoiselle Bonne de Savoie sa soeur, et de plusieurs autres
dames, soupa en l'hôtel de maître Jean Dauvet, premier président
en parlement, où elles furent reçues et festoyées
très-noblement, et on y fit quatre beaux bains richement ornés,
croyant que la reine s'y baigneroit, ce qu'elle ne fit pas, se
sentant un peu mal disposée, et aussi parce que le temps étoit
dangereux; et en l'un desdits bains se baignèrent madame de
Bourbon et mademoiselle de Savoie; et dans l'autre bain à côté
se baignèrent madame de Monglat et Perrette de Châlon,
bourgeoise de Paris..... Le mois suivant, le roi soupa à l'hôtel
de sire Denis Hesselin, son panetier, où il fit grande chère, et
y trouva trois beaux bains richement tendus, pour y prendre son
plaisir de se baigner, ce qu'il ne fit pas, parce qu'il étoit
enrhumé, et qu'aussi le temps étoit dangereux.» (SAINT-FOIX.)]
[Note 284: Arch. de l'archev.]
_Rue du Four._ Elle conduit de la rue Saint-Honoré au carrefour qui est
vis-à-vis l'église Saint-Eustache, et doit son nom au four bannal de
l'évêque qui y étoit. On l'appeloit, en 1255, _le Four de la
Couture_[285], parce qu'il étoit situé dans la _Couture_ de l'évêque,
_vicus Furni in Culturâ et justitiâ episcopi_.
[Note 285: Temporalité de N. D.--Bibl. du roi, côté B., nº
5181.]
_Rue de Grenelle._ Cette rue aboutit d'un côté dans celle de Saint-Honoré,
et de l'autre dans la rue Coquillière; elle doit vraisemblablement son nom
à _Henri de Guernelles_, qui y demeuroit au commencement du treizième
siècle[286]. C'est par altération dans la manière de le prononcer qu'il a
été changé depuis en ceux de _Guarnelles_, _Guarnales_, _Garnelle_, et
enfin de _Grenelle_, que cette rue porte aujourd'hui[286].
[Note 286: Pet. cart. de l'évêché, fol. 140 et 163.]