Des fouilles ayant été ordonnées dans cet endroit en 1737 et 1738, et

d'après l'indication laissée par cet ancien historien, on y découvrit les

restes d'un bâtiment dont le plan offroit un parallélogramme divisé en

cellules, dont quelques-unes contenoient des fourneaux. On y reconnut les

vestiges de deux chambres cimentées intérieurement et extérieurement; du

côté du midi, un canal qui descendoit de la fontaine du Buc, apportoit

l'eau dans cet édifice; et cette eau y pénétroit par une ouverture voisine

des fourneaux. L'abbé Lebeuf, qui avoit suivi les travaux de ces fouilles,

a cru y voir une maison de bains particuliers. M. de Caylus, qui

recueillit depuis avec le plus grand soin toutes les notions relatives à

ces recherches, pensa que ce pouvoit être un bâtiment destiné à des

fonderies. Tous les deux s'accordent à n'y point reconnoître un temple

payen. Dans les ruines de ce même édifice, furent trouvés un vase de terre

d'un travail grossier, et une tête de bronze grande comme nature[207].

[Note 207: Antiquités, etc., t. III.]

Au bas de cette même montagne, et dans la partie opposée, on découvrit

encore, en creusant un puits, deux fragments de bas-reliefs en marbre

blanc, offrant des enfants ailés qui montent sur un char; un bras de

bronze qui a dû appartenir à une statue d'environ huit pieds de

proportion, un petit buste et quelques fragments de poterie romaine.

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

_Place des Victoires._ La statue colossale du général Desaix, tué à la

bataille de Marengo, y a occupé quelques années la place où s'élevoit

auparavant le monument de Louis XIV; et c'étoit là une de ces idées

heureuses qui ne pouvoient entrer que dans une tête comme celle de

Buonaparte. Cette statue étoit en bronze, et représentoit ce général

entièrement nu, (ce qui étoit encore dans les convenances de ce temps-là),

tenant une épée de la main droite, et affublé d'un petit manteau jeté sur

l'épaule gauche. Même avant la fin du règne de l'usurpateur, on fut obligé

de détruire ce monument monstrueux et ridicule tout à la fois; et rien

jusqu'à la restauration ne l'avoit remplacé.

La statue de Louis XIV va reprendre la place qui lui appartient. Le grand

monarque y sera représenté à cheval, et M. Bosio est chargé de l'exécution

de ce monument.

_Église des Petits-Pères._ Cette église, qui a été rendue au culte,

possède deux nouveaux tableaux dont la ville de Paris lui a fait présent,

et que l'on a placés dans le choeur. L'un représente la _Conversion de

saint Augustin_, l'autre, la _Vision de sainte Monique_. Tous les deux

ont été exécutés par M. Gailliot, et forment le complément de l'Histoire

de Saint-Augustin, dont les principaux événements ont été retracés dans

les six tableaux de Carle Vanloo, déjà mentionnés.

À l'entrée de l'église, à gauche et au-dessus du bénitier, on a gravé sur

une table de marbre, avec sa traduction latine, ce vers grec _rétrograde_

qui est très-connu,

[Grec: Nipson anomêmata mê monan opsin.]

Ablue peccata non solam faciem.

On fait dans la chapelle qui contenoit le tombeau de Lully les réparations

nécessaires pour y replacer ce monument; et cette même chapelle est déjà

ornée du portrait en médaillon de ce musicien célèbre. Au-dessous est

gravée en lettres d'or une inscription en six vers latins, composée par

Santeuil.

Il a été placé un pavillon télégraphique au-dessus du clocher de cette

église.

_Théâtre Feydeau._ Cette salle fut élevée en 1791, sur une portion du

terrain appartenant aux Filles-Saint-Thomas, et sur les dessins de MM.

Legrand et Molinos. Elle avoit été construite pour une troupe de bouffons

italiens, qui en prit possession dans cette même année; et cet édifice

porta d'abord le nom de théâtre de _Monsieur_.

Après avoir été successivement occupée par plusieurs autres troupes, et un

moment par les comédiens françois, cette salle appartient, depuis quinze

ans environ, à la troupe de l'Opéra-Comique françois.

La façade de ce monument, entourée, dans la rue Feydeau de maisons qui

permettent à peine de la voir, s'y présente obliquement sur un plan

circulaire, et se compose de parties trop grandes pour l'emplacement

resserré dans lequel elle a été construite. Trois arcs percés dans le

soubassement permettent de descendre de voiture sous le vestibule: c'est

une heureuse idée, et qui produiroit beaucoup d'effet, si elle avoit été

exécutée et développée sur une ligne plus étendue. Des caryatides d'un bon

style forment l'accompagnement de sept arcades qui décorent le premier

étage. C'est un monument élevé avec célérité au milieu des difficultés

insurmontables que présentoit le terrain, et qui par conséquent ne doit

point être jugé avec sévérité.

_La Bourse._ Cet édifice, dont la première pierre fut posée en 1808, et

qui n'est point encore entièrement achevé, s'élève sur l'emplacement du

couvent des Filles-Saint-Thomas. Son plan offre un parallélogramme de 212

pieds dans sa longueur, et de 126 pieds dans sa largeur. Il est entouré

d'un péristyle composé de 66 colonnes corinthiennes, formant, tout autour

de l'édifice, une galerie couverte à laquelle on arrive par un perron de

seize marches qui occupe toute la face occidentale du monument. Des

bas-reliefs ornent cette galerie, et représentent des sujets symboliques,

qui tous se rapportent au commerce et à l'industrie.

Un grand vestibule sert de communication pour se rendre à droite aux

salles particulières des agens et des courtiers de change, à gauche au

tribunal de commerce.

La salle de la Bourse, située au rez-de-chaussée et au centre de

l'édifice, a 116 pieds de longueur sur 76 de largeur. Elle est éclairée

par le comble, et peut contenir 2000 personnes.

Ce monument, que l'on doit mettre, pour la pureté du style, au nombre des

plus beaux de Paris, a été élevé sur les dessins de M. Brogniart. Cet

architecte étant mort en 1813, la suite des travaux a été confiée à M.

Labarre, qui, dit-on, a scrupuleusement suivi le plan primitif.

On assure que la rue Vivienne sera prolongée jusqu'au boulevart; et que,

du côté de la rue Notre-Dame-des-Victoires, il sera percée une rue

nouvelle de soixante pieds de large, laquelle devra se prolonger jusqu'à

la rue Montmartre. Il est difficile, en effet, qu'un édifice de cette

importance n'amène pas quelques changements dans la disposition des

maisons et des rues dont il est environné.

_Théâtre de l'Opéra._ L'Opéra ne quitta le théâtre provisoire qui lui

avoit été élevé sur le boulevart Saint-Martin[208] pour s'établir rue de

Richelieu, que dans les premières années de la révolution. Ce vaste

édifice, qui s'élève vis-à-vis la bibliothéque du roi, n'avoit point été

construit pour recevoir un tel spectacle; et sous le rapport de

l'architecture, il ne présente rien d'intéressant. Toutefois, par suite de

cette translation, il subit, tant dans sa forme que dans sa décoration

intérieure, plusieurs changements remarquables.

[Note 208: _Voyez_ l'article _Opéra_, dans la description du

quartier Saint-Martin, 2e partie de ce volume.]

C'est un bâtiment isolé au milieu des quatre rues qui l'environnent, et la

face principale, qui donne sur la rue de Richelieu, offre un grand

portique composé de onze arcades, au-dessus duquel est le foyer.

Le vestibule intérieur est décoré de colonnes doriques, qui soutiennent le

plafond. La salle qui porte en partie sur ce vestibule a 60 pieds de

diamètre, et l'avant-scène présente 45 pieds d'ouverture.

Le foyer public est vaste et commode; il forme une galerie divisée sur sa

longueur en trois parties par huit colonnes ioniques.

Personne n'ignore, et l'assassinat du duc de Berri, le 13 février 1820, au

moment où il sortoit de ce théâtre, et toutes les circonstances si

terribles et si touchantes qui accompagnèrent ses derniers moments;

circonstances parmi lesquelles le lieu où la Providence avoit voulu placer

le lit dans lequel ce malheureux prince mourut en héros et en chrétien,

n'étoit pas la moins singulière et la moins frappante. La salle de l'Opéra

dut être fermée dès ce jour même, et pour toujours; mais on trouva bientôt

plusieurs millions pour en construire une nouvelle, plus vaste, plus

magnifique, qui s'est élevée en peu de mois, comme par enchantement,

tandis que plusieurs de nos églises restent dépouillées, sont à peine et

lentement réparées, et que, faute d'une somme qui seroit à peine en

capital l'intérêt annuel de celles qu'a coûté ce nouvel Opéra, les

bâtiments neufs du séminaire de Saint-Sulpice sont interrompus, et

tomberont peut-être en ruines avant d'avoir été achevés! Nous parlerons

tout à l'heure de cette salle, qui est ouverte depuis près d'une année.

_Théâtre des Variétés._ Il a été construit par l'architecte Cellérier sur

le boulevart Montmartre, et dans un emplacement long et étroit qui lui

présentoit de très-grandes difficultés, difficultés qu'il a su vaincre

avec autant d'adresse que de bonheur. L'entrée de ce théâtre offre un

grand vestibule orné avec élégance, au fond duquel deux rampes d'escaliers

conduisent aux loges et au foyer. Ce foyer, placé au-dessus du vestibule,

se termine par un balcon qui a vue sur le boulevart.

La façade est à deux étages tétrastyles. Les colonnes du rez-de-chaussée

sont doriques, et celles du premier étage, ioniques. Au-dessus s'élève un

fronton, derrière lequel est un amortissement. Cette décoration a de

l'élégance et de la simplicité.

_Nouvelle salle de l'Opéra._ Cet édifice a été bâti dans la rue le

Pelletier sur un terrain qui dépend de l'hôtel Choiseul; il se compose au

rez-de-chaussée de sept arcades élevées sur six marches, et présente des

deux côtés un avant-corps avec terrasses, pour servir d'entrée aux

piétons. Le premier étage est orné de huit colonnes ioniques, à moitié

engagées dans le mur, avec attiques, portant huit statues qui représentent

_huit_ muses: la _neuvième_ manque! peut-être l'architecte ignoroit-il

qu'elle existât; il n'y a que ce moyen d'expliquer une si étrange

omission. Les intervalles des colonnes sont percés de neuf grandes

arcades, dont les archivoltes sont portées sur des colonnes et des

pilastres d'ordre dorique, et d'une moindre dimension que les colonnes

ioniques déjà citées. Les tympans sont ornés de figures et d'attributs

symboliques. Tout cet ensemble a une apparence très-mesquine, et il est

difficile de rien imaginer d'un plus mauvais goût.

_Saint-Vincent de Paule._ Cette église nouvelle a été construite dans la

rue Monthalon. Elle n'a point de portail; la dimension en est très-petite;

et l'intérieur jusqu'à présent ne présente rien qui mérite d'être

remarqué.

_Le Timbre royal._ Cet édifice, situé dans la rue de la Paix, se compose

en grande partie d'anciens bâtiments qui appartenoient au couvent des

Capucines, et d'une façade nouvelle qui donne sur la rue. Cette façade,

qui ressemble assez à celle d'une prison, se compose d'un grand mur tout

nu, portant de chaque côté deux médaillons dans lesquels sont deux figures

de génies sculptées en bas-relief.

_Église des capucins de la Chaussée-d'Antin._ On a élevé dans cette

église un tombeau à M. le comte de Choiseul-Gouffier, ambassadeur du roi

de France à Constantinople avant la révolution, et auteur d'un voyage en

Grèce. Il se compose d'un tronçon de colonne noire, qui s'élève sur une

base en marbre blanc, et que surmonte une urne en marbre blanc. Une

inscription apprend que ce tombeau lui a été élevé par son épouse.

_Fontaines des capucins de la Chaussée-d'Antin._ Ces deux fontaines

extrêmement simples, mais de bon goût dans leur simplicité, se composent

de deux cuves de forme antique qui reçoivent l'eau de deux mascarons

placés au-dessus.

_Abatoir de Rochechouart._ Il est situé vers la barrière qui porte ce nom,

et adossé au mur d'enceinte. (Voyez à la fin du troisième volume, 2e

partie, l'article _Abatoirs_.)

QUARTIER SAINT-EUSTACHE.

Ce quartier étoit borné à l'orient par les rues de la

Tonnellerie, Comtesse-d'Artois et Montorgueil exclusivement,

jusqu'au coin de la rue Neuve-Saint-Eustache; au septentrion, par

les rues Neuve-Saint-Eustache et des Fossés-Montmartre, et par la

place des Victoires aussi exclusivement; à l'occident, par la rue

des Bons-Enfants inclusivement; et au midi, par la rue

Saint-Honoré exclusivement.

On y comptoit, en 1789, trente-six rues, un cul-de-sac, une

église paroissiale, deux chapelles, une communauté de filles, une

halle au blé, etc.

Avant Philippe-Auguste, le quartier que nous allons décrire formoit un de

ces bourgs dont Paris étoit alors environné, et que ce prince renferma

dans la nouvelle enceinte qu'il fit élever. Ce bourg, bâti sur un

territoire dépendant de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, déjà entourée

elle-même d'un gros bourg qui portoit son nom, étoit connu sous la

dénomination de nouveau bourg Saint-Germain-l'Auxerrois[209].

[Note 209: _Voyez_ le plan de Paris sous Louis-le-Jeune.]

La muraille que ce prince éleva autour de sa capitale ne renferma

cependant qu'une partie de l'espace qui forme aujourd'hui le quartier

Saint-Eustache. Cette muraille passoit entre les rues d'Orléans et de

Grenelle, traversoit le terrain occupé depuis par l'hôtel de Soissons

(aujourd'hui par la Halle au blé), et de là se prolongeoit le long des

rues Plâtrière, du Jour, la pointe Saint-Eustache, la rue Montorgueil,

etc. Il y avoit dans cet espace deux portes: celle qui étoit placée

vis-à-vis Saint-Eustache, entre les rues Plâtrière et du Jour, et une

_fausse_ porte percée dans la rue Montorgueil pour la commodité des comtes

d'Artois, qui possédoient un hôtel dans les environs.

Les murailles élevées sous Charles V et Charles VI achevèrent de renfermer

dans la ville ce qui restoit encore de ce quartier hors de la vieille

enceinte. Ces nouveaux murs passèrent sur l'emplacement où est situé

l'hôtel de Toulouse, traversèrent ensuite le terrain de la place des

Victoires, et se prolongèrent sur la ligne de la rue des

Fossés-Montmartre, des rues Montmartre, de Bourbon, etc. Cet état de chose

fut maintenu jusqu'au règne de Louis XIII.

L'ÉGLISE SAINT-EUSTACHE.

Cette grande paroisse n'étoit d'abord qu'une simple chapelle, sous

l'invocation de sainte Agnès. Les conjectures les plus probables portent à

croire qu'elle fut bâtie et érigée vers le commencement du treizième

siècle, mais ce sont de simples conjectures: car il ne nous reste aucun

renseignement certain ni sur l'époque précise de sa fondation, ni sur le

nom de son fondateur. Une tradition vulgaire veut que _Jean Alais_ ait

fait construire cette chapelle de Sainte-Agnès _en satisfaction d'avoir

été le premier auteur d'un impôt d'un denier sur chaque panier de poisson

qui arrivoit aux Halles_[210]. Il porta même plus loin, dit-on, le

témoignage de son repentir et de ses regrets; car, selon quelques

écrivains[211], il voulut que son corps fût jeté, après sa mort, dans un

cloaque où se perdoient les eaux et les immondices de ce marché. Cet

égout, qui existoit encore au milieu du dernier siècle, au bas de la rue

Montmartre et de la rue Traînée, étoit effectivement couvert d'une pierre

élevée qu'on nommoit le _Pont Alais_.

[Note 210: Hist. de Par., t. I, p. 348.]

[Note 211: _Ibid._]

Quoi qu'il en soit de la vérité de cette tradition, qui n'est appuyée sur

aucun titre, il est certain que, dès l'an 1213, il y avoit en cet endroit

une chapelle de Sainte-Agnès, qui dépendoit du chapitre de

Saint-Germain-l'Auxerrois. On lit en effet, dans un cartulaire de cette

église[212], un jugement rendu au mois de février 1213, sur une

contestation survenue entre le doyen et les chanoines, au sujet des

offrandes qui se faisoient aux quatre principales fêtes de l'année dans la

chapelle de Sainte-Agnès, nouvellement bâtie, _super oblationibus novæ

capellæ sanctæ Agnetis_; et ce jugement est le premier acte où il soit

fait mention de l'origine de cette église. L'abbé Lebeuf semble n'avoir

pas eu connoissance de cette pièce, car, en citant une sentence arbitrale

rendue en 1216, par laquelle il est décidé que le doyen de

Saint-Germain-l'Auxerrois a les mêmes droits dans la chapelle de

Sainte-Agnès que dans l'église Saint-Germain, il ajoute ensuite que _c'est

le premier acte qui regarde l'origine de la paroisse de

Saint-Eustache_[213].

[Note 212: _Cart. S. Germ. Autiss._]

[Note 213: Hist. de Par., t. I, p. 92.--T. III, p. 97.]

Il y a lieu de penser que, peu de temps après la dernière de ces deux

époques, cette chapelle fut érigée en paroisse, pour la commodité du grand

nombre d'habitants qui demeuraient aux environs; car, dès l'an 1223, on la

trouve qualifiée du titre d'_Ecclesia sancti Eustachii_. On voit en outre

dans l'histoire de Paris que des contestations élevées entre Guillaume de

Varzi, doyen de Saint-Germain, et le prêtre ou curé de cette église,

furent terminées au mois de juillet de la même année 1223[214]; et l'on

présume qu'ayant déjà été rebâtie et agrandie, elle avoit été dédiée sous

le nom de saint Eustache, parce qu'elle possédoit sans doute quelques

reliques de ce saint, qui souffrit le martyre à Rome, mais dont le corps

étoit déposé, depuis environ un siècle, dans l'abbaye de Saint-Denis.

Forcés de choisir entre des conjectures, celle-ci nous paroît beaucoup

plus vraisemblable que ce qui a été avancé sans aucune preuve par l'auteur

anonyme d'une vie de saint _Eustase_, abbé de Luxeu. Cet auteur prétend

que «l'Église de Saint-Eustache doit son titre à une chapelle consacrée

sous l'invocation de saint _Eustase_, qui existoit depuis plusieurs

siècles près de celle de Sainte-Agnès, et que le peuple, altérant la

prononciation d'_Eustase_, en avoit fait _Eustache_, lequel se trouve

écrit dans les anciennes chroniques saint _Wistasse_, saint _Vitase_, et

saint _Huitace_[215].» Cette opinion a été rejetée par tous les historiens

de Paris.

[Note 214: _Cart. S. Germ. Autiss._--_Gall. Christ._, t. VII,

col. 257. _Car. Livriac._]

[Note 215: Vie de S. Eustase, 1569.]

Aussitôt que cette chapelle eut été érigée en paroisse, plusieurs pieux

citoyens s'empressèrent d'y fonder des chapellenies[216], qui, avec les

oblations ordinaires des fidèles, assurèrent la subsistance de son clergé.

On trouve dans les titres de ces fondations qu'un riche particulier nommé

_Guillaume Poin-Lasne_, fonda, au mois de mars de l'année 1223, dans

l'église de Saint-Eustache, deux chapellenies avec une dotation de 300

liv. de rente[217]. Une autre fut fondée en 1342, avec une rente de 12

liv., en exécution d'une clause du testament de dame _Marie la Pointe

pâtissière_. Cette fondation étoit établie sous la condition de trois

messes par semaine; et les exécuteurs testamentaires demandèrent qu'elle

fût exécutée à l'autel de Saint-Jacques et de Sainte-Anne[218]. Enfin on

lit parmi les noms des fondateurs de ces chapellenies ceux de Louis

d'Orléans, frère du roi Charles VI, de MM. Nicolaï, seigneurs de

Gausainville, et de quelques autres personnages distingués.

[Note 216: Les chapellenies, dont nous avons déjà parlé plus

d'une fois, étoient des espèces de bénéfices auxquels étoient

attachés certains revenus provenant d'un capital ou d'un

immeuble cédé par le fondateur, à la charge par celui qui en

jouissoit de dire des messes ou autres prières dans une chapelle

érigée ou désignée à cet effet parmi celles qui existoient dans

l'église. Comme les immeubles légués avoient quelquefois une

certaine étendue, ils acquirent, dans la suite des temps, de

l'importance, à raison de l'accroissement du quartier où ils se

trouvoient situés. Ainsi nous voyons que les chapelains de

Saint-Eustache avoient, au commencement du quatorzième siècle,

droit de basse-justice, et des amendes jusqu'à soixante sous en

trois rues, hors des murs de la ville et dans le quartier

Saint-Eustache. En conséquence ils préposoient des officiers

pour rendre la justice dans les lieux soumis à leur juridiction.

Ces droits, qui furent confirmés à différentes époques par des

arrêts du parlement, avoient fait de ces chapellenies de

très-bons bénéfices. Aussi les trouve-t-on qualifiées, dans les

anciennes chartes, d'_optimæ capelleniæ_.]

[Note 217: Rech. sur Paris, t. II, quart. S. Eust., p.

29.--Cart. de l'évêché. A. 5185, fol. 67.]

[Note 218: Pet. Cart., charte 378.--_Hist. Eccles. Paris_, t.

II, p. 634.]

Plusieurs confréries furent aussi établies dans cette église: une des plus

anciennes étoit celle de Saint-Louis, instituée par les porteurs de blé,

avec la permission de Charles VI. Le premier président du parlement fut

également autorisé, en 1496, à former une confrérie en l'honneur de

Saint-Roch, dans une chapelle de la même église; et en 1622, on y trouve,

sous le nom de Notre-Dame-de-Bon-Secours, une autre confrérie créée pour

le soulagement des pauvres honteux[219].

[Note 219: Hist. du dioc. de Par., t. II, p. 634.]

L'église de Saint-Eustache fut, à différentes époques, réparée et

augmentée; mais en 1532 la résolution ayant été prise de la rebâtir

entièrement, on commença à y travailler le 19 août de la même année[220].

Les dépenses considérables que nécessitoit la construction d'un édifice

aussi important, élevé sur un plan extrêmement vaste, ne permirent pas de

le terminer aussi promptement qu'on l'eût désiré. Il ne put être achevé

qu'en 1642; et ce fut particulièrement aux libéralités du chancelier

Séguier et de M. de Bullion, surintendant des finances, que l'on dut son

entier achèvement. Cependant, dès le mois d'avril 1637, la consécration en

avoit été faite par M. de Gondi, archevêque de Paris.

[Note 220: On prit à cet effet un terrain considérable du côté

de la rue du Jour. Il paroît qu'il y avoit anciennement, entre

l'église et cette rue, une autre rue parallèle. Jaillot pense

que ce pouvoit être la rue de la _Croix-Neuve_, désignée sur

d'anciens plans.]

L'architecture de cette église excita, dans le temps, une admiration

générale, et l'on regardoit comme un chef-d'oeuvre de goût ce dessin

extraordinaire, qui, s'éloignant du gothique pour se rapprocher des formes

antiques, offre cependant un mélange bizarre de l'un et de l'autre[221].

On trouvoit qu'elle réunissoit tout ce qu'on peut désirer dans un monument

de ce genre; grandeur du vaisseau, belle disposition, richesse de

matières, ornements délicats, etc.; le portail surtout enlevoit tous les

suffrages: «Il est environné, dit un des anciens historiens de Paris, d'un

grand circuit formé de balustres, et c'est un des plus beaux de Paris

pour sa largeur et l'excellence de ses ouvrages taillés fort mignonnement

et délicatement sur la pierre[222].»

[Note 221: _Voyez_ pl. 80.]

[Note 222: _Voyez_ pl. 83.]

Cependant le goût ne tarda pas à devenir meilleur. Sous le règne de Louis

XIV, on reconnut que ce portail avoit été bâti sur un plan défectueux;

alors M. de Colbert fit don d'une somme de 20,000 livres[223] pour en

faire construire un autre, somme qui se trouva tellement insuffisante,

qu'il fut impossible à la fabrique de remplir les intentions du donataire.

Sur les représentations qui lui furent faites, ce ministre permit qu'on en

différât l'exécution jusqu'à ce que les intérêts de cette somme réunis au

capital eussent formé un fonds assez considérable pour l'entier achèvement

de cette construction.

[Note 223: Piganiol dit 40,000 liv.; nous avons suivi Jaillot,

qui est toujours plus exact.]

En 1752, le curé et les marguilliers, voyant que les 20,000 livres et les

intérêts s'élevoient à un capital de 111,146 livres, jugèrent qu'il étoit

temps d'en remplir la destination; et la construction du nouveau portail

fut décidée. La première pierre en fut posée avec grand appareil par le

duc de Chartres le 12 mai 1754. À peine ce portail eut-il été élevé

jusqu'au premier ordre, qu'il se trouva que la somme amassée étoit déjà

épuisée, ce qui força d'interrompre les travaux. Ils furent repris en

1772; mais le manque de fonds obligea une seconde fois de les suspendre,

et jusqu'à ce jour cette façade est restée imparfaite. Elle avoit été

érigée sur les dessins de Mansard de Joui, et continuée après lui par

Moreau, architecte du roi et de la ville de Paris.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 17 / 34 段