transportées au Muséum, et placées pendant quelque temps à
l'entrée de la grande galerie des tableaux.
Les jardins de l'hôtel de Richelieu, qui s'étendoient jusqu'au
boulevard, où ils étoient terminés par un joli pavillon nommé
_pavillon d'Hanovre_, ont été considérablement diminués depuis
la révolution; une rue nouvelle a été ouverte, et beaucoup de
maisons ont été bâties sur la partie qu'on en a détachée.]
_Hôtel Thélusson_ (rue de Provence, en face de la rue d'Artois).
Il avoit été bâti pour madame Thélusson, par l'architecte Le Doux. Peu de
temps avant la révolution il étoit occupé par M. de Pons-Saint-Maurice.
Cette maison, construite dans un goût tout-à-fait moderne, est remarquable
par une très large voussure décorée de caissons, qui en forme l'entrée.
Elle est composée d'un avant-corps circulaire qui domine sur les deux
ailes, ce qui donne à ce petit édifice de la grâce et de la légèreté.
C'est une des plus jolies habitations particulières de Paris.
_Hôtel d'Uzès_ (rue Montmartre).
Ce bâtiment a encore été construit sur les dessins de Le Doux. Il est
remarquable par l'arc de triomphe qui lui sert d'entrée, et par la
décoration imposante de la façade qui règne sur la cour[188].
[Note 188: L'hôtel d'Uzès est actuellement occupé par
l'administration des douanes.]
_Hôtel de la Vallière_ (rue Neuve-Saint-Augustin.)
Il appartenoit, dans le principe, au duc de Lorges, qui le vendit à la
princesse, première douairière de Conti. À sa mort, arrivée en 1739, le
duc de La Vallière, étant devenu propriétaire de cet hôtel, lui donna son
nom, qu'il a toujours porté depuis.
AUTRES HÔTELS
LES PLUS REMARQUABLES DE CE QUARTIER.
Hôtel d'Aubeterre, rue d'Artois.
---- d'Aumont, rue Caumartin.
---- de Balincourt, rue de la Chaussée-d'Antin.
---- de Bertin, au coin de la rue Neuve-des-Capucines et du
boulevart[189].
---- de Bérulle, rue de Richelieu.
---- de Boufflers, rue de Choiseul, au coin du boulevart.
---- de Boulainvilliers, rue Bergère.
---- de Brancas, au coin de la rue Taitbout et du boulevart.
---- de Caumont, même rue.
---- (deuxième) de Choiseul, rue d'Artois.
---- du Dreneuc, rue de Provence.
---- d'Egmont, rue de Louis-le-Grand.
---- de Gouy, rue de Provence.
---- de Grammont, rue Grange-Batelière.
---- d'Inécourt, rue Boudreau.
---- le Pelletier-d'Aunay, rue Neuve-des-Mathurins.
---- de Lubert, rue de Cléry.
---- de Marsan, rue Neuve-St-Augustin
---- de Massiac, place des Victoires.
---- de Mathan, rue Neuve-des-Capucines.
---- de Miromesnil, rue de Richelieu.
---- de Montfermeil, rue de la Chaussée-d'Antin.
---- de Montesson, rue de Provence.
---- de Montholon, boulevart Montmartre.
---- de Moy, rue de Richelieu.
---- de Noé, rue Neuve-des-Mathurins.
---- de Pons, rue Neuve-Saint-Augustin.
---- de St-Chamant; rue Chantereine.
---- de Talaru, rue Vivienne.
---- de Thun, rue de Provence.
---- de Tourdonnet, rue de Richelieu.
---- de Valentinois, rue Saint-Lazare.
[Note 189: Cet hôtel est maintenant occupé par le ministre des
affaires étrangères.]
BARRIÈRES.
Les limites du quartier Montmartre terminent la ville de Paris du côté du
septentrion, dans un espace qui s'étend depuis la barrière de Mouceaux
jusqu'à celle de Sainte-Anne, et comprend dans cette partie des nouvelles
murailles cinq barrières placées dans l'ordre suivant:
1. Barrière de Clichy.
2. ------ de la Croix-Blanche.
3. ------ des Martyrs.
4. ------ Rochechouart.
5. ------ Poissonnière.
FONTAINES.
_Fontaine des Petits-Pères._
Cette fontaine adossée au mur du couvent de ces religieux, au coin des
rues Vide-Gousset et Notre-Dame-des-Victoires, n'a rien de remarquable que
l'inscription suivante composée par Santeuil.
_Quæ dat aquas, saxo latet hospita nympha sub imo:
Sic tu cum dederis dona, latere velis._
_Fontaine de Colbert._
Cette fontaine, qui donne de l'eau de la Seine, est située dans la rue
Colbert dont elle a pris le nom.
_Fontaine de la rue Montmartre._
Elle a été construite dans la rue qui porte ce nom, vis-à-vis celle de
Saint-Marc, donne également de l'eau de la Seine, et n'offre rien, dans sa
construction, qui mérite d'être remarqué.
RUES ET PLACES DU QUARTIER MONTMARTRE.
_Rue d'Amboise._ Cette rue, qui donne, d'un côté dans la rue de Richelieu,
de l'autre dans celle de Favart, fut percée vers le temps où l'on bâtit le
Théâtre Italien, c'est-à-dire, de 1783 à 1784.
_Rue Sainte-Anne._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier
commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs et finit à la rue
Neuve-Saint-Augustin. Dans tous les plans publiés au commencement du
siècle dernier, elle est désignée sous le nom de _Lionne_, qu'elle devoit
à l'hôtel de M. de Lionne, secrétaire d'état. Nous ignorons à quelle
époque elle prit celui de Sainte-Anne, que portoit déjà l'autre partie, et
que la rue entière a gardé jusqu'au commencement de la révolution[190].
[Note 190: Elle fut nommée alors rue _Helvétius_. Elle a repris,
depuis 1815, son ancien nom.]
_Rue d'Antin._ Elle donne d'un bout dans la rue Neuve-Saint-Augustin, de
l'autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis l'hôtel d'_Antin_,
depuis de _Richelieu_, d'où elle a pris son nom. Dès le 14 mai 1713, il
avoit été ordonné qu'il seroit percé une rue en face de cet hôtel; mais
cet arrêt n'ayant pas été exécuté alors, il en fut rendu un second
confirmatif du premier, avec lettres-patentes du premier décembre 1715,
enregistrées le 8 février suivant.
Le marché aux chevaux se tenoit anciennement dans l'espace occupé par la
rue et l'hôtel d'Antin.
_Rue d'Artois_[191]. Elle fut ouverte en 1769 sur le boulevart, et
vis-à-vis la rue de Grammont. On la perça à travers des jardins qui
appartenoient à M. de La Borde. Alors la rue de Provence n'existoit point
encore, et la nouvelle rue aboutissoit à un égout situé sur une partie du
terrain que l'autre occupe aujourd'hui.
[Note 191: Pendant la révolution, elle a porté le nom de
_Cérutti_. Depuis 1814 cette rue a repris son premier nom.]
_Rue Neuve-Saint-Augustin._ Elle aboutit d'un côté à la rue de
Richelieu, et de l'autre à celle de Louis-le-Grand. Cette rue, qui fut
percée vers le milieu du dix-septième siècle, s'appela rue
_Saint-Augustin_ depuis la rue Notre-Dame-des-Victoires jusqu'à celle de
Richelieu, et l'on donna ensuite indifféremment le même nom et celui de
rue _Neuve-Saint-Augustin_, à la continuation qu'on en fit jusqu'à la
rue de Gaillon. Dans un censier de l'archevêché de 1663, on la trouve
indiquée sous le nom de _rue Neuve-de-Saint-Augustin, jadis dite de
Saint-Victor_; mais il n'est point dit dans quelle partie elle a pu
porter ce dernier nom. Elle finissoit à la rue de _Lorges_, nom que
portoit alors la partie septentrionale de la rue de Gaillon. Ce ne fut
qu'en mars 1701 que le roi ordonna qu'elle seroit prolongée, et qu'elle
formeroit jusqu'à la rue Neuve-des-Petits-Champs un retour d'équerre
qui seroit appelé rue de _Louis-le-Grand_. Cet arrêt fut confirmé par un
autre du 3 juillet 1703, par lequel il paroît que depuis la rue de
Gaillon jusqu'à celle de Louis-le-Grand, la continuation de la rue
Neuve-Saint-Augustin devoit être appelée rue _de Lorges_. Soit qu'il se
fût élevé des difficultés sur l'acquisition des terrains nécessaires,
soit que les religieux de Saint-Denis-de-la-Chartre, qui avoient des
droits sur cet emplacement, eussent fait naître alors des obstacles à
l'exécution de ces arrêts pour la conservation de leur censive, ou pour
en être indemnisés, on voit par un troisième arrêt, du premier décembre
1715, que ce projet avoit été suspendu, au moins en partie. Il n'a été
absolument exécuté qu'en 1718.
La rue Saint-Augustin étoit ainsi nommée, parce qu'elle régnoit le long
d'un mur de clôture des religieux augustins, vulgairement appelés
Petits-Pères.
_Rue de la Tour-d'Auvergne._ Elle va transversalement de la rue de
Rochechouart à celle des Martyrs. Cette rue ne se trouve indiquée sur
aucun plan avant 1762; c'étoit la continuation du chemin qui conduisoit de
la Nouvelle-France à Montmartre.
_Rue Basse_ ou _chemin du Rempart_. Elle règne le long du boulevart. Par
arrêt du conseil, du 7 août 1714, il avoit été défendu de bâtir le long du
rempart à plus de trente toises de distance. L'objet de cette défense
étoit de conserver ce chemin pour les voitures, et de ménager à ce moyen
le sol du boulevart. Les mêmes défenses furent renouvelées en 1720, mais
avec une exception qui permettoit à la ville de supprimer ce chemin depuis
la Ville-l'Évêque jusqu'à la chaussée de Gaillon. Il le fut en effet, mais
on ne tarda pas à sentir combien il étoit nécessaire, et l'on décida qu'il
seroit rétabli. Ce fut alors qu'on commença à construire dans sa longueur
les jolies maisons qui lui ont fait donner le nom de rue _Basse_, parce
que le terrain en est beaucoup plus bas que celui du rempart.
_Rue Baudin._ C'est une petite ruelle qui, commençant d'un côté à la rue
Blanche, aboutit de l'autre à la rue Saint-George, dans les marais des
Porcherons; elle tenoit ce nom d'un jardinier qui avoit présidé à
l'établissement d'une grande partie des jardins dont sont accompagnées les
maisons qui forment cette rue[192].
[Note 192: On a changé son nom en celui de rue _de la Tour des
Dames_; elle se trouve fermée par un mur élevé dans la rue de
_la Rochefoucault_, où elle vient finir aujourd'hui.]
_Ruelle Beauregard._--Voyez _rue des Martyrs_.
_Rue Bellefond._ Elle traverse de la rue Poissonnière dans celle de
Rochechouart. On croit qu'elle doit son nom à madame de Bellefond, abbesse
de Montmartre. Dans quelques plans on la trouve mal à propos indiquée sous
le nom de rue _Jollivet_.
_Rue Bergère._ Elle aboutit à la rue Poissonnière et à celle du
Faubourg-Montmartre. Ce n'étoit dans son origine qu'un chemin dont la
direction a souvent varié du côté du faubourg Montmartre. La communication
en fut ensuite interrompue, et il ne forma plus qu'un cul-de-sac dans
lequel il y en avoit un autre plus petit qui subsistoit encore en 1738.
Tous deux aboutissoient à des jardins potagers. Enfin ce chemin fut ouvert
et continué en ligne droite, et l'on commença à y bâtir des maisons. Comme
cette rue coupe en partie le terrain qu'on appeloit anciennement _Clos aux
Halliers_, elle ne fut long-temps connue que sous cette dénomination
générale donnée à tout le territoire. Cependant d'anciens titres de
l'archevêché prouvent que le nom de rue _Bergère_ qu'on lui donna
ensuite, étoit un vieux nom sous lequel elle étoit désignée dès 1652. On
la trouve aussi indiquée dans quelques plans sous celui de rue _du
Berger_.
_Rue Blanche._--Voyez _rue de la Croix-Blanche_.
_Rue Bleue._--Voyez _rue d'Enfer_.
_Rue Boudreau._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté dans la rue
Caumartin, de l'autre dans celle de Trudon.
_Rue de Buffaut._ Cette rue, percée également depuis 1780, aboutit d'un
côté à la rue du Faubourg-Montmartre, de l'autre à la rue Coquenart.
_Rue Cadet._ Elle commence au faubourg Montmartre presque vis-à-vis la rue
de Provence, et aboutit à la rue de Rochechouart, au coin des rues d'Enfer
et Coquenart. Sur presque tous les plans on la trouve indiquée sous le nom
de _Voirie_, parce qu'en effet il en a existé une pendant long-temps dans
cet endroit. On a depuis donné le nom de _Cadet_, tant à cette rue qu'à
une croix élevée à l'une de ses extrémités. Ce nom vient du _clos Cadet_
lequel étoit situé au-dessous à droite.
_Rue Neuve-des-Capucins._ Cette rue fut ouverte dans la chaussée d'Antin à
l'époque où l'on bâtit le nouveau couvent de ces religieux; elle donne
d'un côté dans la rue Thiroux, et de l'autre dans celle de la chaussée
d'Antin[193].
[Note 193: Cette rue a pris, dans la révolution, le nom de rue
_Joubert_.]
_Rue des Capucines._ Elle fait la continuation de la rue
Neuve-des-Petits-Champs, depuis la rue Louis-le-Grand et la place Vendôme
jusqu'au boulevart. Elle doit son nom au couvent des religieuses capucines
qui y étoit situé. Quelques historiens ne la distinguent pas de la rue
Neuve-des-Petits-Champs.
_Rue Caumartin._ C'est une de ces rues nouvelles percées depuis 1780 dans
les marais de la chaussée d'Antin. Elle est ouverte d'un côté sur le
boulevart, et aboutit de l'autre à la rue Neuve-des-Mathurins.
_Rue de Chabanais._ Cette rue, ouverte en 1777, commence dans la rue
Neuve-des-Petits-Champs, entre les rues Sainte-Anne, et de Richelieu, et,
par un retour d'équerre, se termine à la rue Sainte-Anne.
_Rue Neuve-des-Petits-Champs._ Elle aboutit à la rue de la Feuillade et à
celle des Capucines. Son nom vient du lieu où elle est située, lequel
étoit couvert de marais et de jardins potagers. Elle commençoit autrefois
à la rue des Petits-Champs (depuis rue de la Vrillière), et ne fut
prolongée que successivement. Il paroît que, de là jusqu'à la rue
Vivienne, elle fut appelée ensuite rue _Beautru_, du nom d'un hôtel qui y
étoit situé.
_Rue Chantereine._ C'étoit autrefois une petite rue qui faisoit la
continuation de la rue des Postes, et aboutissoit à celle du
Faubourg-Montmartre; elle se nommoit alors _Chantrelle_. Jaillot avoit
déjà pensé que ce nom étoit un mot altéré qui venoit de _Chante-Reine_,
lequel avoit été le véritable nom de cette rue. Ce n'étoit autrefois,
ainsi que la rue des Postes, qui en fait la continuation, qu'une ruelle
qui traversoit des jardins, et toutes les deux ne sont désignées dans les
plans du siècle dernier, que sous le nom de _ruellette au marais des
Porcherons_. Aujourd'hui la rue Chantereine, qui se prolonge jusqu'à la
rue de la Chaussée-d'Antin, est couverte de beaux édifices, et a pris
place parmi les plus belles rues de Paris.
_Rue Chauchat._ Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, donne d'un bout
dans celle de Provence, de l'autre dans la rue Chantereine.
_Rue de la Chaussée-d'Antin_[194]. Elle va du boulevart à la rue
Saint-Lazare. Ce n'étoit, dans le dix-septième siècle, qu'un chemin
tortueux qui conduisoit aux Porcherons[195]. Il commençoit à la porte de
Gaillon, et tout le long régnoit un égout découvert. De là lui sont venus
les différents noms de _Chemin des Porcherons_, de _rue de l'Égout de
Gaillon et de Chaussée de Gaillon_. On l'a aussi appelée, dès ce temps-là,
_la Chaussée d'Antin_, à cause de l'hôtel d'Antin, depuis de Richelieu, en
face duquel ce chemin étoit ouvert. Il prit ensuite le nom de chemin de
_la Grande Pinte_, de l'enseigne d'un cabaret situé à son extrémité. Enfin
on le désigna sous celui de rue _de l'Hôtel-Dieu_, à cause d'une ferme
appartenant à cet hospice, située rue Saint-Lazare, et d'un pont placé sur
l'égout, appelé le pont de l'Hôtel-Dieu.
[Note 194: Cette rue a reçu, dans la révolution, le nom de rue
de _Mirabeau_ et celui de rue du _Montblanc_.]
[Note 195: Les Porcherons étoient autrefois une espèce de bourg
séparé du quartier Montmartre, et situé un peu au-dessus des
barrières. Ce lieu étoit rempli de cabarets, où le peuple se
rendoit en foule le dimanche, parce que le vin s'y vendoit à
meilleur marché. Depuis que les Porcherons ont été compris dans
l'enceinte de Paris, ils ont cessé d'être fréquentés, et c'est
principalement à Belleville que se font maintenant ces sortes de
rassemblements. Il y avoit et il y a encore aux environs de
Paris un assez grand nombre d'endroits de cette espèce, que l'on
désigne sous la dénomination générale de _Guinguettes_, tels que
la Nouvelle-France, la Petite-Pologne (auprès des Porcherons),
la plaine des Sablons, et celle de Grenelle, le moulin de
Javelle, Vaugirard, le Grand et le Petit-Chantilly, la Rapée, le
Grand et le Petit-Charonne, Ménil-Montant, la Haute-Borne, la
Courtille, le Gros-Caillou, le Port-à-l'Anglais.]
Le quartier de Gaillon s'étant considérablement augmenté au commencement
du dix-huitième siècle, surtout après la mort de Louis XIV, le roi
ordonna, par son arrêt du conseil, du 31 juillet 1720, que le chemin de
Gaillon, qui, comme nous l'avons dit, alloit en serpentant, seroit
redressé jusqu'à la barrière des Porcherons, dans la largeur de dix
toises, et planté d'un rang d'arbres de chaque côté; mais, la ville ayant
représenté qu'il seroit plus convenable et plus utile de faire construire
une rue droite de huit toises de large, et de redresser l'égout jusqu'à la
barrière de la Grande Pinte, une ordonnance du 4 décembre de la même année
lui en accorda la permission. L'égout fut revêtu de murs et voûté, et la
rue percée et alignée d'après le plan présenté.
Telle est l'origine de la rue de la _Chaussée d'Antin_, maintenant l'une
des plus belles de Paris; les rues qui l'environnent se formèrent
successivement, et un nouveau quartier, le plus riche aujourd'hui et le
plus brillant de tous, fut ajouté à la ville.
_Rue du Gros-Chenet._ Elle aboutit d'un côté dans la rue de Cléry, de
l'autre dans celle du Sentier, et doit son nom à l'enseigne que portoit
autrefois une maison située au coin de la rue Saint-Roch. Valleyre la
désigne, sur son plan, sous le nom de _Gros-Chêne_. Il paroît que c'est
une erreur, et rien n'indique qu'elle ait jamais porté ce nom.
_Rue de Choiseul._ Elle a été ouverte depuis 1780, à travers les hôtels
qui bordoient la partie septentrionale de la rue Neuve-Saint-Augustin, et
de là elle s'étend jusqu'au boulevart.
_Rue de Cléry._ La partie de cette rue qui est de ce quartier, va de la
rue Montmartre à celle des Petits-Carreaux. Son nom vient de l'hôtel de
Cléry qui y étoit situé. Valleyre dit que cette partie de la rue
s'appeloit aussi _Mouffetard_. C'est une erreur; ce nom n'a été donné
autrefois qu'à la partie qui va des Petits-Carreaux à la porte
Saint-Denis.
_Rue de Clichy._ Cette rue, qui commence dans celle de Saint-Lazare, et
aboutit à une des barrières de Paris, a porté jusqu'en 1780 le nom de rue
_du Coq_. Elle le devoit à une grande maison située vis-à-vis de son
ouverture, et qu'on appeloit le _Château-Cocq_ ou _du Cocq_, du nom d'une
ancienne famille dont on voyoit encore, vers la fin du siècle dernier, les
armes sculptées sur une vieille porte murée, avec la date de 1320.
Au-dessus étoit une chapelle où l'on disoit la messe les dimanches et
jours de fêtes. L'hôtel _Cocq_ étoit aussi connu sous le nom de _Château
des Porcherons_.
La rue du Coq n'est désignée sur les anciens plans que sous le nom de
_Chemin de Clichy_, parce qu'effectivement elle conduit à ce village.
_Rue de Colbert._ Elle traverse de la rue Vivienne dans celle de
Richelieu, et doit son nom à l'hôtel de Colbert, en face duquel elle a été
ouverte vers le milieu du dix-septième siècle, sur une partie de
l'emplacement du palais Mazarin.
_Rue Coquenart._ Elle donne d'un bout dans la rue du Faubourg-Montmartre,
de l'autre elle joint l'extrémité de la rue Cadet. Elle est ainsi appelée
du lieu où elle a été percée, lequel est désigné dans de vieux titres sous
ceux de _Coquemart_ et _Coquenart_. L'abbé Lebeuf l'appelle rue
_Goguenard_. À la fin du dix-septième siècle elle reçut de la chapelle qui
y est située, le nom de rue de _Notre-Dame-de-Lorette_.
_Rue du Croissant._ Elle va de la rue Montmartre à celle du Gros-Chenet,
et doit à une enseigne ce nom sous lequel elle étoit connue dès 1612.
_Rue Sainte-Croix._ C'est une rue nouvelle percée depuis 1780, laquelle
fait la continuation de la rue Thiroux, et aboutit à la rue Saint-Lazare.
_Rue de la Croix-Blanche._ Elle commence à la rue Saint-Lazare ou des
Porcherons, et aboutit à la barrière. On l'appeloit aussi simplement _rue
Blanche_.
_Rue de la Tour des Dames._ Cette rue est parallèle à la rue de la
Croix-Blanche, et fut ainsi nommée d'un moulin qui s'y trouvoit, lequel
appartenoit aux dames de Montmartre. On l'appelle maintenant rue de _la
Rochefoucauld_.
_Rue de l'Égout._ Elle fait suite à la rue de Provence, prenant son
origine à la rue de la Chaussée d'Antin, et finissant à celle de la
Pologne, où se termine le quartier. Cette rue, qui fut ouverte à peu près
en même temps que celle dont elle est la continuation, doit son nom à
l'égout découvert qui se prolongeoit autrefois sur ce terrain et dans
cette direction. On la nomme aujourd'hui rue Saint-Nicolas.
_Rue d'Enfer._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Cadet, de l'autre dans
la rue Poissonnière où finit le quartier. On ignore l'origine de ce nom
qu'elle a changé, pendant la révolution, contre celui de rue _Bleue_.
_Rue Neuve-Saint-Eustache._ Elle donne d'un bout dans la rue Montmartre,
et de l'autre dans celle des Petits-Carreaux. Cette rue, qui fut formée
sur l'emplacement du fossé de l'enceinte de Charles VI, s'appeloit
anciennement _rue Saint-Côme_ ou _du Milieu-du-Fossé_[196]. Dès l'an 1641
on la trouve désignée sous le nom de rue Neuve-Saint-Eustache.
[Note 196: Arch. de l'archev.]
_Rue Favart._ Elle commence à l'extrémité du _Pâté des Italiens_, forme à
droite un des côtés de la place de la Comédie italienne, et va se
terminer au boulevart. Elle fut construite en même temps que le monument.
_Rue de la Feuillade._ Elle fait la continuation de la rue
Neuve-des-Petits-Champs, et aboutit à la place des Victoires. On lui a
donné ce nom en l'honneur de M. de La Feuillade, qui avoit fait bâtir la
place des Victoires et élever le monument qui la décoroit. Avant cette
époque cette rue étoit connue sous le nom de _rue des Jardins_[197].
[Note 197: Arch. de l'archev.]
_Rue Feydeau._ Cette rue donne d'un bout dans la rue Montmartre, de
l'autre dans celle de Richelieu; elle a été ainsi appelée du nom d'une
famille qui, sous la monarchie, avoit rempli les plus hautes places de la
magistrature. On la désignoit en 1675 sous le titre de rue _des
Fossés-Montmartre_ auquel on ajouta l'épithète de _Neuve_, pour la
distinguer de celle des Fossés-Montmartre, qu'on nommoit alors simplement
rue _des Fossés_. La rue Feydeau ne portoit ce nom qu'à son extrémité, du
côté de la porte _Gaillon_; mais elle s'étendoit sous celui _des Fossés_
jusqu'à la porte Montmartre. Toute cette partie ayant été couverte des
maisons et jardins qui formèrent la rue Neuve-Saint-Augustin, on donna à
celle qui fut conservée le nom de _Feydeau_, qu'elle avoit déjà porté vers
la fin du dix-septième siècle.
_Rue Saint-Fiacre._ Elle va de la rue des Jeûneurs aux boulevarts, et, à
la fin du dernier siècle, elle se fermoit encore à ses deux extrémités.
Cette rue doit son nom à l'ancien fief de Saint-Fiacre sur lequel elle est
située. Sauval l'a confondue avec le cul-de-sac du même nom, situé rue
Saint-Martin, qu'il appelle _rue du Figuier_. Elle conserve aujourd'hui le
premier de ces noms qu'elle portoit originairement, comme on le voit dans
les plans de de Chuyes, et même dans un acte de 1630[198].
[Note 198: Arch. de l'archev.]
_Rue des Trois Frères._ Elle a été percée pour ouvrir une communication
entre la rue de Provence et la rue Chantereine. Nous ignorons l'étymologie
de son nom, de même que celui de _Houssaie_ que porte aujourd'hui sa
partie méridionale.
_Rue de Gaillon._ Cette rue qui s'étendoit autrefois d'un côté jusqu'à la
rue Saint-Honoré, se prolongeoit de l'autre entre les emplacements de
l'hôtel de Richelieu et de celui de la Vallière jusqu'à une des portes de
la ville, qui avoit reçu d'elle le nom de porte _Gaillon_. Louis XIV ayant
ordonné en 1645 que toutes les places vides entre les portes Saint-Denis
et Saint-Honoré fussent vendues et couvertes d'édifices, la partie de
celle-ci qui dépassoit la rue Neuve-Saint-Augustin fut supprimée, et la
porte abattue en 1700. Nous avons déjà fait connoître, en parlant de la
rue Saint-Roch, l'étymologie du nom de celle de Gaillon.
_Rue Saint-Georges._ Ce n'étoit dans le principe qu'une ruelle qui donnoit
dans la rue Baudin et dans celle de Saint-Lazare; c'est maintenant une rue
superbe, couverte de riches hôtels, qui traverse cette dernière, et se
prolonge jusqu'à la rue de Provence.
_Rue de Grammont._ Elle fait la continuation de la rue Sainte Anne et
aboutit au boulevart. Cette rue a été percée, en 1767, sur l'emplacement
de l'hôtel de Grammont rue Neuve-Saint-Augustin, lequel fut démoli à cette
époque.