[Note 187: Les deux statues attribuées à Michel-Ange ont été

transportées au Muséum, et placées pendant quelque temps à

l'entrée de la grande galerie des tableaux.

Les jardins de l'hôtel de Richelieu, qui s'étendoient jusqu'au

boulevard, où ils étoient terminés par un joli pavillon nommé

_pavillon d'Hanovre_, ont été considérablement diminués depuis

la révolution; une rue nouvelle a été ouverte, et beaucoup de

maisons ont été bâties sur la partie qu'on en a détachée.]

_Hôtel Thélusson_ (rue de Provence, en face de la rue d'Artois).

Il avoit été bâti pour madame Thélusson, par l'architecte Le Doux. Peu de

temps avant la révolution il étoit occupé par M. de Pons-Saint-Maurice.

Cette maison, construite dans un goût tout-à-fait moderne, est remarquable

par une très large voussure décorée de caissons, qui en forme l'entrée.

Elle est composée d'un avant-corps circulaire qui domine sur les deux

ailes, ce qui donne à ce petit édifice de la grâce et de la légèreté.

C'est une des plus jolies habitations particulières de Paris.

_Hôtel d'Uzès_ (rue Montmartre).

Ce bâtiment a encore été construit sur les dessins de Le Doux. Il est

remarquable par l'arc de triomphe qui lui sert d'entrée, et par la

décoration imposante de la façade qui règne sur la cour[188].

[Note 188: L'hôtel d'Uzès est actuellement occupé par

l'administration des douanes.]

_Hôtel de la Vallière_ (rue Neuve-Saint-Augustin.)

Il appartenoit, dans le principe, au duc de Lorges, qui le vendit à la

princesse, première douairière de Conti. À sa mort, arrivée en 1739, le

duc de La Vallière, étant devenu propriétaire de cet hôtel, lui donna son

nom, qu'il a toujours porté depuis.

AUTRES HÔTELS

LES PLUS REMARQUABLES DE CE QUARTIER.

Hôtel d'Aubeterre, rue d'Artois.

---- d'Aumont, rue Caumartin.

---- de Balincourt, rue de la Chaussée-d'Antin.

---- de Bertin, au coin de la rue Neuve-des-Capucines et du

boulevart[189].

---- de Bérulle, rue de Richelieu.

---- de Boufflers, rue de Choiseul, au coin du boulevart.

---- de Boulainvilliers, rue Bergère.

---- de Brancas, au coin de la rue Taitbout et du boulevart.

---- de Caumont, même rue.

---- (deuxième) de Choiseul, rue d'Artois.

---- du Dreneuc, rue de Provence.

---- d'Egmont, rue de Louis-le-Grand.

---- de Gouy, rue de Provence.

---- de Grammont, rue Grange-Batelière.

---- d'Inécourt, rue Boudreau.

---- le Pelletier-d'Aunay, rue Neuve-des-Mathurins.

---- de Lubert, rue de Cléry.

---- de Marsan, rue Neuve-St-Augustin

---- de Massiac, place des Victoires.

---- de Mathan, rue Neuve-des-Capucines.

---- de Miromesnil, rue de Richelieu.

---- de Montfermeil, rue de la Chaussée-d'Antin.

---- de Montesson, rue de Provence.

---- de Montholon, boulevart Montmartre.

---- de Moy, rue de Richelieu.

---- de Noé, rue Neuve-des-Mathurins.

---- de Pons, rue Neuve-Saint-Augustin.

---- de St-Chamant; rue Chantereine.

---- de Talaru, rue Vivienne.

---- de Thun, rue de Provence.

---- de Tourdonnet, rue de Richelieu.

---- de Valentinois, rue Saint-Lazare.

[Note 189: Cet hôtel est maintenant occupé par le ministre des

affaires étrangères.]

BARRIÈRES.

Les limites du quartier Montmartre terminent la ville de Paris du côté du

septentrion, dans un espace qui s'étend depuis la barrière de Mouceaux

jusqu'à celle de Sainte-Anne, et comprend dans cette partie des nouvelles

murailles cinq barrières placées dans l'ordre suivant:

1. Barrière de Clichy.

2. ------ de la Croix-Blanche.

3. ------ des Martyrs.

4. ------ Rochechouart.

5. ------ Poissonnière.

FONTAINES.

_Fontaine des Petits-Pères._

Cette fontaine adossée au mur du couvent de ces religieux, au coin des

rues Vide-Gousset et Notre-Dame-des-Victoires, n'a rien de remarquable que

l'inscription suivante composée par Santeuil.

_Quæ dat aquas, saxo latet hospita nympha sub imo:

Sic tu cum dederis dona, latere velis._

_Fontaine de Colbert._

Cette fontaine, qui donne de l'eau de la Seine, est située dans la rue

Colbert dont elle a pris le nom.

_Fontaine de la rue Montmartre._

Elle a été construite dans la rue qui porte ce nom, vis-à-vis celle de

Saint-Marc, donne également de l'eau de la Seine, et n'offre rien, dans sa

construction, qui mérite d'être remarqué.

RUES ET PLACES DU QUARTIER MONTMARTRE.

_Rue d'Amboise._ Cette rue, qui donne, d'un côté dans la rue de Richelieu,

de l'autre dans celle de Favart, fut percée vers le temps où l'on bâtit le

Théâtre Italien, c'est-à-dire, de 1783 à 1784.

_Rue Sainte-Anne._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier

commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs et finit à la rue

Neuve-Saint-Augustin. Dans tous les plans publiés au commencement du

siècle dernier, elle est désignée sous le nom de _Lionne_, qu'elle devoit

à l'hôtel de M. de Lionne, secrétaire d'état. Nous ignorons à quelle

époque elle prit celui de Sainte-Anne, que portoit déjà l'autre partie, et

que la rue entière a gardé jusqu'au commencement de la révolution[190].

[Note 190: Elle fut nommée alors rue _Helvétius_. Elle a repris,

depuis 1815, son ancien nom.]

_Rue d'Antin._ Elle donne d'un bout dans la rue Neuve-Saint-Augustin, de

l'autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis l'hôtel d'_Antin_,

depuis de _Richelieu_, d'où elle a pris son nom. Dès le 14 mai 1713, il

avoit été ordonné qu'il seroit percé une rue en face de cet hôtel; mais

cet arrêt n'ayant pas été exécuté alors, il en fut rendu un second

confirmatif du premier, avec lettres-patentes du premier décembre 1715,

enregistrées le 8 février suivant.

Le marché aux chevaux se tenoit anciennement dans l'espace occupé par la

rue et l'hôtel d'Antin.

_Rue d'Artois_[191]. Elle fut ouverte en 1769 sur le boulevart, et

vis-à-vis la rue de Grammont. On la perça à travers des jardins qui

appartenoient à M. de La Borde. Alors la rue de Provence n'existoit point

encore, et la nouvelle rue aboutissoit à un égout situé sur une partie du

terrain que l'autre occupe aujourd'hui.

[Note 191: Pendant la révolution, elle a porté le nom de

_Cérutti_. Depuis 1814 cette rue a repris son premier nom.]

_Rue Neuve-Saint-Augustin._ Elle aboutit d'un côté à la rue de

Richelieu, et de l'autre à celle de Louis-le-Grand. Cette rue, qui fut

percée vers le milieu du dix-septième siècle, s'appela rue

_Saint-Augustin_ depuis la rue Notre-Dame-des-Victoires jusqu'à celle de

Richelieu, et l'on donna ensuite indifféremment le même nom et celui de

rue _Neuve-Saint-Augustin_, à la continuation qu'on en fit jusqu'à la

rue de Gaillon. Dans un censier de l'archevêché de 1663, on la trouve

indiquée sous le nom de _rue Neuve-de-Saint-Augustin, jadis dite de

Saint-Victor_; mais il n'est point dit dans quelle partie elle a pu

porter ce dernier nom. Elle finissoit à la rue de _Lorges_, nom que

portoit alors la partie septentrionale de la rue de Gaillon. Ce ne fut

qu'en mars 1701 que le roi ordonna qu'elle seroit prolongée, et qu'elle

formeroit jusqu'à la rue Neuve-des-Petits-Champs un retour d'équerre

qui seroit appelé rue de _Louis-le-Grand_. Cet arrêt fut confirmé par un

autre du 3 juillet 1703, par lequel il paroît que depuis la rue de

Gaillon jusqu'à celle de Louis-le-Grand, la continuation de la rue

Neuve-Saint-Augustin devoit être appelée rue _de Lorges_. Soit qu'il se

fût élevé des difficultés sur l'acquisition des terrains nécessaires,

soit que les religieux de Saint-Denis-de-la-Chartre, qui avoient des

droits sur cet emplacement, eussent fait naître alors des obstacles à

l'exécution de ces arrêts pour la conservation de leur censive, ou pour

en être indemnisés, on voit par un troisième arrêt, du premier décembre

1715, que ce projet avoit été suspendu, au moins en partie. Il n'a été

absolument exécuté qu'en 1718.

La rue Saint-Augustin étoit ainsi nommée, parce qu'elle régnoit le long

d'un mur de clôture des religieux augustins, vulgairement appelés

Petits-Pères.

_Rue de la Tour-d'Auvergne._ Elle va transversalement de la rue de

Rochechouart à celle des Martyrs. Cette rue ne se trouve indiquée sur

aucun plan avant 1762; c'étoit la continuation du chemin qui conduisoit de

la Nouvelle-France à Montmartre.

_Rue Basse_ ou _chemin du Rempart_. Elle règne le long du boulevart. Par

arrêt du conseil, du 7 août 1714, il avoit été défendu de bâtir le long du

rempart à plus de trente toises de distance. L'objet de cette défense

étoit de conserver ce chemin pour les voitures, et de ménager à ce moyen

le sol du boulevart. Les mêmes défenses furent renouvelées en 1720, mais

avec une exception qui permettoit à la ville de supprimer ce chemin depuis

la Ville-l'Évêque jusqu'à la chaussée de Gaillon. Il le fut en effet, mais

on ne tarda pas à sentir combien il étoit nécessaire, et l'on décida qu'il

seroit rétabli. Ce fut alors qu'on commença à construire dans sa longueur

les jolies maisons qui lui ont fait donner le nom de rue _Basse_, parce

que le terrain en est beaucoup plus bas que celui du rempart.

_Rue Baudin._ C'est une petite ruelle qui, commençant d'un côté à la rue

Blanche, aboutit de l'autre à la rue Saint-George, dans les marais des

Porcherons; elle tenoit ce nom d'un jardinier qui avoit présidé à

l'établissement d'une grande partie des jardins dont sont accompagnées les

maisons qui forment cette rue[192].

[Note 192: On a changé son nom en celui de rue _de la Tour des

Dames_; elle se trouve fermée par un mur élevé dans la rue de

_la Rochefoucault_, où elle vient finir aujourd'hui.]

_Ruelle Beauregard._--Voyez _rue des Martyrs_.

_Rue Bellefond._ Elle traverse de la rue Poissonnière dans celle de

Rochechouart. On croit qu'elle doit son nom à madame de Bellefond, abbesse

de Montmartre. Dans quelques plans on la trouve mal à propos indiquée sous

le nom de rue _Jollivet_.

_Rue Bergère._ Elle aboutit à la rue Poissonnière et à celle du

Faubourg-Montmartre. Ce n'étoit dans son origine qu'un chemin dont la

direction a souvent varié du côté du faubourg Montmartre. La communication

en fut ensuite interrompue, et il ne forma plus qu'un cul-de-sac dans

lequel il y en avoit un autre plus petit qui subsistoit encore en 1738.

Tous deux aboutissoient à des jardins potagers. Enfin ce chemin fut ouvert

et continué en ligne droite, et l'on commença à y bâtir des maisons. Comme

cette rue coupe en partie le terrain qu'on appeloit anciennement _Clos aux

Halliers_, elle ne fut long-temps connue que sous cette dénomination

générale donnée à tout le territoire. Cependant d'anciens titres de

l'archevêché prouvent que le nom de rue _Bergère_ qu'on lui donna

ensuite, étoit un vieux nom sous lequel elle étoit désignée dès 1652. On

la trouve aussi indiquée dans quelques plans sous celui de rue _du

Berger_.

_Rue Blanche._--Voyez _rue de la Croix-Blanche_.

_Rue Bleue._--Voyez _rue d'Enfer_.

_Rue Boudreau._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté dans la rue

Caumartin, de l'autre dans celle de Trudon.

_Rue de Buffaut._ Cette rue, percée également depuis 1780, aboutit d'un

côté à la rue du Faubourg-Montmartre, de l'autre à la rue Coquenart.

_Rue Cadet._ Elle commence au faubourg Montmartre presque vis-à-vis la rue

de Provence, et aboutit à la rue de Rochechouart, au coin des rues d'Enfer

et Coquenart. Sur presque tous les plans on la trouve indiquée sous le nom

de _Voirie_, parce qu'en effet il en a existé une pendant long-temps dans

cet endroit. On a depuis donné le nom de _Cadet_, tant à cette rue qu'à

une croix élevée à l'une de ses extrémités. Ce nom vient du _clos Cadet_

lequel étoit situé au-dessous à droite.

_Rue Neuve-des-Capucins._ Cette rue fut ouverte dans la chaussée d'Antin à

l'époque où l'on bâtit le nouveau couvent de ces religieux; elle donne

d'un côté dans la rue Thiroux, et de l'autre dans celle de la chaussée

d'Antin[193].

[Note 193: Cette rue a pris, dans la révolution, le nom de rue

_Joubert_.]

_Rue des Capucines._ Elle fait la continuation de la rue

Neuve-des-Petits-Champs, depuis la rue Louis-le-Grand et la place Vendôme

jusqu'au boulevart. Elle doit son nom au couvent des religieuses capucines

qui y étoit situé. Quelques historiens ne la distinguent pas de la rue

Neuve-des-Petits-Champs.

_Rue Caumartin._ C'est une de ces rues nouvelles percées depuis 1780 dans

les marais de la chaussée d'Antin. Elle est ouverte d'un côté sur le

boulevart, et aboutit de l'autre à la rue Neuve-des-Mathurins.

_Rue de Chabanais._ Cette rue, ouverte en 1777, commence dans la rue

Neuve-des-Petits-Champs, entre les rues Sainte-Anne, et de Richelieu, et,

par un retour d'équerre, se termine à la rue Sainte-Anne.

_Rue Neuve-des-Petits-Champs._ Elle aboutit à la rue de la Feuillade et à

celle des Capucines. Son nom vient du lieu où elle est située, lequel

étoit couvert de marais et de jardins potagers. Elle commençoit autrefois

à la rue des Petits-Champs (depuis rue de la Vrillière), et ne fut

prolongée que successivement. Il paroît que, de là jusqu'à la rue

Vivienne, elle fut appelée ensuite rue _Beautru_, du nom d'un hôtel qui y

étoit situé.

_Rue Chantereine._ C'étoit autrefois une petite rue qui faisoit la

continuation de la rue des Postes, et aboutissoit à celle du

Faubourg-Montmartre; elle se nommoit alors _Chantrelle_. Jaillot avoit

déjà pensé que ce nom étoit un mot altéré qui venoit de _Chante-Reine_,

lequel avoit été le véritable nom de cette rue. Ce n'étoit autrefois,

ainsi que la rue des Postes, qui en fait la continuation, qu'une ruelle

qui traversoit des jardins, et toutes les deux ne sont désignées dans les

plans du siècle dernier, que sous le nom de _ruellette au marais des

Porcherons_. Aujourd'hui la rue Chantereine, qui se prolonge jusqu'à la

rue de la Chaussée-d'Antin, est couverte de beaux édifices, et a pris

place parmi les plus belles rues de Paris.

_Rue Chauchat._ Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, donne d'un bout

dans celle de Provence, de l'autre dans la rue Chantereine.

_Rue de la Chaussée-d'Antin_[194]. Elle va du boulevart à la rue

Saint-Lazare. Ce n'étoit, dans le dix-septième siècle, qu'un chemin

tortueux qui conduisoit aux Porcherons[195]. Il commençoit à la porte de

Gaillon, et tout le long régnoit un égout découvert. De là lui sont venus

les différents noms de _Chemin des Porcherons_, de _rue de l'Égout de

Gaillon et de Chaussée de Gaillon_. On l'a aussi appelée, dès ce temps-là,

_la Chaussée d'Antin_, à cause de l'hôtel d'Antin, depuis de Richelieu, en

face duquel ce chemin étoit ouvert. Il prit ensuite le nom de chemin de

_la Grande Pinte_, de l'enseigne d'un cabaret situé à son extrémité. Enfin

on le désigna sous celui de rue _de l'Hôtel-Dieu_, à cause d'une ferme

appartenant à cet hospice, située rue Saint-Lazare, et d'un pont placé sur

l'égout, appelé le pont de l'Hôtel-Dieu.

[Note 194: Cette rue a reçu, dans la révolution, le nom de rue

de _Mirabeau_ et celui de rue du _Montblanc_.]

[Note 195: Les Porcherons étoient autrefois une espèce de bourg

séparé du quartier Montmartre, et situé un peu au-dessus des

barrières. Ce lieu étoit rempli de cabarets, où le peuple se

rendoit en foule le dimanche, parce que le vin s'y vendoit à

meilleur marché. Depuis que les Porcherons ont été compris dans

l'enceinte de Paris, ils ont cessé d'être fréquentés, et c'est

principalement à Belleville que se font maintenant ces sortes de

rassemblements. Il y avoit et il y a encore aux environs de

Paris un assez grand nombre d'endroits de cette espèce, que l'on

désigne sous la dénomination générale de _Guinguettes_, tels que

la Nouvelle-France, la Petite-Pologne (auprès des Porcherons),

la plaine des Sablons, et celle de Grenelle, le moulin de

Javelle, Vaugirard, le Grand et le Petit-Chantilly, la Rapée, le

Grand et le Petit-Charonne, Ménil-Montant, la Haute-Borne, la

Courtille, le Gros-Caillou, le Port-à-l'Anglais.]

Le quartier de Gaillon s'étant considérablement augmenté au commencement

du dix-huitième siècle, surtout après la mort de Louis XIV, le roi

ordonna, par son arrêt du conseil, du 31 juillet 1720, que le chemin de

Gaillon, qui, comme nous l'avons dit, alloit en serpentant, seroit

redressé jusqu'à la barrière des Porcherons, dans la largeur de dix

toises, et planté d'un rang d'arbres de chaque côté; mais, la ville ayant

représenté qu'il seroit plus convenable et plus utile de faire construire

une rue droite de huit toises de large, et de redresser l'égout jusqu'à la

barrière de la Grande Pinte, une ordonnance du 4 décembre de la même année

lui en accorda la permission. L'égout fut revêtu de murs et voûté, et la

rue percée et alignée d'après le plan présenté.

Telle est l'origine de la rue de la _Chaussée d'Antin_, maintenant l'une

des plus belles de Paris; les rues qui l'environnent se formèrent

successivement, et un nouveau quartier, le plus riche aujourd'hui et le

plus brillant de tous, fut ajouté à la ville.

_Rue du Gros-Chenet._ Elle aboutit d'un côté dans la rue de Cléry, de

l'autre dans celle du Sentier, et doit son nom à l'enseigne que portoit

autrefois une maison située au coin de la rue Saint-Roch. Valleyre la

désigne, sur son plan, sous le nom de _Gros-Chêne_. Il paroît que c'est

une erreur, et rien n'indique qu'elle ait jamais porté ce nom.

_Rue de Choiseul._ Elle a été ouverte depuis 1780, à travers les hôtels

qui bordoient la partie septentrionale de la rue Neuve-Saint-Augustin, et

de là elle s'étend jusqu'au boulevart.

_Rue de Cléry._ La partie de cette rue qui est de ce quartier, va de la

rue Montmartre à celle des Petits-Carreaux. Son nom vient de l'hôtel de

Cléry qui y étoit situé. Valleyre dit que cette partie de la rue

s'appeloit aussi _Mouffetard_. C'est une erreur; ce nom n'a été donné

autrefois qu'à la partie qui va des Petits-Carreaux à la porte

Saint-Denis.

_Rue de Clichy._ Cette rue, qui commence dans celle de Saint-Lazare, et

aboutit à une des barrières de Paris, a porté jusqu'en 1780 le nom de rue

_du Coq_. Elle le devoit à une grande maison située vis-à-vis de son

ouverture, et qu'on appeloit le _Château-Cocq_ ou _du Cocq_, du nom d'une

ancienne famille dont on voyoit encore, vers la fin du siècle dernier, les

armes sculptées sur une vieille porte murée, avec la date de 1320.

Au-dessus étoit une chapelle où l'on disoit la messe les dimanches et

jours de fêtes. L'hôtel _Cocq_ étoit aussi connu sous le nom de _Château

des Porcherons_.

La rue du Coq n'est désignée sur les anciens plans que sous le nom de

_Chemin de Clichy_, parce qu'effectivement elle conduit à ce village.

_Rue de Colbert._ Elle traverse de la rue Vivienne dans celle de

Richelieu, et doit son nom à l'hôtel de Colbert, en face duquel elle a été

ouverte vers le milieu du dix-septième siècle, sur une partie de

l'emplacement du palais Mazarin.

_Rue Coquenart._ Elle donne d'un bout dans la rue du Faubourg-Montmartre,

de l'autre elle joint l'extrémité de la rue Cadet. Elle est ainsi appelée

du lieu où elle a été percée, lequel est désigné dans de vieux titres sous

ceux de _Coquemart_ et _Coquenart_. L'abbé Lebeuf l'appelle rue

_Goguenard_. À la fin du dix-septième siècle elle reçut de la chapelle qui

y est située, le nom de rue de _Notre-Dame-de-Lorette_.

_Rue du Croissant._ Elle va de la rue Montmartre à celle du Gros-Chenet,

et doit à une enseigne ce nom sous lequel elle étoit connue dès 1612.

_Rue Sainte-Croix._ C'est une rue nouvelle percée depuis 1780, laquelle

fait la continuation de la rue Thiroux, et aboutit à la rue Saint-Lazare.

_Rue de la Croix-Blanche._ Elle commence à la rue Saint-Lazare ou des

Porcherons, et aboutit à la barrière. On l'appeloit aussi simplement _rue

Blanche_.

_Rue de la Tour des Dames._ Cette rue est parallèle à la rue de la

Croix-Blanche, et fut ainsi nommée d'un moulin qui s'y trouvoit, lequel

appartenoit aux dames de Montmartre. On l'appelle maintenant rue de _la

Rochefoucauld_.

_Rue de l'Égout._ Elle fait suite à la rue de Provence, prenant son

origine à la rue de la Chaussée d'Antin, et finissant à celle de la

Pologne, où se termine le quartier. Cette rue, qui fut ouverte à peu près

en même temps que celle dont elle est la continuation, doit son nom à

l'égout découvert qui se prolongeoit autrefois sur ce terrain et dans

cette direction. On la nomme aujourd'hui rue Saint-Nicolas.

_Rue d'Enfer._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Cadet, de l'autre dans

la rue Poissonnière où finit le quartier. On ignore l'origine de ce nom

qu'elle a changé, pendant la révolution, contre celui de rue _Bleue_.

_Rue Neuve-Saint-Eustache._ Elle donne d'un bout dans la rue Montmartre,

et de l'autre dans celle des Petits-Carreaux. Cette rue, qui fut formée

sur l'emplacement du fossé de l'enceinte de Charles VI, s'appeloit

anciennement _rue Saint-Côme_ ou _du Milieu-du-Fossé_[196]. Dès l'an 1641

on la trouve désignée sous le nom de rue Neuve-Saint-Eustache.

[Note 196: Arch. de l'archev.]

_Rue Favart._ Elle commence à l'extrémité du _Pâté des Italiens_, forme à

droite un des côtés de la place de la Comédie italienne, et va se

terminer au boulevart. Elle fut construite en même temps que le monument.

_Rue de la Feuillade._ Elle fait la continuation de la rue

Neuve-des-Petits-Champs, et aboutit à la place des Victoires. On lui a

donné ce nom en l'honneur de M. de La Feuillade, qui avoit fait bâtir la

place des Victoires et élever le monument qui la décoroit. Avant cette

époque cette rue étoit connue sous le nom de _rue des Jardins_[197].

[Note 197: Arch. de l'archev.]

_Rue Feydeau._ Cette rue donne d'un bout dans la rue Montmartre, de

l'autre dans celle de Richelieu; elle a été ainsi appelée du nom d'une

famille qui, sous la monarchie, avoit rempli les plus hautes places de la

magistrature. On la désignoit en 1675 sous le titre de rue _des

Fossés-Montmartre_ auquel on ajouta l'épithète de _Neuve_, pour la

distinguer de celle des Fossés-Montmartre, qu'on nommoit alors simplement

rue _des Fossés_. La rue Feydeau ne portoit ce nom qu'à son extrémité, du

côté de la porte _Gaillon_; mais elle s'étendoit sous celui _des Fossés_

jusqu'à la porte Montmartre. Toute cette partie ayant été couverte des

maisons et jardins qui formèrent la rue Neuve-Saint-Augustin, on donna à

celle qui fut conservée le nom de _Feydeau_, qu'elle avoit déjà porté vers

la fin du dix-septième siècle.

_Rue Saint-Fiacre._ Elle va de la rue des Jeûneurs aux boulevarts, et, à

la fin du dernier siècle, elle se fermoit encore à ses deux extrémités.

Cette rue doit son nom à l'ancien fief de Saint-Fiacre sur lequel elle est

située. Sauval l'a confondue avec le cul-de-sac du même nom, situé rue

Saint-Martin, qu'il appelle _rue du Figuier_. Elle conserve aujourd'hui le

premier de ces noms qu'elle portoit originairement, comme on le voit dans

les plans de de Chuyes, et même dans un acte de 1630[198].

[Note 198: Arch. de l'archev.]

_Rue des Trois Frères._ Elle a été percée pour ouvrir une communication

entre la rue de Provence et la rue Chantereine. Nous ignorons l'étymologie

de son nom, de même que celui de _Houssaie_ que porte aujourd'hui sa

partie méridionale.

_Rue de Gaillon._ Cette rue qui s'étendoit autrefois d'un côté jusqu'à la

rue Saint-Honoré, se prolongeoit de l'autre entre les emplacements de

l'hôtel de Richelieu et de celui de la Vallière jusqu'à une des portes de

la ville, qui avoit reçu d'elle le nom de porte _Gaillon_. Louis XIV ayant

ordonné en 1645 que toutes les places vides entre les portes Saint-Denis

et Saint-Honoré fussent vendues et couvertes d'édifices, la partie de

celle-ci qui dépassoit la rue Neuve-Saint-Augustin fut supprimée, et la

porte abattue en 1700. Nous avons déjà fait connoître, en parlant de la

rue Saint-Roch, l'étymologie du nom de celle de Gaillon.

_Rue Saint-Georges._ Ce n'étoit dans le principe qu'une ruelle qui donnoit

dans la rue Baudin et dans celle de Saint-Lazare; c'est maintenant une rue

superbe, couverte de riches hôtels, qui traverse cette dernière, et se

prolonge jusqu'à la rue de Provence.

_Rue de Grammont._ Elle fait la continuation de la rue Sainte Anne et

aboutit au boulevart. Cette rue a été percée, en 1767, sur l'emplacement

de l'hôtel de Grammont rue Neuve-Saint-Augustin, lequel fut démoli à cette

époque.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 15 / 34 段