Cependant, quoique l'imprimerie eût déjà fait de rapides progrès, à

l'exception de 200 volumes imprimés, il n'y avoit encore que des

manuscrits dans la bibliothéque royale. Henri II contribua plus

efficacement à son augmentation par son ordonnance de 1556[124], laquelle

enjoignoit aux libraires qui faisoient imprimer, de fournir un exemplaire

en vélin, et relié, de chaque livre dont on leur accordoit le privilége.

Cette utile et sage précaution avoit été imaginée par un avocat nommé

Raoul Spifame. Catherine de Médicis joignit à tant de livres déjà

rassemblés la bibliothéque que le maréchal de Strozzi avoit achetée après

la mort du cardinal Ridolfi, neveu du pape Léon X[125]. Pierre Duchâtel

fut conservé par Henri II. Pierre de Montdoré lui succéda.

[Note 124: Cette ordonnance fut renouvelée par Louis XIII en

1617.]

[Note 125: Elle s'empara de cette bibliothéque, sous le prétexte

plus spécieux que réel qu'elle étoit un démembrement de la

bibliothéque des Médicis.]

Cette bibliothéque resta languissante sous Henri III, et ne fut augmentée

que des livres imprimés avec privilége. Après Montdoré le célèbre Jacques

Amiot, nommé maître de la librairie, se fit un plaisir d'en procurer

l'entrée aux savants. Il eut pour successeur un homme non moins célèbre,

l'historien Jacques-Auguste de Thou.

Henri IV, dont le règne fut malheureusement si court et si agité, étendit

néanmoins ses soins sur cet établissement. Par ses lettres du 14 juin

1594, il donna des ordres pour faire transporter à Paris la bibliothéque

que François Ier avoit établie à Fontainebleau[126]; il y ajouta celle de

Catherine de Médicis, malgré l'opposition et les vives réclamations des

créanciers de cette reine; et la collection entière fut placée dans les

salles du collége de Clermont, alors vacant, sous la garde du président de

Thou, qui avoit succédé à son père. En 1604, cette bibliothéque fut

transportée dans une grande salle du cloître des Cordeliers. Isaac

Casaubon étoit alors maître de la librairie et conserva cette place

jusqu'à la mort de Henri IV.

[Note 126: Cet ordre ne fut exécuté qu'au mois de mai 1599.]

Sous Louis XIII, elle fut enrichie de manuscrits syriaques, turcs, arabes,

persans, sans compter les livres imprimés avec privilége. Elle fut alors

transférée du cloître des Cordeliers, dans une grande maison située rue de

la Harpe, au-dessus de Saint-Côme. On y distribua les livres dans le

rez-de-chaussée et dans le premier étage, ce qui la fit appeler la haute

et la basse librairie[127]. Cependant, malgré les efforts réunis de tant

de souverains, la bibliothéque royale ne contenoit pas encore 7,000

volumes à la mort de ce prince[128].

[Note 127: Les principaux gardes de la bibliothéque, depuis

cette époque jusqu'à nos jours, furent MM. Dupuy, Jérôme Bignon,

Bignon fils, l'abbé Le Tellier, l'abbé Bignon; Bignon, prévôt

des marchands, son neveu; Bignon, fils du précédent, etc.]

[Note 128: C'est ce qu'on peut juger par l'état où elle se

trouvoit en 1661. Suivant le _Mémoire historique_ ci-dessus

cité, Louis XIV y avoit joint plus de 9,000 volumes imprimés et

200 manuscrits légués par MM. Dupuy, 1923 volumes manuscrits du

comte de Béthune, etc. Cependant la bibliothéque ne contenoit

alors que 6088 manuscrits et 10,658 volumes imprimés. On y

ajouta dans la suite et après la mort du cardinal Mazarin les

manuscrits de Brienne.]

Louis XIV, dont le nom rappelle tant de genres de gloire, imprima à cet

établissement le caractère de grandeur qui a signalé toutes les

entreprises de son règne. Les acquisitions que fit ce prince, soit en

manuscrits, soit en livres imprimés, furent si considérables et se

succédèrent si rapidement, qu'en 1674 on y comptoit déjà plus de 30,000

volumes; et qu'à sa mort, arrivée en 1715, il en renfermoit environ

70,000[129].

Dès 1666, la maison de la rue de la Harpe ne suffisoit plus pour contenir

la bibliothéque du roi, qui s'accroissoit de jour en jour. Louis XIV lui

destinoit une place au Louvre, dont il avoit déjà fait reprendre les

travaux. En attendant qu'on pût y placer ce précieux dépôt, M. de Colbert

le fit transporter rue Vivienne, dans deux maisons qui lui appartenoient

et qui touchoient son hôtel. Ce fut alors qu'on y joignit les autres

curiosités qu'elle contient maintenant, et dont nous ne tarderons pas à

parler. M. de Louvois, qui succéda à ce ministre, songeoit à la

transporter dans les bâtiments de la place Vendôme, qu'on élevoit en 1687,

lorsque sa mort fit évanouir ce projet.

[Note 129: Louis XV l'augmenta depuis plus qu'aucun de ses

prédécesseurs; à la fin de son règne le nombre des livres

imprimés s'élevoit déjà à plus de 100,000 volumes.]

La bibliothéque, augmentée encore par les soins du régent, resta donc dans

les deux maisons de la rue Vivienne jusqu'en 1721, époque à laquelle il

devint impossible de l'y laisser plus long-temps, à cause de la quantité

toujours croissante des livres qu'elle contenoit. Alors, sur la

proposition de M. l'abbé Bignon, qui, à cette époque, en étoit le gardien,

le duc d'Orléans la fit placer dans les vastes bâtiments qu'elle occupe

encore aujourd'hui[130].

[Note 130: Ces bâtiments étoient un démembrement du palais du

cardinal Mazarin, qui avoit été divisé en deux parties par ses

héritiers.]

Ces bâtiments s'étendent dans la rue de Richelieu depuis la rue

Neuve-des-Petits-Champs jusqu'à celle de Colbert, et, dans cette immense

façade, n'offrent qu'un mur presque entièrement nu et une porte cochère

dépouillée de tout ornement. Cette porte donne entrée dans une cour assez

vaste, mais dont la proportion est vicieuse, et les constructions

correspondantes sans symétrie. On peut reconnoître au premier coup d'oeil,

et par ce manque de régularité, et par la mauvaise disposition de ces

constructions, que non-seulement cet édifice n'a pas été bâti pour

contenir une bibliothéque, mais encore que les corps-de-logis qui le

composent ont été élevés à plusieurs reprises et pour divers usages: il

ne faut donc point s'étonner de n'y pas trouver l'heureuse distribution et

les communications commodes que l'on auroit le droit d'exiger dans un

monument construit exprès pour une semblable collection.

Toutes les salles du rez-de-chaussée, qui entourent la cour dans une

étendue de 115 toises, sont destinées à servir aux bureaux, magasins et

ateliers dépendans de la bibliothéque, laquelle est divisée en cinq

départements ou dépôts.

DÉPÔT DES LIVRES IMPRIMÉS.

Il est situé au premier étage, et l'on y arrive par un grand escalier,

précédé d'un vestibule, lequel est à droite de l'entrée principale. Cet

escalier[131], remarquable par la hardiesse de sa construction et la

beauté de sa rampe de fer, conduit dans une première galerie de neuf

croisées de face, de là dans un salon de quatre, et enfin dans une autre

immense galerie, formant deux retours d'équerre, laquelle est éclairée par

trente-trois croisées. Toutes ces ouvertures donnent sur la cour; et sur

les murs opposés sont distribués des corps d'armoires dans toute la

hauteur du plancher. Cette hauteur est divisée par un balcon en saillie,

qui continue horizontalement dans toute la longueur de ces galeries. On y

monte par plusieurs petits escaliers pratiqués dans la boiserie, de

manière que tous les livres, rangés par étage depuis le parquet jusqu'au

plafond, peuvent être atteints et communiqués au public avec la plus

grande facilité.

[Note 131: Il y avoit sur la voûte une peinture à fresque

exécutée du temps du cardinal Mazarin par un Italien nommé

_Pellegrini_. Elle étoit tellement dégradée par le temps et

l'humidité, qu'on a jugé à propos de l'effacer entièrement, lors

de la restauration qu'on a faite de cet escalier.]

Ce dépôt étoit composé, en 1789, d'environ 150,000 volumes[132], sans

compter une quantité prodigieuse de pièces rares sur toutes les matières

possibles, conservées avec soin dans des porte-feuilles. Les livres y sont

divisés en cinq classes: _théologie_, _jurisprudence_, _histoire_,

_philosophie_ et _belles-lettres_.

[Note 132: On aura peine à croire que, pendant les vingt années

de la révolution, cette bibliothèque se soit accrue de près de

200,000 volumes. Il n'y a cependant aucune exagération dans ce

calcul, et nous pouvons affirmer, d'après les autorités les plus

sûres et les renseignements les plus exacts, qu'elle contient

aujourd'hui au moins 300,000 volumes. La manie de faire des

livres, est une maladie épidémique qui a gagné l'Europe entière;

et certes ce dépôt, tout immense qu'il est, ne contient pas la

moitié des sottises, des erreurs, des folies niaises ou

perverses qui s'impriment depuis la Tamise jusqu'à la Néva.]

CURIOSITÉS DU DÉPÔT DES LIVRES IMPRIMÉS.

Dans la partie de la grande galerie qui traverse d'une aile à

l'autre sont:

1º. Les bustes en marbre de Jérôme Bignon et de l'abbé Bignon,

tous les deux bibliothécaires;

2º. Le monument en bronze élevé à la gloire de Louis-le-Grand, de

la France et des arts, par _Titon du Tillet_. Tous les grands

écrivains dont la France s'honore, principalement ceux du

dix-septième siècle, y sont représentés rangés sur le

Mont-Parnasse: des médaillons sont consacrés aux auteurs d'un

moindre mérite. Ce monument, dont les figures n'ont pas plus d'un

pied de proportion, est mesquin et de mauvais goût;

3º. Dans une cinquième salle qui communique à la dernière aile de

cette galerie, on voit la partie supérieure des deux fameux

globes composés à Venise par _Vincent Coronelli_, frère mineur,

et présentés à Louis XIV en 1683 par le cardinal d'Estrées, qui

les avoit fait faire exprès pour ce monarque. Ils ont

trente-quatre pieds six pouces et quelques lignes de

circonférence, et sont entourés de deux grands cercles de bronze

de treize pieds de diamètre, qui en forment les horizons et les

méridiens[133]. La partie inférieure de ces deux sphères

colossales est placée dans une pièce à rez-de-chaussée, dont le

plafond, ouvert circulairement, laisse passer dans la salle du

premier étage une portion de leurs hémisphères[134];

[Note 133: Ces cercles ont été exécutés par Butterfieldt, fameux

ingénieur du roi, mort à Paris en 1724, âgé de 89 ans.]

[Note 134: Ces deux globes furent placés en 1704 dans les deux

pavillons du jardin de Marly; de là on les transporta dans une

salle du Louvre, d'où Louis XV les fit tirer, en 1722, pour en

orner la bibliothèque. Ce n'est qu'en 1731 que fut construit le

salon dans lequel ils sont placés. Il est inutile sans doute de

dire que, d'après les nouvelles découvertes faites en

géographie, ces belles machines ne sont plus que des objets de

pure curiosité.]

4º. Aux deux angles des retours en équerre de la même galerie

sont placés deux petits globes gravés et réduits d'après les

grands;

5º. On y conserve aussi plusieurs planches de l'imprimerie en

bois, appelée imprimerie à planches fixes, laquelle a précédé la

découverte de l'imprimerie à caractères mobiles.

DÉPÔT DES MANUSCRITS.

Sur le même palier à droite est la porte d'entrée qui conduit à ce

précieux dépôt. Il est renfermé dans cinq petites pièces en retour, qui

forment le premier étage du petit côté de la cour, au-dessus du vestibule

et dans une grande galerie dite _galerie Mazarine_, dont le

rez-de-chaussée dépend des bâtiments de la trésorerie.

Cette belle galerie est éclairée par huit croisées en voussures, ornées de

coquilles dorées. En face sont des niches décorées de paysages[135], par

_Grimaldi Bolognèse_, qui en a également couvert les embrasures des

croisées; mais ce qui est surtout remarquable, c'est le plafond peint à

fresque en 1651, par _Romanelli_. Ce peintre célèbre y a représenté

plusieurs sujets de la fable; et il n'est aucun de ses ouvrages qui offre

une plus belle couleur, un meilleur goût de dessin[136], une disposition

plus gracieuse. Ces divers tableaux sont distribués dans des

compartiments bien entendus, mêlés de médaillons en camaïeux, soutenus par

des figures et ornements imitant le stuc. Toute cette décoration, faite

dans le style du temps, n'a pas sans doute l'élégante simplicité qu'on

exigeroit aujourd'hui, mais n'est point cependant dépourvue de noblesse et

d'élégance.

[Note 135: Ces peintures sont masquées aujourd'hui par les

tablettes où sont placés les manuscrits.]

[Note 136: Nous ne prétendons pas dire par là que ce dessin soit

excellent. _Romanelli_ avoit les défauts communs à presque tous

les peintres de son temps. Ses figures sont maniérées, et le

style est loin d'en être sévère. Il n'en est pas moins vrai que

cette grande machine, peinte avec franchise et vigueur, est une

production très-estimable. Elle a conservé encore toute sa

fraîcheur.]

Les cinq pièces qui précèdent cette galerie sont aussi décorées de

peintures à fresque que le temps a dégradées.

Les manuscrits contenus dans ce dépôt sont divisés par fonds; et chaque

fonds porte le nom de celui qui en a fait la collection, qui l'a légué ou

vendu à la bibliothéque.

Cette collection, la plus riche et la plus intéressante qui existe en ce

genre, s'élevoit, en 1789, à près de 50,000 volumes. Elle se composoit

d'abord de manuscrits en langues anciennes et orientales, rangés dans

l'ordre suivant: les manuscrits hébreux, les syriaques, les samaritains,

les cophtes, les éthiopiens, les arméniens, les arabes, les persans, les

turcs, les indiens, les siamois, les livres et manuscrits chinois, les

grecs, les latins, etc.; ce qui formoit à peu près 25,000 volumes.

Les manuscrits italiens, allemands, anglois, espagnols, françois, etc.,

formoient une seconde division non moins nombreuse; parmi ces derniers, on

distingue une suite très-précieuse de mémoires, titres et autres

matériaux relatifs à l'histoire de France, et qui peuvent y répandre un

grand jour, surtout depuis Louis XI[137].

[Note 137: Cette collection a été, de même que celle des livres

imprimés, considérablement augmentée pendant la révolution, et

s'étoit élevée alors jusqu'à 70,000 volumes. Les accroissements

qu'elle avoit reçus se composoient de 500 manuscrits de la

bibliothéque du Vatican; de ceux de la bibliothéque de

Saint-Marc à Venise; de plusieurs autres tirés de Bologne, de

Milan, de Munich et autres villes d'Allemagne et d'Italie; mais

surtout des riches collections de la Sorbonne, de Saint-Victor,

de Saint-Germain-des-Prés[137-A], etc., etc. Nous saisissons

avec plaisir cette occasion de rappeler que c'est en grande

partie aux soins de M. _Van-Prat_, savant distingué et l'un des

conservateurs actuels de la bibliothéque, qu'on doit la

conservation de cette dernière collection, qui fut sur le point

d'être consumée dans l'incendie des bâtiments de l'abbaye,

arrivé pendant la révolution.]

[Note 137-A: On a rendu, depuis la restauration, les manuscrits

enlevés aux diverses bibliothéques de l'Europe.]

Les principaux fonds qui composent cette immense collection sont d'abord

l'ancien fonds du roi; ensuite ceux de Dupuy, de Béthune, de Brienne, de

Gainières, de Dufourni, de Louvois, de La Mare, de Baluse, de de Mesme, de

Colbert, de Cangé, de Lancelot, de du Cange, de Serilly, d'Huet, de

Fontanieu, de Sautereau, etc.

CURIOSITÉS DU DÉPÔT DES MANUSCRITS.

Elles se composent principalement de missels, d'heures et

d'évangiles du moyen âge, dont les couvertures sont chargées

d'ornements et de sculptures en or, en argent, en ivoire, etc.

Parmi ces manuscrits, qui sont en très-grande quantité, on

distingue principalement:

1º Le manuscrit fameux des épîtres de saint Paul, en grec et en

latin, écrit à deux colonnes, en belles lettres majuscules. C'est

un des plus anciens que l'on connoisse; il paroît être du sixième

ou du septième siècle;

2º. La bible et les heures de Charles-le-Chauve. La couverture

des heures est enrichie de pierres précieuses et de deux

bas-reliefs d'ivoire d'un travail très-curieux.

DÉPÔT OU CABINET DES MÉDAILLES.

Le salon qui contient ce précieux dépôt est situé à l'extrémité de la

première partie de la grande galerie des livres imprimés.

François Ier, Henri II et Charles IX paroissent avoir été les premiers de

nos rois qui aient songé à faire des collections d'antiques et de

médailles[138]. Mais les troubles qui agitèrent la France sur la fin du

règne de ce dernier prince, et sous celui de son successeur, dispersèrent

ce que ses prédécesseurs et lui avoient eu tant de peine à recueillir.

Henri IV eut aussi le projet de former une collection semblable; sa mort

précipitée l'empêcha de le réaliser.

[Note 138: François Ier plaça dans le garde-meuble environ vingt

médailles d'or et une centaine d'argent. Henri II en recueillit

un assez grand nombre, qu'il réunit dans sa bibliothéque avec

celles de François Ier; il y joignit ensuite la collection

précieuse que Catherine de Médicis avoit apportée en France.

Enfin Charles IX essaya de consolider cet établissement, en

assignant au Louvre une salle pour y rassembler les médailles

antiques, et en créant un garde particulier pour ces objets.]

Il étoit réservé à Louis XIV d'exécuter un semblable dessein, à peine

commencé jusqu'à lui. «Gaston d'Orléans, dit M. l'abbé Barthélemy, avoit

donné au roi une suite de médailles en or; et comme M. de Colbert

s'aperçut que Sa Majesté se plaisoit à consulter ces restes de l'antiquité

savante, il n'oublia rien pour satisfaire un goût si honorable aux

lettres. Par ses ordres et sous ses auspices, M. Vaillant[139] parcourut

plusieurs fois l'Italie et la Grèce, et en rapporta une infinité de

médailles singulières. On réunit plusieurs cabinets à celui du roi: et des

particuliers, par un sacrifice dont les curieux seuls peuvent apprécier

l'étendue, consacrèrent volontairement dans ce dépôt ce qu'ils avoient de

plus précieux en ce genre. Ces recherches ont été continuées dans la suite

avec le même succès. Le cabinet du roi a reçu des accroissements

successifs, et l'on pourroit dire qu'il est à présent au-dessus de tous

ceux qu'on connoît en Europe, s'il ne jouissoit depuis long-temps d'une

réputation si bien méritée.

[Note 139: D'autres savants parcoururent aussi, par ordre du

roi, la Sicile, la Grèce, l'Égypte, la Perse, l'Asie-Mineure, et

concoururent, par leurs recherches, à la splendeur de ce

cabinet, entre autres MM. Demonceaux, Vaufleb, Petit de La

Croix, Galland, de Nointel, ambassadeur à Constantinople, Paul

Lucas, etc.]

»Cette immense collection est divisée en deux classes principales,

l'antique et la moderne. La première comprend plusieurs suites

particulières: celle des rois, celle des villes grecques, celle des

familles romaines, celle des empereurs, et quelques-unes de ces suites se

subdivisent en d'autres, relativement à la grandeur des médailles et au

métal. C'est ainsi que des médailles des empereurs on a formé deux suites

de médaillons et de médailles en or; deux autres de médaillons et de

médailles en argent; une cinquième de médaillons en bronze; une sixième de

médailles de grand bronze; une septième de celles de moyen bronze; une

huitième enfin de médailles de petit bronze. La moderne est distribuée en

trois classes: l'une contient les médailles frappées dans les différents

États de l'Europe; l'autre, les monnoies qui ont cours dans presque tous

les pays du monde; et la troisième, les jetons. Chacune de ces suites,

soit dans le moderne, soit dans l'antique, est, par le nombre, la

conservation et la rareté des pièces qu'elle contient, digne de la

magnificence du roi et de la curiosité des amateurs[140].»

[Note 140: Ceci a été écrit en 1754. Depuis, cette collection a

reçu, comme toutes les autres, de grands accroissements, et

principalement jusqu'au moment de la révolution, par les soins

et les recherches de M. l'abbé Barthélemi lui-même. Depuis cette

époque elle avoit été presque doublée par toutes les collections

enlevées à Rome et dans l'Italie. Une partie de ces richesses a

été rendue à ses propriétaires.]

Ces médailles furent d'abord réunies au Louvre, ainsi que les antiquités

éparses dans les maisons royales. M. de Louvois eut ordre ensuite de faire

transférer ce cabinet à Versailles, où il fut placé auprès de

l'appartement du roi, et confié à la garde de Rainsart, savant antiquaire.

Ce n'est que vers la fin du siècle dernier qu'il fut rapporté à la

bibliothéque et déposé dans la salle où on le voit aujourd'hui.

Dans cette même salle sont réunis la collection des pierres gravées et le

cabinet des antiques. La première contient un grand nombre de

chefs-d'oeuvre des artistes grecs, gravés en creux et en relief, et les

plus belles agates gravées par les modernes. On remarque principalement,

parmi les monuments antiques, le tombeau de Chilpéric Ier, roi de France,

découvert à Tournai en 1653; les deux grands boucliers votifs, en argent,

trouvés dans le Rhône et en Dauphiné en 1656 et 1714; la fameuse agate de

la Sainte-Chapelle; la sardoine onyx, dite _vase de Ptolémée_, etc., etc.

Il contient encore un très-grand nombre de figures, de bustes, de vases,

d'instruments de sacrifices, de marbres chargés d'inscriptions, d'urnes

funéraires, de meubles, de bijoux, etc., recueillis des antiquités

grecques et romaines. Vers le milieu du dix-huitième siècle, M. le comte

de Caylus ajouta à tant de richesses une quantité considérable

d'antiquités égyptiennes, étrusques, etc., que cet illustre amateur avoit

rassemblées, et qu'il a publiées en vingt-six planches, accompagnées de

notes et de dissertations justement estimées.

DÉPÔT OU CABINET DES PLANCHES GRAVÉES ET ESTAMPES.

Ce cabinet occupe l'entresol au-dessous des cinq premières pièces du dépôt

des manuscrits.

On doit encore à Louis XIV la création de cette collection à laquelle il

en est peu en Europe qui soient comparables. Le goût dont ce prince étoit

possédé pour tout ce qui avoit quelque rapport aux beaux-arts, le porta à

faire l'acquisition de l'importante collection amassée à grands frais par

l'abbé de Marolles, et composée des meilleures estampes depuis l'origine

de la gravure jusqu'au moment où il vivoit. Elle est contenue en 264

volumes, format grand atlas, et fut le premier fonds de ce cabinet.

Quelques années auparavant, Gaston d'Orléans avoit légué au roi une suite

d'histoire naturelle, qu'il avoit fait peindre en miniature par Nicolas

Robert, d'après les plantes de son jardin botanique et les animaux de sa

ménagerie de Blois. Cette suite fut jointe à celle de l'abbé de Marolles,

et augmentée des productions de trois artistes, Jean Joubert, Nicolas

Aubriet et mademoiselle Basseport, qui, sous la fin du règne de ce prince

et sous Louis XV, continuèrent de peindre de la même manière des objets

pris dans les trois règnes de la nature. Cette partie seule contenoit 60

volumes in-folio[141].

[Note 141: M. Van-Spandonck, qui vient de mourir, étoit chargé,

dès 1789, de la continuation de ce beau travail.]

La collection léguée au roi, en 1712, par M. de Gaignières, vint encore

augmenter la richesse de ce cabinet de plus de 30,000 portraits rangés par

pays et par états, et pris dans toutes les conditions, depuis le sceptre

jusqu'à la houlette.

Louis XV l'enrichit aussi par les acquisitions qu'il fit des

collections[142] de M. de Beringhem, de M. l'Allemand de Betz, de M. de

Fontette, de M. Begon, et enfin d'une partie du cabinet de M. Mariette.

[Note 142: La collection de M. de Beringhem est composée de 466

volumes et de 50 porte-feuilles de cartes célestes, terrestres

et hydrographiques.--Celle de M. l'Allemand de Betz, de 80

volumes.--Celle de M. de Fontette remplissoit 60

porte-feuilles.--Enfin dans celle de M. Begon est une suite

d'oiseaux peints à la gouache, que l'on attribue à la célèbre

Sibylle de Mérian.]

Enfin ce précieux cabinet, augmenté considérablement depuis par les

acquisitions successives faites dans le siècle dernier, contenoit en 1789

environ 5,000 volumes, lesquels sont divisés en douze classes.

La première comprend les sculpteurs, architectes, ingénieurs et graveurs,

depuis l'origine de la gravure jusqu'à nos jours; cette classe est

distribuée par école, et chaque école par oeuvres de maîtres; les estampes

gravées en bois et en clair-obscur, distinguées sous les noms de

vieux-maîtres et de grands-maîtres, se trouvent aussi dans cette première

classe.

La seconde est composée des livres d'estampes de piété, de morale,

d'emblèmes et de devises sacrées.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8) · 第 11 / 34 段