et sur la place qu'elles occupoient, on planta la double rangée d'arbres
qui forment la promenade appelée aujourd'hui _Boulevart_. Ces nouveaux
ouvrages avoient été poussés, en 1684, jusqu'à la porte Sainte-Anne, et
là, la suite en fut interrompue par la rencontre des fossés de la ville,
des buttes de terre qui avoient autrefois servi aux fortifications, et de
quelques maisons bâties sur les contrescarpes. Cet obstacle, qui dura deux
années, fut enfin levé par des lettres-patentes du mois de juillet 1686,
lesquelles, confirmant deux arrêts précédents, permirent aux prévôts des
marchands et échevins de faire aplanir les buttes, combler les fossés, et
de se mettre en possession des maisons et terrains qui se trouvoient dans
l'alignement du _cours_, après en avoir payé la valeur aux propriétaires.
Tout l'emplacement des fortifications et les matériaux provenant des
démolitions leur furent également accordés, sous la condition que le
produit en seroit employé aux embellissements de la ville. L'espace entier
qu'entouroit la nouvelle promenade fut bientôt couvert d'édifices.
Ce n'est qu'à la fin du siècle dernier qu'on a vu s'élever, sur la portion
de ce quartier située au-delà du boulevart, et qu'on nomme
_Chaussée-d'Antin_, ces belles constructions qui en font une des parties
les plus régulières et les plus belles de Paris, et la demeure de ses plus
riches habitants.
MONASTÈRE DES CAPUCINES.
Pour ne point mettre de confusion dans la description des monuments de ce
quartier, nous sommes forcés de faire ici quelque changement à l'ordre que
nous suivons ordinairement. Au lieu de commencer par les édifices qui sont
situés dans sa partie orientale, nous transporterons d'abord le lecteur à
l'extrémité de la rue Neuve-des-Petits-Champs, pour le ramener, en suivant
cette rue, jusqu'à la place des Victoires, d'où nous pourrons ensuite nous
avancer, par une marche assez régulière, jusqu'aux extrémités de l'espace
que nous avons à parcourir.
C'étoit dans cette partie de la rue Neuve-des-Petits-Champs, et vis-à-vis
de la place Vendôme, qu'étoient situés l'église et le monastère des
religieuses Capucines, dont les jardins s'étendoient jusqu'aux boulevarts.
Elles avoient occupé, dans le principe, un autre couvent à peu de distance
de celui-ci; mais quoique nous ayons déjà indiqué[107] à quelle occasion
elles le quittèrent pour venir s'établir dans cette nouvelle habitation,
il convient cependant de donner ici avec plus de détails l'histoire de la
fondation de cet ordre et de l'établissement de ces religieuses.
[Note 107: _Voyez_ t. Ier, p. 976, 2e partie.]
Elles reconnoissoient pour leur fondatrice Louise de Lorraine, veuve de
Henri III. Après la mort funeste de ce prince, la reine s'étoit retirée à
Moulins, où des oeuvres de piété occupèrent entièrement les dernières
années de sa vie: ce fut dans cette retraite qu'elle forma le projet de
fonder un couvent de l'ordre des Capucines; mais la mort l'ayant surprise
avant qu'elle eût pu l'exécuter, elle en chargea, par son testament[108],
Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur, son frère, auquel elle
légua les sommes qu'elle crut nécessaires pour la fondation et la dotation
de ce couvent. Le duc de Mercoeur étant mort lui-même l'année d'après,
Marie de Luxembourg sa veuve se fit un devoir d'exécuter les dernières
volontés de la reine sa belle-soeur[109]; et son zèle la porta même à
ajouter de ses propres deniers à la somme de 60,000 liv. léguée par cette
princesse, somme qui ne se trouva point encore suffisante pour l'entière
exécution de ce pieux dessein.
[Note 108: Ce testament, en date du 28 janvier 1601, énonce que
ce couvent doit être fondé dans la ville de Bourges; et les
lettres-patentes que Henri IV accorda, au mois d'octobre 1602,
pour autoriser cet établissement, portent que la fondation avoit
été faite à Paris. Il paroît qu'il y eut des obstacles à
l'accomplissement littéral des dernières volontés de la reine;
mais aucun des historiens de Paris ne fait connoître la raison
de cette discordance. On sait seulement que madame de Mercoeur,
qui devoit être instruite des intentions de la reine sa
belle-soeur, se crut obligée de faire demander le consentement
de l'archevêque et des maire et échevins de la ville de
Bourges.]
[Note 109: Elle éprouva d'abord quelques difficultés de la part
des Capucins, qui s'opposoient à Rome à cet établissement, ne
voulant en aucune manière se charger de confesser et gouverner
ces religieuses; mais le pape Clément VIII le leur ayant ordonné
par son bref de l'an 1603, ces religieux s'y soumirent, et les
obstacles furent entièrement levés.]
L'hôtel de Retz, appelé alors l'hôtel du Péron, situé sur une partie du
terrain qu'occupe actuellement la place Vendôme, lui ayant paru convenable
à la fondation qu'elle méditoit, madame de Mercoeur en fit l'acquisition,
et donna des ordres pour qu'on y construisît sur-le-champ une chapelle et
les autres lieux réguliers qui constituent un monastère. Elle en posa
elle-même la première pierre le 29 mai 1604; toutefois, pour que cet
établissement auquel elle prenoit un vif intérêt n'éprouvât aucun retard,
cette princesse, mettant à profit le temps que demandoient les
constructions et les dispositions intérieures qu'elle faisoit faire dans
cet hôtel, s'étoit retirée au faubourg Saint-Antoine, dans une grande
maison composée de deux corps de logis[110], dont elle occupa l'un, et
destina l'autre pour les filles qui voudroient embrasser la vie austère de
l'ordre réformé de Saint-François. Douze filles prirent l'habit de cet
ordre le 24 juillet 1604; et deux ans après les bâtiments de leur
monastère étant achevés, le cardinal de Gondi, assisté de l'évêque de
Paris, son neveu, y installa solennellement les douze nouvelles
religieuses[111].
[Note 110: Cette maison se nommoit _la Roquette_, et étoit
accompagnée de prés et de terres labourables. Elle a été occupée
depuis par des religieuses hospitalières.]
[Note 111: Les Capucins, au nombre de quatre-vingts, allèrent
les chercher à leur demeure du faubourg Saint-Antoine, et les
conduisirent processionnellement jusqu'à leur nouveau
monastère.]
La règle de ce monastère étoit, celle des filles de Sainte-Claire
exceptée, la plus austère de toutes les règles établies dans les
communautés de filles. Vêtues de la bure la plus grossière, les Capucines
ne vivoient que d'aumônes, marchant toujours nu-pieds, excepté dans la
cuisine et dans le jardin, et ne faisant jamais usage de chair, même dans
les maladies mortelles, etc. Cette rigoureuse austérité a fait croire que
le couvent de Paris étoit le seul de cet institut de France; mais il est
bien certain qu'il y en avoit trois, un à Tours, un autre à Marseille et
celui de Paris.
Les religieuses Capucines demeurèrent dans la maison fondée par la
duchesse de Mercoeur jusqu'au 19 avril 1688, époque de leur translation au
couvent que Louis XIV leur fit bâtir dans la rue Neuve-des-Petits-Champs,
lorsque le projet eut été formé d'élever la place Vendôme. Ce prince leur
accorda de nouvelles lettres-patentes le 25 mars 1689; et le 27 août
suivant leur église fut dédiée sous le titre de Saint-Louis.
Le portail de cette église, construit seulement en 1722, étoit un des
exemples les plus frappants de ce goût bizarre pire que la barbarie, dans
lequel l'architecture étoit tombée au commencement du siècle dernier. Deux
pilastres d'ordre dorique, quoique de proportion toscane, s'élevoient de
chaque côté; ils étoient surmontés d'un entablement gigantesque, dont la
frise et la corniche formoient un plein-cintre énorme qui couronnoit cette
singulière composition; l'archivolte de la porte, hors de toute proportion
avec une si vaste corniche, étoit surmontée d'un bas-relief remplissant
tout l'espace qui séparoit ces deux portions de cercle, ce qui complétoit
le ridicule de cette décoration; enfin elle étoit si mauvaise de tous
points, qu'on n'a jamais su quel fut l'architecte qui en avoit donné le
dessin, tous ceux à qui on crut devoir l'attribuer dans les ouvrages
écrits à cette époque s'étant empressés de la désavouer.
L'auteur de la sculpture étoit Antoine Vassé. Cet ouvrage médiocre, mais
cependant bien supérieur au portail, étoit composé d'un grand cartouche
soutenu par trois anges, au milieu duquel on lisoit ces mots en lettres
d'or: _Pavete ad sanctuarium meum, ego Dominus_. Au-dessus de la corniche
s'élevoit une croix qu'accompagnoient deux anges en adoration.
L'intérieur de l'église étoit peu spacieux, mais proprement décoré, et
remarquable surtout par des chapelles[112] et des mausolées d'une grande
magnificence.
[Note 112: En 1756, il fallut reprendre sous oeuvre et le
portail et l'église, qui étoient d'une construction peu solide;
alors ces mausolées furent détruits et rétablis ensuite, mais
avec négligence. C'étoit pour la troisième fois qu'on restauroit
ce portail, qu'il eût mieux valu abattre dès la première.
(_Voyez_ pl. 77.)]
Les bâtiments du monastère, construits sur les dessins de _d'Orbay_,
avoient coûté au roi près d'un million; toutes les cellules des
religieuses étoient boisées, et les cloîtres vitrés; ce qui fut fait sans
doute pour prévenir les accidents auxquels elles étoient exposées par
l'excessive sévérité de leur institution[113].
[Note 113: Ce monastère, ainsi que tant d'autres monuments de ce
genre, a été démoli depuis la révolution. Sur son emplacement on
a percé une rue qui forme la traverse de la rue
Neuve-des-Petits-Champs au boulevart. (_Voyez_ l'article
_Monuments nouveaux_.)]
CURIOSITÉS DU MONASTÈRE ET DE L'ÉGLISE DES CAPUCINES.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une descente de croix, copie de _Jouvenet_,
par _Restout_[114].
[Note 114: L'original, qu'avoient autrefois possédé ces
religieuses, avoit été transporté dans les salles de l'académie
de peinture.]
Dans la chapelle dite de Louvois, une résurrection, par _Antoine
Coypel_.
Dans la première chapelle à droite en entrant, le martyre de
saint Ovide, par _Jouvenet_.
Dans une autre chapelle, saint Jean, par _François Boucher_.
TOMBEAUX.
Au milieu du choeur des religieuses reposoit, sous une simple
tombe de marbre noir, le corps de Louise de Lorraine, reine de
France, et fondatrice de ce couvent. Elle avoit ordonné par son
testament que son corps y fût inhumé. L'épitaphe, aussi modeste
que le tombeau, étoit conçue en ces termes:
«Ci gist Louise de Lorraine, reine de France et de Pologne, qui
décéda à Moulins en 1601, et laissa vingt mille écus pour la
construction de ce couvent, que Marie de Luxembourg, duchesse de
Mercoeur, sa belle-soeur, a fait bâtir l'an 1605. _Priez Dieu
pour elle._»
Dans la chapelle de Saint-Ovide[115] étoit le tombeau de Charles,
duc de Créqui, mort le 13 février 1687. Ce monument, exécuté par
_Pierre Mazeline_, a été déposé depuis au musée des
Petits-Augustins[116].
[Note 115: Le corps de ce saint avoit été donné par ce seigneur
aux Capucines. Ce fut le concours extraordinaire de peuple
qu'attiroit sa fête, célébrée le 31 août, qui donna naissance à
la foire de Saint-Ovide, tenue jusqu'en 1771 sur la place
Vendôme, et transportée depuis à la place Louis XV.]
[Note 116: Sur un cénotaphe en marbre blanc est couchée la
statue, aussi en marbre blanc, du duc, revêtu du grand habit de
l'ordre du Saint-Esprit; l'Espérance le console et lui soutient
la tête, tandis qu'un génie, placé à ses pieds, semble pleurer
sa mort.]
Armande de Lusignan, épouse du duc de Créqui, morte le 11 août
1707, fut inhumée dans le même tombeau.
Une autre chapelle servoit de sépulture à la famille de
Letellier-Louvois. On y voyoit le tombeau du marquis de
Louvois[117].
[Note 117: Ce monument, également déposé au musée des
Petits-Augustins, représente ce célèbre ministre à moitié couché
sur un sarcophage de marbre vert antique; une femme assise à ses
pieds, et tenant un livre ouvert, le regarde en pleurant; cette
figure est le portrait d'Anne de Souvré de Courtanvaux son
épouse. Le groupe entier est de la main de _Girardon_, et
présente des beautés remarquables.
Au bas du sarcophage sont deux figures en bronze, l'une, du même
sculpteur, offrant la Sagesse sous la forme de Minerve; l'autre,
commencée par _Desjardins_, et terminée par _Vancleve_,
représentant la Vigilance.]
Dans ce même tombeau avoient été inhumés: Anne de Souvré de
Courtanvaux, épouse du marquis de Louvois, morte en 1715;
Louis-François-Marie, marquis de Barbesieux, fils du marquis et
de la marquise de Louvois, mort en 1691;
Camille Letellier, connu sous le nom de l'abbé de Louvois, frère
du précédent, mort en 1718.
Les autres personnages remarquables qui avoient leur sépulture
dans cette église étoient:
M. de Saint-Pouange, fils de Jean-Baptiste Colbert, cousin
germain de M. de Louvois, mort en 1706;
Marie de Berthemet de Saint-Pouange son épouse, morte en 1732;
La marquise de Pompadour, morte en 1764;
Alexandrine Le Normand d'Étiole sa fille.
LES NOUVELLES-CATHOLIQUES.
Cette communauté de filles, instituée pour la propagation de la religion
catholique, apostolique et romaine, étoit établie rue Sainte-Anne, entre
les rues Neuve-Saint-Augustin et des Petits-Champs. En formant cet
établissement, on avoit eu pour but d'offrir aux personnes du sexe, qui
désiroient renoncer au judaïsme ou à l'hérésie, un asile où elles pussent
trouver des secours temporels et l'instruction nécessaire pour assurer
leur conversion. Le projet de cette institution, conçu par le père
Hyacinthe, franciscain, fut approuvé en 1634 par François de Gondi,
premier archevêque de Paris, et autorisé par une bulle d'Urbain VIII, du 3
juin de la même année. Le roi Louis XIII la confirma par ses
lettres-patentes du mois d'octobre 1637, et Louis XIV, par de nouvelles
lettres du mois d'octobre 1649.
Les premières supérieures de cette communauté furent la soeur Garnier, de
l'hospice de la Providence, et mademoiselle Gaspi, deux saintes filles qui
avoient eu connoissance, dès le principe, du projet du père Hyacinthe, et
l'avoient favorisé de tout leur pouvoir. La nouvelle institution fut
d'abord placée derrière Saint-Sulpice, dans la rue des Fossoyeurs; de là
les Nouvelles-Catholiques furent transférées rue Pavée, au Marais. Elles y
étoient encore en 1647; mais peu de temps après on leur procura une maison
plus commode, située rue Sainte-Avoie. Il étoit à craindre cependant que
cette communauté, qui n'avoit encore aucuns fonds permanents pour
subsister, ne pût se soutenir long-temps. Mais il en arriva autrement; et
c'est une chose remarquable que, dans ce royaume et principalement dans sa
capitale, un établissement public conçu dans des vues utiles, et surtout
avec l'intention d'instruire et d'édifier, n'a jamais manqué de trouver de
puissants protecteurs et de nobles libéralités dans la première classe de
ses habitants. Cette bienfaisance éclairée se propageoit de race en race,
et l'on peut dire que de telles traditions d'honneur, de vertu et de
bienséance n'étoient pas un des moindres soutiens de l'État. Les
Nouvelles-Catholiques, à qui le roi faisoit une pension annuelle de 1,000
livres, virent bientôt leur existence assurée par les dons de plusieurs
personnes pieuses, et notamment d'une des plus illustres maisons de
France[118]; ce qui les mit en état, non-seulement de remplir sans
inquiétude l'objet de leur institution, mais encore, au moyen d'une
économie sévère établie dans leur administration, d'acheter, rue
Sainte-Anne, un terrain sur lequel elles firent bâtir une maison et une
chapelle[119].
[Note 118: La maison de Créqui.]
[Note 119: Quelques historiens ont avancé que c'étoit M. de
Turenne qui avoit donné aux Nouvelles-Catholiques leur maison de
la rue Sainte-Anne. Jaillot présente une opinion contraire; et
les raisons sur lesquelles il se fonde nous ont paru assez
solides. «Je ne doute point, dit-il, que M. de Turenne, qui
avoit abjuré la religion protestante, n'ait été du nombre des
bienfaiteurs des Nouvelles-Catholiques; mais je n'ai trouvé
aucune preuve qu'il leur eût donné la maison où elles demeurent
actuellement. Il n'est pas nommé dans le contrat d'acquisition,
et si sa modestie l'eût engagé à cacher ses bienfaits, la
reconnoissance des Nouvelles-Catholiques se seroit empressée de
les publier après sa mort, ou au moins de consigner ce fait dans
leurs archives.»]
La première pierre du maître-autel fut posée, au nom de la reine, par la
duchesse de Verneuil, le 12 mai 1672; et la chapelle fut bénite le 27 du
même mois, sous le titre de l'exaltation de la Sainte-Croix et de sainte
Clotilde. Cette maison jouissoit de tous les priviléges accordés aux
maisons de fondation royale; priviléges qui furent renouvelés et confirmés
de nouveau par lettres-patentes du roi, en date du mois d'avril 1673,
sous la condition expresse qu'elle ne pourroit être changée en maison de
profession religieuse, et que les filles qui en feroient partie
resteroient dans l'état séculier, et vivroient selon les règles et statuts
donnés par l'archevêque de Paris.
Les principales charges de cette communauté étoient triennales, et les
engagements entre le corps et ses membres, étant réciproquement libres,
pouvoient se rompre de part et d'autre sans aucune difficulté[120].
[Note 120: Il y avoit un second établissement de ce genre, connu
sous le nom de _Filles de l'Union Chrétienne_, communément
appelées _Filles de Saint-Chaumont_. Nous en parlerons en son
lieu.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES NOUVELLES-CATHOLIQUES.
Sur le maître-autel, un beau tableau de _le Brun_, représentant
un Christ. On voyoit au pied de la croix sainte Clotilde, reine
de France, y déposant sa couronne.
Au-dessus de la grille du choeur, un saint Sébastien, sans nom
d'auteur. Vis-à-vis une descente de croix attribuée à
_Palme-le-Vieux_.
Près de la chaire, saint Claude ressuscitant un enfant, par
_Pierre d'Ulin_.
Cette communauté avoit pour sceau une croix avec ces paroles: _Vincit
mundum fides nostra_[121].
[Note 121: La maison des Nouvelles-Catholiques a été détruite et
remplacée par des maisons particulières.]
BIBLIOTHÉQUE DU ROI.
La bibliothéque du Roi est placée rue de Richelieu, dans le vaste édifice
qui s'étend depuis l'arcade Colbert jusqu'à la rue Neuve-des-Petits
Champs.
De même que la ville de Paris, dont elle est un des plus beaux ornements,
cette bibliothéque eut de très-foibles commencements; et son accroissement
suivit pour ainsi dire celui de cette capitale.
Charlemagne fut le premier de nos souverains qui essaya de faire naître en
France le goût des sciences et des lettres; mais ses efforts, et ceux des
savants qu'il avoit attirés à sa cour, n'eurent pas le succès qu'il en
avoit espéré. La France redevint barbare sous le règne de ses foibles
successeurs; et, pendant près de quatre siècles de guerres intestines et
de désordres de toute espèce, les ténèbres les plus épaisses couvrirent ce
beau royaume, que la religion chrétienne put seule empêcher alors de
redevenir une contrée tout-à-fait sauvage. Cependant tous les
établissements utiles créés par ce grand monarque ne périrent pas avec
lui: les écoles qu'il avoit instituées auprès des monastères et de chaque
cathédrale subsistèrent et continuèrent à être fréquentées, même dans les
temps de la plus profonde ignorance. Il est vrai que les leçons qu'on y
donnoit se réduisoient à peu de chose: et si l'on en excepte la théologie,
la première des sciences, et toujours la même dans tous les temps et dans
tous les lieux où règne la religion catholique, quelques principes de
grammaire, les subtilités de la dialectique d'alors, et la musique qui
n'étoit autre chose que le plain-chant, telles étoient les connoissances
qu'on y acquéroit, et ces connoissances ne sortoient pas des cloîtres. Les
clercs et les moines étoient les seuls qui sussent lire en France, et qui
possédassent le petit nombre des livres existants dans ce royaume, sans
que personne fût tenté de leur envier une semblable possession. On voyoit
parmi ces livres peu d'exemplaires des ouvrages grecs et latins, qui
passoient alors pour aussi profanes que leurs auteurs, et qu'on ne lisoit
point sans permission. Des copies de la Bible, quelques traités des Pères,
des canons, des missels, des livres liturgiques et de plain-chant,
formoient dans ces temps-là toutes les bibliothéques. Saint Louis, qui
semble avoir eu quelque projet de créer un dépôt public de livres[122],
n'y donna point de suite, puisqu'il légua sa bibliothéque aux Jacobins et
aux Cordeliers de Paris, à l'abbaye de Royaumont et aux Jacobins de
Compiègne. Avant et depuis ce prince jusqu'à Charles V, nos rois n'avoient
d'autres livres que ceux qui étoient nécessaires à leur usage particulier;
et quoique Sauval ait dit que ce dernier prince «tira du Palais-Royal tous
les livres que lui et ses prédécesseurs avoient amassés avec non moins de
dépenses que de curiosité,» on peut cependant avancer sans crainte de se
tromper, que cette collection n'étoit pas nombreuse; et nous apprenons par
le _Mémoire historique sur la bibliothéque du roi_, imprimé à la tête du
catalogue des livres qui la composent, que le roi Jean n'avoit que six
volumes de sciences et d'histoire, et trois ou quatre de dévotion.
[Note 122: _Voy._ t. I, p. 713, 2e partie.]
Charles V doit donc être regardé comme le véritable fondateur de la
bibliothéque royale. Ce prince aimoit les lettres et les savants. La
protection qu'il leur accordoit en augmenta le nombre et multiplia les
ouvrages; on s'empressoit de toutes parts à lui en offrir, et il faisoit
copier tous ceux qu'il jugeoit les plus utiles. Cette collection, immense
pour le temps, fut placée, comme nous l'avons déjà dit, dans une tour du
Louvre qu'on nomma la _tour de la librairie_. Elle en occupoit les trois
étages; l'inventaire que Gilles Mallet en fit en 1373 nous apprend que
cette bibliothéque étoit alors composée de 910 volumes[123].
[Note 123: _Voyez_ t. Ier, p. 772, 2e partie.]
Elle fut entièrement dispersée sous le règne désastreux de l'infortuné
Charles VI. Le duc de Bedford, qui prenoit alors le titre de régent du
royaume, en acheta la plus grande partie pour la somme de 1200 livres, et
la fit passer en Angleterre, avec les archives déposées également dans le
palais du Louvre.
Charles VII, pendant les troubles continuels qui agitèrent son règne, ne
put s'occuper du rétablissement de cette bibliothéque. Louis XI, plus
tranquille, recueillit quelques livres épars dans différentes maisons
royales, et l'imprimerie nouvellement inventée lui fournit des moyens plus
faciles d'en augmenter le nombre. Charles VIII joignit à cette petite
collection quelques livres qu'il avoit rapportés de Naples, seul fruit
qu'il retira de la conquête de ce royaume. La garde de cette collection
fut confiée à Laurent Palmier.
Elle s'accrut encore sous Louis XII, qui y réunit la bibliothéque formée à
Blois par Louis d'Orléans, laquelle étoit composée de quelques volumes
tirés originairement de la librairie du Louvre. Ce prince y ajouta encore
les livres qui avoient appartenu au célèbre Pétrarque, et la bibliothéque
des ducs de Milan. Le gardien qu'il y préposa se nommoit Jean de La Barre.
Cependant toute cette collection, déposée alors dans cette même ville de
Blois, ne contenoit encore, en 1544, que 1,890 volumes, lorsque François
Ier l'incorpora à celle qu'il avoit commencé de former à Fontainebleau,
sous la garde de Mathieu La Bise. Ce prince, nommé à si juste titre le
restaurateur des sciences et des lettres, sentant l'extrême importance
d'un semblable dépôt, chargea ses ambassadeurs auprès des cours étrangères
d'acheter et de recueillir tous les manuscrits grecs ou latins qu'ils
pourroient se procurer. Plusieurs savants distingués voyagèrent aussi par
ses ordres dans les contrées lointaines pour le même objet. Cette
bibliothéque royale commença alors à devenir vraiment digne du titre
qu'elle portoit. Pierre Duchâtel en étoit le gardien.