ORIGINE DE LA PUISSANCE DES PAPES.

Le Pape Grégoire III fut le premier qui imagina de se servir du bras des

Français pour ôter l'Italie aux Empereurs et aux Lombards. Son Successeur

Zacharie reconnut Pépin usurpateur du Royaume de France pour Roi légitime.

On a prétendu que Pépin, qui n'était que premier Ministre, fit demander

d'abord au Pape, quel était le vrai Roi, ou de celui qui n'en avait que le

droit et le nom, ou de celui qui en avait l'autorité et le mérite? Et que

le Pape décida que le Ministre devait être Roi. Il n'a jamais été prouvé

qu'on ait joué cette Comédie; mais ce qui est vrai, c'est que le Pape

Étienne III appela Pépin à son secours, qu'il feignit une Lettre de St.

Pierre, adressée du Ciel à Pépin et à ses fils, qu'il vint en France,

qu'il donna dans St. Denis l'Onction Royale à Pépin, premier Roi sacré

en Europe. Non seulement ce premier usurpateur reçut l'Onction Sacrée

du Pape, après l'avoir reçue de St. Boniface, qu'on appelait l'_Apôtre

d'Allemagne_, mais Étienne III défendit sous peine d'excommunication aux

Français de se donner jamais des Rois d'une autre race. Tandis que cet

Évêque chassé de sa patrie et suppliant dans une terre étrangère, avait le

courage de donner des Lois, sa politique prenait une autorité qui assurait

celle de Pépin, et ce Prince pour mieux jouir de ce qui ne lui était pas

dû, laissait au Pape des droits qui ne lui appartenaient pas.

Hugues Capet fit voir depuis ce que valait une telle défense et une

telle excommunication. Les fruits de cette union avec Pépin furent

l'anéantissement du pouvoir des Empereurs dans Rome, la révolution de

l'Occident, et la puissance de l'Église Romaine.

Les Lombards venaient de s'emparer de l'Exarcat de Ravenne. Pépin après

les avoir vaincus et leur avoir ôté le reste du domaine des Empereurs,

fit présent au Pape d'une partie des biens qu'il avait conquis. Il donna

Ravenne, Boulogne, Incola, Fuenza, Forli, Ferrare, Rimini, Pezaro, Ancone,

Urbin; Rome n'y fut pas comprise, et l'Évêque n'osa pas s'emparer de la

Capitale de son Souverain. Le peuple alors ne l'eût pas souffert, tant le

nom de Rome et ses débris imprimaient encore de respect à ses citoyens.

Cet Évêque fut le premier Prêtre Chrétien qui devint Seigneur temporel, et

qu'on pût mettre au rang des Princes; aucun ne le fut jamais en Orient.

Sous les yeux du Maître les sujets restent sujets; mais loin du Souverain

et dans le temps de trouble, il fallait bien que de nouvelles Puissances

s'établissent dans un Pays abandonné; mais il ne faut pas croire que les

Papes jouirent paisiblement de cette donation; non seulement les Terres

furent bientôt reprises par les Lombards, mais lorsqu'ensuite Charlemagne

eut confirmé cette Donation, et ajouté encore tant de nouveaux domaines au

Patrimoine de St. Pierre, les Seigneurs de ces Patrimoines, ou ceux qui

les envahirent, ne regardèrent pas la Donation de Charlemagne comme un

droit incontestable. L'autorité spirituelle des Papes, déjà grande dans

l'Occident qui tenait d'eux la Religion Chrétienne, ne dominait point

ainsi en Orient. Les Papes ne convoquèrent point les six premiers Conciles

OEcuméniques, et dès le VIe Siècle on voit que Jean le Jeûneur, Patriarche

de Constantinople, reconnu pour Saint chez les Grecs, prenait le titre

d'Évêque universel; titre qui semblait permis au Pasteur de la Ville

Impériale. On voit au VIIIe Siècle ce Patriarche se nommer Pape dans

un Acte public. Au IIe Concile de Nicée on appelait ce Patriarche

_Très-Saint Père_. Le Pape était toujours nommé le premier, excepté dans

quelques Actes passés entre lui et le Patriarche à Constantinople; mais

cette primauté purement spirituelle n'avait rien de la Souveraineté; le

Pape était le premier des Évêques, et n'était le maître d'aucun Évêque.

Abrégé de l'Histoire universelle depuis Charlemagne jusques à Charlequint (Tome 1) · 第 14 / 28 题