Plus l'Empire de Mahomet fleurissait, plus Constantinople et Rome
étaient avilies, Rome ne s'était jamais relevée du coup fatal que lui
porta Constantin en transférant le Siège de l'Empire. La gloire, l'amour
de la Patrie n'animèrent plus les Romains. Il n'y eut plus de fortune à
espérer pour les habitants de l'ancienne Capitale; le courage s'énerva,
les Arts tombèrent; on ne connut plus dans le séjour des Scipions et des
Césars que des contestations entre les Juges Séculiers et l'Évêque. Prise
et reprise, saccagée tant de fois par les Barbares, elle obéissait encore
aux Empereurs. Depuis Justinien un Vice-Roi sous le nom d'Exarque,
la gouvernait, mais ne daignait plus la regarder comme la Capitale de
l'Italie. Il demeurait à Ravenne, et delà il envoyait ses ordres aux
Romains. L'évêque dans ces temps de Barbarie augmentait de jour en jour
son autorité par l'avilissement même de la Ville. Les richesses de son
église se multipliaient. Le Préfet de Rome ne pouvait pas s'opposer
sans-cesse aux prétentions de l'Évêque, toujours appuyées de la sainteté
du Ministère. En vain l'Église de Ravenne contestait mille droits à
celle de Rome. On reconnaissait l'Église de Rome dans tout l'Occident
Chrétien comme la Mère commune. On la consultait, on lui demandait des
Millionnaires, et dans la servitude de la Ville l'Évêque dominait au
dehors.
Le reste de l'Italie citérieure obéissait aux Rois Lombards, qui régnaient
dans Pavie, ils se frayaient toujours le chemin à la conquête de Rome,
et le Peuple Romain aurait voulu n'être fourni ni aux Lombards, ni aux
Empereurs Grecs. Les Papes conçurent dans ce VIIIe Siècle le dessein de
se rendre eux-mêmes maîtres de Rome; ils virent avec prudence, que ce qui
dans d'autres temps n'eût été qu'une révolte et une sédition impuissante,
pouvait devenir une révolution excusable par la nécessité, et illustre par
le succès.