En Orient les Chefs de la Religion ne pouvant se faire une domination
temporelle, y excitèrent d'autres troubles par ces querelles interminables,
fruit de l'esprit sophistique des Grecs et de leurs Disciples.
Depuis que Constantin eut donné une liberté entière aux Chrétiens auxquels
on ne pouvait plus l'ôter, et dont le parti l'avait mis sur le Trône,
cette liberté était devenue une source intarissable de querelles; car le
Fondateur de la Religion n'ayant rien écrit, et les hommes voulant tout
savoir, chaque mystère fit naître des opinions, et chaque opinion coûta du
sang.
Fallut-il décider si le Fils était consubstantiel au Père? le Monde
Chrétien fut partagé, et la moitié persécuta l'autre. Voulut-on savoir si
la Mère de Jésus-Christ était la Mère de Dieu, ou de Jésus? si le Christ
avait deux natures et deux volontés dans une même personne, ou deux
personnes et une volonté, ou une volonté et une personne? Toutes ces
disputes nées dans Constantinople, dans Antioche, dans Alexandrie,
excitèrent des séditions. Un parti anathématisait l'autre, la faction
dominante condamnait à l'exil, à la prison, à la mort, et aux peines
éternelles après la mort l'autre faction qui se vengeait à son tour par
les mêmes armes.
De pareils troubles n'avaient point été connus dans le Paganisme, la
raison en est que les Païens dans leurs erreurs grossières, n'avaient point
de dogmes, et que les Prêtres des Idoles, encore moins les Séculiers, ne
s'assemblèrent jamais juridiquement pour disputer.
Dans le VIIIe Siècle on agita dans les Églises d'Orient s'il fallait
rendre un culte aux Images. La Loi de Moïse les avait expressément
défendues, cette Loi n'avait jamais été révoquée, et les premiers
Chrétiens pendant plus de 200 ans n'en avaient jamais souffert dans leurs
assemblées.
Peu à peu la coutume s'introduisit partout d'avoir chez soi des Crucifix.
Ensuite on eut les portraits vrais ou faux des Martyrs ou des Confesseurs.
Il n'y avait point encore d'Autels érigés pour les Saints, point de Messes
célébrées en leur nom seulement à la vue d'un Crucifix et de l'image d'un
homme de bien. Le coeur qui surtout dans ces climats a besoin d'objets
sensibles, s'excitait à la vertu.
Cet usage s'introduisit dans les Églises. Quelques Évêques ne l'adoptèrent
pas. On voit qu'en 393 St. Épiphane arracha d'une Église de Syrie une
Image devant laquelle on priait. Il déclara que la Religion Chrétienne ne
permettait pas ce culte, et la sévérité ne causa point de Schisme.
Enfin cette pratique pieuse dégénéra en abus, comme toutes les choses
humaines. Le Peuple toujours grossier ne distingua point Dieu et les
Images. Bientôt on en vint jusqu'à leur attribuer des vertus et des
miracles. Chaque Image guérissait une maladie. On les mêla même aux
Sortilèges, qui ont presque toujours séduit la crédulité du Vulgaire.
Je dis non seulement le vulgaire du Peuple, mais celui des Princes et
des Savants.
En 727 l'Empereur Léon l'Isaurien voulut, à la persuasion de quelques
Évêques, déraciner l'abus; mais par un abus encore plus grand, il
fit effacer toutes les peintures. Il abattit les statues et les
représentations de JÉSUS-CHRIST et des Saints, en ôtant ainsi tout d'un
coup aux Peuples les objets de leur culte; il les révolta, on désobéit,
il persécuta, il devint Tyran, parce qu'il avait été imprudent.
Son Fils Constantin Copronime fit passer en Loi Civile et Ecclésiastique
l'abolition des Images. Il tint à Constantinople un Concile de 338 Évêques;
ils proscrivirent d'une commune voix ce culte reçu dans plusieurs Églises,
et surtout à Rome.
Cet Empereur eût voulu abolir aussi aisément les Moines, qu'il avait
en horreur, et qu'il n'appelait que les abominables; mais il ne put y
réussir: ces Moines déjà fort riches défendirent plus habilement leurs
biens, que les Images de leurs Saints.
Le Pape Grégoire III et ses successeurs, ennemis secrets des Empereurs,
et opposés ouvertement à leur doctrine, ne lancèrent pourtant point
ces sortes d'excommunications, depuis si fréquemment et si légèrement
employées. Mais soit que ce vieux respect pour les successeurs des Césars
contînt encore les Métropolitains de Rome, soit plutôt qu'ils vissent
combien ces excommunications, ces interdits et dispenses du serment de
fidélité seraient méprisés dans Constantinople, où l'Église Patriarcale
s'égalait au moins à celle de Rome, les Papes se contentèrent d'un Concile
en 732, où l'on décida que tout ennemi des Images serait excommunié,
sans rien de plus, et sans parler de l'Empereur. Il paraît que les Papes
songèrent plutôt à négocier qu'à disputer, et qu'en agissant aux dehors en
Évêques fermes, mais modérés, ils se conduisirent en vrais politiques, et
préparèrent la révolution d'Occident.