LES DROITS DE CATHERINE SUR LA SUCCESSION DES MÉDICIS

Le contrat de mariage[1424] de Catherine de Médicis portait qu'elle

renonçait aux biens, meubles et immeubles de son père «au proffit et

utilité de» Clément VII, mais son oncle étant mort en 1534, son cousin

le cardinal Hippolyte en 1535, et son frère Alexandre de Médicis, duc de

Florence, en 1537, et ainsi tous les mâles de la branche aînée ayant

disparu, Catherine revint sur sa renonciation comme n'ayant été faite

qu'en faveur du Pape. Elle poursuivit en Cour de Rome la restitution de

ses biens patrimoniaux, que détenait Marguerite d'Autriche veuve de son

frère assassiné. Le projet de transaction qui, après négociations et

procès, fut en 1560 soumis aux deux parties, laissait à Marguerite la

jouissance, sa vie durant, des biens situés en Toscane et la pleine

propriété des joyaux; bracelets, pierres précieuses et autres meubles,

ainsi que des biens-fonds des Médicis situés dans le royaume de

Naples[1425]. Il attribuait à Catherine la nue propriété des immeubles

de Toscane et du palais Médicis de Rome[1426] avec ses appartenances et

dépendances.

Les revenus des fonds placés sur le Mont-de-la-Foi (Mont-de-Piété)

étaient partagés entre Marguerite et Catherine, le capital (20 000 écus)

restant à Catherine, à charge pour les deux héritières de désintéresser

les créanciers du cardinal Hippolyte. La question de la villa Médicis

(villa Madame)[1427] était réservée, d'autant que le cardinal Alexandre

Farnèse y prétendait aussi en vertu d'une donation d'Henri II[1428].

[Note 1424: Le contrat de mariage dans _Lettres_, t. X, p. 478

sqq. (en français); une copie en latin (moins complète) dans

Reumont-Baschet, _La Jeunesse de Catherine de Médicis_, p.

312-318.]

[Note 1425: _Lettres_ t. IX, p. 438.]

[Note 1426: Dit palais Madame, à cause de Madame Marguerite, qui

depuis la mort de son mari, l'occupait. Aujourd'hui palais du

Sénat.]

[Note 1427: C'est la villa Médicis au Monte Mario, qu'il ne faut

pas confondre avec la Villa Médicis du Pincio où est installée

aujourd'hui l'Académie de France.]

[Note 1428: _Lettres_, t. IX, p. 446-447.]

Mais Catherine n'accepta pas ce compromis, sauf en ce qui regardait les

bijoux et les domaines napolitains. Elle réclama la restitution

immédiate des capitaux versés au Mont-de-Piété et la pleine propriété

des biens-fonds de Rome et de Toscane. On recommença à plaider et à

négocier. En septembre 1582, le tribunal de la Rote, la suprême

juridiction pontificale en matière civile, condamna Marguerite à payer

à Catherine 20 000 écus et à lui abandonner l'usufruit du palais Médicis

avec ses appartenances et dépendances. Marguerite mourut en 1586 avant

de s'être exécutée. Catherine s'entendit assez facilement sur les

questions de créance et des biens de Rome avec les héritiers de la

duchesse, son beau-frère le Cardinal Farnèse, et son fils le duc de

Parme.

Elle eut d'autres difficultés avec les Médicis régnant en Toscane. Côme,

qui s'était fait proclamer duc à Florence, après l'assassinat

d'Alexandre, avait pris à ferme de Marguerite, moyennant 8 500 écus d'or

par an, tous les biens sis et situés en ville et duché de Florence:

maisons, palais, villas, campagnes, maremmes, etc., qui étaient ensemble

estimés un peu plus de 322 429 ducats[1429]. Après la mort de

l'usufruitière, François de Médicis, successeur de Côme, ne se pressa

pas de laisser entrer la propriétaire en possession. Il prétendait

garder l'héritage en nantissement de 240 000 écus qu'il avait dépensés

pour l'entretien de ces immeubles. Catherine offrait, à titre de

transaction, de lui céder le tout contre la quittance des 340 000 écus

qu'il avait prêtés à Henri III, estimant qu'elle lui abandonnait «plus

de cent mil escus de la valeur desdits biens»[1430]. Mais François

marchandait, et Catherine avait entamé une action contre lui lorsqu'il

mourut. Le mariage de son successeur Ferdinand avec Christine de

Lorraine arrêta le procès. Catherine constitua en dot tous ses biens de

Toscane à sa petite-fille. À Rome elle céda au grand-duc le palais

Médicis, dit palais Madame[1431], moins les appartenances et dépendances

que garda Saint-Louis-des-Francais[1432], et elle reçut en échange le

palais que Ferdinand habitait au temps de son cardinalat et où fut

transférée l'ambassade de France.

[Note 1429: _Lettres_, t. IX, p. 444-445.]

[Note 1430: 9 avril 1587, _Ibid._, t. IX, p. 199.]

[Note 1431: L'ambassadeur Pisani avait déjà commencé les

réparations et se préparait à s'y installer. Lettre du 17 juin

1587, _Ibid._, t. VIII, p. 481.]

[Note 1432: Voir plus haut, p. 377, la donation à

Saint-Louis-des-Francais.]

Catherine de Médicis (1519-1589) · 第 31 / 36 题