des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits
et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le
voeu de la nature. N'est-il pas sensible que leur constitution
délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs nombreux de la
maternité, les éloignent constamment des habitudes fortes, des devoirs
pénibles, et les appellent à des occupations douces, à des soins
intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe conservateur des
Sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des pouvoirs, a été
exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle a ainsi distribué
aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes? Tenons-nous-en
là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à cette question.
Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie: laissez, laissez
dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt, qu'aucune rivalité
ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous le demande.
Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un
beau partage dans la vie! Le titre de mère, ce sentiment que personne
ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire
dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes
cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent,
n'est-ce pas sur-tout penser à la félicité de leur vie?
On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le
caractère des hommes; mais c'est qu'alors elles étoient hors de la
carrière. Si elles avoient poursuivi la même gloire, elles auroient
perdu le droit d'en distribuer les couronnes.
On a dit encore que quelques-unes avoient porté le sceptre avec
gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes?
Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature? S'il étoit
encore quelques femmes que le hazard de leur éducation ou de leurs
talens parut appeller à l'existence d'un homme, elles doivent en faire
le sacrifice au bonheur du grand nombre, se montrer au-dessus de leur
sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable place, et ne pas
demander qu'en livrant les femmes aux mêmes études que nous, on les
sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle quelques hommes de
plus.
Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment
résolu; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la
Constitution leur refuse, mais pour connoître et apprécier ceux
qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire dédaigner la portion de
bien-être que la Société leur réserve en échange des services
important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la
véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles
trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous
l'empire de la liberté et de l'égalité; que, moins elles concourent à
la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et
de force, et sur-tout qu'au moment où elles renoncent à tout droit
politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils
s'affermir et même s'accroître.
Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y
préparer par l'éducation; mais développons leurs facultés sans les
dénaturer; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles
une école de bonheur et de vertu.
Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation
publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux
toutes les scènes de la vie: les proportions seules sont différentes.
La maison paternelle vaut mieux à l'éducation des femmes; elles ont
moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de
s'accoutumer à la vie calme et retirée. Destinées aux soins
intérieurs, c'est au sein de leur famille qu'elles doivent en
recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères et
mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des obligations
qu'il impose: la présence d'une jeune fille purifie le lieu qu'elle
habite, et l'innocence commande à ce qui l'entoure, le repentir ou la
vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à concentrer
l'éducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en est pas qui
convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus douces
habitudes.
Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la
plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions
et des remèdes pour le malheur. La Patrie aussi doit être une mère
tendre et vigilante. Avant la destruction des voeux monastiques, une
foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiroient les
jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction
générale n'étoit pas bonne; car ces établissemens n'étoient nullement
propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offroient
un asyle à l'innocence, et cet avantage est indispensable à remplacer.
On n'aura point à regretter l'éducation des Couvens; mais on
regretteroit avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres
maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléoient à leur
destruction.
Chaque Département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant
de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le
parant de la confiance publique.
Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne
prononceront pas de voeux; mais elles prendront envers la Société des
engagemens d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui
produiront le même effet pour la sécurité des familles.
Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les
ressources nécessaires à leur instruction, et sur-tout l'apprentissage
des métiers différens qui peuvent assurer leur existence.
Jusqu'à l'âge de huit ans elles pourroient, sans inconvénient,
fréquenter les Écoles primaires, et y puiser les élémens des
connoissances qui doivent être communes aux deux sexes; mais avant de
quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la
maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de
retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur
procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et
leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de
leur travail[2].
[2] On peut offrir aux Départemens comme un modèle de ce
genre d'établissement un Mémoire adressé à l'Assemblée
Nationale par une Artiste ingénieuse (Mme Guyard) qui, dans
cet ouvrage, a su annoblir les arts en les associant au
commerce, et les appliquant aux progrès de l'industrie.
Ainsi, prenant pour règle les termes de la Constitution, nous
recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus
propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A
défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous
l'inspection des Départemens, et nous leur faciliterons
l'apprentissage des métiers qui conviennent à leur sexe.
RÉSUMÉ.
JE vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer.
En attachant l'Instruction publique à la constitution, nous l'avons
considérée dans sa _source_, dans son _objet_, dans ses _rapports_,
dans son _organisation_, dans ses _moyens_.
Dans sa _source_: elle est un produit naturel de toute société; donc
elle appartient à tous, à tous les âges, à tous les sexes.
Dans son _objet_: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme
naturel et social; donc elle réclame des établissemens vastes et des
principes libres.
Dans ses _rapports_: elle en a d'intimes et avec la _Société_ et avec
les _individus_.
Avec la _Société_: elle doit apprendre à connoître, à défendre, à
améliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout à la vivifier par la
morale, qui est l'âme de tout.
Avec les _individus_: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux,
plus utiles; donc elle doit exercer, développer, fortifier toutes
leurs facultés physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes
les routes pour qu'ils arrivent sûrement au but auquel ils sont
appellés.
Dans son _organisation_: elle doit se combiner avec celle du Royaume;
de-là Écoles _Primaires_, de _District_, de _Département_, et
enfin _Institut national_; mais elle doit se combiner avec liberté:
car ses rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de
l'administration; de-là aussi des différences locales, déterminées par
l'intérêt de la science et par le bien public.
Les Écoles _Primaires_ introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans
la Société.
Les Écoles de _District_ prépareront utilement la jeunesse à tous les
états de la Société.
Les Écoles de _Département_ formeront particulièrement l'adolescence à
certains états de la Société.
Dans ces Écoles on enseignera la _Théologie_, la _Médecine_, le
_Droit_, l'_Art Militaire_.
Mais la Théologie, il a fallu la circonscrire; la Médecine, il a fallu
la completter; le Droit, il a fallu l'épurer; l'Art Militaire, il a
fallu le faciliter à tous.
L'_Institut national_ réunit tout, perfectionne tout: donc il étoit
nécessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but,
jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens
divers, une direction ferme et rapide.
Les _moyens_ d'instruction se sont bientôt offerts à nous: car c'est
en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue.
Nous avons parlé des _Instituteurs_ qu'il faut savoir choisir,
honorer, récompenser; des _immenses productions de l'esprit humain_
qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage
des sciences, pour le bien de la raison; _des encouragemens_ dûs aux
promesses du talent; _des prix_ dûs encore plus à ses services.
De-là nous sommes arrivés aux _méthodes_, ces premiers instrumens de
nos facultés; nous avons osé en chercher pour la _raison_ elle-même,
afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui
doit faire son principal caractère; nous en avons cherché pour la
_communication des idées_, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous
avons accusé l'imperfection des langues; et en nous plaçant à la
source du mal, peut-être n'avons nous pas été loin d'indiquer le
remède. Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre la
_morale_: nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre;
dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans
l'intérêt même qui la conseille; dans l'histoire qui la célèbre; dans
les premières habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandées
à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts,
à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu
que la Société réunissoit les moyens les plus féconds pour rendre les
hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.
Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant
sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts
mécaniques: nous avons du moins formé des voeux pour leur
perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion
d'intérêt public qu'elles méritent.
Enfin, nous avons traité à part l'éducation des Femmes. Ici, nous
avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur
destinée, leur destinée dans leur bonheur.
_Il a déjà été décrété constitutionnellement sur l'Instruction:_
_1º. Qu'il sera créé et organisé une_ Instruction _publique, commune à
tous les Citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement
indispensables pour tous les hommes, et dont les établissemens seront
distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du
Royaume._
_2º. Qu'il sera établi des Fêtes Nationales._
PROJET DE DÉCRETS
SUR
L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
ÉCOLES PRIMAIRES.
L'objet des Écoles primaires est d'enseigner à tous les enfans
leurs premiers et indispensables devoirs; de les pénétrer des
principes qui doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en
les préservant des dangers de l'ignorance, des hommes plus
heureux et des citoyens plus utiles.
ARTICLE PREMIER.
Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalités,
présentée par les Directoires des Districts.
Il sera établi à Paris une École primaire par Section.
II.
Les Écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous
les citoyens sans distinction.
III.
Nul n'y sera admis avant l'âge de six ans accomplis.
IV.
On y enseignera aux enfans, 1º. à lire tant dans les livres imprimés
que dans les manuscrits; 2º. à écrire, et les exemples d'écriture
rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3º. les premiers élémens
de la langue françoise, soit parlée, soit écrite; 4º. les règles de
l'Arithmétique simple; 5º. les élémens du toisé; 6º. les noms des
villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du
département; ceux des villes hors du département, avec lesquelles leur
pays a des relations plus habituelles.
V.
On y enseignera, 1º. les principes de la Religion;
2º. Les premiers élémens de la morale, en s'attachant sur-tout à faire
connoître les rapports de l'homme avec ses semblables;
3º. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs à tous
les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de
connoître;
4º. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus près,
et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu naître;
VI.
Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux
enfans les principes du dessin géométral.
Pendant les récréations on les exercera à des jeux propres à fortifier
et à développer le corps.
VII.
Deux Notables de la Commune seront chargés de surveiller l'École
primaire et de distribuer des prix tous les ans.
VIII.
Chaque Département, sur la demande des Municipalités, présentée par le
Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des
Maîtres, et celui des Écoles primaires.
IX.
Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage nécessaire aux
Écoles primaires.
Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux
Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer à
l'Institut national. D'après le jugement motivé de l'Institut, les
Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport à
l'Assemblée Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux
Départemens.
ÉCOLES DE DISTRICT.
Les Écoles de District offriront aux Élèves une instruction
plus étendue: en les appliquant à des études plus fortes,
elles donneront plus d'exercice et de développement à leurs
facultés. Les jeunes gens sortiront de ces Écoles en état de
bien agir pour eux-mêmes, et assez instruits pour reconnoître
la profession à laquelle la nature les aura destinés.
ARTICLE PREMIER.
Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
de District de son arrondissement.
Il sera établi à Paris six Écoles de District, qui seront réparties
dans les différens quartiers de la ville.
II.
Nul ne sera admis aux Écoles de District avant l'âge de huit à neuf
ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans
les Écoles primaires.
III.
On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues,
l'art de raisonner, l'art oratoire, la Géographie, l'Histoire, les
Mathématiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices
du corps.
IV.
L'enseignement des Écoles de District sera divisé par cours. Il pourra
l'être de la manière suivante: 1º. un cours de Grammaire, qui dureroit
deux ans; 2º. un cours d'Humanités, ou Élémens de Belles-Lettres, qui
dureroit deux ans; un cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui
dureroit deux ans, un cours de Mathématiques et de Physique, qui
dureroit un an. Il y auroit, en outre, autant qu'il se pourra, un
Professeur pour une langue vivante, et un Professeur de langue
grecque. L'enseignement dureroit sept ans.
V.
Une École complette de District sera composée d'un Inspecteur des
études ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux
Professeurs d'Humanités; de deux Professeurs de Logique et Rhétorique,
réunies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit
deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un
Professeur de Mathématiques, de Physique et des élémens de Chimie; un
Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix
Maîtres.
VI.
Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux
enfans:
L'Histoire sacrée, la Mythologie. On leur fera apprendre par coeur la
déclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par
le développement des faits historiques, par l'application des Droits
de l'homme. On formera leur conscience par l'idée et le sentiment de
la justice.
On leur donnera l'explication combinée des élémens des langues latine
et françoise, de manière qu'on n'exerce pas seulement la mémoire, mais
qu'on les fasse opérer par le raisonnement. On leur fera connoître
les principes de construction propres aux deux langues, et on fera
l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs françois,
et l'explication des Auteurs latins.
Ils feront un cours abrégé de Géographie.
Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par écrit, afin de
se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse.
On les exercera pendant leurs récréations aux jeux les plus propres à
développer leurs forces, et à les rendre souples et adroits. Leurs
jours de congé seront destinés à des promenades, pendant lesquelles on
les exercera à des marches précises qui les prépareront de loin aux
évolutions militaires.
Dans les pensionnats on aura soin que chaque Élève se livre à un art
d'agrément, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la
danse, etc.
VII.
Dans le cours d'Humanités, qui durera deux ans, les jeunes Élèves
étudieront:
La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace
des deux ans. Ils étudieront l'Histoire Grecque et Romaine.
Ils continueront l'étude des langues latine et françoise. On leur
expliquera les Poëtes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera
connoître les règles de la versification latine et françoise.
Même attention à les réunir pour les jeux qui donnent au corps la
force et la souplesse. On leur fera exécuter des marches et des
évolutions combinées. Ils continueront l'exercice de l'art agréable
qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible, à la
natation.
VIII.
Dans le cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux
ans, on enseignera:
Les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à leur
faire connoître sur-tout les révolutions arrivées dans le gouvernement
du Peuple françois. On leur fera comparer les principes des
gouvernemens anciens avec la Constitution françoise: on fera aussi
l'application des principes de la morale à la Constitution.
On leur développeroit concurremment dans la première année les
principes de la Logique, ceux de la Métaphysique et ceux de l'art
oratoire.
La seconde année sera consacrée particulièrement à la composition et
aux exercices d'éloquence, sur-tout dans le genre délibératif. Les
discussions sur les Lois, la Morale, la Métaphysique, la Constitution,
seront faites tant par écrit que de vive voix.
Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront à remplir un jour, les
jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive
voix que par écrit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal,
d'assemblée administrative ou municipale; ils y rempliront tour à tour
les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurés, d'officiers
municipaux, etc. Chacun d'eux sera obligé d'énoncer à haute voix son
opinion.
C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue
grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercés au maniement des
armes et aux évolutions militaires, à la natation, etc.
IX.
Dans le cours de Mathématiques et de Physique, qui durera un an, on
enseignera:
La Géométrie et la partie de l'Algèbre nécessaire pour entendre la
mécanique dont on développera avec soin les principes applicables aux
usages ordinaires de la vie.
La Physique, quelques élémens de Chimie et ceux de Botanique, dont on
pourra faire l'application pratique pendant les promenades.
On continuera les exercices militaires.
X.
Il sera fait un réglement pour déterminer la distribution de ces
diverses études, le temps, la durée des leçons, etc.
Les Professeurs et autres personnes pourront présenter aux
Commissaires de l'Instruction publique chargés de la rédaction du
réglement, leurs vues particulières et réfléchies sur le meilleur mode
de distribution: ils se conformeront à l'esprit des cinq articles
précédens, mais sans être tenus de s'astreindre à leur disposition
littérale[3].
[3] Ces cinq articles ne doivent être en effet regardés
que comme un simple apperçu, comme une esquisse de ce que peut
être la division par cours. On conçoit un grand nombre de
combinaisons différentes, et peut-être une division plus
prononcée et autrement graduée: celle-là pourtant nous a paru
suffire et se rapprocher, plus que toute autre, de l'ancien
enseignement qu'il seroit difficile de renverser tout-à-coup;
cependant il sera utile que les Commissaires de l'instruction
publique se concertent, avant le Décret définitif, avec les
personnes à-la-fois les plus éclairées et les plus intéressées
à la chose. Nous pensons aussi que le Décret, quel qu'il soit,
doit laisser, quant à l'exécution, une grande latitude aux
Professeurs: car on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas
librement.
XI.
Il sera composé pour les différens cours des ouvrages qui comprendront
des élémens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts,
l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les
monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture
aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels.
XII.
Il sera aussi composé des ouvrages élémentaires sur toutes les parties
de l'enseignement des Écoles de District. Les Auteurs qui voudront
concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de
l'Instruction publique, qui suivront la marche indiquée à l'article
des Écoles primaires.
DES PENSIONS GRATUITES.
Les pensions gratuites sont des encouragemens accordés par la
société, et distribués à ceux des jeunes gens qui, par des
dispositions marquées, promettent de lui rapporter un jour le
fruit de ses avances.
ARTICLE PREMIER.
Il sera établi dans la maison principale d'éducation de chaque
Département, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens
du Département, qui s'en seront rendus dignes par leur application et
leurs talens.
II.
Ces pensions gratuites seront payées sur les revenus des fondations
existantes pour l'éducation, dans les Collèges, Séminaires et autres
maisons d'éducation du Département. Si les revenus n'étoient pas
suffisans, il y sera suppléé par le Trésor public, sur le pied de 600
liv. par chaque pension gratuite.
III.
Il y aura de plus pour chaque Département, des pensions gratuites,
destinées à des jeunes gens qui seront élevés gratuitement à Paris.
IV.
Les pensions gratuites établies à Paris, seront formées de toutes les
fondations existantes à Paris pour l'éducation, de celles connues sous
le nom de Bourses, dans les Collèges, Séminaires et autres maisons
d'éducation.
Ces fondations seront réunies sous une seule administration, et il en
sera formé des pensions gratuites d'une valeur égale.
V.
Ces pensions gratuites seront réparties entre les quatre-vingt-trois
Départemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de
la population et du territoire.
VI.