quatorze ans, ni après l'âge de seize. Ce qui fait une loi de cette
double règle, c'est la nécessité de ne prendre les Élèves qu'au moment
où ils auront pu déjà parcourir les premiers degrés de notre échelle
d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la
carrière militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir à tous
les grades encore dans la force de l'âge, pour qu'ils ne soient pas
atteints par la vieillesse dans ces postes où il faut une jeune
ardeur, et où ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilité pour
leur pays. Il est bon d'observer que ces différences d'âge et
d'avancement qui condamnoient les uns à une torpeur décourageante,
tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux
autres une marche rapide et privilégiée, étoient précisément un de ces
vices invétérés de l'ancienne administration, dont vous devez le plus
soigneusement préserver à l'avenir cette profession.
Le cours des études et exercices militaires sera de quatre années,
dont deux dans les Écoles de Division. On enseignera, par un mélange
combiné de travaux sérieux et de distractions instructives, les
premières connoissances militaires, le maniement des armes, les
langues angloise et allemande, le dessin, les élémens de Mathématiques
appliqués à l'art de la guerre, sur-tout la géographie et l'histoire.
Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur
premier intérêt vers le pays qui les a vu naître, on leur donnera une
idée plus ou moins développée des productions et des gouvernemens des
différentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles
ont avec nous; que la description géographique de la France sera
l'objet particulier de leurs études sur cette matière, comme on
placera antérieurement à tout des notions plus approfondies de notre
Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront
déjà pu recueillir dans les Écoles primaires et de District.
C'est à ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter
l'explication d'un catéchisme de morale sociale et politique, dans
lequel seront exposés les droits et les devoirs de l'homme en société,
ce qu'il doit à l'État, ce qu'il doit à ses semblables. De ces
principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution
Françoise, et de la nécessité de conserver l'action de tous les
ressorts de la machine sociale, on déduira de nouveaux rapports, ceux
des chefs et des subordonnés, rapports dérivans de la nature même des
choses qui, loin de nuire à la liberté, à l'égalité, sont
indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre.
Le véritable Instituteur a toujours un but moral, une idée souveraine
vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit
jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est
l'idée de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour
réfléchi de la liberté, cette première vertu du guerrier, sans
laquelle un État n'aura jamais une armée protectrice. Il fera donc
sortir de toutes les leçons de l'histoire et de tous les résultats de
la réflexion, il rendra sensible à ses Élèves, par les exemples comme
par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la nécessité
de cette subordination. Il les armera contre cet étrange abus du
raisonnement, voudroit présenter l'obéissance militaire comme en
contradiction avec les principes de l'égalité; comme si là
spécialement où tous sont égaux, où tous ont concouru à la formation
de la Loi, tous ne devoient pas également obéir à ceux que la Loi
autorise à commander. Enfin nos Écoles Militaires élèveront à la fois
des citoyens libres, des soldats subordonnés, et par conséquent de
bons chefs.
Outre ces Écoles de Division, il y aura six grandes Écoles Militaires
pratiques, qui seront placées aux frontières du Royaume, dans les
villes les plus considérables et les places de guerre les plus
importantes, à Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Grenoble et
Perpignan. Comme ces grandes Écoles ont un autre objet que les Écoles
de Division, leur organisation sera nécessairement différente. Elles
sont spécialement destinées à réaliser, par une pratique journalière,
un genre d'instruction que la seule théorie laisse toujours imparfait,
et à transporter parmi les habitudes de la première jeunesse les
exercices et évolutions auxquelles elle est singulièrement propre, et
tous les détails d'un régime actif et sévère, étranger aux arts
d'agrément. Elles seront donc instituées sur le pied militaire, et
pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons
officiers, elles serviront aussi à élever des soldats.
Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes Écoles, des jeunes
gens sains et bien constitués, de l'âge de douze à quinze ans, qui
seront nommés par les Départemens en proportion de ce que chacun d'eux
fournit communément de soldats à l'armée, et choisis de préférence
parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est
pour cette classe un établissement de bienfaisance, en même-temps
qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destinés au
commandement. Il sera de plus attaché à chaque grande École un certain
nombre d'Élèves tirés des Écoles de Division par la voie d'un
concours, dont les formes seront prescrites, et à l'aide de cette
épreuve, on fera sortir de ces grandes Écoles tous les Sous-Lieutenans
de l'armée. Déjà, l'on apperçoit la base sur laquelle s'élèvera tout
le système de l'avancement militaire, qui n'appartient plus à mon
travail; mais que j'ai dû vous montrer épuré dans sa source de tous
les anciens abus, et assurant l'exécution de ce grand acte de raison
et de justice par lequel vous avez déclaré tous les citoyens
admissibles à toutes les places et emplois.
Je ne m'arrêterai point à tous les détails de ces établissemens qui,
par leur nature, se rapportent souvent à un autre ordre de choses, et
doivent être renvoyés au système de l'organisation militaire. Je me
bornerai à vous présenter quelques résultats, dont vous trouverez
facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilité
reconnue.
Les grandes Écoles seront établies dans un corps de caserne isolé, qui
n'ait point de communication immédiate avec aucun autre. Le service
intérieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque École
formera un régiment d'infanterie où les grades supérieurs offriront
d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en
même temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et où ceux-ci seront
distribués dans les différentes compagnies, soit comme Élèves
Officiers, soit comme Élèves Soldats; mais de manière que tous aient
commencé leur apprentissage comme Soldats, et aient passé
successivement par tous les grades.
Les Élèves Officiers et les Élèves Soldats recevront une instruction
particulière et une instruction commune.
On expliquera aux Élèves Officiers un traité de fortifications, les
élémens de l'artillerie, toutes les parties du service et de
l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les
différentes connoissances qu'ils auront pu acquérir aux Écoles de
Division.
On donnera aux Élèves Soldats la même instruction qui est prescrite
pour les Écoles Primaires.
Tous les Élèves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement
environnés et fortement pénétrés des idées simples de la morale, que
les Écoles de Division m'ont donné occasion d'indiquer, et qui
recevront pour chacun un développement proportionné à son intelligence
et à sa destination.
Il en résultera que le premier apprentissage de l'art Militaire,
transporté à sa véritable place, dans le ressort de l'instruction
publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Régimens qui ont
droit d'exiger de ceux qu'ils reçoivent, des connoissances
préliminaires, et un service réel et actif. Et notre système complet
sera tel dans son ensemble et dans ses différentes branches que les
Citoyens verront la carrière des places Militaires, ouverte à tous
également; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs
devoirs de Citoyens, en même-temps que leurs devoirs de Guerriers; et
qu'enfin la Société entière, en s'acquittant envers ses membres de la
dette sacrée d'une bonne éducation, multipliera tout à-la-fois ses
moyens de défense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste
confiance en ses défenseurs.
INSTITUT NATIONAL.
LORSQUE les écoles primaires des Cantons, et les collèges des
Districts et des Départemens seront organisés, on aura préparé
l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et même celle d'une partie
des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrès
des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'éducation
de ceux qui se destinent spécialement à leur culture. Nous proposons
dans cette vue l'établissement d'un Institut national, où se trouve
tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait
embellir, tout ce que le génie peut atteindre; qui puisse être
considéré, soit comme un tribunal où le bon goût préside, soit comme
un foyer où les vérités se rassemblent; qui lie, par des rapports
utiles, les Départemens à la Capitale, et la Capitale aux Départemens;
qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne
et reçoive, répande et recueille toujours; qui, fort du concert de
tant de volontés, riche de tant de découvertes et d'applications
nouvelles, offre à toutes les parties des sciences et des lettres, de
l'économie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui,
réunissant tous les hommes d'un talent supérieur en une seule et
respectable famille, par des correspondances multipliées, par des
dépendances bien entendues, attache tous les établissemens
littéraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothèques
publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature,
soit des chefs-d'oeuvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, à
un point central; et qui, de tant de matériaux épars, de tant
d'édifices isolés, forme un ensemble imposant, unique, propre à faire
connoître au monde, et ce que la philosophie peut pour la liberté, et
ce que la liberté reconnoissante rend d'hommages à la philosophie.
Pour que ce projet ait son entière exécution, l'Institut doit
embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par
ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire
encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut être, et que ses
facultés nous apprennent à satisfaire à ses besoins.
PROGRAMME.
_Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts._
L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il
communique ses idées par des gestes, par des sons, par des
discours écrits ou prononcés; il communique ses affections par
l'harmonie des vers, des sons, des formes et des couleurs; il
les consacre par des monumens; il recherche quelle est la
nature des êtres, ce qu'il est lui-même, ce qu'il doit, ce
qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il fut.
PROGRAMME.
_Des Sciences mathématiques et physiques, et des Arts mécaniques._
Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres
et mesurer l'étendue. Quatre grands moyens lui ont dévoilé la
connaissance des corps; l'observation qui suffit à leur
histoire, l'expérience qui en a découvert le mécanisme,
l'analyse et la synthèse qu'il invoque pour en approfondir la
composition intime. A l'aide de ces moyens, il considère dans
la matière ses propriétés générales, ses états divers, le
mouvement et le repos; dans l'athmosphère, son poids, sa
température, ses balancemens et ses météores; dans les sons,
leur intensité, leur vitesse, leur mélange et leur harmonie;
dans la chaleur, sa communication et ses degrés; dans
l'électricité, ses courans, son équilibre, ses chocs et ses
orages; dans la lumière sa propagation et ses couleurs; dans
l'aimant, son attraction et ses poles; dans le ciel, les
astres dont les phénomènes lui sont connus; sur la terre, les
minéraux qu'il recueille; les métaux qu'il prépare; les
végétaux qu'il classe, dont il examine les organes et les
produits; les animaux dont il étudie les formes, les moeurs,
la structure, les élémens, la vie et la mort, la santé et les
maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre;
les canaux qu'il creuse; les villes qu'il élève et qu'il
fortifie; les vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec
les deux mondes; les forces combinées qu'il oppose à ses
ennemis, et les arts nombreux qu'il inventa pour plier la
nature à ses besoins.
CELUI qui se place au milieu de cette immensité, ne sait où reposer sa
vue. Par-tout ce sont des foyers de lumière, et l'oeil s'étonne
également de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperçoit en
détail. Ce sont ces trésors de la plus haute instruction qu'il importe
de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir à tous
ceux qui sont en état d'y puiser.
Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances
humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce
travail, de vouloir mettre des bornes au génie des découvertes, en
traçant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu
seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les
naturalistes, qui, pour aider notre foible mémoire, ont classé tous
les trésors de la nature, sans prétendre ni la borner, ni l'asservir.
Ainsi, notre travail est composé de deux parties; l'histoire de
l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les sciences
purement philosophiques marchent à côté des sciences d'observation;
les beaux-arts terminent la première série, comme les arts mécaniques
se trouvent à la fin de la seconde. Par-tout les masses principales se
correspondent dans ces deux grandes divisions: dans la première, tout
est rationel, philosophique, littéraire; dans la seconde, tout est
soumis à la précision de l'expérience. Dans l'une comme dans l'autre,
la raison a besoin d'être forte. La mémoire, aidée d'une bonne
méthode, classera des objets nombreux, et l'imagination trouvera, soit
dans les inspirations de l'éloquence, soit dans la haute théorie du
calcul, soit dans les découvertes de la physique, soit dans les
inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la dispose aux
grandes conceptions.
Avant notre époque, les établissemens relatifs aux progrès des
lettres, des sciences et des arts, n'étoient point d'accord entre eux:
ils n'avoient point été disposés pour s'aider mutuellement, pour se
correspondre; les préjugés y dominoient, la naissance osoit y
remplacer le savoir et le talent.
Maintenant que toute illusion a cessé, il faut briser les formes
discordantes de ces établissemens divers, et les fondre en un seul où
rien ne blesse les droits de l'égalité et de la liberté, auquel nous
puissions ajouter ce qui manque aux premières institutions, et d'où ce
qui ne tient qu'à un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un
moment où tant de débris dispersés d'abord, changés bientôt en
matériaux, étonnent par la place qu'ils occupent dans des
constructions jusqu'à présent inconnues parmi nous, dans un moment où
tant de ressorts se meuvent pour la première fois, au milieu de toutes
les inquiétudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent
d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences, des
lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'idées, tant de lois,
tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles, lesquelles
demandent toutes à être inscrites dans le vocabulaire de la langue
françoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger?
N'est-ce pas, lorsque sur nos théâtres, la scène s'étend à tous les
états, à toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prêtant
ainsi à toutes les formes, il est à craindre qu'elle ne dégénère par
cela même qui doit contribuer à l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les
orateurs de nos tribunes nationales doivent réfléchir long-temps
encore sur le genre d'éloquence qui convient à leurs discours, lorsque
la chaire elle-même offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux
comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut être entendu;
n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercés dans la
connoissance du beau, que ceux dont le goût est le plus sûr, doivent
se réunir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger
dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir?
N'est-ce pas lorsque, pour la première fois, on va enseigner la morale
et la science du gouvernement, que les maîtres les plus habiles
doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premières
écoles soient dirigées, non par un seul, mais par tous ceux qui
excellent dans cette belle application des vérités dont la philosophie
a fait présent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va
être lue, et sur-tout écrite dans un nouvel esprit; lorsque les
beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'éclat de
leur patrie; lorsque les sciences vont être invoquées de toutes parts;
lorsque le charlatanisme qui, dans les États libres, est toujours plus
entreprenant, aura besoin d'être fortement réprimé; lorsqu'il importe
à l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les
arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors que tous les citoyens
connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent être invités à
réunir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour achever
cette partie de la régénération de l'État? En France, on désire, on
recherche, on honore même les lumières; mais on ne peut disconvenir
qu'elles ne sont pas encore assez répandues pour qu'on puisse confier
à la liberté seule le soin de leur avancement. Il est du devoir de la
Nation d'y veiller elle-même; il faut donc par un établissement
nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les arts à un centre
commun de perfectionnement; il faut y appeller de toutes les parties
de l'Empire le talent réel et bien éprouvé; il faut que de chaque
Département, et aux frais de la Nation, une quantité d'élèves choisis,
et ne devant leur choix qu'à la seule supériorité reconnue de leur
talent, viennent y completter leur instruction. Nous sommes bien loin
toutefois de nous opposer aux associations littéraires et aux autres
établissemens de ce genre, ni d'astreindre aucun individu à suivre
telle route dans son éducation privée ou ses méthodes d'enseignement.
Le talent s'indigne quelquefois de la marche didactique et
réglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous donnerez une preuve
de plus de votre amour pour la liberté, en la respectant jusques dans
ses bizarreries et ses caprices.
En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande
d'abord s'il sera divisé en un grand nombre de sections distinctes et
séparées. L'existence d'une des plus illustres académies nous paroît
répondre complettement à cette question. _L'Académie des sciences_
embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique
avec l'astronomie et ce que les mathématiques ont de plus
transcendant; et l'expérience de plus d'un siècle a prouvé que tant de
parties différentes peuvent non-seulement être traitées ensemble et
dans les mêmes assemblées, mais qu'il y a dans cette réunion un grand
avantage, en ce que l'esprit de calcul et de méthode s'étant
communiqué à toutes les classes de l'académie, chacun se trouve forcé
d'être exact dans ses recherches, clair dans ses énoncés et serré dans
ses raisonnemens: qualités sans lesquelles on ne peut ni faire une
expérience, ni déduire des résultats des observations qu'on a
recueillies.
On peut répondre aussi à ceux qui demanderoient que l'Institut fût
divisé en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchaînent
toutes, qu'elles se prêtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque
jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous
donc cette manie de diviser, qui détruit les liaisons, les rapports,
qui coupe, qui isole, qui anéantit tout.
Un tableau présentera les sciences physiques et les arts rangés dans
une seule section en dix classes, qui comprennent, 1º. les
mathématiques et la mécanique; 2º. la physique; 3º. l'astronomie; 4º.
la chimie et la minéralogie; 5º. la zoologie et l'anatomie; 6º. la
botanique; 7º. l'agriculture; 8º. la médecine, la chirurgie et la
pharmacie; 9º. l'architecture sous le rapport de la construction;
10º. les arts. Les objets dont les quatre dernières classes doivent
s'occuper, étant très-étendus et ayant besoin d'une longue suite
d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a semblé que chacune
d'elles devoit se réunir en particulier, en admettant à ses séances
seulement celles des autres classes qui ont des rapports immédiats
avec ses travaux. Par exemple, la classe de médecine et de chirurgie
appellera à ses assemblées les anatomistes, les chimistes et les
botanistes qui sont distribués dans les premières classes de la
section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appellés
par la classe d'agriculture; les géomètres le seront par celle de
construction, et les mécaniciens par celle des arts. Ces classes
surajoutées suffiront pour communiquer à celles qui s'assembleront
séparément, l'esprit qui animera les premières, et cependant celles-ci
continueront de marcher ensemble, parce qu'il est impossible de rien
changer, sous ce rapport, dans leur combinaison qu'on doit regarder
comme un modèle.
Quoique séparées dans leurs séances ordinaire, les quatre dernières
classes suivroient les mêmes usages que les premières; elles
obéiroient aux mêmes réglemens et aux mêmes lois; les résultats de
leurs recherches seroient réciproquement communiqués entre elles, et
leurs assemblées publiques se tiendroient en commun.
Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences
physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les
sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour
les beaux-arts. L'histoire ne peut être séparée ni de la morale, ni de
la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on à part les
belles-lettres qui se mêlent avec tant de charme aux discussions les
plus sérieuses. C'est elles qui donnent aux écrits des Philosophes cet
intérêt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles
trouveront elles-mêmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans
les ouvrages des Législateurs, des rapprochemens inattendus, des vues
hardies, une instruction solide dont l'éloquence peut faire l'usage le
plus noble et le plus utile.
Certes la Science de la grammaire, qui ne doit être étrangère à aucun
homme de lettres, et les préceptes de l'éloquence sont moins éloignés
de l'étude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la
science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou
que l'étude des Plantes ne l'est de celle des Mathématiques. Les
personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les
belles-lettres, peuvent donc être rassemblées dans les mêmes séances;
et puisque cette réunion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car
c'est en séparant les hommes en de petites associations, qu'on voit
leurs prétentions s'accroître, et l'esprit de corps, si opposé à
l'esprit public, créer pour eux des intérêts différens de ceux que le
bien général indique.
La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme
celle des sciences physiques et des arts, divisée en dix classes, qui
comprennent, 1º. la morale; 2º. la science du gouvernement; 3º.
l'histoire ancienne et les antiquités; 4º. l'histoire et les langues
modernes; 5º. la grammaire; 6º. l'éloquence et la poësie; 7º. la
peinture et la sculpture; 8º. l'architecture, sous le rapport de la
décoration et des beaux arts; 9º. la musique; 10º. l'art de la
déclamation.