aux Écoles _primaires_. Nous disons _admis_, pour écarter toute idée
de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de
l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque
famille est aussi une École _primaire_, dont le père est le chef; que
ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus
persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent
suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une
instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes
pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le
sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui
corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles
convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la
tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de
prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis
à des devoirs personnels, ils ont le droit de se décider eux-mêmes.
Elle se défendra des erreurs de cette République austère qui, pour
établir une éducation strictement nationale, osa d'abord ravir le
titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle réduisit à la
plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de briser tous
les liens des familles, tous les droits de la paternité, par des Lois
contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la voix de la
nature; elle saura atteindre au même but, mais par des voies
légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux enfans
qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que bientôt
ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent leurs
sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est
qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit
pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle
se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à
envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des
plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale.
Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable
de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des
documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être
regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce
caractère nous a paru désigner les objets suivans.
1º Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite: car
le premier besoin social est la communication des idées et des
sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au
même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les
rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire.
Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la
mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier
des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent
prévenir ou terminer la plupart des contestations qui les divisent.
2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer,
c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître.
3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous,
le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution
véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par
l'intérêt.
4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire
connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous
laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au
péril de sa vie.
5º. Ce que demandent à cet âge les facultés _physiques_,
_intellectuelles_ et _morales_.--_Physiques_, c'est-à-dire, des leçons ou
plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le
corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il
faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de
l'arpentage; leur donner le coup-d'oeil juste, la main sûre, les
habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers,
et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire,
tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux
enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute
chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est
complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour
subsister.--_Intellectuelles._ Nous avons vu plus haut qu'on les avoit
divisées en trois; la _raison_, la _mémoire_, l'_imagination_. Ce
n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle
est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui
n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion
d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience
dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur _raison_, non les
hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de
toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur âge; car il
en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est pure; mais elle
est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent communément juste;
ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on leur montre ce qui
doit être, et l'on est souvent étonné de tout le raisonnement qu'ils
mettent dans ce qui les intéresse. La logique est bien plus à leur
portée que la métaphysique des langues que néanmoins on se tourmente à
leur faire entendre: et enfin il est parfaitement constitutionnel de
leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés à obéir à la
raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.--Il faut offrir à leur
_mémoire_ la partie des connoissances élémentaires, soit
géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront
aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en
est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit
regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici
se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux
yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus
à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette
faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux
pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que
dans cet âge.--Enfin, les _facultés morales_. On ne peut ici rien
déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une
attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir,
particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens
précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que
l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait
même du plaisir.
Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans
les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de
s'arrêter à cette première instruction; si les travaux de
l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du
moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de
savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit
aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la
trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des
sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le
développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la
réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule
existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son
profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui
seront le grand complément de l'instruction nationale.
ÉCOLES DE DISTRICT.
LES Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles
dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement
complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre
états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers.
Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus
grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions
utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement
le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une
instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et
comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires.
Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les
Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et
la connoissance de celles des langues anciennes qui conservent le
plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, dans plusieurs de
ces Écoles, l'enseignement d'une des langues vivantes que les
relations locales ou nationales sembleront recommander davantage.
Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette
Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la
croyance.
Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le
premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses
applications privées et publiques.
Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à
des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et
de l'organisation des divers pouvoirs.
Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus
parfait développement leur sera donné de la manière suivante.
_Facultés physiques._ Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont
pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent
à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation,
l'escrime, l'équitation, et même la danse.
_Intellectuelles._ Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux
forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes
ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs.
On offrira aussi la _raison_ des Élèves les élémens des mathématiques,
dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux
de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement
liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont
reconnus maintenant pour être les véritables principes de la
physique.--On offrira à leur _mémoire_, l'histoire des Peuples libres,
l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera
une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi
les modernes; mais en l'exerçant, en l'enrichissant, on se gardera de
la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et pourroit
nuire au développement naturel des idées.--On offrira à leur
_imagination_ les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de
la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le
principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance.
_Morales._ Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement
exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens
commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que
tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur
l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice
soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui
constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à
leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.
Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement
dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien.
Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser
en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne
répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour
le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la
confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est
naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit
chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le
Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient
le garant du zèle des Instituteurs.
Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et
nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès
naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre
nécessaire que nous avons tâché d'indiquer.
Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des
Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle
est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de
bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque
Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle;
car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire
étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont
nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que
chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et
qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage
de tous les divers états.
Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les
deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt
au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables
à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui
formeront l'enseignement de la troisième.
ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.
CHAQUE chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de
District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra
de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées
_Écoles de Département_, pour les états auxquels la Société réserve
des moyens particuliers d'instruction.
Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je
l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens,
l'enseignement soit également complet, et que le bien public exigera
qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens s'associent pour
un même enseignement; mais alors même la hiérarchie sera conservée, et
chacun des Départemens concourra du moins à former des Écoles pour le
dernier degré de l'instruction.
ÉCOLES
POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.
L'ÉTAT de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation
destine des établissemens particuliers.
Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire,
sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église
Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le
nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps
pour cette partie d'instruction à un Département voisin.
Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière
suivante.
1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu
de puiser dans leur source.
2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre
explicitement la croyance de chaque Fidèle.
3º. Le développement de la morale de l'Évangile.
4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique.
5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication.
6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de
paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le
gouvernement des Paroisses.
En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit
incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans
leurs véritables limites.
Je vais parcourir ces divers points d'instruction.--Qu'on ne s'étonne
pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la
sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet
doit être traité.
1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu;
mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que
la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion:
car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui
nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et
c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses
droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la
raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque
article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles
mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il
appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les
caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères
doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et
dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit
donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour
être en état de rendre à la Religion cet _hommage raisonnable_ qui
seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa
croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui
doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette
partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie
philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles
où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons
esprits travailleront à la perfectionner et à l'épurer par une grande
sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, les
mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la croyance
publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est
efforcé de la combattre.
2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement
de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de
principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité
toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des
discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne
théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est
déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets
révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à
être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc
tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette
fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle
embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église
catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses
époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique;
si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas
moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en
traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas
tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles.
L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève
du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite
à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer
avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la
pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son
gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières:
il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la
tradition, de charger son esprit ou sa mémoire des longs débats de la
théologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs de tous les
argumens employés pour les combattre; mais aussi la Nation, qui
retrouve, à chaque page de son histoire, la trace profonde des maux
qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins
incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en écartant
de l'enseignement public qu'elle protège, tout ce qui n'est pas
indispensable à un Ministre de la Religion. La théologie d'ailleurs ne
doit point être regardée comme une Science. Les Sciences sont
susceptibles de progrès, d'expériences, de découvertes: la théologie,
qui ne peut être que la connoissance de la Religion, est étrangère à
tout cela; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute
innovation. Il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord.
On doit donc s'occuper, non pas à l'étendre, mais à la fixer, mais à
la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses
subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir dans des siècles
d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en même-temps qu'elle encourage
les progrès des Sciences et les inventions de l'esprit humain, doit
donc, par le même principe, s'opposer à toute extension de la
théologie, à toute invasion des Théologiens: car, puisque la Religion
commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en
nous, il est du devoir des fondateurs de la liberté publique de
retirer de l'enseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne
pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que
l'Assemblée Nationale doit enjoindre à tous les Évêques, comme étant
les premiers surveillans de la doctrine religieuse, de travailler avec
leur conseil à réduire les objets dogmatiques, qui entreront
dorénavant dans l'enseignement public des Ministres du culte, aux
seuls points indispensables à l'instruction des fidèles, par
conséquent à en bannir et les vaines opinions qui divisent les
esprits, et les discussions oiseuses sur des articles dès long-temps
décidés, et même aussi un développement trop étendu de ceux de ces
articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des
Peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux épuratoires,
résulte enfin un enseignement complet, uniforme et réduit à ses
véritables bornes.
3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité ait
fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore de
lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes maximes
les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les Peuples
qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle leur
auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront
d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car
c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui
donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale
ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait
le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction
évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se
borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de
toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui
importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute
aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux
Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en
termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette
indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler
que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien
plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.
4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit
canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire
de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la
nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire
partie essentielle des études ecclésiastiques.