Mais à-peu-près vers l'âge de sept ans, un enfant pourra être admis

aux Écoles _primaires_. Nous disons _admis_, pour écarter toute idée

de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de

l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque

famille est aussi une École _primaire_, dont le père est le chef; que

ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus

persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent

suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une

instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes

pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le

sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui

corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles

convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la

tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de

prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis

à des devoirs personnels, ils ont le droit de se décider eux-mêmes.

Elle se défendra des erreurs de cette République austère qui, pour

établir une éducation strictement nationale, osa d'abord ravir le

titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle réduisit à la

plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de briser tous

les liens des familles, tous les droits de la paternité, par des Lois

contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la voix de la

nature; elle saura atteindre au même but, mais par des voies

légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux enfans

qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que bientôt

ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent leurs

sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est

qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit

pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle

se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à

envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des

plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale.

Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable

de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des

documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être

regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce

caractère nous a paru désigner les objets suivans.

1º Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite: car

le premier besoin social est la communication des idées et des

sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au

même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les

rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire.

Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la

mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier

des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent

prévenir ou terminer la plupart des contestations qui les divisent.

2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer,

c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître.

3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous,

le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution

véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par

l'intérêt.

4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire

connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous

laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au

péril de sa vie.

5º. Ce que demandent à cet âge les facultés _physiques_,

_intellectuelles_ et _morales_.--_Physiques_, c'est-à-dire, des leçons ou

plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le

corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il

faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de

l'arpentage; leur donner le coup-d'oeil juste, la main sûre, les

habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers,

et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire,

tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux

enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute

chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est

complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour

subsister.--_Intellectuelles._ Nous avons vu plus haut qu'on les avoit

divisées en trois; la _raison_, la _mémoire_, l'_imagination_. Ce

n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle

est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui

n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion

d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience

dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur _raison_, non les

hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de

toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur âge; car il

en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est pure; mais elle

est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent communément juste;

ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on leur montre ce qui

doit être, et l'on est souvent étonné de tout le raisonnement qu'ils

mettent dans ce qui les intéresse. La logique est bien plus à leur

portée que la métaphysique des langues que néanmoins on se tourmente à

leur faire entendre: et enfin il est parfaitement constitutionnel de

leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés à obéir à la

raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.--Il faut offrir à leur

_mémoire_ la partie des connoissances élémentaires, soit

géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront

aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en

est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit

regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici

se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux

yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus

à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette

faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux

pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que

dans cet âge.--Enfin, les _facultés morales_. On ne peut ici rien

déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une

attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir,

particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens

précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que

l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait

même du plaisir.

Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans

les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de

s'arrêter à cette première instruction; si les travaux de

l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du

moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de

savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit

aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la

trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des

sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le

développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la

réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule

existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son

profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui

seront le grand complément de l'instruction nationale.

ÉCOLES DE DISTRICT.

LES Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles

dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement

complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre

états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers.

Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus

grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions

utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement

le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une

instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et

comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires.

Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les

Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et

la connoissance de celles des langues anciennes qui conservent le

plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, dans plusieurs de

ces Écoles, l'enseignement d'une des langues vivantes que les

relations locales ou nationales sembleront recommander davantage.

Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette

Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la

croyance.

Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le

premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses

applications privées et publiques.

Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à

des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et

de l'organisation des divers pouvoirs.

Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus

parfait développement leur sera donné de la manière suivante.

_Facultés physiques._ Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont

pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent

à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation,

l'escrime, l'équitation, et même la danse.

_Intellectuelles._ Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux

forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes

ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs.

On offrira aussi la _raison_ des Élèves les élémens des mathématiques,

dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux

de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement

liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont

reconnus maintenant pour être les véritables principes de la

physique.--On offrira à leur _mémoire_, l'histoire des Peuples libres,

l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera

une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi

les modernes; mais en l'exerçant, en l'enrichissant, on se gardera de

la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et pourroit

nuire au développement naturel des idées.--On offrira à leur

_imagination_ les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de

la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le

principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance.

_Morales._ Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement

exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens

commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que

tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur

l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice

soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui

constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à

leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.

Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement

dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien.

Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser

en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne

répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour

le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la

confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est

naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit

chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le

Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient

le garant du zèle des Instituteurs.

Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et

nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès

naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre

nécessaire que nous avons tâché d'indiquer.

Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des

Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle

est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de

bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque

Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle;

car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire

étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont

nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que

chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et

qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage

de tous les divers états.

Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les

deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt

au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables

à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui

formeront l'enseignement de la troisième.

ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.

CHAQUE chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de

District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra

de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées

_Écoles de Département_, pour les états auxquels la Société réserve

des moyens particuliers d'instruction.

Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je

l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens,

l'enseignement soit également complet, et que le bien public exigera

qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens s'associent pour

un même enseignement; mais alors même la hiérarchie sera conservée, et

chacun des Départemens concourra du moins à former des Écoles pour le

dernier degré de l'instruction.

ÉCOLES

POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.

L'ÉTAT de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation

destine des établissemens particuliers.

Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire,

sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église

Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le

nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps

pour cette partie d'instruction à un Département voisin.

Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière

suivante.

1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu

de puiser dans leur source.

2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre

explicitement la croyance de chaque Fidèle.

3º. Le développement de la morale de l'Évangile.

4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique.

5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication.

6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de

paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le

gouvernement des Paroisses.

En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit

incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans

leurs véritables limites.

Je vais parcourir ces divers points d'instruction.--Qu'on ne s'étonne

pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la

sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet

doit être traité.

1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu;

mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que

la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion:

car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui

nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et

c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses

droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la

raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque

article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles

mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il

appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les

caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères

doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et

dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit

donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour

être en état de rendre à la Religion cet _hommage raisonnable_ qui

seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa

croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui

doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette

partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie

philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles

où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons

esprits travailleront à la perfectionner et à l'épurer par une grande

sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, les

mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la croyance

publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est

efforcé de la combattre.

2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement

de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de

principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité

toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des

discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne

théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est

déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets

révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à

être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc

tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette

fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle

embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église

catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses

époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique;

si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas

moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en

traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas

tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles.

L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève

du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite

à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer

avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la

pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son

gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières:

il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la

tradition, de charger son esprit ou sa mémoire des longs débats de la

théologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs de tous les

argumens employés pour les combattre; mais aussi la Nation, qui

retrouve, à chaque page de son histoire, la trace profonde des maux

qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins

incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en écartant

de l'enseignement public qu'elle protège, tout ce qui n'est pas

indispensable à un Ministre de la Religion. La théologie d'ailleurs ne

doit point être regardée comme une Science. Les Sciences sont

susceptibles de progrès, d'expériences, de découvertes: la théologie,

qui ne peut être que la connoissance de la Religion, est étrangère à

tout cela; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute

innovation. Il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord.

On doit donc s'occuper, non pas à l'étendre, mais à la fixer, mais à

la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses

subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir dans des siècles

d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en même-temps qu'elle encourage

les progrès des Sciences et les inventions de l'esprit humain, doit

donc, par le même principe, s'opposer à toute extension de la

théologie, à toute invasion des Théologiens: car, puisque la Religion

commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en

nous, il est du devoir des fondateurs de la liberté publique de

retirer de l'enseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne

pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que

l'Assemblée Nationale doit enjoindre à tous les Évêques, comme étant

les premiers surveillans de la doctrine religieuse, de travailler avec

leur conseil à réduire les objets dogmatiques, qui entreront

dorénavant dans l'enseignement public des Ministres du culte, aux

seuls points indispensables à l'instruction des fidèles, par

conséquent à en bannir et les vaines opinions qui divisent les

esprits, et les discussions oiseuses sur des articles dès long-temps

décidés, et même aussi un développement trop étendu de ceux de ces

articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des

Peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux épuratoires,

résulte enfin un enseignement complet, uniforme et réduit à ses

véritables bornes.

3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité ait

fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore de

lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes maximes

les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les Peuples

qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle leur

auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront

d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car

c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui

donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale

ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait

le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction

évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se

borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de

toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui

importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute

aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux

Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en

termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette

indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler

que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien

plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.

4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit

canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire

de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la

nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire

partie essentielle des études ecclésiastiques.

Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791 fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée Nationale · 第 2 / 13 段