Je ne savais pas que mon frère avait la main coupée. Je le vis revenir
avec les Anglais avec la main coupée, et c’est alors qu’il m’apprit que
c’était Kelengo qui la lui avait coupée.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
(Signé) NNELE.
* * * * *
Après comparaît nouvellement Mr. Armstrong, qui, après serment,
déclare:--
_D._ Depuis combien Nnele est au service de la Mission?
_R._ Depuis environ cinq ans.
_D._ Vous a-t-il jamais dit d’avoir un frère sans une main?
_R._ Non; jamais.
Dont procès-verbal lu et signé.
(Signé) BOSCO.
(Signé) W.-D. ARMSTRONG.
* * * * *
Nous, Substitut, donnons ordre à Epondo de nous suivre à Mampoko.
Après, le même jour, à Mampoko, comparaît nouvellement Epondo, que nous
interrogeons nouvellement avec l’aide de Korony, qui prête entre nos
mains le serment d’accomplir fidèlement la mission d’interprète qui lui
est confiée. Epondo prête nouvellement serment et déclare:--
_D._ Êtes-vous esclave de Bandebonja? Vous a-t-il conduit dans la Ngiri?
_R._ Je ne connais ni Bandebonja ni la Ngiri.
_D._ N’avez-vous jamais été blessé à la chasse du sanglier? Ne vous
a-t-il pas mordu à la main?
_R._ Non; jamais. Kelengo m’a coupé la main.
_D._ Les habitants de votre village ne vous ont-ils pas suggéré
d’accuser Kelengo près des Anglais pour se soustraire au travail du
caoutchouc?
_R._ Il y a presque un mois, deux Anglais sont venus à notre village et
nous ont dit: Beaucoup de monde meurt pour le caoutchouc. Dorénavant
vous ne ferez plus de caoutchouc, vous ferez seulement la kwanga pour
nous.
Nous, Substitut, appelons, comme second interprète, Munenge Gabriel,
qui, après serment, traduit la réponse d’Epondo identiquement à Korony.
La réponse est rappelée deux fois.
_D._ Qui étaient ces Anglais?
_R._ Torongo et Mongongolo. Ils m’ont vu, m’ont questionné et m’ont fait
aller avec eux à Bonginda. Les habitants de mon village ne m’ont jamais
suggéré de dire que Kelengo m’avait coupé la main. Les Anglais m’ont
fait monter dans leur bateau et m’ont conduit à Coquilhatville pour me
montrer au Juge, mais le Juge était dans l’Ubangi. Alors nous sommes
allés à Bolengi, et après Mongongolo est allé en Europe et moi je suis
retourné en pirogue à Bonginda.
_D._ Les Anglais vous ont-ils photographié?
_R._ Oui, à Bonginda et à Lulanga. Ils m’ont dit de mettre bien en
évidence le moignon. Il y avait Nnele, Mongongolo, Torongo et autres
blancs dont je ne connais pas les noms. Ils étaient les blancs de
Lulanga. Mongongolo a porté avec six photographies.
Dont procès-verbal lu et signé.
(Signé) BOSCO.
L’an 1903, le 8 Octobre, devant nous, Substitut, comparaît Bofoko, Chef
du village Ikandja. Comparaît aussi, comme interprète, le nommé Korony,
qui prête entre nos mains le serment de remplir fidèlement la mission
qui lui est confiée. Le comparant Bofoko prête serment et déclare:--
_D._ Savez-vous qui a coupé la main d’Epondo ...?
_R._ Personne n’a coupé la main d’Epondo. Il est allé avec son maître
Makekele à la chasse au sanglier à Malela, dans le district des Bangala,
et le sanglier lui a arraché la main. C’est lui-même qui, à son retour
dans son village, nous a raconté d’avoir été victime de cet accident de
chasse....
_D._ Lorsque d’après les coutumes indigènes, on coupe une main pour
punir quelqu’un, quelle est la main que l’on coupe?
_R._ Toujours la main droite.
_D._ Pourquoi alors les habitants de Bossunguma ont-ils accusé Kelengo
d’avoir commis ces atrocités?
_R._ Parce qu’ils trouvent que le travail du caoutchouc est trop dur et
ont cru de pouvoir s’en libérer, et pour les induire à s’en occuper, ils
sont allés leur conter des mensonges.
_D._ Pourquoi vous-même avez-vous déclaré au Consul Anglais avoir vu la
main coupée par terre; le sang coulait et les habitants du village qui
couraient dans toutes les directions?
_R._ Je n’ai pas parlé avec les Anglais. Je ne les ai pas même vus.
Quand ils sont arrivés à Bossunguma, je n’étais pas là.
_D._ Vous mentez, parce que le Consul Anglais déclare avoir parlé avec
vous.
_R._ Oui, c’est vrai. J’y étais. J’ai dit comme les autres. Tout le
monde se plaignait que le travail du caoutchouc était trop dur.
_D._ Et le Consul Anglais qu’est-ce qu’il a dit?
_R._ Il a dit qu’il aurait parlé au Juge et il a écrit un grand papier
pour vous.
_D._ Donc, vous n’avez pas vu la main coupée, le sang qui coulait, les
gens qui se sauvaient dans toutes les directions?
_R._ Non; je n’ai rien vu.
_D._ Est-ce que Kelengo aurait tué ou blessé quelqu’un? A-t-il amarré
des femmes?
_R._ Non; il n’a tué personne. Il n’a amarré aucune femme. On a dit
comme ça pour interposer les Anglais, pour faire voir que le blanc était
violent.
_D._ Où sont Tonbebola, Mileli, Eykela, Alondi, Boningeni, Mopili?
Pourquoi ne sont-ils pas venus?
_R._ Ils sont dans la forêt; ils ont peur.
Dont procès-verbal lu et signé.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Mongombe, d’Ikondju, qui, après serment, déclare:
J’atteste qu’Epondo, d’après ce que lui-même a raconté, a perdu la main
gauche à la chasse au sanglier. La bête blessée l’aurait attaqué et lui
aurait arraché la main. Ce ne serait pas arrivé dans le village, mais
dans le pays des Bangala, où il était avec un homme dont j’ignore le
nom....
_D._ Lorsque les indigènes coupent les mains pour punir ou pour se
venger, coupent-ils la main droite ou la main gauche?
_R._ Toujours la main droite.
_D._ Pourquoi a-t-on accusé Kelengo?
_R._ Nous sommes fatigués du caoutchouc et avons voulu obtenir une
diminution de travail avec l’aide du Chef des Anglais, en lui montrant
la violence du blanc. En effet les Anglais sont arrivés et ont fait un
grand papier pour le Juge. Leur Chef disait: “Nous verrons, nous
verrons.”
_D._ Savez-vous si Kelengo a tué quelqu’un, s’ils ont amarré des femmes?
_R._ Non. Il n’a tué personne et il n’a amarré aucune femme.
_D._ Où sont Tondebola, Molili, Eykela, Alondi, Bonsigeni, Mopili?
_R._ En fuite; ils ont peur.
Dont procès-verbal lu et signé.
(Signé) BOSCO.
Après nous interrogeons successivement Lopimbe, de Bassombwene, Boloko,
de Bossunguma Alekois, de Bassombwene, Itoke et Itobe, de Bossunguma, et
leur posons les mêmes questions que nous avons posées aux deux
précédents témoins. Les comparants prêtent serment et répondent
identiquement concordément à Botoko et Monjombeki, affirmant l’innocence
absolue de Kelengo.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît nouvellement Epondo, qui prête serment et déclare:
_D._ Persistez-vous à accuser Kelengo de vous avoir coupé la main
gauche?
_R._ Non; j’ai menti.
_D._ Racontez alors comment et quand vous avez perdu la main.
_R._ J’étais esclave de Monkekola, à Malele, dans le district des
Bangala. Un jour, j’allai avec lui à la chasse au sanglier. Il en blessa
un avec une lance, et alors la bête, devenue furieuse, m’attaqua. Je
tâchai de me sauver avec la suite, mais je tombai, le sanglier fut
bientôt sur moi, m’arrachant la main gauche, au ventre et à la hanche
gauche. Le comparant montre les cicatrices aux endroits désignés et
spontanément se met par terre pour faire voir dans quelle position il se
trouvait lorsqu’il fut attaqué et blessé par le sanglier.
_D._ Depuis combien de temps cet accident vous est-il arrivé?
_R._ Je ne me rappelle pas. C’est depuis longtemps.
_D._ Pourquoi alors aviez-vous accusé Kelengo?
_R._ Parce que Momaketa, un des Chefs de Bossunguma, me l’a dit et après
tous les habitants de mon village me l’ont répété.
Dont procès-verbal lu et signé.
(Signé) BOSCO.
Annexe 4.
(A.)