Après comparaît Makurua, de Bossunguma, qui, après serment, déclare:--

J’étais à la chasse et je ne sais rien du tout. Je sais seulement que

Kelengo n’a coupé aucune main.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

Après comparaît Lopembe, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment,

déclare:--

_D._ Qui est allé à Bonginda parler aux Anglais?

_R._ Personne. Nous n’avons pas appelé les Anglais.

_D._ Pourquoi les Anglais sont-ils alors venus à Bossunguma?

_R._ Parce que Bodjengene les a appelés pour la question du caoutchouc,

mais Kelengo n’a coupé la main à personne; il n’a tué personne; il n’a

amarré aucune femme....

_D._ Lorsque les Anglais sont arrivés à Bossunguma, Epondo où était-il?

_R._ Dans leur pirogue. Il les a accompagnés à Bossunguma, et quand ils

sont partis pour rentrer à Bonginda, il les a suivis et est resté avec

eux.

_D._ Lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma, ont-ils écrit?

_R._ Oui. Ils ont écrit sur un petit papier, beaucoup plus petit que

celui sur lequel vous écrivez.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

L’an 1903, le 7 Octobre, à Bonginda, devant nous, Bosco Gennaro,

Substitut à Coquilhatville, comparaît Mr. Armstrong, William Douglas,

missionnaire, qui, interrogé, après serment, déclare:--

Un Dimanche soir le nommé Ikabo, accompagné par deux ou trois indigènes,

vint à la Mission et demanda de parler au Consul Anglais. Je le vis,

mais je ne sais pas ce qu’il dit au Consul Anglais. Les indigènes

voulaient que le Consul les voyât.

_D._ Le Consul a-t-il interrogé lui-même Ikabo?

_R._ Je pense qu’il l’interrogea avec l’aide de son interprète et d’un

autre encore. Moi aussi je suis intervenu. Nous étions assis autour de

la même table, et moi-même j’ai posé des questions en m’adressant à un

noir, qui les répétait à Ikabo. Moi, je parlais le dialecte local de

Bonginda et le noir répétait mes demandes en langue Ngombe.

_D._ Quelles sont les questions que vous avez posées à Ikabo?

_R._ Je ne m’en rappelle pas exactement; mais elles se référaient à la

mutilation qu’on lui a faite subir.

_D._ Qui a dit qu’à Bossunguma il y avait un autre garçon avec la main

coupée?

_R._ Les indigènes qui accompagnaient Ikabo. Après, le lendemain, nous

sommes allés, avec M. le Consul, à Bossunguma, avons vu Epondo, et tout

le village nous dit que Kelengo l’avait mutilé. On dit aussi qu’il avait

tué un homme et lui avait coupé les deux mains. Le Consul dressa

procès-verbal à Bossunguma, où nous sommes restés deux ou trois heures.

Nous arrivâmes vers 7 heures du matin.

_D._ Les indigènes se sont-ils plaints que le travail du caoutchouc

était excessif et qu’ils voulaient un autre travail moins dur?

_R._ Ils se plaignaient toujours du travail du caoutchouc, et dans cette

occasion, ils répétèrent leurs plaintes. Nous les exhortâmes à continuer

à travailler pour leurs maîtres.

_D._ Comment alors expliquez-vous que les gens mêmes de votre Mission

ont crié deux fois, la première fois à la pirogue et la seconde au

bateau où se trouvait M. Spelier, agent de La Lulonga, que le caoutchouc

était fini et que les Sociétés devaient partir?

_R._ La première fois j’étais dans ma maison et j’ai entendu des cris

sans comprendre ce qu’ils disaient. La seconde fois j’étais dans

l’église; j’ai entendu encore des cris, sans pourtant comprendre ce

qu’on disait; mais, ayant vu les boys qui criaient, je les ai

réprimandés. Ils m’ont répondu qu’ils saluaient leurs amis qui étaient

sur le bateau, et en ce qui concerne la première fois, ayant fait une

enquête, on m’a dit que c’étaient des gens qui n’appartenaient pas à la

Mission qui avaient crié, des Ngombe et des indigènes de Bokemjola (près

de Boieka).

_D._ Pourtant, croyez-vous que ces cris aient été réellement poussés?

_R._ Il est très possible que le caoutchouc est la bête noire des

indigènes. Je ne crois pas que les hommes de la Mission aient poussé ces

cris, puisqu’ils ne s’occupent pas de caoutchouc, et nous sommes très

prudents à ce sujet, ayant soin de ne pas en parler.

_D._ Comment expliquez-vous le bruit que maintenant on ne doit plus

faire de caoutchouc et que le Consul Anglais allait supprimer ce travail

dans toute la rivière?

_R._ Le désir est père de la pensée. Les noirs sont paresseux, et ils

seraient capables de tout complot pour éviter de travailler, partant de

faire du caoutchouc. Du reste, lorsque le Consul Anglais est allé à

Bossunguma, il a dit qu’il aurait porté à la connaissance de la justice

le crime, dont on accusait Kelengo, mais il n’a pas dit un mot qui pût

être interprété, soit comme instigation à ne pas travailler, soit comme

promesse de son intercession près des autorités de l’État, pour la

suppression ou la diminution du travail.

_D._ D’après votre opinion, depuis combien de temps la mutilation a eu

lieu?

_R._ Je ne saurais pas, mais on dit depuis six mois.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

(Signé) W.-D. ARMSTRONG.

Après comparaît Epondo, de Bossunguma. Le comparant a la main gauche

coupée. Il prête serment et déclare:--

Il ne comprend que le Ngombe, et comme à la Mission Anglaise il n’y a

personne qui connaisse cette langue, nous l’interrogeons, par

l’entremise de son frère Nnele, boy de la Mission Anglaise, qui prête

serment de remplir fidèlement la mission qui lui est confiée, et nous

procédons à l’interrogatoire d’Epondo.

_D._ Qui vous a coupé la main?

_R._ Kelengo.

_D._ Pourquoi?

_R._ Pour le caoutchouc. Il est venu faire la guerre dans notre village

et a tué Elua et m’a coupé une main. Je suis tombé presque mort. Je me

suis réveillé après un certain temps et je me suis trouvé sans main.

_D._ Connaissez-vous Bossole?

_R._ Non; je connais Kelengo.

_D._ Êtes-vous sûr que c’est Kelengo qui vous a coupé la main? Ce n’est

pas Bossole?

_R._ Non; c’est Kelengo.

* * * * *

_D._ Dans le temps, n’êtes-vous pas allé chez les Bangala?

_R._ Non; je suis resté toujours dans mon village.

_D._ Votre main ne vous a-t-elle pas été enlevée par un sanglier?

_R._ Non. Kelengo me l’a coupée.

Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.

(Signé) BOSCO.

* * * * *

Correspondence and Report from His Majesty's Consul at Boma Respecting the Administration of the Independent State of the Congo [and Further Correspondence] · 第 55 / 74 题