Je suis boy de M. Dutrieux. Un jour, le nommé Mbilu est venu chez mon
maître lui apporter 100 mitakos, disant que le Chef de Bossunguma,
nommé, si je ne me trompe, Mateka ou Lofundu, les lui avait donnés comme
cadeau pour qu’il n’aille pas dire que les indigènes avaient menti près
des Anglais en l’accusant d’avoir coupé une main à un gamin, mensonge
qu’ils avaient dit pour se soustraire au travail du caoutchouc.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
L’an 1903, le 6 Octobre, à Mampoko, devant nous, Substitut, à
Coquilhatville, comparaît le nommé Eponga, _alias_ Mondondo, de
Bossunguma, qui, interrogé, après serment, déclare:--
Epondo a une main coupée parce que, dans les Bangala, un sanglier la lui
a arrachée....
_D._ Pourquoi alors les habitants de votre village ont-ils accusé
Kelengo?
_R._ Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit des
mensonges aux Anglais, qui ont répondu: “Nous ferons une lettre au
Juge.”
_D._ Est-ce qu’ils ont ajouté quelque autre chose?
_R._ Non.
_D._ Combien de temps sont-ils restés dans votre village?
Le témoin indique où se trouvait le soleil lorsqu’ils sont arrivés et
lorsqu’ils sont partis. Nous calculons qu’ils sont restés au moins
quatre heures.
_D._ Est-ce que les Anglais ont écrit quand ils étaient au village?
_R._ Oui; ils ont écrit sur un grand papier.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Liboso, fils de Lekela, de Bossunguma, qui, interrogé,
après serment, déclare--
Epondo a une main coupée parce qu’un sanglier l’a mordue....
_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?
_R._ Parce qu’ils étaient fatigués de faire du caoutchouc, qui n’était
plus dans leur forêt. Ils ont cru qu’avec l’intercession des Anglais ils
pourraient se soustraire à un travail très dur, et pour interposer les
Anglais, ils sont allés leur dire que la sentinelle de Bumba (Dutrieux)
avait coupé une main.
_D._ Qui est allé parler avec les Anglais?
_R._ Bodjengene et un autre, dont je ne me rappelle pas le nom. Les
Anglais dirent: “Vous mentez. Où est cet homme avec la main coupée?
Allez le prendre.” Alors ils sont allés chercher ... Epondo et l’ont
présenté aux Anglais.
_D._ Lorsque les Anglais sont venus à votre village, qu’est-ce qu’ils
ont fait?
_R._ Ils ont parlé avec les habitants qui se plaignaient de ce qu’ils
devaient travailler beaucoup. Ils disaient que le caoutchouc n’était
plus dans leur forêt, qu’ils voulaient faire un travail moins dur, comme
la kwanga et la pêche. Les Anglais répondirent: “C’est bien; vous êtes
des hommes de Bula Matari. Nous écrirons à Bula Matari.” Et dans leur
village ils firent une grande moukande, comme vous maintenant.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Etoko, fils d’Ilembe, décédé, de Bossunguma, qui,
interroge, après serment, déclare:--
Un sanglier coupa la main d’Epondo....
_D._ Pourquoi les indigènes ont-ils accusé Kelengo?
_R._ Pour rien. Pour se soustraire au travail du caoutchouc; ils ont dit
des mensonges aux Anglais.
_D._ Qui est allé parler aux Anglais?
_R._ Bodjengene.
_D._ Bodjengene seul?
_R._ Oui; lui seul. Après, Epondo est allé travailler chez les Anglais,
où il se trouve maintenant....
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Akindola, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment,
déclare:--
Un sanglier a coupé la main d’Epondo.
_D._ Pourquoi les indigènes accusent-ils Kelengo?
_R._ Non; ils n’accusent pas Kelengo.
_D._ N’étiez-vous pas présent lorsque le Consul Anglais est venu dans
votre village?
_R._ Non; j’étais dans la forêt et je ne sais rien de ce qui s’est
passé.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Mafambi, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment,
déclare:--
Un sanglier a mordu la main d’Epondo, et c’est pour cela qu’il l’a
perdue.... Kelengo est innocent. Les habitants des Bossunguma l’ont
accusé espérant d’éviter la récolte du caoutchouc.
_D._ Êtes-vous allé à la Mission de Bonginda pour vous plaindre?
_R._ Moi, non, Bodjengene; et les Anglais lui ont répondu de s’adresser
au Juge.
_D._ Ikabo n’est-il pas allé chez les Anglais?
_R._ Non. Epondo alla chez les Anglais. Ikabo resta au village. Les
Anglais vinrent après chez nous et nous dirent que la question du
caoutchouc n’était pas de leur compétence.
_D._ Ont-ils recherché Ikabo?
_R._ Non; ils ont recherché Epondo seulement.
_D._ Les avez-vous vus?
_R._ Oui.
_D._ A quelle heure sont-ils venus et à quelle heure sont-ils partis?
Le témoin, indiquant où se trouvait le soleil, fait supposer qu’ils sont
arrivés vers midi et sont repartis vers deux heures.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Ekombo, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment,
déclare:--
Epondo a perdu la main à la chasse du sanglier.... Les indigènes ont
accusé Kelengo, espérant se soustraire au travail du caoutchouc.
_D._ Qui alla à Bonginda chez les Anglais pour leur parler?
_R._ Ikabo, Bodjengene, et Epondo. Les Anglais leur dirent de s’adresser
au Juge.
_D._ Ikabo, Bodjengene, et Epondo sont-ils restés à Bonginda ou sont-ils
rentrés à Bossunguma?
_R._ Ils sont rentrés, hors Epondo, qui est resté à Bonginda, et lorsque
les Anglais sont venus à Bossunguma Epondo les a accompagnés et est
retourné avec eux à Bonginda.
_D._ Est-ce que les Anglais vous ont dit: Le caoutchouc est fini?
_R._ Non. C’est nous qui l’avons dit.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.
Après comparaît Mondonga, de Bossunguma, qui, interrogé, après serment,
déclare:--
_D._ Qui est allé à Bonginda pour appeler les Anglais?
_R._ Bodjengene.
_D._ Seulement lui?
_R._ Oui.
_D._ Ekabo et Epondo ne sont-ils pas allés à Bonginda?
_R._ Oui, mais après, parce que les Anglais ont dit de vouloir les voir.
Alors Ikabo est retourné au village et Epondo est resté à Bonginda.
Lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma, Epondo les a accompagnés et
est rentré avec eux à Bonginda. Ikabo est resté à Bossunguma.
_D._ Quelle heure était-il lorsque les Anglais sont venus à Bossunguma?
_R._ D’après les indications du témoin, on dirait qu’ils sont arrivés
vers 1 heure de l’après-midi et sont rentrés vers 5 heures.
_D._ Est-ce qu’ils ont écrit à Bossunguma?
_R._ Non.
_D._ Le comparant fait une déclaration conforme à celle des autres
témoins en ce qui concerne la mutilation d’Epondo et les raisons pour
lesquelles les indigènes ont accusé Kelengo.
Dont procès-verbal lu et signé, hors le témoin illettré.
(Signé) BOSCO.