...David de Dinant, l'une des premières victimes de l'unité romaine, en

appelait beaucoup à Aristote. C'est à l'influence d'Aristote que ses

juges attribuèrent l'origine d'un panthéisme qu'il aurait pu tirer plus

directement d'ailleurs. Traduites en latin dès le commencement du

XIIe siècle, par les soins d'un archevêque de Tolède, les œuvres

d'Aristote et celles de ses commentateurs sarrasins n'en furent pas

moins accueillies avec avidité dans la Faculté des Arts de Paris.

Aristote interprété par Averroès y devint pour un grand nombre de

docteurs l'autorité suprême, irréfragable, le _Philosophe_, identique à

la raison même. Les premiers péripatéticiens français constatèrent

hardiment le désaccord entre le dogme et la pensée du philosophe, ne

craignant pas d'ajouter que la doctrine de l'Église fourmille d'erreurs.

Cette attitude eut pour effet naturel l'interdiction de lire la physique

et la métaphysique du savant Macédonien. Non moins naturellement

l'interdiction ne fut pas respectée; les meilleurs mêmes cédaient à la

curiosité, et, parmi les conseillers les plus autorisés du Saint-Siège,

Aristote trouva bientôt des défenseurs. Aussi la prohibition primitive

reçut-elle, en 1231 déjà, une forme moins absolue; Grégoire IX maintint

alors et renouvela la défense d'étudier les textes suspects «jusqu'à ce

qu'ils eussent été corrigés et expurgés». Cette opération singulièrement

délicate ne s'exécuta jamais d'une manière officielle. Mais sous

l'empire de ces ordonnances, qui rigoureusement ne s'appliquaient qu'au

diocèse de Paris, des dominicains fort attachés au Saint-Siège et

possédant son entière confiance, à Cologne Albert de Bollstaedt, à Rome

son disciple Thomas d'Aquin, continuèrent à commenter assidûment les

textes interdits, qu'ils s'efforçaient d'interpréter dans un sens

orthodoxe partout où la chose était praticable, sans hésiter à les

combattre et à les condamner sur les points où le désaccord ne pouvait

pas être déguisé. Leurs ouvrages, particulièrement ceux de saint Thomas,

qui ont acquis dans l'Église une autorité souveraine, officiellement

consacrée aujourd'hui, peuvent donc être considérés comme l'équivalent

de la correction promise....

Saint Thomas, contesté, combattu, réfuté peut-être jadis par des génies

égaux, sinon supérieurs au sien, n'en reste pas moins aujourd'hui le

représentant de toute l'École. Rappelons en peu de mots les points

principaux de sa philosophie.

Et d'abord, dans la manière dont il conçoit le but de la vie, Thomas est

franchement grec, disciple d'Aristote et de Platon. Saint Paul écrit:

«Quand je connaîtrais tous les mystères de la science de toutes choses,

si je n'ai pas la charité, je ne suis rien». Saint Jean nous enseigne

que Dieu est amour, et Jésus dit à ses disciples: «Soyez mes

imitateurs». La tendance du christianisme est toute pratique; son idéal

est la perfection de sa volonté; il n'y a pour lui rien au delà. Pour

saint Thomas, il y a quelque chose au delà. Ne se résumant pas sur Dieu,

il ne dit pas que Dieu s'absorbe dans la science de lui-même; il ne le

croit probablement pas, mais la logique l'obligerait à l'avouer, car sa

notion du souverain bien est purement intellectuelle: c'est la

connaissance de Dieu, l'intuition parfaite de Dieu, que la théologie

désigne sous le nom de vision béatifique: «_Naturaliter inest omnibus

hominibus desiderium cognoscere causas; prima autem causa Deus est. Est

igitur ultimus finis hominis cognoscere Deum._»

...Tout en dissertant à loisir sur les attributs divins, Thomas sait

bien que nous ne pouvons pas connaître Dieu d'une manière adéquate, et

cependant il nous faut ordonner l'ensemble de nos pensées et de nos

croyances sur cette idée que nous n'avons pas. De propos délibéré,

Thomas lui cherche un succédané dans un anthropomorphisme qui a rendu sa

philosophie accessible au vulgaire, et par là doit avoir contribué, pour

une grande part, à sa merveilleuse fortune. Nous ne connaissons Dieu que

dans ses œuvres; dès lors, c'est de la plus parfaite de ses œuvres

qu'il faut nous aider pour nous faire une idée de ses perfections; il

nous faut donc concevoir Dieu d'après l'analogie de l'esprit humain.

Cette conclusion place la théologie de saint Thomas dans la dépendance

de sa psychologie, laquelle, au jugement des panégyristes les plus

jaloux d'établir l'indépendance philosophique de ce docteur, est

foncièrement péripatéticienne. Quels que soient les soins apportés à

corriger les conclusions d'Aristote inconciliables avec la doctrine de

l'Église, la racine de ce système théologique plonge ainsi dans

l'hellénisme païen....

Le Docteur Angélique était sans doute un chrétien; il était pieux, de

cette piété du moyen âge faite d'ascétisme et de contemplation, qui est

bien malgré tout une forme du christianisme, puisque c'est une forme de

l'amour. Rien ne ressemble moins à la vie de Jésus-Christ, telle que les

plus anciens documents nous la représentent, que celle de son disciple

dans l'_Imitation_. Ce livre nourrira néanmoins l'activité pratique des

chrétiens les plus généreux, parce qu'il est tout pénétré d'un amour

sincère, auquel, malheureusement, il ne sait assigner qu'un stérile

emploi. Thomas touche à l'_Imitation_ par quelques côtés de sa

théologie, mais l'esprit général en est différent: l'amour n'est pas le

but à ses yeux; l'amour n'exprime pas la nature divine. Tout pour lui

revient à l'intelligence. La pensée de la pensée a fasciné son âme. Le

dernier mot de sa théologie est dicté par le paganisme....

L'Ange de l'École a triomphé par la puissance du péripatétisme, cette

religion des clercs dévots et des clercs incrédules au XIIIe siècle.

Il a été servi par la spécieuse clarté de son anthropomorphisme, par

l'art de son exposition, et par la superficialité de ses analyses. Il a

été servi par ses contradictions mêmes qui permettent aux opinions

divergentes d'alléguer en leur faveur quelques passages de ses écrits.

Sa manière cauteleuse devait mieux plaire à la cour de Rome qu'une

philosophie trop libre, trop forte et trop personnelle. D'ailleurs il

avait prêté l'appui de sa plume aux aspirations du Saint-Siège vers la

suprématie absolue, en s'appuyant de bonne foi sur des textes dont Rome

elle-même ne défend plus l'authenticité. Mais le but est atteint,

l'autorité du saint reste acquise, et Rome a montré sa reconnaissance.

La doctrine thomiste favorisait par ses conclusions pratiques la

tendance du pouvoir spirituel, qui s'appuyait dès cette époque sur les

ordres religieux, comme elle l'a fait constamment depuis. Le _Livre des

Sentences_ avait acquis l'autorité presque officielle d'un texte

classique parce qu'il grandissait le prêtre. La morale de saint Thomas,

héritier de cette autorité, glorifie le moine: les vertus théologales

telles qu'il les conçoit, la vie contemplative, image de la béatitude

éternelle et qui seule peut vraiment nous en rapprocher, ne sauraient se

pratiquer que dans le cloître. Cette observation de Ritter est

importante. Peut-être faudrait-il la généraliser [et dire]:

«L'intellectualisme est conforme à l'esprit permanent d'une hiérarchie

qui cherche à justifier sa domination en présentant l'unité et la pureté

de la doctrine, qu'elle prétend garantir, comme l'intérêt religieux par

excellence, auquel tout doit être sacrifié....»

La suprême autorité de l'Église ayant recommandé l'étude et la

profession du thomisme comme un remède aux maux dont ce grand corps est

affligé, il convenait d'apprécier avant tout cette doctrine dans ses

rapports avec l'esprit du christianisme. Quant à ceux qu'elle pourrait

soutenir avec la science moderne, il sera permis d'être bref. Il n'y a

pas d'entente possible entre la science et une école qui invoque la

chose jugée et pense trancher une question quelconque par un appel à

l'autorité.

CH. SECRÉTAN, _La restauration du thomisme_, dans la

_Revue philosophique_, XVIII (1884). _Passim._

VIII.--LES ANCIENNES RECETTES D'ORFÈVRES ET LES ORIGINES DE L'ALCHIMIE.

Le traité relatif aux métaux précieux qui se trouve dans le Recueil

intitulé _Mappæ clavicula_ (on en conserve à Schlestadt un manuscrit du

Xe siècle) offre un grand intérêt, parce qu'il présente de frappantes

analogies avec le papyrus égyptien de Leyde, trouvé à Thèbes, ainsi

qu'avec divers opuscules antiques, tels que la Chimie dite de Moïse.

Plusieurs des recettes de la _Mappæ clavicula_ sont non seulement

imitées, mais traduites littéralement de celles du papyrus et de celles

de la collection des alchimistes grecs: identité qui prouve sans

réplique la conservation continue des pratiques alchimiques, y compris

celle de la transmutation, depuis l'Égypte jusque chez les artisans de

l'Occident latin. Les théories proprement dites n'ont reparu en Occident

que vers la fin du XIIe siècle, après avoir passé par les Syriens et

par les Arabes. Mais la connaissance des procédés eux-mêmes n'avait

jamais été perdue. Ce fait capital résulte surtout de l'étude des

alliages destinés à imiter et à falsifier l'or, recettes d'ordre

alchimique, car on y trouve aussi la prétention de le fabriquer. Les

titres sont à cet égard caractéristiques: «pour augmenter l'or; pour

faire de l'or; pour fabriquer l'or; pour colorer (le cuivre) en or;

faire de l'or à l'épreuve; rendre l'or plus pesant; doublement de l'or».

Ces recettes sont remplies de mots grecs qui en trahissent l'origine.

Dans la plupart, il s'agit simplement de fabriquer de l'or à bas titre,

par exemple en préparant un alliage d'or et d'argent, teinté au moyen de

cuivre. Mais l'orfèvre cherchait à le faire passer pour de l'or pur.

Cette fraude est d'ailleurs fréquente, même de notre temps, dans les

pays où la surveillance est imparfaite. Notre or dit au 4e titre

prête surtout à des fraudes dangereuses, non seulement à cause de la

dose considérable de cuivre qu'il renferme, mais parce que chaque gramme

de ce cuivre occupe un volume plus que double de celui de l'or qu'il

remplace. Les bijoux d'or à ce titre fournissent donc double profit au

fraudeur, parce que l'objet est plus pauvre en or et parce que pour un

même poids il occupe un volume bien plus considérable: ce sont là les

profits de l'orfèvre.

Ces fabrications d'alliages compliqués, qu'on faisait passer pour de

l'or pur, étaient rendues plus faciles par l'intermédiaire du mercure et

des sulfures d'arsenic, lesquels se trouvent continuellement indiqués

dans les recettes des alchimistes grecs, aussi bien que dans la «Clé de

la peinture».

Il a existé ainsi toute une chimie spéciale, abandonnée aujourd'hui,

mais qui jouait un grand rôle dans les pratiques et dans les prétentions

des alchimistes. De notre temps même, un inventeur a pris un brevet pour

un alliage de cuivre et d'antimoine, renfermant six centièmes du dernier

métal, et qui offre la plupart des propriétés apparentes de l'or et se

travaille à peu près de la même manière. L'or alchimique appartenait à

une famille d'alliages analogues. Ceux qui le fabriquaient s'imaginaient

d'ailleurs que certains agents jouaient le rôle de ferments, pour

multiplier l'or et l'argent. Avant de tromper les autres, ils se

faisaient illusion à eux-mêmes. Or, ces idées, cette illusion, se

rencontrent également chez les Grecs et dans la «Clé de la peinture».

Parfois l'artisan se bornait à l'emploi d'une cémentation, ou action

superficielle, qui teignait en or la surface de l'argent, ou en argent

la surface du cuivre, sans modifier ces métaux dans leur épaisseur.

C'est ce que les orfèvres appellent encore de notre temps «donner la

couleur». Ils se bornaient même à appliquer à la surface du métal un

vernis couleur d'or, préparé avec la bile des animaux, ou bien avec

certaines résines, comme on le fait aussi de nos jours.

De ces colorations, le praticien, guidé par une analogie mystique, a

passé à l'idée de la transmutation; chez le pseudo-Démocrite, aussi bien

que dans la «Clé de la peinture»....

La coïncidence des textes prouve donc qu'il existait des cahiers de

recettes secrètes d'orfèvrerie, transmis de main en main par les gens du

métier, depuis l'Égypte jusqu'à l'Occident latin, lesquels ont subsisté

pendant le moyen âge, et dont la «Clé de la peinture» nous a transmis un

exemplaire....

L'ensemble de ces faits mérite d'attirer notre attention, au point de

vue de la suite et de la renaissance des traditions scientifiques. En

effet, c'est par la pratique que les sciences débutent; il s'agit

d'abord de satisfaire aux nécessités de la vie et aux besoins

artistiques, qui s'éveillent de si bonne heure dans les races

civilisables. Mais cette pratique même suscite aussitôt des idées plus

générales, lesquelles ont apparu d'abord dans l'humanité sous la forme

mystique. Chez les Égyptiens et les Babyloniens, les mêmes personnages

étaient à la fois prêtres et savants. Aussi les premières industries

chimiques ont-elles été exercées d'abord autour des temples; _le Livre

du Sanctuaire_, _le Livre d'Hermès_, _le Livre de Chymès_, toutes

dénominations synonymes, chez les alchimistes gréco-égyptiens,

représentent les premiers manuels de ces industries. Ce sont les Grecs,

comme dans toutes les autres branches scientifiques, qui ont donné à ces

traités une rédaction dégagée des vieilles formes hiératiques, et qui

ont essayé d'en tirer une théorie rationnelle, capable à son tour, par

une action réciproque, de devancer la pratique et de lui servir de

guide. Le nom de Démocrite, à tort ou à raison, est resté attaché à ces

premiers essais; ceux de Platon et d'Aristote ont aussi présidé aux

tentatives de conceptions rationnelles. Mais la science chimique des

Gréco-Égyptiens ne s'est jamais débarrassée, ni des erreurs relatives à

la transmutation,--erreurs entretenues par la théorie de la matière

première,--ni des formules religieuses et magiques, liées autrefois en

Orient à toute opération industrielle.

Cependant, la culture scientifique proprement dite ayant péri en

Occident avec la civilisation romaine, les besoins de la vie ont

maintenu la pratique impérissable des ateliers avec les progrès acquis

au temps des Grecs: et les arts chimiques ont subsisté; tandis que les

théories, trop subtiles ou trop fortes pour les esprits d'alors,

tendaient à disparaître, ou plutôt à faire retour aux anciennes

superstitions. Dans la «Clé de la peinture», comme dans les papyrus

égyptiens et dans les textes de Zozime, il est fait mention des prières

que l'on doit réciter au moment des opérations, et c'est par là que

l'alchimie est restée intimement liée avec la magie, au moyen âge, aussi

bien que dans l'antiquité.

Mais quand la civilisation a commencé à reparaître pendant le moyen âge

latin, vers le XIIIe siècle, au sein d'une organisation nouvelle, nos

races se sont reprises de nouveau au goût des idées générales, et

celles-ci, dans l'ordre de la chimie, ont été ramenées par les

pratiques, ou plutôt elles ont trouvé leur appui dans les problèmes

permanents soulevés par celles-ci. C'est ainsi que les théories

alchimiques se sont réveillées soudain, avec une vigueur et un

développement nouveaux, et leur évolution progressive, en même temps

qu'elle perfectionnait sans cesse l'industrie, a éliminé peu à peu les

chimères et les superstitions d'autrefois. Voilà comment a été

constituée en dernier lieu notre chimie moderne, science rationnelle

établie sur les fondements purement expérimentaux. Ainsi, la science est

née à ses débuts des pratiques industrielles; elle a concouru à leur

développement pendant le règne de la civilisation antique: quand la

science a sombré avec la civilisation, la pratique a subsisté et elle

fournit à la science un terrain solide, sur lequel celle-ci a pu se

développer de nouveau, quand les temps et les esprits sont redevenus

favorables. La connexion historique de la science et de la pratique,

dans l'histoire des civilisations, est ainsi manifeste: il y a là une

loi générale du développement de l'esprit humain.

M. BERTHELOT, dans la _Revue des Deux Mondes_,

1er septembre 1892.

CHAPITRE XIV

CIVILISATION CHRÉTIENNE ET FÉODALE

(_Suite._)

PROGRAMME.--_La littérature: trouvères, troubadours. Villehardouin,

Joinville._

_Les arts. Un château, une église romane, une église gothique.

[Mœurs. Civilisation.]_

BIBLIOGRAPHIE.

L'_Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident_,

par A. Ebert (trad. de l'all., Paris, 1883-1889, 3 vol. in-8º),

s'arrête au commencement du XIe siècle. Il faut recourir, pour

la suite, à des ouvrages spéciaux.--Pour l'=histoire de la

littérature en latin=, voir un bref inventaire, le seul qui existe,

par A. Gröber, dans le t. II du _Grundriss der romanischen

Philologie_, Strassburg, 1893-1894, in-8º. Cf. ci-dessus, p. 155,

l. 23.--Le _Grundriss der germanischen Philologie_, publ. sous la

direction de H. Paul (Strassburg, 1891-1893, 2 vol. in-8º) contient

un bref exposé de l'=histoire des littératures germaniques=

(gothique, nordique, allemande, anglaise, etc.).--Le _Grundriss der

romanischen Philologie_, publ. sous la direction de A. Gröber, en

cours de publication, contiendra un exposé analogue de l'=histoire

des littératures romanes= (française, provençale, catalane,

espagnole, portugaise, etc.).--La meilleure =histoire de la

littérature française= au moyen âge est présentement[85] celle de M.

G. Paris: _La littérature française au moyen âge_, Paris, 1890,

in-16, 2e éd., qui donne une bibliographie complète[86].--Pour

l'histoire de la littérature =anglaise=: J.-J. Jusserand, _Histoire

littéraire du peuple anglais, des origines à la Renaissance_,

Paris, 1895, in-8º.--Pour l'histoire de la littérature =allemande=:

W. Scherer, _Geschichte der deutschen Litteratur_, Berlin, 1891,

in-8º, 6e éd.; A. Bossert, _La littérature allemande au moyen

âge_, Paris, 1894, in-16, 3e éd.--Pour l'histoire de la

littérature =italienne=: A. Gaspary, _Geschichte der italianischen

Litteratur_, Berlin, 1885-1888, 2 vol. in-8º; A. d'Ancona et O.

Bacci, _Manuale della letteratura Italiana_, I, 1, Firenze, 1892,

in-12.--Pour l'histoire de la littérature =en grec=, voir plus haut,

ch. III[87].

L'=histoire de l'écriture= se rattache, si l'on veut, à celle de la

littérature. Voir: M. Prou, _Manuel élémentaire de paléographie

latine et française_, Paris, 1892, 2e éd.;--W. Wattenbach, _Das

Schriftwesen im Mittelalter_, Leipzig, 1875, in-8º;--C. Paoli,

_Programma scolastico di paleografia latina_, Firenze, 1888-1894, 2

vol. in-8º.

* * * * *

Dans les _Grundriss_ de A. Gröber et de H. Paul, il est traité

sommairement de l'=histoire de l'art= au moyen âge. Mais on lira

volontiers des livres plus développés.

Il existe de grands ouvrages originaux, somptueusement illustrés,

sur l'histoire de l'art au moyen âge, dont on ne saurait

recommander la lecture aux commençants, mais qu'il faut connaître,

pour les consulter au besoin. Citons, entre autres: E.

Viollet-le-Duc, _Dictionnaire raisonné de l'architecture française

du XIe au XVIe siècle_, Paris, 1854-1870, 10 vol. in-8º;--le

même, _Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque

carlovingienne à la Renaissance_, Paris, 1865-1875, 6 vol. in-8º

(meubles, ustensiles, orfèvrerie, instruments de musique, jeux,

outils, vêtements, armes de guerre, etc.):--J. Labarte, _Histoire

des arts industriels au moyen âge_, Paris, 1881, 3 vol. in-4º 2e

éd.;--E. Gélis-Didot et H. Laffillée, _La peinture décorative en

France du XIe au XIVe siècle_, Paris, s. d., in-fol.;--F. de

Lasteyrie, _Histoire de la peinture sur verre d'après les monuments

en France_, Paris, 1860, 2 vol. in-fol.;--H. Révoil,

_L'architecture romane dans le midi de la France_, Paris, 1873, 3

vol. in-fol.;--V. Ruprich-Robert, _L'architecture normande aux

XIe et XIIe siècles, en Normandie et en Angleterre_, Paris,

s. d., 2 vol. in-fol.;--A. de Baudot, _La sculpture française au

moyen âge..._, Paris, 1878-1884, in-fol.;--G. Dehio et G. v.

Bezold, _Die kirchliche Baukunst des Abendlandes_, Stuttgart, I,

1889-1892, in-8º;--_Catalogue de la collection Spitzer_, Paris,

1890-1894, 6 vol. in-fol.--De moindre dimension, mais encore très

importantes, sont les monographies de T. Hudson Turner (_Some

account of domestic architecture in England from the Conquest to

the end of the XIIth century_, London, 1877, in-8º);--de R.

Cattanec (_L'architettura in Italia dal secolo vi al mille circa_,

Venezia, 1888, in-8º; tr. fr., Venise, 1890, in-8º);--de C. Enlart

(_Origines françaises de l'architecture gothique en Italie_, Paris,

1894, in-8º);--de W. Vöge, _Die Anfänge des monumentalen Stiles im

Mittelalter_, Strassburg, 1894, in-8º;--etc.--Principales

monographies sur l'=architecture militaire=: P. Salvisberg, _Die

deutsche Kriegs-Architektur von der Urzeit bis auf die

Renaissance_, Stuttgart, 1887, in-8º;--G. T. Clark, _Mediæval

military architecture in England_, London, 1884, 2 vol. in-8º. Cf.

ci-dessus, p. 276.

Sur la survivance des traditions de l'art antique pendant le moyen

âge: E. Müntz, _La tradition antique au moyen âge_ (d'après le

livre de A. Springer), dans le _Journal des Savants_, 1887 et 1888.

Nous recommandons surtout la lecture des bons livres de haute

vulgarisation, qui n'offrent pas, en général, comme quelques-uns

des ouvrages originaux qui précèdent, le danger d'être

systématiques. Il y en a d'excellents. Sans parler des Manuels

généraux d'histoire de l'art (Ch. Bayet, _Manuel d'histoire de

l'art_, Paris, 1886, in-8º;--W. Lübke, _Grundriss der

Kunstgeschichte_, Stuttgart, 1892, in-8º, 11e éd.; tr. fr.

d'après la 9e éd., Paris, 1886-1887, in-8º;--R. Rosières,

_L'évolution de l'architecture en France_, Paris, 1894, in-12), où

l'histoire de l'art du moyen âge a sa place, consulter: H. Otto,

_Handbuch der kirchlichen Kunst-Archæologie des deutschen

Mittelalters_, Leipzig, 1883-1884, 5e éd.;--Ch. H. Moore,

_Development and character of gothic architecture_, London, 1890,

in-8º;--L. Gonse, _L'art gothique_, Paris, 1891, in-4º;--J.

Quicherat, _Histoire du costume en France_, Paris, 1876, in-4º;--E.

Molinier, _L'émaillerie_ (Bibliothèque des Merveilles).--Dans la

«Collection pour l'enseignement des Beaux-Arts» figurent deux

volumes de M. Corroyer (_L'architecture romane_, _L'architecture

gothique_), dont les conclusions sont très contestables.--Le livre

de A. Lecoy de la Marche, _Le treizième siècle artistique_ (Lille,

1891, in-8º), est superficiel.--L'_Abécédaire d'archéologie_ de M.

de Caumont (Caen, 1869-1870, 3 vol. in-8º) a été longtemps

classique, et, comme Manuel élémentaire d'archéologie médiévale, il

n'a pas encore été remplacé.--Il existe un grand nombre de bons

traités généraux d'=iconographie=. Le plus récent est celui de H.

Detzel, _Christliche Ikonographie, ein Handbuch zum Verstandniss

der christlichen Kunst_, I, Freiburg i. Br., 1894, in-8º.--Un

recueil de reproductions de monuments figurés, commode pour

l'enseignement élémentaire, peu coûteux, est celui de Seeman,

_Kunsthistorische Bilderbogen. Die Kunst des Mittelalters_,

Leipzig, 1886.

* * * * *

Les _Grundriss_ de A. Gröber et de H. Paul contiennent des

chapitres consacrés à l'=histoire des mœurs et de la

«civilisation»= (_Kulturgeschichte_) chez les peuples romans et

germaniques au moyen âge.--Les études relatives à l'histoire de la

«civilisation» se sont notablement développées depuis quelques

années, surtout en Allemagne et en Italie.

Il existe des histoires générales de la civilisation (la meilleure

est celle de M. Ch. Seignobos) et des histoires générales de la

civilisation en France (A. Rambaud, _Histoire de la civilisation

française_, Paris, 1893, 5e éd.), en Allemagne (O. Benne am

Rhyn, _Kulturgeschichte des deutschen Volkes_, Berlin, 1895, in-8º,

2e éd.), en Angleterre (H. D. Traill, _Social England_,

précité), où le moyen âge a une place. Mais il existe aussi des

=histoires générales de la civilisation au moyen âge=. Prématurées,

elles sont provisoires; il faut s'en servir avec précaution: G. B.

Adams, _Civilisation during the middle ages_, New-York, 1894,

in-8º;--G. Grupp, _Kulturgeschichte des Mittelalters_, Stuttgart,

1894-1895, 2 vol. in-8º.--Pour l'histoire de la civilisation =en

France= au moyen âge, sans parler de la célèbre _Histoire de la

civilisation en France_ de Guizot, écrite à un autre point de vue:

P. Lacroix, _Les arts, les mœurs, les usages, la vie militaire

et religieuse, les sciences et les lettres au moyen âge_, Paris,

1868-1876, 4 vol. in-4º; ce médiocre ouvrage a eu beaucoup de

succès; il a été récemment adapté en allemand par R. Kleinpaul,

sous ce titre: _Das Mittelalter_;--R. Rosières, _Histoire de la

société française au moyen âge_, Paris, 1884, 2 vol. in-8º, 3e

éd. (Original, peu sûr);--=en Allemagne=: Fr. v. Löher,

_Kulturgeschichte der Deutschen im Mittelalter_; München,

1891-1892, 2 vol. in-8º;--=en Suède=: H. Hildebrand, _Sveriges

Medeltid. Kulturhistorisk Skildring_, Stockholm, 1894,

in-8º.--L'ouvrage de M. A. Dredsner sur l'=Italie= est plus spécial:

_Kultur-und Sittengeschichte der italianischen Geistlichkeit im 10

u. 11 Jahrhundert_, Breslau, 1890, in-8º.

Histoire du moyen âge 395-1270 · 第 38 / 45 段