«20 juillet 1799.
«Je reçois à l'instant, mon général, la lettre que le général Andréossi
m'écrit de votre part.
«L'ennemi n'a point encore fait de mouvement; il a été occupé, jusqu'à
hier, à débarquer des vivres et de l'artillerie. Son camp est établi sur
l'amphithéâtre qui domine la presqu'île. Il est appuyé, la droite à la
mer et la gauche au lac.--Son front est couvert de beaucoup de pièces de
canon.
«Les bruits du camp sont qu'il doit bientôt venir ici: il me semble que
c'est la chance la plus heureuse que nous courons.--Nous sommes en
mesure, ici, de l'arrêter longtemps, et il est difficile de vous faire
une juste idée du désir que nous avons de le voir arriver. Nos forts
sont armés et approvisionnés; on travaille toujours avec vigueur, et
nous ne quitterons la pioche que pour prendre le fusil; j'ai quinze
cents hommes d'infanterie, cent vingt hommes à cheval qui sont
aujourd'hui à pousser des découvertes, et qui, pendant un siége, nous
rendraient des services incalculables pour la défense intérieure de
l'enceinte.
«Nos approvisionnements en blés sont peu considérables; mais nous avons
beaucoup de biscuit et une énorme quantité de riz. Nos
approvisionnements en fèves, en orge, foin, paille, sont extrêmement
faibles, et peuvent suffire à peine pendant trois semaines ou un mois à
nourrir les chevaux de dragons et d'artillerie.
«La ville est tranquille, et le soldat content.
«Voilà, mon général, quelle est notre position: vous voyez qu'elle est
rassurante. Il paraît certain que l'ennemi n'a point opéré de
débarquement convenable de l'autre côté du lac, car il ne peut pas
prendre d'autre route que celle-ci.»