MARMONT À BONAPARTE.

«Alexandrie, 7 mai 1799.

«Je n'ose encore crier victoire, mon général, car nous avons encore

quinze jours critiques à passer; mais tout va pour le mieux, et la peste

est toujours à son minimum; les accidents nouveaux sont rares et les

morts peu fréquentes. La maladie se traite fort régulièrement, et le

citoyen Valdony nous rend journellement de grands services. Nous n'avons

point encore eu d'accidents parmi les Turcs; deux maisons cophtes

seulement ont été atteintes, mais elles sont en quarantaine. Si, après

les premiers jours du vent chaud qui va souffler, la peste ne se

développe pas davantage, nous sommes sauvés. Je serai payé amplement de

mes inquiétudes et de mes peines si je suis assez heureux pour obtenir

ce résultat.

«Nous n'avons pas eu de nouvelles de l'armée depuis l'affaire

d'El-Arich. Quoique nous ne mettions pas en doute vos succès, nous

sommes impatients de les apprendre; et, ce qui nous donne quelques

inquiétudes, c'est la pénurie qui a dû se trouver à l'armée par la

contrariété qu'a éprouvée la flottille de Damiette.

«Les deux divisions anglaises sont de retour, et nous avons toujours nos

dix bâtiments devant le port et quelques bombes de temps en temps.

«Je presse la rentrée des contributions des provinces de Rosette et de

Bahiré. J'ai deux colonnes mobiles en mouvement, et j'espère qu'elle

sera effectuée dans quinze jours.

«Les travaux du génie sont dans la plus grande activité, et, afin qu'ils

ne soient pas suspendus, j'ai emprunté à deux ou trois particuliers une

somme de dix-huit mille francs en mon nom, que je ferai rembourser sur

les premiers fonds des contributions.

«Je suis dans l'impossibilité de mettre en activité les travaux du

canal, au moins pour le moment; les troupes sont en course, et l'argent

qui doit rentrer a d'avance une destination qu'on ne peut pas changer;

vous ne m'avez pas donné d'ordre à ce sujet; le général Caffarelli seul

m'a fait part de vos intentions. Si vous y attachez quelque importance,

il serait nécessaire que vous augmentassiez les moyens d'exécution.

«Je viens d'être obligé de faire de nouveaux actes de sévérité contre

les administrations d'Alexandrie. Après avoir bien servi pendant

quelque temps, elles s'étaient relâchées à l'excès. J'ai fait mettre au

phare le garde-magasin des vivres de terre, et je fais chercher parmi

les administrations de la marine les coupables qui, quoique nombreux,

ont beaucoup de facilité à se cacher dans ce labyrinthe obscur.

«Vous avez sans doute appris le mariage du général Menou et son

changement de nom.

«Tout va fort bien, et nous nous apprêtons à célébrer dignement la fête

du Bahiram.

«Le citoyen Dolomieu et le général Mauscourt partent ce soir.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (2/9) · 第 26 / 99 题