«Alexandrie, 14 mai 1799.
«J'ai eu l'honneur de vous instruire, mon général, de l'insurrection de
la province de Bahiré, du combat que le citoyen Lefèvre leur avait
livré, du fanatisme des insurgés, et des difficultés qui restaient à
surmonter pour les faire rentrer dans l'ordre.
«Les choses ont tourné différemment que nous ne l'avions craint; les
révoltés, au milieu du combat, n'ont point été accessibles à la crainte;
mais, lorsque le lendemain ils ont compté leurs morts et leurs blessés,
lorsqu'ils ont vu de belles maisons brûlées, lorsque enfin ils ont
ouvert les yeux, beaucoup se sont dégoûtés de la guerre et sont
retournés chez eux.
«J'avais écrit aux généraux Lanusse et Fugières pour les prier de se
réunir et de se rapprocher de Ramanieh; le premier y vint aussitôt
lui-même avec trois cents hommes, le second en envoya cent, qui, joints
à ce que j'avais envoyé de Rosette et à ce qui assistait à Ramanieh,
formait au moins neuf cents hommes. Le 20, le général Lanusse marcha
avec ces troupes et huit pièces de canon. Il ne trouva que quelques
Arabes des habitants de Damanhour qui s'étaient armés, et mit le feu à
plusieurs maisons. Il eût été plus utile et plus convenable de fusiller
dix ou douze des principaux, et faire acheter aux autres leur grâce par
une forte contribution; mais la chose est faite, et il n'en faut plus
parler.
«Enfin aujourd'hui la tranquillité est rétablie, et je ne perds pas un
instant pour vous rassurer sur un événement qui pouvait avoir des suites
graves.
«Depuis presque un mois, nous n'avons pas aperçu une seule voile en mer.
«La peste avait presque cessé il y a quelque temps. Elle vient de se
remontrer. Ses ravages sont cependant fort peu de chose, et nous
approchons du moment où nous n'aurons plus à redouter ses poursuites.»