VII

1º _Note adressée par S. Ex. Chékib-Efendi, envoyé extraordinaire de

la Sublime Porte à Londres, à l'ambassadeur de France_.

Londres, le 31 mai 1840.

Le soussigné, ambassadeur de la Sublime Porte près S. M. Britannique,

avait espéré, à la suite de la note présentée le 7 avril de cette

année, par son prédécesseur Nouri-Efendi, aux représentants des cours

de France, d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse et de Russie, et en

conséquence de leurs réponses à ladite note, trouver, en arrivant à

Londres, l'affaire turco-égyptienne terminée ou à la veille de l'être.

C'est donc avec le plus vif regret qu'il a appris que les soins que

les représentants avaient promis de donner à un objet si important

pour le repos de l'Orient étaient jusqu'à présent restés infructueux.

Le soussigné, depuis son départ de Constantinople, a reçu de nouveaux

ordres qui lui enjoignent de presser la solution de cette affaire.

Si par conséquent les délais apportés dans l'exécution des intentions

bienveillantes de Leurs Excellences provenaient de difficultés qu'il

serait dans les facultés du soussigné d'aplanir, il a l'honneur de

les prévenir que de son côté il apportera toutes les facilités qui

dépendront de lui pour aider à lever ces obstacles, et qu'à cet effet

il est muni, comme l'ambassadeur Nouri-Efendi son prédécesseur, des

pouvoirs les plus amples pour concerter avec Leurs Excellences les

moyens de parvenir à conclure un arrangement, lequel serait basé sur

des principes équitables et renfermerait les garanties d'une paix

durable pour l'Empire ottoman. Cependant le soussigné est persuadé

que l'accord qui, dès le principe, a existé entre les cinq grandes

puissances relativement aux intérêts du Sultan, et la continuation de

leur union à cet égard, suffiront pour écarter toutes les difficultés,

si effectivement il en existe.

En attendant, le soussigné croit de son devoir de faire observer à

Leurs Excellences que l'Empire ottoman se trouve dans une position

fort critique; que l'incertitude à l'égard des résultats des

délibérations de Londres, propage en Turquie une inquiétude qui prend

un caractère tellement grave et alarmant que rien ne saurait justifier

un plus long délai de l'ajustement d'une question soumise depuis dix

mois au jugement et à la sagesse des cinq grandes puissances; enfin,

que la nécessité de la solution de cette question devient de jour en

jour plus urgente.

En conséquence, le soussigné prie instamment M. l'ambassadeur de

France de vouloir bien, de concert avec les représentants des cours

d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse et de Russie, redoubler ses

généreux efforts pour mettre fin à un mal toujours croissant et qui

menace la paix de l'Orient.

Le soussigné réitère avec une vive insistance la demande faite par

son prédécesseur de donner suite le plus tôt possible à l'intérêt

manifesté d'une manière si amicale et si bienveillante au Sultan par

la note collective des représentants des cinq grandes puissances

en date de Constantinople du 27 juillet 1839, intérêt que les

représentants à Londres desdites puissances, par leur note responsive

à celle du 7 avril de S. Ex. Nouri-Efendi, avaient annoncé vouloir

prendre immédiatement en considération.

Le soussigné, ambassadeur de la Sublime Porte près S. M. Britannique,

prie M. l'ambassadeur plénipotentiaire de France de vouer, de concert

avec les représentants des autres grandes cours, une attention

sérieuse à l'objet de la présente note, et profite de cette occasion

pour lui assurer ses respects et sa considération la plus distinguée.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 5) · 第 29 / 67 题