un centre de transactions important, qui attire le commerce non
seulement des habitants de Figuig, mais de toutes les populations
environnantes. En 1904, le chiffre des transactions s’y est élevé
à 696.000 francs[359]. Les commerçants européens qui ont ouvert
la voie ont été bientôt suivis par les indigènes. A côté du
mouvement croissant des caravanes, le commerce de détail a suivi une
marche ascendante très rapide. Les nomades ont appris le chemin de
Beni-Ounif et y ont amené plus de 20.000 moutons. Cette œuvre de
pénétration commerciale du Sud-Marocain fait le plus grand honneur
à notre armée et au Gouverneur général de l’Algérie[360].
Quant aux oasis du Gourara, du Touat et du Tidikelt, elles
sont et demeureront de bien pauvres contrées. La population,
que M. Sabatier estimait jadis à 400.000 habitants, ne dépasse
pas 60.000 individus, qui meurent littéralement de faim. Notre
occupation a modifié l’essence même des transactions[361] ; le
commerce en boutique s’est substitué au commerce de caravanes,
le commerce de vente et d’achat contre argent au commerce
d’échanges. La ligne Gabès-Ouargla-In-Salah tend à submerger
la ligne Ghadamès-In-Salah ; d’autre part, les relations avec
l’Oranie ont diminué. Notre installation a achevé de faire
disparaître le commerce des esclaves, et les dattes ne trouvent
plus que difficilement preneur. Aussi conseille-t-on aux ksouriens
de développer leurs cultures de céréales et de légumes. Des
puits artésiens ont été creusés au Tidikelt : les feggaguir ont
été refaites partout. Mais on n’augmentera pas indéfiniment les
ressources en eau et on n’améliorera que très lentement les terres
de culture dans un pays où les matières de fumure et d’amendement
artificiel font défaut. Quant aux gisements de nitrate sur lesquels
on fondait des espérances, bien qu’on ne soit pas entièrement
fixé sur le point de savoir s’ils s’enrichissent en profondeur,
ils ne semblent pas jusqu’ici avoir une réelle importance[362].
Grâce à notre situation nouvelle dans le Sahara et dans
le Sud-Ouest, d’intéressantes reconnaissances ont pu être
accomplies, qui nous ont procuré de précieux renseignements
géographiques. En 1901 et 1902, le commandant Pierron, le capitaine
Regnault, les lieutenants Cabon, Huot, Niéger, Rousseau ont levé
des itinéraires, déterminé des positions, reconnu des points
d’eau et des pistes dans la région située à l’ouest de la
Zousfana-Saoura dans la direction de Tabelbalet et du Tafilelt, sur la
rive droite du Guir, dans les massifs montagneux situés à l’ouest
de Figuig[363]. Nous avons parlé plus haut de la reconnaissance du
capitaine Flye-Sainte-Marie dans la direction de Tindouf.
De ces explorations et reconnaissances, ainsi que de celles qui
ont été effectuées dans les régions nouvellement occupées,
sont sorties des publications cartographiques intéressantes : la
carte des Oasis sahariennes du commandant Laquière[364], celle du
lieutenant Niéger[365] et la carte provisoire de l’Extrême-Sud de
l’Algérie (partie occidentale) à 1/800.000e, dressée par ordre
de M. Jonnart, Gouverneur général, et exécutée par le capitaine
Prudhomme, du Service géographique de l’armée[366]. Cette carte
est limitée au Nord par le parallèle de Si-el-Hadj-Eddine, à
l’Ouest par l’Oued-Guir et l’Erg-er-Raoui jusqu’à Tabelbala,
au Sud par le Mouydir septentrional, à l’Est par le méridien
3° 30′, légèrement à l’Est d’Ouargla.
M. Emile F. Gautier professeur à l’école supérieure des Lettres
d’Alger, connu par ses explorations antérieures à Madagascar, a
fait connaître[367] les grands traits de la géographie physique de
la région qui s’étend au sud de Figuig, le long des oueds Zousfana
et Saoura, et de la sebkha du Gourara. Au point de vue géologique,
le Sahara commence exactement au Djebel-Moumen, à Ksar-el-Azoudj :
c’est là qu’on quitte les sierras secondaires de l’Atlas pour
les hammadas primaires du Sahara, constituées ici par le calcaire
carboniférien horizontal. Au-delà d’Igli se montrent les terrains
dévoniens en couches très plissées, qui paraissent représenter,
selon l’expression employée pour la première fois par M. Flamand,
une ancienne chaîne hercynienne. M. Emile F. Gautier déclare[368]
que la cuvette du Touat n’existe pas, au moins en tant que bassin
fermé où viennent mourir l’Oued-Saoura et l’Oued-Botha. A
l’ouest du Touat, au lieu d’un fond de lac desséché, on
trouve un grand réseau quaternaire dont l’artère principale
était l’Oued-Messaoud (Oued-Saoura prolongé). Tous les oueds
descendant de l’Ahaggar et de l’Atlas (y compris ceux du Tafilelt)
convergeraient vers les salines de Taoudeni.
M. Edmond Doutté, qui accompagnait la commission franco-marocaine
de 1902, a publié de très intéressantes notes sur Figuig et
ses habitants[369]. Le capitaine Flye-Sainte-Marie a consacré
à la situation économique du Touat une étude approfondie et
impartiale[370].
II
Ainsi, depuis 1900, en l’espace de cinq ans, nous nous sommes
établis dans les oasis sahariennes, puis dans la Zousfana et
la Saoura, et en dernier lieu à l’ouest du Bechar. Enfin
la question touareg s’est trouvée résolue à la suite de
l’occupation d’In-Salah. On l’avait toujours prédit : « les
Touareg n’étaient forts que de notre apparente faiblesse. » Des
témoignages autorisés évaluaient à 1.000 ou 1.200 hommes le nombre
de guerriers Hoggar, à 300 celui des Azdjer. Armés de lances et de
fusils à pierre, impuissants à se concentrer sur un point donné
à cause des distances, des difficultés d’eau et de pâturage,
ils ne devaient pas tenir devant quelques centaines d’Européens,
et un très faible effort suffisait pour les réduire. La grosse
difficulté à vaincre au Sahara ne vient pas des hommes, mais
de l’espace ; les officiers des oasis sahariennes ont forgé
très rapidement l’instrument propre à en triompher : ce sont
les méharistes des compagnies sahariennes, qu’on a très bien
définis « une tribu nomade militairement encadrée »[371] ; ils
nomadisent comme les Touareg eux-mêmes, mais sont assez forts pour
pouvoir le faire partout et en tout temps.
Dès que notre installation à In-Salah fut consolidée[372],
les investigations des officiers se portèrent sur le massif de
l’Ahaggar. Au printemps de 1902, le lieutenant Cottenest[373]
envoyé à la poursuite d’un rezzou de Touareg qui avait dévalisé
quelques indigènes du Tidikelt, fit le tour de ce massif en passant
par Idelès, Tazerouk, Tarhahaout, Tamanrasset, Tit et In-Amdjel. Le
7 mai, il fut attaqué, à Tit, par 300 Touareg qu’il mit en fuite
après leur avoir infligé de grosses pertes. Le combat de Tit eut
pour effet de faire constater aux Touareg notre puissance. C’est
incontestablement à l’impression salutaire qu’il a produite
qu’est due en grande partie la tranquillité dont nous avons
joui par la suite. Du 16 mai au 15 juin 1902, le chef d’escadron
Laperrine[374], commandant militaire des Oasis sahariennes, s’étant
porté au devant du lieutenant Cottenest revenant de sa tournée,
en profita pour reconnaître le plateau du Mouydir, qu’il traversa
par Arak, Tadjemout et l’Oued el Abiod.
Le 1er octobre 1902, le lieutenant Guillo-Lohan[375] partit
d’In-Salah à la poursuite d’un groupe de Touareg qui étaient
venus voler des chameaux dans l’Oued-Botha ; il fit le tour de
l’Ahaggar par un itinéraire légèrement différent de celui du
lieutenant Cottenest[376]. Il passa par Irhafok, Idelès, Tazerouk,
Tin-Tarabin, Aïtoklan, Tarhahaout, Tamanrasset, In-Amdjel.
Au mois de janvier 1903, le commandant Laperrine alla d’In-Salah
à In-Zize par le Mouydir et revint à Akabli par l’Adrar-Ahnet.
Ces diverses reconnaissances se sont faites de la façon la plus
pacifique, sans que les Touareg, qui avaient sans doute reçu une
leçon suffisante à Tit, aient cherché à s’y opposer. Notre
attitude à la fois bienveillante et ferme, dans ces circonstances,
a certainement contribué pour beaucoup à amener la soumission des
Hoggar, qui étaient jusqu’alors le groupe réputé le plus hostile
à notre domination. Certains désormais que nous pourrons devenir
leurs maîtres par la force, il sont venus à nous non pas en vaincus
implorant le pardon, mais en adversaires qui reconnaissent la valeur
de la leçon reçue et qui acceptent simplement la réconciliation
offerte. Le 20 janvier 1904, l’amenokal Moussa-ag-Amastan est
venu se présenter au capitaine Métois, chef de l’annexe du
Tidikelt. La soumission des Hoggar avait été précédée de
celle des Kel-Ouï et des Ifoghas de l’Adrar. Seuls quelques
groupes infimes de Hoggar sont demeurés irréductibles ; ce sont
en général ceux qui, se groupant autour du chef Tissi-ag-Chikat,
ont été le plus compromis dans le massacre de la mission Flatters
et dans quelques autres événements dont nous avons conservé le
souvenir. Ils craignent que nous ne puissions pas oublier le rôle
odieux qu’ils ont joué dans ces circonstances.
C’est ce groupe hostile qui est allé rejoindre les Azdjer et qui
a organisé, avec la complicité de ces derniers, quelques coups
de mains à la suite desquels une opération de police fut jugée
nécessaire. Au mois de juin 1903, deux reconnaissances furent
dirigées simultanément d’Ouargla et d’In-Salah contre les
campements de ces Touareg rassemblés dans la région de Tarat. La
première, commandé par le capitaine Pein, passa par Temassinin et
Aïn-el-Hadjadj ; la seconde, sous les ordres du lieutenant Besset,
prit la route d’Amguid. Dans cette tournée, le lieutenant Besset
raccorda son itinéraire à celui de la mission Foureau-Lamy à
Hassi-Tikhammar[377]. Les Touareg n’attendirent pas nos contingents
et se dispersèrent avant leur arrivée.
Une autre reconnaissance importante a été accomplie à la fin de
l’année 1904 dans le pays des Azdjer par le capitaine Touchard,
chef du bureau des Affaires indigènes de Touggourt. Déjà, en 1903,
cet officier avait été chargé d’achever et de compléter la
ligne de puits commencée en 1899 dans le Gassi de l’Igharghar,
entre Fort-Lallemand et Temassinin, par le commandant Pujat,
et d’édifier un petit bordj en ce dernier point. Mais cette
entreprise n’avait pu être complètement réalisée, en raison
principalement d’une tentative des Azdjer qui avait inquiété
nos travailleurs et leur avait fait perdre un temps précieux. Le
projet fut repris en 1904 ; les travaux commencés furent, cette
fois, menés à bien et on les compléta par le forage d’un
puits artésien à proximité du nouveau bordj de Temassinin,
qui reçut le nom de Fort-Flatters. Pendant l’exécution de ces
travaux, le capitaine Touchard, avec un goum du cercle de Touggourt,
parcourait sans encombre la région comprise entre l’Oued Erineren
et l’Oued Mihero, la plaine d’Admar jusqu’à Djanet, puis
la vallée de l’Oued Mihero. Durant son séjour au Tassili, il
obtenait la soumission de trois fractions des Azdjer. Sa présence à
Djanet, petite oasis comprenant six ksour peuplés d’environ 1.200
habitants, était l’affirmation de nos droits sur cette localité.
Telles ont été jusqu’ici les étapes de la pacification. En somme,
sauf le combat de Tit du 7 mai 1902, aucune manifestation hostile
ne s’est produite depuis la prise d’In-Salah. Sans doute, il ne
faudrait pas en conclure qu’il n’y aura plus au Sahara aucune
affaire, aucun rezzou, mais les procédés du lieutenant-colonel
Laperrine et de ses collaborateurs ont montré leur efficacité pour
y remédier et la question touareg est aujourd’hui résolue.
*
* *
Notre domaine d’Afrique occidentale était constitué dans ses
grandes lignes en 1900 ; cependant une rectification à l’accord
de 1898, survenue par la convention du 8 avril 1904, recule vers
le Sud la frontière tracée autour du Sokoto, et permet ainsi la
communication entre nos postes du Niger et du Tchad, jusque-là
très difficile. De fréquents changements ont été opérés
dans l’organisation administrative de nos colonies soudanaises,
changements qui se comprennent, parce que l’étendue, la valeur, le
centre de gravité de ces colonies se sont peu à peu déplacés. Les
différents tronçons se sont soudés ; comme l’a dit M. le
Gouverneur général Roume, « l’Afrique occidentale française
est devenue une réalité, et une réalité vivante. »
La pénétration saharienne du côté du Soudan a également été
poursuivie avec une remarquable activité dans ces dernières années,
et les résultats obtenus ont été considérables. En 1900, Paul
Blanchet, accompagné de M. Dereims et du lieutenant Jouinot-Gambetta,
explorait l’Adrar de l’Ouest. Chez les tribus Maures qui
vivent entre le Sénégal et l’Oued-Noun, Coppolani, poursuivant
l’œuvre commencée par lui en 1898, avait réussi en 1902 et 1903
à amener l’annexion pacifique des régions Trarza et Brakna ;
en 1904, investi du titre de commissaire du gouvernement général
en Mauritanie, il avait pour objectif le Tagant et l’Adrar, et
l’annexion du Tagant était considérée comme faite lorsque,
le 12 mai 1905, il fut assassiné à Tidjikja. M. Roume envoyait
immédiatement le colonel Montané-Capdebosc à Tidjikja et donnait
l’assurance que l’œuvre entreprise par Coppolani avec tant de
dévouement ne serait pas interrompue par sa mort tragique[378]. Sans
doute cette œuvre serait singulièrement facilitée si elle se
combinait avec des efforts de pénétration par la côte Atlantique,
par exemple par la baie du Lévrier.
Dans la région de Tombouctou, les Kounta sont entièrement soumis
et l’amenokal des Touareg Aoulimmiden, Fihraouen, est venu le 3
février 1903 faire sa soumission à Tombouctou ; les Touareg du
Sud reçoivent désormais les instructions du poste de Gao.
La politique suivie à Zinder par le colonel Peroz, le commandant
Gouraud et le colonel Noël nous a concilié les Kel-Ouï et ramené
les Kel-Gherès, qui sont en relations avec le poste de Thaoua. Un
détachement parti de Zinder est parvenu à Agadès, d’où l’on
peut surveiller les routes commerciales jusqu’à Bilma, tandis que
les reconnaissances algériennes ont atteint, comme on l’a vu,
Djanet. Bientôt sans doute les Azdjer suivront l’exemple que
leur ont déjà donné les autres groupes de Touareg et viendront
à composition.
Au Tchad enfin, la puissance des successeurs de Rabah a été
définitivement anéantie et la région du Chari pacifiée. Le
Kanem a été dégagé des hordes du cheikh El-Mahdi-Senoussi, à
la suite de la prise de la zaouïa de Bir-Alali par le commandant
Tétart en 1902. Seule la question du Ouadaï donne encore de ce
côté des inquiétudes[379].
*
* *
Ainsi, de toutes parts, le Sahara et ses habitants sont enserrés dans
les mailles de notre réseau d’exploration. Restait à effectuer
la jonction de l’Algérie et du Soudan[380]. Rien ne pouvait plus
s’opposer à cette liaison du Tidikelt au Niger, que les coloniaux
réclamaient depuis longtemps. La question était virtuellement
résolue depuis que les compagnies sahariennes avaient eu raison
du fantôme touareg et que le commandant Laperrine s’était rendu
à In-Zize en 1903. En 1904, deux reconnaissances, parties l’une
du Nord, l’autre du Sud, se rencontraient au cœur du Sahara. Le
détachement du Sud, sous la conduite du capitaine Théveniaut,
parti de Bourroum, avait remonté l’Oued-Tilemsi, dont la vallée
forme la voie la plus directe et la mieux fournie en pâturages
pour se rendre à Teleyet, le principal centre visité[381]. Le
groupe du Nord, dirigé par le commandant Laperrine, avait passé
par In-Zize et Timissao. Le 18 avril, ils firent leur jonction au
puits de Timiaouine, à 150 kilomètres environ de Timissao. Le
commandant Laperrine alla ensuite jusqu’au puits de Tin-Zaouaten,
situé par 19° 45′ de latitude Nord et 1° de longitude Est. Les
deux détachements se séparèrent enfin et revinrent à leur point
de départ.
En 1905, M. Etiennot[382], inspecteur des postes, chargé d’étudier
l’établissement d’une ligne télégraphique entre le Tidikelt
et Tombouctou, se mettait en route vers l’Ahaggar avec une
escorte saharienne fournie par le lieutenant-colonel Laperrine
et commandée par le capitaine Dinaux, chef de l’annexe du
Tidikelt. Sidi-ag-Gueradji, chef des Taïtoq, accompagnait
la mission. Bientôt rejointe par M. Emile F. Gautier et par
M. Chudeau, professeur au lycée de Constantine, elle gagnait par
une route nouvelle l’Adrar-Ahnet et de là In-Zize, où elle
arrivait le 16 juin. M. Etiennot, poursuivant l’étude de la
ligne télégraphique jusqu’à Tin-Zaouaten, revenait aux oasis
par l’Ahaggar et rentrait à In-Salah le 27 août. M. Gautier, se
séparant de ses compagnons le 13 juillet, à l’Oued-Tougsemin,
près de Timiaouine, continuait à travers l’Adrar des Ifoghas
et l’Oued-Tilemsi, et arrivait le 18 août à Gao sur le Niger,
d’où il rentrait en Europe par Tombouctou. Enfin M. Chudeau
explorait la Koudia de l’Ahaggar, suivant, de Timissao à Silet,
un itinéraire entièrement nouveau, et gagnait Zinder en passant par
l’Aïr. Le fait que deux professeurs de l’Académie d’Alger
ont ainsi effectué un voyage d’études transsaharien marque la
transformation profonde qui s’est opérée en peu d’années au
Sahara français.
En 1906, une petite troupe soudanaise, commandée par le capitaine
Cauvin, de l’infanterie coloniale, s’est rendue, accompagnant une
caravane de Berabich, de Tombouctou à Taoudeni, dont les salines,
possédées à peu près par moitié par les gens de Tombouctou et par
ceux de Tamgrout, dans l’Oued Draa, approvisionnent tout l’Ouest
du Sahara. Il n’est donc pas sans importance que nous ayons fait
acte de présence et d’autorité sur ce point. Les méharistes des
Territoires du Sud de l’Algérie ont concouru à cette occupation.
*
* *
Indépendamment des résultats politiques, les résultats
scientifiques ont été considérables. Nous possédons actuellement
un excellent canevas de tout le pays compris dans notre zone
d’influence jusqu’à la limite méridionale de l’Ahaggar. Le
lieutenant Cottenest ayant perdu à l’affaire de Tit ses notes et
ses instruments, une partie des résultats de son voyage ne nous a
pas été connue. Mais le lieutenant Guillo-Lohan a rapporté de sa
reconnaissance des documents géographiques abondants. Il a reconnu
le point culminant du massif de l’Ahaggar, le pic d’Ilamane,
aiguille de trachyte de 3.000 mètres d’altitude. Le capitaine Pein
a trouvé, comme jadis M. Foureau, le lac Menghough désséché,
ce qui prouve que la mission Flatters[383] s’était trompée en
y voyant un redir permanent. Le lieutenant Besset a rapporté de
nombreux documents géologiques, qui ont été étudiés, ainsi que
ceux de MM. Cottenest et Guillo-Lohan, par M. G.-B.-M. Flamand ;
grâce à des échantillons recueillis par le capitaine Cottenest et
provenant d’Hassi-el-Kheneg, à 110 kil. au sud-est d’In-Salah,
dans la vallée de l’Oued-Botha, M. G.-B.-M. Flamand a reconnu[384]
l’existence du terrain silurien dans le Sahara central, sous
la forme de schistes à graptolites ; cette découverte vient
à l’appui de celle qu’avait faite M. Foureau beaucoup plus
à l’Est, et confirme en même temps les vues de M. Flamand sur
l’alimentation par le Sud des _feggaguir_ du Tidikelt. Des mêmes
observations ressortent la superposition directe en discordance
des assises gréseuses dévoniennes au substratum schisteux et
la disposition subméridienne des chaînes hercyniennes de cette
région du Sahara. Mêmes constatations par M. Emile F. Gautier,
qui a accompagné le commandant Laperrine dans sa tournée de
1903, explorant le Mouydir et l’Ahnet, recueillant des fossiles,
constatant la présence de nombreuses gravures rupestres[385].
Dans sa tournée de 1904, le commandant Laperrine[386] emmena
M. Villatte, calculateur à l’Observatoire d’Alger, ancien membre
de la mission Foureau-Lamy. M. Villatte a publié une très belle
carte s’étendant du Tidikelt à l’Adrar des Ifoghas, œuvre
excellente de géographie astronomique reposant sur la détermination
de 60 positions importantes de latitude et de longitude[387]. Le
Père de Foucauld, tout en continuant ses études de langue tamachek,
recueillait le plus possible d’itinéraires par renseignements. Le
lieutenant Besset, déjà initié à ce genre de recherches par son
étude très sérieuse du Mouydir et de l’Ifetessen, s’occupait
de la géologie des régions traversées. Le lieutenant Bricogne
notait les renseignements sur la route ; le lieutenant Nieger était
chargé de la topographie et levait l’itinéraire à 1/100.000e
(2.500 kil., dont 2.000 nouveaux). La composition géologique de ces
régions est très uniforme : grès dévoniens en discordance sur le
massif schisto-cristallin, plis anticlinaux et synclinaux orientés
Nord-Sud ; c’est l’extension aux plateaux du Sahara central de
la disposition déjà reconnue pour le Tidikelt, le Mouydir et la
partie nord-est de l’Ahaggar.
M. Emile F. Gautier, dans la région qu’il a parcourue en 1905,
a constaté[388] l’extension énorme du silurien, extrêmement
plissé et presque partout métamorphisé, accusant l’existence
d’une grande chaîne calédonienne. D’après lui, d’importants
effondrements postpliocènes se seraient produits au Sahara comme
dans l’Afrique des grands lacs. M. Chudeau a cheminé à travers
une pénéplaine silurienne et archéenne accidentée de saillies
volcaniques.
Si les oasis de l’archipel touatien n’ont pas tenu plus qu’elles
ne promettaient, c’est-à-dire peu de chose, en revanche les massifs
touaregs dans leur ensemble sont peut-être un peu moins misérables
qu’on ne le supposait ; ils renferment çà et là quelques
pâturages et quelques traces d’anciennes cultures. M. Gautier a
reconnu d’autre part que la limite méridionale du Sahara reste
très au nord de Tombouctou ; tout l’Adrar des Ifoghas rentre
dans le domaine de la steppe, à saison de pluies insuffisante, mais
annuelle. Ces observations concordent avec celles de M. Villatte et
de M. Chudeau ; ce dernier attribue à l’Aïr une valeur économique
un peu plus grande que ne le pensait M. Foureau.
III