[Note 338 : SCHIRMER, _Le dernier rapport d’un Européen sur Ghat

et les Touareg de l’Aïr_, in-8o, Paris, 1898.]

[Note 339 : P. VUILLOT, _L’exploration du Sahara_, étude historique

et géographique, gr. in-8o, Paris, 1895.]

[Note 340 : 4 vol., de texte et 1 atlas.]

[Note 341 : DE LARMINAT, _Etude sur les formes du terrain dans le

Sud de la Tunisie_ (_Ann. de Géogr._, 1895-96, p. 386).]

[Note 342 : _Bull. Soc. Géogr._, Paris, 1896, p. 521-522.]

CHAPITRE VII

LA SOLUTION (1900-1906)

I. _L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences._

— La question de la Zousfana. — Protocoles de 1901 et 1902. —

Attentats de 1902. — Bombardement de Zenaga. — Affaire de

Taghit. — Le général Lyautey (septembre 1902). — Occupation

de Béchar (novembre 1903). — Organisation de la région entre

Zousfana et Oued-Guir. — Le chemin de fer. — Le commerce. —

Reconnaissances et explorations. — Cartographie.

II. _La question Touareg._ — Les raids Cottenest, Guillo-Lohan,

Laperrine, Pein et Besset. — Action du Soudan. — Jonction de

l’Algérie avec le Soudan (18 avril 1904). — Mission Etiennot. —

Résultats scientifiques. — M. Emile F. Gauthier.

III. Les Territoires du Sud et leur organisation. — La limite Sud

de l’Algérie. — La limite Nord du Soudan. — Les communications

transsahariennes : le télégraphe, le chemin de fer.

I

« L’Algérie n’est pas achevée, écrivait Rohlfs ; il est

absolument nécessaire que tout le système de l’Oued-Saoura, et

par suite le Gourara, le Touat et In-Salah soient attirés dans la

sphère d’action de la France. Il est tout-à-fait étonnant qu’on

ne l’ait pas reconnu après le massacre de la mission Flatters. »

L’expérience a démontré combien cette appréciation était

exacte. Par le retentissement qu’elle a eu parmi les populations

sahariennes, par le point d’appui qu’elle a donné à notre

politique, la prise de possession des Oasis du Sud-Ouest a été un

événement décisif, le plus décisif de tous dans l’histoire de

la pénétration saharienne, dont les conditions se sont trouvées

complètement modifiées à notre très grand avantage. Cette

occupation a été effectuée par à-coups, sans plan d’ensemble,

sans vues d’avenir, sous la pression des circonstances, et c’est

en partie pour cela qu’elle a été extrêmement coûteuse. Mais

enfin elle a été effectuée, c’est l’essentiel.

C’est seulement au mois de mars 1900[343] qu’on se décida à

l’occupation de tout le groupe des oasis du Sud-Ouest, conséquence

nécessaire de la prise d’In-Salah.

Une colonne commandée par le lieutenant-colonel d’Eu fut mise

en route pour achever l’occupation du Tidikelt, pendant qu’une

seconde colonne s’avançait de Duveyrier vers Igli sous les ordres

du colonel Bertrand. La première de ces colonnes eut à soutenir,

le 19 mars, un combat acharné et sanglant, à la suite duquel on

s’empara des oasis d’Inrar, situées à environ 50 kilomètres

à l’ouest d’In-Salah. Le chef Ed Driss ben Naïmi, qui avait

pris le titre de « pacha de Timmi », et n’avait pas cessé

d’être, depuis la prise d’In-Salah, l’agent le plus actif de

l’hostilité contre la France, avait rassemblé des contingents

tirés du Touat, de l’Aoulef, de Sali et évalués à 3.000 hommes

environ. La kasba du ksar Lekhal, où un grand nombre de combattants

s’étaient réfugiés, fut bombardée et s’écroula en partie

sur ses défenseurs. Les pertes de l’ennemi furent d’environ 600

tués ; parmi les prisonniers se trouvait Ben Naïmi. Nous eûmes

9 tués et plusieurs blessés[344]. Le combat d’Inrar fut suivi

de la soumission des oasis de l’Akabli et de l’Aoulef, les plus

occidentales du Tidikelt. D’autre part, la colonne Bertrand, forte

de 2.000 hommes, partie de Duveyrier le 25 mars, occupait Igli sans

coup férir le 5 avril. Enfin des forces venues d’El-Goléa et de

Géryville convergeaient sur Tabelkoza et Timmimoun, les premières

par l’Oued-Meguiden, les secondes par l’Erg, et occupaient

le Gourara.

Quelques semaines plus tard, le général Servière, nommé au

commandement de la division d’Alger, entreprenait une tournée dans

les oasis ; n’ayant comme escorte qu’une section de tirailleurs

et un peloton de spahis sahariens, avec un convoi de 200 chameaux,

il visitait d’abord les ksour du Tidikelt, entrait le 30 juillet

à Adrar (Timmi), le plus important des ksour du Touat, et revenait

à El-Goléa par le Gourara sans avoir perdu ni un homme ni un

chameau. Il réclamait la création à Adrar d’une circonscription

administrative semblable à celles que l’on venait d’organiser

à In-Salah et à Timmimoun.

Cependant certaines oasis du Gourara faisaient appel aux Beraber

pour organiser la résistance à notre domination. Le 30 août, le

capitaine Falconetti, chef de l’annexe du Gourara, se heurtait à

ces adversaires avec lesquels nous ne nous étions pas encore mesurés ;

il les rencontrait à Sahela-Metarfa, à 80 kil. environ au sud de

Timmimoun. Retranchés dans les kasbas, les Beraber résistèrent à

toutes les attaques, et les nôtres durent se retirer sur Deldoul,

après avoir perdu un officier (lieutenant Depardieu) et quatre

hommes[345]. Le 5 septembre, un nouveau combat, qui coûta la vie

au capitaine Jacques, n’eut pas plus de succès. On fut obligé

d’envoyer dans le Sud-Ouest des renforts assez considérables.

En janvier 1901, le général Servière[346], revenu aux oasis,

installa à Adrar une petite garnison qui devait occuper ce nouveau

poste. Pendant son séjour il apprit que, le 18 février, une harka de

Beraber, forte de 650 hommes, avait surpris la garnison de Timmimoun

et n’avait été repoussée qu’après un combat meurtrier. Il

l’atteignit à Charouin (28 février) et lui infligea des pertes

sérieuses. Après son départ, il poussa jusqu’au petit ksar de

Talmin, qui nous avait, comme Charouin, manifesté de l’hostilité

et qui, après un court engagement, fit sa soumission. Depuis lors,

la paix a régné d’une manière complète dans les oasis, et

aucun combat ne s’y est plus livré.

Au printemps de 1901, la « question du Touat » proprement dite

peut donc être considérée comme réglée et résolue. Cette

prise de possession ne s’est pas opérée sans d’assez grandes

difficultés, les unes inhérentes à l’opération elle-même,

les autres résultant d’hésitations ou d’erreurs de méthode :

hésitation à occuper les oasis après la prise d’In-Salah,

hésitations à s’établir à Adrar après la tournée du général

Servière ; erreurs de méthode consistant à accumuler inutilement

dans ces régions pauvres les inutiles, lourds et onéreux effectifs

de troupes régulières qui ne peuvent y subsister qu’au prix

d’énormes sacrifices d’argent et d’animaux, au lieu de s’en

tenir simplement à des tournées de police exécutées par des

éléments sahariens[347].

Au Touat comme dans tout le Sahara, on vient facilement à bout des

sédentaires, habitant des oasis ; les nomades, plus guerriers

et échappant plus facilement au châtiment, sont autrement

redoutables. Ce sont les nomades du Zegdou et la puissante tribu

des Beraber, dont le territoire s’étend derrière le leur, qui

attaquent nos postes et nos convois de ravitaillement. Nous avons

été amenés à utiliser la ligne de communication naturelle de

la Zousfana et de la Saoura pour relier les oasis à la région du

Sud-Oranais : c’est même par là qu’on aurait dû commencer

si l’on avait agi suivant un plan d’ensemble au lieu d’avoir

la main forcée par les événements. Pour assurer sa ligne de

ravitaillement, l’autorité militaire avait multiplié les postes

dans cette région dangereuse et exposée aux coups de main. En

1902, une nouvelle annexe était installée à Beni-Abbès, et

l’annexe d’Igli était transférée à Taghit, au centre des

oasis des Beni-Goumi. En 1901, une autre annexe avait été établie

à 13 kilomètres au sud de Figuig, à Djenan-ed-Dar, où un poste

destiné à surveiller cette oasis avait été placé dès le mois

de décembre 1900. Le 1er avril 1902, un décret avait créé les

compagnies des oasis sahariennes, dans le but de remplacer les

troupes régulières qui avaient jusqu’alors été maintenues au

Gourara, au Touat et au Tidikelt, par des unités plus mobiles et

d’un entretien moins onéreux. Ces compagnies, pourvues de cadres

français, sont composées d’hommes recrutés parmi les habitants

du Sahara et qui, au moyen de la solde qui leur est attribuée, se

nourrissent et s’entretiennent eux-mêmes. Chaque compagnie comprend

des fantassins, des cavaliers et des méharistes. Elle est pourvue de

pièces d’artillerie légère. Les officiers appartenant au service

des affaires indigènes sont chargés à la fois du commandement de

ces troupes spéciales et de l’administration du pays[348]. En même

temps, les Oasis sahariennes, qui jusqu’alors avaient relevé de

la division d’Alger, étaient rattachées à la division d’Oran.

Cependant ces mesures se montraient assez peu efficaces. C’est

qu’il n’était pas possible d’occuper le fossé,

c’est-à-dire la Zousfana, sans être obligé de s’assurer en

même temps du talus qui le borde, c’est-à-dire de la région des

Ouled-Djerir et des Douï-Menia qui s’étend entre la Zousfana

et l’Oued-Guir[349]. Quand on veut couvrir quelque chose,

on s’interpose entre ce quelque chose et l’ennemi[350]. Il

n’y avait évidemment qu’à user, comme nous l’avions fait à

plusieurs reprises, des droits qui nous sont conférés par le traité

de 1845, et à reprendre la politique que nous avions suivie jadis

avec de Colomb en 1855-57, avec de Wimpffen en 1870. Mais on craignait

de se trouver entraîné trop loin et d’ouvrir inopinément de ce

côté la question du Maroc.

Au mois de juin 1901, M. Paul Révoil était appelé au Gouvernement

Général de l’Algérie, où il succédait à M. Jonnart. Après

avoir été longtemps à Tunis, et représenté la France à Tanger,

il allait, comme gouverneur de l’Algérie, appliquer la politique

consistant à donner plus d’unité à notre action dans l’Afrique

du Nord. C’est à l’instigation de M. Révoil qu’avait été

signé à Paris, le 20 juillet 1901, un protocole[351] destiné à

interpréter et à compléter le traité de délimitation du 18 mars

1845, et à inaugurer dans ces régions la politique de collaboration

avec le makhzen. Il avait été stipulé que la France resterait

maîtresse du territoire des Ouled-Djerir et des Douï-Menia, et que

ceux de ces indigènes qui refuseraient de se soumettre à la France

devraient se transporter dans la région du Maroc que le Gouvernement

chérifien leur assignerait comme résidence. Cet arrangement fut

suivi de deux accords complémentaires (20 avril et 7 mai 1902)

établissant entre l’Algérie et le Maroc un _modus vivendi_

pour les relations politiques, administratives et commerciales dans

les régions-frontières. Mais, sur le terrain, ces conventions

ne purent être mises à exécution. Les commissaires français et

marocains chargés de notifier aux Douï-Menia et aux Ouled-Djerir

les arrangements les concernant avaient été fort mal accueillis à

Kenadsa. Ils avaient cependant réussi à éloigner de Figuig notre

vieil ennemi de 1881, Bou-Amama, qui y résidait depuis plusieurs

années ; Bou-Amama n’avait pas voulu profiter de l’aman qu’on

lui avait accordé en 1899, et se tenait depuis lors à l’écart,

cherchant en apparence à nous servir, mais en réalité excitant en

toute occasion les populations contre nous et prélevant sa part du

butin fait à notre détriment, le plus souvent par des bandits de

son entourage. Aussi sa présence dans l’oasis constituait-elle

pour nous une source d’ennuis de tous les instants. Sur notre

demande, Si Mohammed Guebbas, chef de la mission marocaine, invita

le vieux marabout à quitter Figuig ou à se soumettre ; il gagna,

par étapes successives, la région d’Oudjda, où il alla faire

cause commune avec le prétendant Bou-Hamara.

Cependant les vols et les agressions contre nos postes et nos convois,

enlèvements de troupeaux, assassinats de sentinelles, attentats

contre les isolés, vols de fils télégraphiques se multipliaient

d’une manière de plus en plus inquiétante dans la région de

la Zousfana. Au mois d’octobre 1901, deux enfants avaient été

assassinés sur la route de Duveyrier ; le 19 janvier suivant, deux

capitaines du 1er régiment étranger, MM. de Cressin et Gratien,

étaient tués dans la même région. Dans les premiers mois de 1903,

des convois étaient enlevés ou attaqués entre Djenan-ed-Dar et

Taghit, et la situation devenait de plus en plus intolérable.

M. Jonnart, député, ancien ministre des Travaux publics, replacé

à la tête du Gouvernement général de l’Algérie en mai 1903,

était décidé à mettre un terme à cet état de choses. Il

se rendit aussitôt dans le Sud-Ouest ; au cours de sa tournée,

le 31 mai, son escorte fut attaquée par les habitants de Zenaga,

le principal des ksour de Figuig. Cet incident ne fit que hâter

l’exécution des mesures de police prévues. Le 8 juin, le ksar

de Zenaga fut bombardé. Aussitôt après, les habitants de Figuig

vinrent faire des offres de soumission sans conditions. L’aman

leur fut accordé. Une petite colonne avait été envoyée en même

temps à l’ouest du Chott Tigri et une autre s’était avancée

jusqu’à Bechar sans incidents.

Depuis cette époque, la population sédentaire de Figuig peut être

considérée comme pacifiée ; mais les nomades n’ont pas cessé

les hostilités. Quelques agressions se sont encore produites dans la

deuxième partie de l’année 1903. Le 16 juillet, un détachement

de la compagnie saharienne du Touat fut attaqué à Hassi Rzell,

dans la Saoura ; le capitaine Regnault, chef de l’annexe de Beni

Abbès, atteignit les Beraber auteurs de ce coup de main et les

défit à Noukhila, le 28 du même mois.

Le poste de Taghit fut investi, du 17 au 21 août, par une horde de

plus de quatre mille Beraber, secondés par quelques Ouled-Djerir et

Chaanba dissidents. La petite garnison, sous les ordres du capitaine

de Susbielle, fit une admirable résistance et contraignit les

assaillants à la retraite. Le 2 septembre, un convoi fut attaqué

à El Moungar, dans la Zousfana ; la défense fut héroïquement

dirigée par le sergent-fourrier Tisserand après la mise hors de

combat des deux officiers qui commandaient l’escorte.

Cette dernière affaire, venant à la suite de la tentative

heureusement avortée de Taghit, avait ému l’opinion

publique. Aussi le gouvernement se décida-t-il, sur les instances du

Gouverneur général, à confier le commandement de la subdivision

d’Aïn-Sefra au général Lyautey, qui s’était déjà trouvé

aux prises avec de semblables difficultés au Tonkin et à Madagascar

et y avait fait ses preuves comme organisateur. Bientôt après,

on renforçait encore la situation du général Lyautey en dotant

la subdivision d’Aïn-Sefra d’une organisation autonome. Son

chef était investi de l’autorité directe sur toutes les troupes

stationnées dans son commandement, sous le contrôle du Ministre

de la Guerre et du Gouverneur général.

La situation troublée que rencontrait à son arrivée le général

Lyautey avait surtout pour origine le manque de mobilité de

nos troupes, en face d’un ennemi insaisissable, connaissant

admirablement le pays et qui apparaissait aussi vite qu’il

disparaissait. La multiplicité de nos postes, échelonnés tous

les 50 kilomètres environ le long de la Zousfana[352], ne pouvait

suffisamment remédier à un pareil état de choses, car, avec

leur effectif souvent restreint, leur action ne pouvait guère

s’étendre, et leur ravitaillement nécessitait l’envoi de

fréquents convois qui excitaient les convoitises de l’ennemi

et devenaient finalement fort onéreux. Il fallait donc de toute

évidence se décider à reporter plus à l’Ouest nos postes de

couverture, organiser des forces essentiellement mobiles et donner

à celles-ci l’appui d’une artillerie légère dont l’effet

moral est toujours très grand sur les populations primitives qui

peuplent ces régions. Il fallait enfin donner plus de cohésion à

nos différents postes en les reliant entre eux le plus vite possible

par le télégraphe afin de leur permettre de parer rapidement aux

surprises inopinées de l’adversaire[353].

Déjà la nécessité de réduire des adversaires aussi actifs que

les auteurs des récents coups de main avait amené au mois d’août

précédent l’occupation d’El-Ardja, pour surveiller les massifs

montagneux qui sont au nord de Figuig, puis celle de Ben-Zireg

à la pointe septentrionale du Djebel Bechar. L’œuvre ainsi

ébauchée fut bientôt complétée par la création (11 novembre

1903) d’un poste à Colomb, près de l’oasis de Béchar, de

façon à couvrir la route qui suit la vallée de la Zousfana et à

amener les Douï-Menia et les Ouled-Djerir, jusqu’alors insoumis,

à accepter notre juridiction, conformément aux droits que nous

avaient reconnus le protocole du 20 juillet 1901. Un cercle des

affaires indigènes était en même temps installé à Colomb.

L’année 1904 a été marquée par le perfectionnement

de l’organisation défensive de nos confins du Sud et du

Sud-Ouest. Deux nouvelles compagnies montées furent créées l’une

à la légion étrangère, l’autre au 2e régiment de tirailleurs ;

une quatrième compagnie saharienne fut constituée à Beni-Abbès,

et une cinquième à Colomb. D’un autre côté, un détachement

important alla s’établir le 15 juin à Berguent, point d’eau

de l’Oued-Charef, à 4 kilomètres au Sud de Ras-el-Aïn, afin

de parer aux incursions de Bon Amama et de ses contingents, et

d’enlever au marabout la possibilité de revenir dans le pays

compris entre Figuig et le Haut-Guir.

L’heureux résultat de ces efforts ne tarda pas à se manifester :

de nombreux groupes des Douï-Menia et d’Ouled-Djerir vinrent faire

leur soumission et les Beni-Guil, dans une entrevue solennelle à

Aïn-Sefra, affirmèrent leur désir de vivre en paix avec nous.

En 1905, des opérations sont dirigées contre un djich qui, au

mois de décembre 1904, avait attaqué une caravane à Hassi-Ouchen,

aux abords du Gourara. Les auteurs de ce coup de main sont battus et

dipersés sur le Guir, à Garet Douifa. A la suite de cette affaire,

le lieutenant Canavy s’avance jusqu’au ksar Es Saheli, dans le

Haut Guir, où se trouve la petite zaouïa de Moul-Sehoul dont les

marabouts reçoivent fort bien notre reconnaissance.

En janvier 1906, le groupe mobile de Berguent, appuyé sur une

compagnie de la légion montée, surprend dans l’Oued Nesly

un rezzou de Chaanba de Bou-Amama qui depuis plusieurs années

inquiétait nos postes et nos caravanes et lui inflige une sérieuse

leçon.

En mai 1906, trois détachements partis de Berguent, de Forthassa

et de Beni-Ounif, viennent converger à Metarka, dans l’Oued

Charef, à proximité des campements des Beni Guil dissidents qui,

en janvier 1905, avaient enlevé 145 chameaux à nos Hamyan. Cette

démonstration suffit pour amener les bandits à composition et les

contraindre à restituer leurs prises.

La situation s’est donc beaucoup améliorée dans le Sud-Ouest

depuis quelques années. Il n’y a plus eu de grand rezzou depuis

celui d’Hassi-Ouchen, et l’excellence de la méthode du général

Liautey a été démontrée par les faits.

Les négociations qui ont précédé la conférence d’Algésiras

ont reconnu et confirmé notre droit exclusif à assurer la police

dans la région-frontière « sur les territoires où résident,

campent et se meuvent traditionnellement les tribus marocaines,

sédentaires ou nomades en relations ou en contact habituels avec

les tribus algériennes[354] ».

Le Tafilelt est désormais la région la plus hostile à notre

influence. C’est là que vivent les Ouled Djerir et les Douï

Menia dissidents. C’est du Tafilelt que partent les grandes harkas

dirigées contre nos postes et nos administrés. L’une d’elles, au

mois de juillet 1904, s’avance même jusqu’auprès de Tombouctou

pour razzier les populations soumises à l’Afrique occidentale

française. Elle essuie dans cette région, au mois de novembre,

une sanglante défaite.

Les routes que suivent les harkas du Tafilelt pour aller au Sahel

ou au Niger échappaient jusqu’ici par leur éloignement à la

surveillance des postes extrêmes du Sud Algérien ; cependant

quelques-uns de leurs points de passage ont été reconnus en

1905 par le capitaine Flye-Sainte-Marie, commandant la compagnie

saharienne du Touat, qui a traversé l’Iguidi, poussé une très

belle reconnaissance dans l’ouest de la Saoura jusqu’à 9°

11′ Ouest, à 160 kilomètres seulement de Tindouf et recoupé,

aux puits de Marabouti et de Bir Aouina, les itinéraires d’Oskar

Lenz et de René Caillié[355]. Le capitaine Flye-Sainte-Marie a

reconnu ainsi toutes les routes du Maroc méridional au Soudan ;

elles seraient aisées à dominer en occupant quelques points de

l’Iguidi par lesquelles elle doivent forcément passer. Elles sont

d’ailleurs aujourd’hui entièrement désertes, et aucun commerce

n’y existe plus[356].

*

* *

En même temps que s’effectuaient avec autant de bonheur que

d’activité ces opérations de police, à l’abri de notre

puissance militaire, tous les procédés pacifiques étaient

mis en œuvre pour assurer définitivement notre influence. Le

chemin de fer du Sud-Ouest a été poussé dans ces dernières

années avec une grande activité. En réalité, il eût fallu,

ainsi que l’a dit M. Etienne[357], opérer comme les Anglais

dans leur marche sur Khartoum et poursuivre notre voie ferrée en

même temps que nos colonnes avançaient : c’eût été une grande

économie. En 1900, la ligne de pénétration de l’Oranie atteignait

Djenien-bou-Rezg. La mise en chantier du tronçon suivant, de Djenien

à Duveyrier-Zoubia (33 kil.), au confluent de l’Oued Dermel et

de l’Oued Douis, suivait immédiatement et, le 31 août 1901, ce

tronçon était ouvert à son tour. Le 2 août 1903, la voie ferrée

s’avançait jusqu’à Beni-Ounif (27 kil.), à 4 kil. de Figuig. On

laissait de côté l’oasis mais on s’en rapprochait assez pour

que les ksouriens pussent profiter des facilités commerciales que

leur offrait le chemin de fer. C’est ce qu’ils ne manquaient pas

de faire, et Beni-Ounif devenait aussitôt un centre de transactions

important. Le 4 février 1905, on ouvrait la section de Beni-Ounif

à Ben-Zireg (61 kil.), et le 3 juillet 1905 la locomotive arrivait

à Colomb[358] (51 kil.), à 744 kil. du littoral. En même temps

le télégraphe était posé jusqu’à Forthassa d’un côté,

Beni-Abbès de l’autre.

Une fois à Colomb-Bechar, la question se pose de savoir si la

ligne doit être prolongée par la vallée de l’Oued-Guir dans la

direction du Gourara et du Touat, comme on en avait d’abord eu le

projet, ou si elle ne doit pas plutôt, dans un avenir plus ou moins

lointain, s’orienter vers l’Oued Draa et l’Atlantique. Quel

que doive être le sort futur des projets de Transsaharien, on

s’est décidé à agir au lieu de discuter, et à commencer par

le commencement : poser le rail et assurer la sécurité des confins

militaires de l’Algérie. Dès à présent, la voie ferrée remplit

vis-à-vis de la Zousfana le rôle de protection en vue duquel elle

a été essentiellement construite.

Le commerce a d’ailleurs pris un développement assez notable

dans cette région entre Zousfana et Oued-Guir, beaucoup moins

misérable que l’archipel touatien. Un décret du 1er février 1902,

complétant celui du 17 décembre 1900 qui avait autorisé l’entrée

en franchise de certains produits destinés à traverser le territoire

algérien pour se répandre dans le Sahara, exemptait des droits de

douane et d’octroi de mer les marchandises suivantes transitant

par Aïn-Sefra et Djenan-ed-Dar : les toiles de coton pur, unies,

écrues ou blanchies pesant plus de 5 kilos aux 100 mètres carrés,

les guinées originaires des établissements français de l’Inde

et les thés de toute provenance.

La pénétration saharienne (1830-1906) · 第 12 / 15 段