et les Touareg de l’Aïr_, in-8o, Paris, 1898.]
[Note 339 : P. VUILLOT, _L’exploration du Sahara_, étude historique
et géographique, gr. in-8o, Paris, 1895.]
[Note 340 : 4 vol., de texte et 1 atlas.]
[Note 341 : DE LARMINAT, _Etude sur les formes du terrain dans le
Sud de la Tunisie_ (_Ann. de Géogr._, 1895-96, p. 386).]
[Note 342 : _Bull. Soc. Géogr._, Paris, 1896, p. 521-522.]
CHAPITRE VII
LA SOLUTION (1900-1906)
I. _L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences._
— La question de la Zousfana. — Protocoles de 1901 et 1902. —
Attentats de 1902. — Bombardement de Zenaga. — Affaire de
Taghit. — Le général Lyautey (septembre 1902). — Occupation
de Béchar (novembre 1903). — Organisation de la région entre
Zousfana et Oued-Guir. — Le chemin de fer. — Le commerce. —
Reconnaissances et explorations. — Cartographie.
II. _La question Touareg._ — Les raids Cottenest, Guillo-Lohan,
Laperrine, Pein et Besset. — Action du Soudan. — Jonction de
l’Algérie avec le Soudan (18 avril 1904). — Mission Etiennot. —
Résultats scientifiques. — M. Emile F. Gauthier.
III. Les Territoires du Sud et leur organisation. — La limite Sud
de l’Algérie. — La limite Nord du Soudan. — Les communications
transsahariennes : le télégraphe, le chemin de fer.
I
« L’Algérie n’est pas achevée, écrivait Rohlfs ; il est
absolument nécessaire que tout le système de l’Oued-Saoura, et
par suite le Gourara, le Touat et In-Salah soient attirés dans la
sphère d’action de la France. Il est tout-à-fait étonnant qu’on
ne l’ait pas reconnu après le massacre de la mission Flatters. »
L’expérience a démontré combien cette appréciation était
exacte. Par le retentissement qu’elle a eu parmi les populations
sahariennes, par le point d’appui qu’elle a donné à notre
politique, la prise de possession des Oasis du Sud-Ouest a été un
événement décisif, le plus décisif de tous dans l’histoire de
la pénétration saharienne, dont les conditions se sont trouvées
complètement modifiées à notre très grand avantage. Cette
occupation a été effectuée par à-coups, sans plan d’ensemble,
sans vues d’avenir, sous la pression des circonstances, et c’est
en partie pour cela qu’elle a été extrêmement coûteuse. Mais
enfin elle a été effectuée, c’est l’essentiel.
C’est seulement au mois de mars 1900[343] qu’on se décida à
l’occupation de tout le groupe des oasis du Sud-Ouest, conséquence
nécessaire de la prise d’In-Salah.
Une colonne commandée par le lieutenant-colonel d’Eu fut mise
en route pour achever l’occupation du Tidikelt, pendant qu’une
seconde colonne s’avançait de Duveyrier vers Igli sous les ordres
du colonel Bertrand. La première de ces colonnes eut à soutenir,
le 19 mars, un combat acharné et sanglant, à la suite duquel on
s’empara des oasis d’Inrar, situées à environ 50 kilomètres
à l’ouest d’In-Salah. Le chef Ed Driss ben Naïmi, qui avait
pris le titre de « pacha de Timmi », et n’avait pas cessé
d’être, depuis la prise d’In-Salah, l’agent le plus actif de
l’hostilité contre la France, avait rassemblé des contingents
tirés du Touat, de l’Aoulef, de Sali et évalués à 3.000 hommes
environ. La kasba du ksar Lekhal, où un grand nombre de combattants
s’étaient réfugiés, fut bombardée et s’écroula en partie
sur ses défenseurs. Les pertes de l’ennemi furent d’environ 600
tués ; parmi les prisonniers se trouvait Ben Naïmi. Nous eûmes
9 tués et plusieurs blessés[344]. Le combat d’Inrar fut suivi
de la soumission des oasis de l’Akabli et de l’Aoulef, les plus
occidentales du Tidikelt. D’autre part, la colonne Bertrand, forte
de 2.000 hommes, partie de Duveyrier le 25 mars, occupait Igli sans
coup férir le 5 avril. Enfin des forces venues d’El-Goléa et de
Géryville convergeaient sur Tabelkoza et Timmimoun, les premières
par l’Oued-Meguiden, les secondes par l’Erg, et occupaient
le Gourara.
Quelques semaines plus tard, le général Servière, nommé au
commandement de la division d’Alger, entreprenait une tournée dans
les oasis ; n’ayant comme escorte qu’une section de tirailleurs
et un peloton de spahis sahariens, avec un convoi de 200 chameaux,
il visitait d’abord les ksour du Tidikelt, entrait le 30 juillet
à Adrar (Timmi), le plus important des ksour du Touat, et revenait
à El-Goléa par le Gourara sans avoir perdu ni un homme ni un
chameau. Il réclamait la création à Adrar d’une circonscription
administrative semblable à celles que l’on venait d’organiser
à In-Salah et à Timmimoun.
Cependant certaines oasis du Gourara faisaient appel aux Beraber
pour organiser la résistance à notre domination. Le 30 août, le
capitaine Falconetti, chef de l’annexe du Gourara, se heurtait à
ces adversaires avec lesquels nous ne nous étions pas encore mesurés ;
il les rencontrait à Sahela-Metarfa, à 80 kil. environ au sud de
Timmimoun. Retranchés dans les kasbas, les Beraber résistèrent à
toutes les attaques, et les nôtres durent se retirer sur Deldoul,
après avoir perdu un officier (lieutenant Depardieu) et quatre
hommes[345]. Le 5 septembre, un nouveau combat, qui coûta la vie
au capitaine Jacques, n’eut pas plus de succès. On fut obligé
d’envoyer dans le Sud-Ouest des renforts assez considérables.
En janvier 1901, le général Servière[346], revenu aux oasis,
installa à Adrar une petite garnison qui devait occuper ce nouveau
poste. Pendant son séjour il apprit que, le 18 février, une harka de
Beraber, forte de 650 hommes, avait surpris la garnison de Timmimoun
et n’avait été repoussée qu’après un combat meurtrier. Il
l’atteignit à Charouin (28 février) et lui infligea des pertes
sérieuses. Après son départ, il poussa jusqu’au petit ksar de
Talmin, qui nous avait, comme Charouin, manifesté de l’hostilité
et qui, après un court engagement, fit sa soumission. Depuis lors,
la paix a régné d’une manière complète dans les oasis, et
aucun combat ne s’y est plus livré.
Au printemps de 1901, la « question du Touat » proprement dite
peut donc être considérée comme réglée et résolue. Cette
prise de possession ne s’est pas opérée sans d’assez grandes
difficultés, les unes inhérentes à l’opération elle-même,
les autres résultant d’hésitations ou d’erreurs de méthode :
hésitation à occuper les oasis après la prise d’In-Salah,
hésitations à s’établir à Adrar après la tournée du général
Servière ; erreurs de méthode consistant à accumuler inutilement
dans ces régions pauvres les inutiles, lourds et onéreux effectifs
de troupes régulières qui ne peuvent y subsister qu’au prix
d’énormes sacrifices d’argent et d’animaux, au lieu de s’en
tenir simplement à des tournées de police exécutées par des
éléments sahariens[347].
Au Touat comme dans tout le Sahara, on vient facilement à bout des
sédentaires, habitant des oasis ; les nomades, plus guerriers
et échappant plus facilement au châtiment, sont autrement
redoutables. Ce sont les nomades du Zegdou et la puissante tribu
des Beraber, dont le territoire s’étend derrière le leur, qui
attaquent nos postes et nos convois de ravitaillement. Nous avons
été amenés à utiliser la ligne de communication naturelle de
la Zousfana et de la Saoura pour relier les oasis à la région du
Sud-Oranais : c’est même par là qu’on aurait dû commencer
si l’on avait agi suivant un plan d’ensemble au lieu d’avoir
la main forcée par les événements. Pour assurer sa ligne de
ravitaillement, l’autorité militaire avait multiplié les postes
dans cette région dangereuse et exposée aux coups de main. En
1902, une nouvelle annexe était installée à Beni-Abbès, et
l’annexe d’Igli était transférée à Taghit, au centre des
oasis des Beni-Goumi. En 1901, une autre annexe avait été établie
à 13 kilomètres au sud de Figuig, à Djenan-ed-Dar, où un poste
destiné à surveiller cette oasis avait été placé dès le mois
de décembre 1900. Le 1er avril 1902, un décret avait créé les
compagnies des oasis sahariennes, dans le but de remplacer les
troupes régulières qui avaient jusqu’alors été maintenues au
Gourara, au Touat et au Tidikelt, par des unités plus mobiles et
d’un entretien moins onéreux. Ces compagnies, pourvues de cadres
français, sont composées d’hommes recrutés parmi les habitants
du Sahara et qui, au moyen de la solde qui leur est attribuée, se
nourrissent et s’entretiennent eux-mêmes. Chaque compagnie comprend
des fantassins, des cavaliers et des méharistes. Elle est pourvue de
pièces d’artillerie légère. Les officiers appartenant au service
des affaires indigènes sont chargés à la fois du commandement de
ces troupes spéciales et de l’administration du pays[348]. En même
temps, les Oasis sahariennes, qui jusqu’alors avaient relevé de
la division d’Alger, étaient rattachées à la division d’Oran.
Cependant ces mesures se montraient assez peu efficaces. C’est
qu’il n’était pas possible d’occuper le fossé,
c’est-à-dire la Zousfana, sans être obligé de s’assurer en
même temps du talus qui le borde, c’est-à-dire de la région des
Ouled-Djerir et des Douï-Menia qui s’étend entre la Zousfana
et l’Oued-Guir[349]. Quand on veut couvrir quelque chose,
on s’interpose entre ce quelque chose et l’ennemi[350]. Il
n’y avait évidemment qu’à user, comme nous l’avions fait à
plusieurs reprises, des droits qui nous sont conférés par le traité
de 1845, et à reprendre la politique que nous avions suivie jadis
avec de Colomb en 1855-57, avec de Wimpffen en 1870. Mais on craignait
de se trouver entraîné trop loin et d’ouvrir inopinément de ce
côté la question du Maroc.
Au mois de juin 1901, M. Paul Révoil était appelé au Gouvernement
Général de l’Algérie, où il succédait à M. Jonnart. Après
avoir été longtemps à Tunis, et représenté la France à Tanger,
il allait, comme gouverneur de l’Algérie, appliquer la politique
consistant à donner plus d’unité à notre action dans l’Afrique
du Nord. C’est à l’instigation de M. Révoil qu’avait été
signé à Paris, le 20 juillet 1901, un protocole[351] destiné à
interpréter et à compléter le traité de délimitation du 18 mars
1845, et à inaugurer dans ces régions la politique de collaboration
avec le makhzen. Il avait été stipulé que la France resterait
maîtresse du territoire des Ouled-Djerir et des Douï-Menia, et que
ceux de ces indigènes qui refuseraient de se soumettre à la France
devraient se transporter dans la région du Maroc que le Gouvernement
chérifien leur assignerait comme résidence. Cet arrangement fut
suivi de deux accords complémentaires (20 avril et 7 mai 1902)
établissant entre l’Algérie et le Maroc un _modus vivendi_
pour les relations politiques, administratives et commerciales dans
les régions-frontières. Mais, sur le terrain, ces conventions
ne purent être mises à exécution. Les commissaires français et
marocains chargés de notifier aux Douï-Menia et aux Ouled-Djerir
les arrangements les concernant avaient été fort mal accueillis à
Kenadsa. Ils avaient cependant réussi à éloigner de Figuig notre
vieil ennemi de 1881, Bou-Amama, qui y résidait depuis plusieurs
années ; Bou-Amama n’avait pas voulu profiter de l’aman qu’on
lui avait accordé en 1899, et se tenait depuis lors à l’écart,
cherchant en apparence à nous servir, mais en réalité excitant en
toute occasion les populations contre nous et prélevant sa part du
butin fait à notre détriment, le plus souvent par des bandits de
son entourage. Aussi sa présence dans l’oasis constituait-elle
pour nous une source d’ennuis de tous les instants. Sur notre
demande, Si Mohammed Guebbas, chef de la mission marocaine, invita
le vieux marabout à quitter Figuig ou à se soumettre ; il gagna,
par étapes successives, la région d’Oudjda, où il alla faire
cause commune avec le prétendant Bou-Hamara.
Cependant les vols et les agressions contre nos postes et nos convois,
enlèvements de troupeaux, assassinats de sentinelles, attentats
contre les isolés, vols de fils télégraphiques se multipliaient
d’une manière de plus en plus inquiétante dans la région de
la Zousfana. Au mois d’octobre 1901, deux enfants avaient été
assassinés sur la route de Duveyrier ; le 19 janvier suivant, deux
capitaines du 1er régiment étranger, MM. de Cressin et Gratien,
étaient tués dans la même région. Dans les premiers mois de 1903,
des convois étaient enlevés ou attaqués entre Djenan-ed-Dar et
Taghit, et la situation devenait de plus en plus intolérable.
M. Jonnart, député, ancien ministre des Travaux publics, replacé
à la tête du Gouvernement général de l’Algérie en mai 1903,
était décidé à mettre un terme à cet état de choses. Il
se rendit aussitôt dans le Sud-Ouest ; au cours de sa tournée,
le 31 mai, son escorte fut attaquée par les habitants de Zenaga,
le principal des ksour de Figuig. Cet incident ne fit que hâter
l’exécution des mesures de police prévues. Le 8 juin, le ksar
de Zenaga fut bombardé. Aussitôt après, les habitants de Figuig
vinrent faire des offres de soumission sans conditions. L’aman
leur fut accordé. Une petite colonne avait été envoyée en même
temps à l’ouest du Chott Tigri et une autre s’était avancée
jusqu’à Bechar sans incidents.
Depuis cette époque, la population sédentaire de Figuig peut être
considérée comme pacifiée ; mais les nomades n’ont pas cessé
les hostilités. Quelques agressions se sont encore produites dans la
deuxième partie de l’année 1903. Le 16 juillet, un détachement
de la compagnie saharienne du Touat fut attaqué à Hassi Rzell,
dans la Saoura ; le capitaine Regnault, chef de l’annexe de Beni
Abbès, atteignit les Beraber auteurs de ce coup de main et les
défit à Noukhila, le 28 du même mois.
Le poste de Taghit fut investi, du 17 au 21 août, par une horde de
plus de quatre mille Beraber, secondés par quelques Ouled-Djerir et
Chaanba dissidents. La petite garnison, sous les ordres du capitaine
de Susbielle, fit une admirable résistance et contraignit les
assaillants à la retraite. Le 2 septembre, un convoi fut attaqué
à El Moungar, dans la Zousfana ; la défense fut héroïquement
dirigée par le sergent-fourrier Tisserand après la mise hors de
combat des deux officiers qui commandaient l’escorte.
Cette dernière affaire, venant à la suite de la tentative
heureusement avortée de Taghit, avait ému l’opinion
publique. Aussi le gouvernement se décida-t-il, sur les instances du
Gouverneur général, à confier le commandement de la subdivision
d’Aïn-Sefra au général Lyautey, qui s’était déjà trouvé
aux prises avec de semblables difficultés au Tonkin et à Madagascar
et y avait fait ses preuves comme organisateur. Bientôt après,
on renforçait encore la situation du général Lyautey en dotant
la subdivision d’Aïn-Sefra d’une organisation autonome. Son
chef était investi de l’autorité directe sur toutes les troupes
stationnées dans son commandement, sous le contrôle du Ministre
de la Guerre et du Gouverneur général.
La situation troublée que rencontrait à son arrivée le général
Lyautey avait surtout pour origine le manque de mobilité de
nos troupes, en face d’un ennemi insaisissable, connaissant
admirablement le pays et qui apparaissait aussi vite qu’il
disparaissait. La multiplicité de nos postes, échelonnés tous
les 50 kilomètres environ le long de la Zousfana[352], ne pouvait
suffisamment remédier à un pareil état de choses, car, avec
leur effectif souvent restreint, leur action ne pouvait guère
s’étendre, et leur ravitaillement nécessitait l’envoi de
fréquents convois qui excitaient les convoitises de l’ennemi
et devenaient finalement fort onéreux. Il fallait donc de toute
évidence se décider à reporter plus à l’Ouest nos postes de
couverture, organiser des forces essentiellement mobiles et donner
à celles-ci l’appui d’une artillerie légère dont l’effet
moral est toujours très grand sur les populations primitives qui
peuplent ces régions. Il fallait enfin donner plus de cohésion à
nos différents postes en les reliant entre eux le plus vite possible
par le télégraphe afin de leur permettre de parer rapidement aux
surprises inopinées de l’adversaire[353].
Déjà la nécessité de réduire des adversaires aussi actifs que
les auteurs des récents coups de main avait amené au mois d’août
précédent l’occupation d’El-Ardja, pour surveiller les massifs
montagneux qui sont au nord de Figuig, puis celle de Ben-Zireg
à la pointe septentrionale du Djebel Bechar. L’œuvre ainsi
ébauchée fut bientôt complétée par la création (11 novembre
1903) d’un poste à Colomb, près de l’oasis de Béchar, de
façon à couvrir la route qui suit la vallée de la Zousfana et à
amener les Douï-Menia et les Ouled-Djerir, jusqu’alors insoumis,
à accepter notre juridiction, conformément aux droits que nous
avaient reconnus le protocole du 20 juillet 1901. Un cercle des
affaires indigènes était en même temps installé à Colomb.
L’année 1904 a été marquée par le perfectionnement
de l’organisation défensive de nos confins du Sud et du
Sud-Ouest. Deux nouvelles compagnies montées furent créées l’une
à la légion étrangère, l’autre au 2e régiment de tirailleurs ;
une quatrième compagnie saharienne fut constituée à Beni-Abbès,
et une cinquième à Colomb. D’un autre côté, un détachement
important alla s’établir le 15 juin à Berguent, point d’eau
de l’Oued-Charef, à 4 kilomètres au Sud de Ras-el-Aïn, afin
de parer aux incursions de Bon Amama et de ses contingents, et
d’enlever au marabout la possibilité de revenir dans le pays
compris entre Figuig et le Haut-Guir.
L’heureux résultat de ces efforts ne tarda pas à se manifester :
de nombreux groupes des Douï-Menia et d’Ouled-Djerir vinrent faire
leur soumission et les Beni-Guil, dans une entrevue solennelle à
Aïn-Sefra, affirmèrent leur désir de vivre en paix avec nous.
En 1905, des opérations sont dirigées contre un djich qui, au
mois de décembre 1904, avait attaqué une caravane à Hassi-Ouchen,
aux abords du Gourara. Les auteurs de ce coup de main sont battus et
dipersés sur le Guir, à Garet Douifa. A la suite de cette affaire,
le lieutenant Canavy s’avance jusqu’au ksar Es Saheli, dans le
Haut Guir, où se trouve la petite zaouïa de Moul-Sehoul dont les
marabouts reçoivent fort bien notre reconnaissance.
En janvier 1906, le groupe mobile de Berguent, appuyé sur une
compagnie de la légion montée, surprend dans l’Oued Nesly
un rezzou de Chaanba de Bou-Amama qui depuis plusieurs années
inquiétait nos postes et nos caravanes et lui inflige une sérieuse
leçon.
En mai 1906, trois détachements partis de Berguent, de Forthassa
et de Beni-Ounif, viennent converger à Metarka, dans l’Oued
Charef, à proximité des campements des Beni Guil dissidents qui,
en janvier 1905, avaient enlevé 145 chameaux à nos Hamyan. Cette
démonstration suffit pour amener les bandits à composition et les
contraindre à restituer leurs prises.
La situation s’est donc beaucoup améliorée dans le Sud-Ouest
depuis quelques années. Il n’y a plus eu de grand rezzou depuis
celui d’Hassi-Ouchen, et l’excellence de la méthode du général
Liautey a été démontrée par les faits.
Les négociations qui ont précédé la conférence d’Algésiras
ont reconnu et confirmé notre droit exclusif à assurer la police
dans la région-frontière « sur les territoires où résident,
campent et se meuvent traditionnellement les tribus marocaines,
sédentaires ou nomades en relations ou en contact habituels avec
les tribus algériennes[354] ».
Le Tafilelt est désormais la région la plus hostile à notre
influence. C’est là que vivent les Ouled Djerir et les Douï
Menia dissidents. C’est du Tafilelt que partent les grandes harkas
dirigées contre nos postes et nos administrés. L’une d’elles, au
mois de juillet 1904, s’avance même jusqu’auprès de Tombouctou
pour razzier les populations soumises à l’Afrique occidentale
française. Elle essuie dans cette région, au mois de novembre,
une sanglante défaite.
Les routes que suivent les harkas du Tafilelt pour aller au Sahel
ou au Niger échappaient jusqu’ici par leur éloignement à la
surveillance des postes extrêmes du Sud Algérien ; cependant
quelques-uns de leurs points de passage ont été reconnus en
1905 par le capitaine Flye-Sainte-Marie, commandant la compagnie
saharienne du Touat, qui a traversé l’Iguidi, poussé une très
belle reconnaissance dans l’ouest de la Saoura jusqu’à 9°
11′ Ouest, à 160 kilomètres seulement de Tindouf et recoupé,
aux puits de Marabouti et de Bir Aouina, les itinéraires d’Oskar
Lenz et de René Caillié[355]. Le capitaine Flye-Sainte-Marie a
reconnu ainsi toutes les routes du Maroc méridional au Soudan ;
elles seraient aisées à dominer en occupant quelques points de
l’Iguidi par lesquelles elle doivent forcément passer. Elles sont
d’ailleurs aujourd’hui entièrement désertes, et aucun commerce
n’y existe plus[356].
*
* *
En même temps que s’effectuaient avec autant de bonheur que
d’activité ces opérations de police, à l’abri de notre
puissance militaire, tous les procédés pacifiques étaient
mis en œuvre pour assurer définitivement notre influence. Le
chemin de fer du Sud-Ouest a été poussé dans ces dernières
années avec une grande activité. En réalité, il eût fallu,
ainsi que l’a dit M. Etienne[357], opérer comme les Anglais
dans leur marche sur Khartoum et poursuivre notre voie ferrée en
même temps que nos colonnes avançaient : c’eût été une grande
économie. En 1900, la ligne de pénétration de l’Oranie atteignait
Djenien-bou-Rezg. La mise en chantier du tronçon suivant, de Djenien
à Duveyrier-Zoubia (33 kil.), au confluent de l’Oued Dermel et
de l’Oued Douis, suivait immédiatement et, le 31 août 1901, ce
tronçon était ouvert à son tour. Le 2 août 1903, la voie ferrée
s’avançait jusqu’à Beni-Ounif (27 kil.), à 4 kil. de Figuig. On
laissait de côté l’oasis mais on s’en rapprochait assez pour
que les ksouriens pussent profiter des facilités commerciales que
leur offrait le chemin de fer. C’est ce qu’ils ne manquaient pas
de faire, et Beni-Ounif devenait aussitôt un centre de transactions
important. Le 4 février 1905, on ouvrait la section de Beni-Ounif
à Ben-Zireg (61 kil.), et le 3 juillet 1905 la locomotive arrivait
à Colomb[358] (51 kil.), à 744 kil. du littoral. En même temps
le télégraphe était posé jusqu’à Forthassa d’un côté,
Beni-Abbès de l’autre.
Une fois à Colomb-Bechar, la question se pose de savoir si la
ligne doit être prolongée par la vallée de l’Oued-Guir dans la
direction du Gourara et du Touat, comme on en avait d’abord eu le
projet, ou si elle ne doit pas plutôt, dans un avenir plus ou moins
lointain, s’orienter vers l’Oued Draa et l’Atlantique. Quel
que doive être le sort futur des projets de Transsaharien, on
s’est décidé à agir au lieu de discuter, et à commencer par
le commencement : poser le rail et assurer la sécurité des confins
militaires de l’Algérie. Dès à présent, la voie ferrée remplit
vis-à-vis de la Zousfana le rôle de protection en vue duquel elle
a été essentiellement construite.
Le commerce a d’ailleurs pris un développement assez notable
dans cette région entre Zousfana et Oued-Guir, beaucoup moins
misérable que l’archipel touatien. Un décret du 1er février 1902,
complétant celui du 17 décembre 1900 qui avait autorisé l’entrée
en franchise de certains produits destinés à traverser le territoire
algérien pour se répandre dans le Sahara, exemptait des droits de
douane et d’octroi de mer les marchandises suivantes transitant
par Aïn-Sefra et Djenan-ed-Dar : les toiles de coton pur, unies,
écrues ou blanchies pesant plus de 5 kilos aux 100 mètres carrés,
les guinées originaires des établissements français de l’Inde
et les thés de toute provenance.