pénétrer chez les Touareg Azdjer, de traverser leur territoire et
d’atteindre l’Aïr. Cependant, avant de prendre la direction
de Temassinin et du Tassili des Azdjer, il dut, afin de déférer
au désir du Gouvernement général de l’Algérie, faire un
levé rapide de la route d’El-Goléa au Tidikelt à travers le
Tademayt. Seul, sans bagages, ni tente, ni convoi, accompagné de
cinq Chaanba seulement, il passe par Hassi-Chebaba et s’avance
jusqu’à Hassi-el-Mongar, à 35 kilomètres N.-E. d’In-Salah. Il
se dirige ensuite sur El-Biodh et Temassinin, suit le Djoua par
l’Oued-Ohanet, puis, coupant à travers l’Erg d’Issaouan, il
gagne par une route complètement nouvelle le puits de Tadjentourt,
situé sur la route de Ghadamès à Ghat et qu’avait jadis visité
Duveyrier. De là, il traverse le plateau d’Eguélé et atteint
l’Oued-Tikhammalt (Oued-Mihero), où il a une entrevue avec
les chefs Azdjer, notamment Guedassen, Mohammed ben Ikhenoukhen,
et Moulay-ag-Khaddadj. Guedassen, le chef des Azdjer, est très
hostile aux Européens ; Mohammed ben Ikhenoukhen est plus calme
et plus sympathique ; Moulay ag Khaddadj, cousin d’Ikhenoukhen,
est peu influent[290]. Il n’y a d’ailleurs plus d’amenokal
depuis la mort d’El Hadj Ikhenoukhen ; l’anarchie complète
règne chez les Azdjer. Après de longues et pénibles discussions,
les chefs finirent par accepter de faire traverser leur territoire
à M. Foureau. Celui-ci remonta la vallée, encaissée dans le
Tassili, massif montagneux de grès noir hérissé de pics aigus,
mais sa marche vers le Sud-Est fut bientôt arrêtée, au point
dit Edeyehouen, avant le lac Mihero, par une bande de fanatiques à
l’encontre desquels les notables Azdjer ne montrèrent qu’une
médiocre bonne volonté. Le retour en arrière s’effectua à
travers l’Erg d’Issaouan et le plateau de Tinghert, par Hassi
Tabankort, Mouilah Maatallah, Hassi-Mokhanza et Touggourt.
Ces deux missions de M. Foureau à Hassi-el-Mongar et à Edeyehouen
sont parmi les plus importantes qu’il ait accomplies à tous les
points de vue. Il rapportait un itinéraire de 4.600 kilomètres
levé à 1/100.000e. Sa tentative de janvier 1894 pour traverser le
Tassili et pénétrer dans l’Aïr est celle qui fut le plus près
de réussir.
Pendant les années qui suivent, M. Foureau fait encore plusieurs
explorations plus ou moins longues dans l’arrière-pays de nos
possessions de l’Afrique du Nord ; d’octobre 1894 à mars 1895,
il effectue deux nouvelles tentatives[291]. Dans un précédent
voyage, il avait pris contact et séjourné quelque temps avec les
chefs Azdjer au milieu de leurs campements ; arrêté dans sa marche
vers le Sud par les efforts d’un chérif fanatique et la mollesse
voulue des chefs Azdjer, il rapportait une réclamation des Touareg
qui demandaient au Gouvernement français la restitution de chameaux
à eux razziés en 1885 par des nomades algériens d’El-Oued. Après
règlement de cette question, ils assuraient, disaient-ils, le libre
passage aux explorateurs français. Le Gouverneur général voulut
bien consentir, par mesure bienveillante, à payer aux Touareg leurs
chameaux ; mais ils devaient envoyer à Touggourt des mandataires
pour toucher cette somme, fixée à 9.000 francs.
M. Foureau se rendit chez les chefs Azdjer pour les informer de
cette décision. Passant par Aïn-Taïba, El-Biodh et Temassinin,
il traversa l’Erg d’Issaouan, où il reconnut l’existence
d’un grand gassi se dirigeant vers Aïn-el-Hadjadj ; il s’avança
jusqu’au lac Menghough, doublant à peu près l’itinéraire de
la première mission Flatters, et poussa jusqu’à Tadjentourt, où
eurent lieu avec les chefs des pourparlers qui durèrent 6 jours. Il
se décida à leur payer 2.000 francs à titre d’acompte, et
ramena deux mandataires auxquels fut versé le reste de la somme. Il
rentra à Touggourt par Hassi-bel-Haïrane, rapportant environ 1.000
kilomètres d’itinéraires nouveaux, notamment dans le grand Erg,
et ayant recueilli divers fossiles du dévonien et du carboniférien.
Les mandataires des Touareg, ayant reçu en janvier 1895 à El-Oued
le solde de leur compte, repartirent avec une lettre par laquelle
Foureau donnait rendez-vous aux chefs Azdjer au pied du Tassili pour
le mois de mai. Ayant rempli[292] toutes les conditions exigées
par eux, il devait trouver son escorte au jour dit. Mais cette
fois, il fut arrêté par un rezzou de Chaanba dissidents habitant
avec Bou-Amama. Il dut rentrer à Biskra, après avoir couru de
réels dangers, et ne rapportant que fort peu de renseignements
géographiques. La même année survenait un événement fâcheux
pour l’influence française, la mort de Mohammed ben Ikhenoukhen,
fils du protecteur de Duveyrier[293].
En 1896, les Touareg avaient accusé officiellement réception des
sommes versées le 3 février 1895 par les autorités françaises à
leurs mandataires. Leurs dispositions semblaient assez favorables,
mais le Gouvernement général s’opposa à ce que M. Foureau
pénétrât cette année-là chez les Touareg, où on signalait un
état troublé, et il dut se borner à une course dans le grand Erg
algérien et tunisien[294]. Il distingua dans l’Erg un certain
nombre de zones bien distinctes, différentes par l’aspect et la
végétation, reconnut un bras très oriental de l’Igharghar et
constata que la région de _l’Ouar_ (la difficile), qui succède à
l’Oudje nord, recouvre tout un système montagneux, aujourd’hui
à peu près complètement enseveli.
En 1897, M. Foureau tente une fois encore la traversée du Tassili
des Azdjer[295]. De Temassinin, il remonte la vallée des Ighargharen,
passe à Aïn-el-Hadjadj et au lac Menghough. Il a de longs palabres
avec les Azdjer au puits de Tassindja, dans l’Oued-Lezy, mais
sans plus de succès que précédemment. Il doit renoncer à gagner
l’Aïr, faute d’argent et de temps (il était parti trop tard,
en mars, et avait rencontré des températures très pénibles) ;
mais le principal obstacle résidait toujours dans l’attitude
des Azdjer « dont les appétits, au point de vue de l’argent,
sont aussi grands que leur complaisance l’est peu. »
Les explorations de M. Foureau donnent la conviction, à peu près
établie d’ailleurs dès sa mission de janvier 1894, que le système
employé par Duveyrier, et consistant à se présenter presque sans
compagnons en s’assurant le patronage de chefs influents, n’est
plus de mise et ne saurait désormais réussir, si bien préparé
que soit l’explorateur et quelle que soit sa connaissance des
choses du Sahara.
Il ne restait donc qu’à tenter la traversée du Sahara « avec une
petite colonne d’hommes disciplinés à toute épreuve, qui puisse
s’avancer sans provocation, mais négocier sans faiblesse, et passer
outre aux manœuvres dilatoires qu’emploient si volontiers les
Touareg, qui ne sont forts que de notre apparente faiblesse[296]. »
« Seule, écrivait M. Foureau[297], une escorte de 150 fusils bien
recrutés assure absolument la sécurité et la réussite ; avec
elle, on peut se passer des Touareg, solder les droits de passage
régulièrement dus, ne pas faire de cadeaux ». Il restait en somme
à recommencer la mission Flatters dans des conditions meilleures,
et avec la résolution ferme de passer de force si l’on ne
pouvait passer de plein gré. C’est ce qu’a exécuté la mission
Foureau-Lamy en 1898. Cette mission a prouvé la justesse des vues
de ceux qui avaient toujours affirmé qu’une petite troupe bien
organisée, placée sous le commandement d’officiers ayant pratiqué
le désert, ne devait rencontrer au Sahara d’autre résistance,
d’autre obstacle que ceux provenant de la nature.
Le legs fait[298] à la Société de Géographie de Paris par
M. R. des Orgeries permit à M. Foureau de réaliser ce programme,
qui reçut l’approbation des divers ministères et du Gouvernement
général de l’Algérie. Le commandant Lamy, ancien chef du poste
d’El-Goléa en 1891, alors officier d’ordonnance du Président
de la République M. Félix Faure, devint le second de M. Foureau
dans l’entreprise et fut spécialement désigné pour commander
l’escorte. La mission comprenait en tout 5 membres civils :
MM. Foureau, Villatte, Ménard-Dorian, Louis Leroy, du Passage (ces
deux derniers ne dépassèrent pas Temassinin) ; 10 officiers :
MM. Lamy, Reibell, Métois, Verlet-Hanus, Britsch, Oudjari, de
Chambrun, Rondeney, docteurs Fournial et Haller, et 277 hommes
de troupe.
Le 23 octobre 1898, la mission quitta Ouargla, emmenant avec elle un
immense convoi de 1.000 chameaux chargé d’approvisionnements de
toutes sortes. La mission passa d’abord par Aïn-Taïba, El-Biodh
et Temassinin. Un poste provisoire fut fondé en ce dernier point
pour rester le plus longtemps possible en relations avec la mission
et la couvrir au besoin ; grâce à cette précaution, négligée
bien à tort par Flatters, la mission, qui avait d’ailleurs avec
elle des forces suffisantes, devait être plus respectée encore
des populations touareg[299]. Le capitaine Pein fut chargé du
commandement de ce poste ; il avait avec lui 120 méharistes,
dont 50 spahis sahariens aux ordres du lieutenant de Thézillat,
et une quinzaine de chevaux ; il accomplit sa difficile tâche avec
un succès qui lui fait le plus grand honneur. Dès que la mission
Foureau-Lamy eut quitté Temassinin, le capitaine Pein partit
en reconnaissance vers le S.-W. jusqu’au puits d’In-Kelmet,
à deux jours au N.-E. d’Amguid, couvrant le flanc droit de la
mission. De retour à Temassinin, il en repartit pour s’avancer
jusqu’à Tikhammar et à l’Oued-Affatakha, qu’il ne comptait pas
dépasser ; mais la nécessité d’assurer le retour de l’escorte
d’un dernier et important convoi, que le lieutenant de Thézillat
avait dû accompagner à Assiou, le contraignit de pousser jusqu’à
Tadent. C’est seulement lorsque tout son monde fut rentré qu’il
se décida à revenir en suivant une route nouvelle, qui le ramena
à la Sebkha d’Amadghor et à Amguid[300]. Partout où il avait
passé, il avait fait le levé de son itinéraire, exécuté de
nombreuses reconnaissances, recueilli d’utiles renseignements
auprès des indigènes.
Quant à la mission Foureau-Lamy, elle fut retardée par la
difficulté d’abreuver et de nourrir un si grand nombre de chameaux,
difficulté encore aggravée par une sécheresse persistante. En
outre, la route présente des obstacles très rudes au point de
vue de la nature et du relief du sol. Jusqu’à Aïn-el-Hadjadj,
la mission suivit l’itinéraire de la première mission Flatters ;
mais à partir de ce point, elle entra en pays complètement
inconnu, jusqu’auprès d’Assiou (In-Azaoua), où elle rejoignit
l’itinéraire de Barth.
La carte de la région était complètement erronée, bien que
la succession des oueds, puits et points importants, fixée par
Duveyrier d’après renseignements soit tout-à-fait exacte et
rende de précieux services au voyageur. Mais il est nécessaire de
faire subir aux diverses régions des corrections de report soit vers
l’Est, soit vers l’Ouest, soit vers divers azimuts. On traversa
d’abord, non sans peine, le Tindesset, portion ouest du Tassili des
Azdjer, région gréseuse offrant des altitudes de 1.400 mètres,
et entourée vers l’Est d’étendues volcaniques ; la mission y
rencontra des températures très basses de − 8° et − 10°. On
découvrit ensuite l’Adrac, région difficile et tourmentée ; elle
se relie par son angle S. W. au massif d’Ahorrène, qui porte ses
sommets principaux à 1.800 mètres, ne le cédant en rien du reste
aux pics majeurs situés plus à l’Est et appartenant à l’Adrar
proprement dit. La ligne de partage entre la Méditerranée et
l’Atlantique fut franchie par 1374 mètres d’altitude et presque
sur le 25e parallèle Nord. Puis, devant l’Oued-Tafassasset, il
fallut marcher dix jours dans une nouvelle région montagneuse, le
massif de l’Anahef, composé de granit, de gneiss et de schistes,
absolument dépourvu d’eau.
La mission arriva ensuite à Tadent, sur la route des caravanes de
Ghat à l’Aïr. De ce point, MM. Foureau et Lamy allèrent, avec
une faible escorte de 30 Chaanba, visiter les parages où eut lieu,
en 1883, le massacre de la mission Flatters. La traversée entre
Tadent et Assiou fut encore très pénible par suite du manque de
toute espèce de végétation ; la mission perdit un grand nombre de
chameaux. Le puits d’Assiou n’existe pour ainsi dire plus comme
point d’eau ; il est remplacé par In-Azaoua, situé un peu plus
loin dans l’Oued-Tafassasset, qui draine toutes les eaux du flanc
oriental de l’Anahef.
D’In-Azaoua, une marche de 11 jours, à travers une région
montagneuse parfois très difficile, où un seul puits intermédiaire,
celui de Taghazi, permit de renouveler la provision d’eau, amena
la mission à Iferouane, premier village de l’Aïr, habité par
des Touareg. Le manque d’animaux de transport, pour remplacer
ceux très nombreux qui avaient péri en route depuis l’Algérie,
la mauvaise volonté des indigènes, les tromperies des guides,
retinrent longtemps les voyageurs dans l’Aïr. Ils y endurèrent
de cruelles souffrances, notamment par suite du manque de vivres,
et durent se résoudre à sacrifier une grande partie de leurs
bagages. Ils furent attaqués à deux reprises par les Touareg, sans
aucun succès d’ailleurs ; sur un des Touareg tués on trouva des
fragments de papiers, ayant appartenu à Erwin de Bary. M. Foureau
est d’accord avec l’explorateur allemand qui l’avait précédé
sur le régime climatique, la végétation de l’Aïr et le degré
d’importance d’Agadès.
Arrivée dans cette ville le 28 juillet, la mission ne la quitta
définitivement que le 17 octobre, et, par des marches longues et
pénibles, traversa l’Azaouak, zone désertique, puis le Tagama,
relativement boisé, le Damergou, plus découvert, avec des champs
de mil. Elle parvint enfin à Zinder, grande et belle ville,
où elle trouva un détachement d’une centaine de tirailleurs
sénégalais. De Zinder, Foureau-Lamy se dirigèrent vers le Tchad,
traversant Kouka en ruines ; arrivés sur les bords du lac, ils
opérèrent leur jonction avec deux autres missions françaises :
la mission de l’Afrique centrale, ancienne mission Voulet-Chanoine
devenue la mission Joalland-Meynier, qui s’était avancée du
Niger au Tchad, et la mission Gentil qui provenait du Congo et du
Chari. Pendant que Foureau rentrait en France par l’Oubangui,
ayant parcouru près de 10 degrés de latitude en passant par le
centre du continent noir, les forces réunies des trois missions,
sous les ordres du commandant Lamy, livraient bataille à Rabah à
Koussri ; le conquérant noir était tué, mais ce succès était
trop chèrement payé par la mort de Lamy enseveli dans son triomphe
(22 avril 1900). La défaite des bandes de Rabah était achevée à
Dikoa par le capitaine Reibell. La mission Foureau-Lamy, c’est en
somme la mission Flatters reprise et réussissant. Il est seulement
fâcheux qu’on ait attendu 20 ans pour cela. La preuve est faite
dorénavant qu’on peut traverser le Sahara avec une petite troupe
bien commandée.
Les résultats scientifiques de la Mission Saharienne sont trop
considérables pour qu’il soit possible d’en donner ici même un
aperçu. Les _Documents_ rapportés par la mission et l’exposé
méthodique des résultats de la grande expédition ont été
publiés par M. Foureau[301]. Les observations astronomiques
et météorologiques, l’orographie et la structure du pays,
l’hydrographie, la carte, la nature géologique, la flore et la
faune, l’ethnographie, les découvertes d’ordre préhistorique
sont successivement passés en revue. C’est en quelque sorte
l’encyclopédie des connaissances acquises sur cette longue bande
d’Afrique qui va d’Ouargla à l’Oubangui[302]. L’Atlas,
dressé par le capitaine Verlet-Hanus, d’après les travaux
exécutés sur le terrain par M. F. Foureau et par les officiers
de l’escorte militaire comprend 16 planches en couleur contenant
l’itinéraire général de la mission entre Ouargla et Bangui,
à l’échelle de 1/400.000e. Cet itinéraire est appuyé sur plus
de cent positions astronomiques. Il est complété par une série
de profils qui donnent une impression très nette de la région
traversée.
Au point de vue géologique, c’est à M. Foureau que nous devons les
documents paléontologiques permettant d’établir une chronologie
précise des formations géologiques qui affleurent dans le grand
désert : schistes siluriens du Tindesset, caractérisés par la
présence de graptolithes, grès dévoniens, grès et calcaires
carbonifères, argiles et grès albiens. Si l’on rapproche les faits
observés par M. Foureau de ceux qui ont été constatés depuis à
l’Ouest de l’Ahaggar, on constate[303] que le Sahara septentrional
et central comprend deux régions essentiellement distinctes : une
région de plissements postcarbonifères, et une région tabulaire
où les plissements sont antérieurs au dévonien. Les terrains
crétacés forment une vaste nappe transgressive, qui s’étend
indistinctement sur les deux systèmes de plissements. M. E. Haug
déclare que, parmi les faits stratigraphiques mis en lumière au
cours de ces dernières années, il n’en est certainement pas qui
dépassent en intérêt ceux qu’a moissonnés M. Foureau au cours
de ses voyages successifs en pays touareg.
Dans le chapitre consacré à la géographie physique, le Sud
Algérien, le grand Erg, la hammada de Tinghert, l’Erg d’Issaouan,
les massifs montagneux et les plateaux du Sahara central, les massifs
de l’Aïr, les plateaux sahariens du Tagama et du Damergou sont
décrits de main de maître ; M. Foureau y a joint des observations
sur les dunes et sur les phénomènes éoliens. Pour la richesse des
renseignements météorologiques, M. Foureau a toujours satisfait
les plus difficiles. L’hydrographie contient des considérations
sur le bassin de l’Igharghar, sur l’Oued Tafassasset, qui parait
s’acheminer vers le S.-S.-W., dans la direction de Sokoto et du
Niger, sur les oueds de l’Aïr, sur le problème du Tchad. Les
collections botaniques et zoologiques sont malheureusement
incomplètes, détruites par les accidents de la route.
Les collections préhistoriques reccueillies par M. Foureau
et commentées par le Dr Haug et le Dr Verneau, sont des plus
précieuses. Le chapitre ethnographique apporte beaucoup de
renseignements nouveaux sur les Touareg du Nord et sur les Keloui de
l’Aïr. Enfin l’aperçu commercial et les conclusions démontrent
que toute la partie du Sahara qui s’étend depuis le Sud Algérien
jusqu’aux confins septentrionaux de l’Aïr est improductive,
stérile et n’offre aucune ressource sérieuse. Dans la région
même de l’Aïr, les cultures sont extrêmement réduites, et
il y a peu de chances d’étendre ces petits jardins entretenus
à grand’peine. Dans l’état actuel des choses, le Sahara n’a
aucune valeur, ne produit absolument rien, et il y a lieu de procéder
à son organisation de la façon la plus économique possible[304].
III
Parmi les missions sahariennes, il convient de mettre à part
celles de MM. G. Méry et B. d’Attanoux, à cause du caractère
de tentatives commerciales qui leur est propre.
En 1892, M. G. Méry fut chargé par M. Georges Rolland, ainsi que
par la Société d’études pour la construction d’une voie
ferrée de Biskra à Ouargla et prolongements, d’une mission
géographique et commerciale au sud d’Ouargla vers le pays des
Touareg Azdjer. Parti d’El-Oued avec 3 indigènes et 4 chameaux
seulement, il gagna El-Biodh par Aïn-Taïba, reconnaissant le grand
Gassi découvert par la première mission Flatters, le plus beau
couloir de la région tant par son sol régulier de _reg_ que par
sa largeur, qui atteint jusqu’à 12 kilomètres, et constatant
que l’établissement d’une voie ferrée ne rencontrerait aucune
difficulté provenant de la nature du terrain[305]. D’El-Biodh,
il marcha vers le S.-S.-E., comptant atteindre Tabalbalet, d’où
les premiers campements Azdjer n’étaient pas éloignés, mais,
après 3 jours de marche dans cette direction, il fut contraint
de revenir sur ses pas par suite du refus de son guide Chaanbi
de l’accompagner plus loin à cause des Touareg. Il revint à
Aïn-Taïba, où il rencontra M. Foureau revenant d’Hassi-Messeguem,
et rentra à El-Oued par Hassi-bel-Haïran et Hassi-Mey.
En 1893, M. G. Méry est envoyé de nouveau par le syndicat de
Biskra-Ouargla, avec mission de chercher à s’entendre avec les
chefs des Azdjer et d’obtenir le libre passage sur leur territoire
pour des caravanes à destination du Soudan central. M. Méry était
allé au préalable à Tripoli se renseigner sur le mouvement des
échanges existant entre ce port et le Soudan, ainsi que sur la nature
des marchandises échangées. D’El-Oued, M. Méry accompagné de
M. Guilloux, se dirigea sur Hassi-Mey et Hassi-bel-Haïran. Là,
il fut rejoint par un _miad_ de Touareg revenant d’Alger, où ils
étaient allés, dans un but mal défini, pour voir le Gouverneur
et échanger des salutations, dirent-ils, mais surtout pour se
renseigner sur nos intentions à leur égard[306].
La mission, conduite par Abd-en-Nebi, marabout des Ifoghas
et arrière-neveu de Cheikh Othman, se dirigea sur le lac
Menghough par Tabalbalet et Aïn-el-Hadjadj, suivant la route
de la première mission Flatters. Au lac Menghough, elle eut
des entrevues avec les chefs Azdjer Guedassen et Mouley. Elle
regagna ensuite El-Oued par Temassinin, El-Biodh, Aïn-Taïba
et Hassi-bel-Haïran. L’itinéraire avait été relevé à la
boussole par M. Méry, qui avait fait en outre des observations
météorologiques, recueilli des échantillons géologiques
et botaniques, tandis que M. Guilloux faisait des observations
astronomiques.
Au point de vue scientifique, le voyage de M. G. Méry n’a donc pas
été sans résultats. Au point de vue économique, les assertions
de cet explorateur étaient en complète contradiction avec celles
de M. Foureau. M. Méry affirmait que « tous les Touareg, même
les bergers, connaissaient le traité de Ghadamès, et que pas un
ne manquerait à la parole donnée par un chef au nom de toutes les
tribus[307] ». M. Foureau déclarait que la masse de la nation ne
connaissait point la convention de 1862. Le courant d’échanges
entre la Méditerranée et le Soudan est très important d’après
M. Méry, insignifiant d’après M. Foureau[308]. Une vive polémique
s’est engagée là-dessus ; elle ne présente d’ailleurs plus
qu’un intérêt rétrospectif, puisque les conditions de la
pénétration saharienne sont aujourd’hui complètement changées.
« Je ne crains pas, disait M. G. Méry, d’affirmer que nous
avons la route du Soudan ouverte par le Nord, et à ceux qui me
contrediraient, je me contenterais de répondre que je m’offre
à en faire pratiquement la preuve. » Cette réponse eût en
effet convaincu les plus incrédules. Malheureusement, elle ne
fut pas faite. En octobre 1893, le Syndicat Ouargla-Soudan, avec
l’appui officiel du Gouvernement général de l’Algérie,
envoya une mission pour essayer de tirer parti de la première
mission Méry. Cette mission comprenait M. Méry, chef de mission,
M. B. d’Attanoux, ancien officier, rédacteur au _Temps_,
M. Bonnel de Mézières, ancien membre de la mission Maistre,
et deux Pères Blancs, le P. Hacquart, supérieur de la station
d’Ouargla, et le P. Ménoret. Mais, dès les premiers jours,
un désaccord survint entre M. Méry et ses compagnons au sujet de
l’organisation de la caravane et des mesures à prendre pour assurer
sa sécurité. M. Méry, souffrant, rentra en France : il alla de là
à Tombouctou, où il ouvrit avec beaucoup de succès des comptoirs
commerciaux commandités par le Syndicat Ouargla-Soudan ; il mourut à
Tombouctou, après un séjour de plusieurs années. M. B. d’Attanoux
fut désigné comme nouveau chef de la mission, et le départ fut
ajourné pour utiliser le retour dans son pays d’une députation
de Touareg qui venait d’arriver à El-Oued, où elle fut reçue
par le général de la Roque.