En 1894, de même qu’en 1893, le but de M. Foureau[289] était de

pénétrer chez les Touareg Azdjer, de traverser leur territoire et

d’atteindre l’Aïr. Cependant, avant de prendre la direction

de Temassinin et du Tassili des Azdjer, il dut, afin de déférer

au désir du Gouvernement général de l’Algérie, faire un

levé rapide de la route d’El-Goléa au Tidikelt à travers le

Tademayt. Seul, sans bagages, ni tente, ni convoi, accompagné de

cinq Chaanba seulement, il passe par Hassi-Chebaba et s’avance

jusqu’à Hassi-el-Mongar, à 35 kilomètres N.-E. d’In-Salah. Il

se dirige ensuite sur El-Biodh et Temassinin, suit le Djoua par

l’Oued-Ohanet, puis, coupant à travers l’Erg d’Issaouan, il

gagne par une route complètement nouvelle le puits de Tadjentourt,

situé sur la route de Ghadamès à Ghat et qu’avait jadis visité

Duveyrier. De là, il traverse le plateau d’Eguélé et atteint

l’Oued-Tikhammalt (Oued-Mihero), où il a une entrevue avec

les chefs Azdjer, notamment Guedassen, Mohammed ben Ikhenoukhen,

et Moulay-ag-Khaddadj. Guedassen, le chef des Azdjer, est très

hostile aux Européens ; Mohammed ben Ikhenoukhen est plus calme

et plus sympathique ; Moulay ag Khaddadj, cousin d’Ikhenoukhen,

est peu influent[290]. Il n’y a d’ailleurs plus d’amenokal

depuis la mort d’El Hadj Ikhenoukhen ; l’anarchie complète

règne chez les Azdjer. Après de longues et pénibles discussions,

les chefs finirent par accepter de faire traverser leur territoire

à M. Foureau. Celui-ci remonta la vallée, encaissée dans le

Tassili, massif montagneux de grès noir hérissé de pics aigus,

mais sa marche vers le Sud-Est fut bientôt arrêtée, au point

dit Edeyehouen, avant le lac Mihero, par une bande de fanatiques à

l’encontre desquels les notables Azdjer ne montrèrent qu’une

médiocre bonne volonté. Le retour en arrière s’effectua à

travers l’Erg d’Issaouan et le plateau de Tinghert, par Hassi

Tabankort, Mouilah Maatallah, Hassi-Mokhanza et Touggourt.

Ces deux missions de M. Foureau à Hassi-el-Mongar et à Edeyehouen

sont parmi les plus importantes qu’il ait accomplies à tous les

points de vue. Il rapportait un itinéraire de 4.600 kilomètres

levé à 1/100.000e. Sa tentative de janvier 1894 pour traverser le

Tassili et pénétrer dans l’Aïr est celle qui fut le plus près

de réussir.

Pendant les années qui suivent, M. Foureau fait encore plusieurs

explorations plus ou moins longues dans l’arrière-pays de nos

possessions de l’Afrique du Nord ; d’octobre 1894 à mars 1895,

il effectue deux nouvelles tentatives[291]. Dans un précédent

voyage, il avait pris contact et séjourné quelque temps avec les

chefs Azdjer au milieu de leurs campements ; arrêté dans sa marche

vers le Sud par les efforts d’un chérif fanatique et la mollesse

voulue des chefs Azdjer, il rapportait une réclamation des Touareg

qui demandaient au Gouvernement français la restitution de chameaux

à eux razziés en 1885 par des nomades algériens d’El-Oued. Après

règlement de cette question, ils assuraient, disaient-ils, le libre

passage aux explorateurs français. Le Gouverneur général voulut

bien consentir, par mesure bienveillante, à payer aux Touareg leurs

chameaux ; mais ils devaient envoyer à Touggourt des mandataires

pour toucher cette somme, fixée à 9.000 francs.

M. Foureau se rendit chez les chefs Azdjer pour les informer de

cette décision. Passant par Aïn-Taïba, El-Biodh et Temassinin,

il traversa l’Erg d’Issaouan, où il reconnut l’existence

d’un grand gassi se dirigeant vers Aïn-el-Hadjadj ; il s’avança

jusqu’au lac Menghough, doublant à peu près l’itinéraire de

la première mission Flatters, et poussa jusqu’à Tadjentourt, où

eurent lieu avec les chefs des pourparlers qui durèrent 6 jours. Il

se décida à leur payer 2.000 francs à titre d’acompte, et

ramena deux mandataires auxquels fut versé le reste de la somme. Il

rentra à Touggourt par Hassi-bel-Haïrane, rapportant environ 1.000

kilomètres d’itinéraires nouveaux, notamment dans le grand Erg,

et ayant recueilli divers fossiles du dévonien et du carboniférien.

Les mandataires des Touareg, ayant reçu en janvier 1895 à El-Oued

le solde de leur compte, repartirent avec une lettre par laquelle

Foureau donnait rendez-vous aux chefs Azdjer au pied du Tassili pour

le mois de mai. Ayant rempli[292] toutes les conditions exigées

par eux, il devait trouver son escorte au jour dit. Mais cette

fois, il fut arrêté par un rezzou de Chaanba dissidents habitant

avec Bou-Amama. Il dut rentrer à Biskra, après avoir couru de

réels dangers, et ne rapportant que fort peu de renseignements

géographiques. La même année survenait un événement fâcheux

pour l’influence française, la mort de Mohammed ben Ikhenoukhen,

fils du protecteur de Duveyrier[293].

En 1896, les Touareg avaient accusé officiellement réception des

sommes versées le 3 février 1895 par les autorités françaises à

leurs mandataires. Leurs dispositions semblaient assez favorables,

mais le Gouvernement général s’opposa à ce que M. Foureau

pénétrât cette année-là chez les Touareg, où on signalait un

état troublé, et il dut se borner à une course dans le grand Erg

algérien et tunisien[294]. Il distingua dans l’Erg un certain

nombre de zones bien distinctes, différentes par l’aspect et la

végétation, reconnut un bras très oriental de l’Igharghar et

constata que la région de _l’Ouar_ (la difficile), qui succède à

l’Oudje nord, recouvre tout un système montagneux, aujourd’hui

à peu près complètement enseveli.

En 1897, M. Foureau tente une fois encore la traversée du Tassili

des Azdjer[295]. De Temassinin, il remonte la vallée des Ighargharen,

passe à Aïn-el-Hadjadj et au lac Menghough. Il a de longs palabres

avec les Azdjer au puits de Tassindja, dans l’Oued-Lezy, mais

sans plus de succès que précédemment. Il doit renoncer à gagner

l’Aïr, faute d’argent et de temps (il était parti trop tard,

en mars, et avait rencontré des températures très pénibles) ;

mais le principal obstacle résidait toujours dans l’attitude

des Azdjer « dont les appétits, au point de vue de l’argent,

sont aussi grands que leur complaisance l’est peu. »

Les explorations de M. Foureau donnent la conviction, à peu près

établie d’ailleurs dès sa mission de janvier 1894, que le système

employé par Duveyrier, et consistant à se présenter presque sans

compagnons en s’assurant le patronage de chefs influents, n’est

plus de mise et ne saurait désormais réussir, si bien préparé

que soit l’explorateur et quelle que soit sa connaissance des

choses du Sahara.

Il ne restait donc qu’à tenter la traversée du Sahara « avec une

petite colonne d’hommes disciplinés à toute épreuve, qui puisse

s’avancer sans provocation, mais négocier sans faiblesse, et passer

outre aux manœuvres dilatoires qu’emploient si volontiers les

Touareg, qui ne sont forts que de notre apparente faiblesse[296]. »

« Seule, écrivait M. Foureau[297], une escorte de 150 fusils bien

recrutés assure absolument la sécurité et la réussite ; avec

elle, on peut se passer des Touareg, solder les droits de passage

régulièrement dus, ne pas faire de cadeaux ». Il restait en somme

à recommencer la mission Flatters dans des conditions meilleures,

et avec la résolution ferme de passer de force si l’on ne

pouvait passer de plein gré. C’est ce qu’a exécuté la mission

Foureau-Lamy en 1898. Cette mission a prouvé la justesse des vues

de ceux qui avaient toujours affirmé qu’une petite troupe bien

organisée, placée sous le commandement d’officiers ayant pratiqué

le désert, ne devait rencontrer au Sahara d’autre résistance,

d’autre obstacle que ceux provenant de la nature.

Le legs fait[298] à la Société de Géographie de Paris par

M. R. des Orgeries permit à M. Foureau de réaliser ce programme,

qui reçut l’approbation des divers ministères et du Gouvernement

général de l’Algérie. Le commandant Lamy, ancien chef du poste

d’El-Goléa en 1891, alors officier d’ordonnance du Président

de la République M. Félix Faure, devint le second de M. Foureau

dans l’entreprise et fut spécialement désigné pour commander

l’escorte. La mission comprenait en tout 5 membres civils :

MM. Foureau, Villatte, Ménard-Dorian, Louis Leroy, du Passage (ces

deux derniers ne dépassèrent pas Temassinin) ; 10 officiers :

MM. Lamy, Reibell, Métois, Verlet-Hanus, Britsch, Oudjari, de

Chambrun, Rondeney, docteurs Fournial et Haller, et 277 hommes

de troupe.

Le 23 octobre 1898, la mission quitta Ouargla, emmenant avec elle un

immense convoi de 1.000 chameaux chargé d’approvisionnements de

toutes sortes. La mission passa d’abord par Aïn-Taïba, El-Biodh

et Temassinin. Un poste provisoire fut fondé en ce dernier point

pour rester le plus longtemps possible en relations avec la mission

et la couvrir au besoin ; grâce à cette précaution, négligée

bien à tort par Flatters, la mission, qui avait d’ailleurs avec

elle des forces suffisantes, devait être plus respectée encore

des populations touareg[299]. Le capitaine Pein fut chargé du

commandement de ce poste ; il avait avec lui 120 méharistes,

dont 50 spahis sahariens aux ordres du lieutenant de Thézillat,

et une quinzaine de chevaux ; il accomplit sa difficile tâche avec

un succès qui lui fait le plus grand honneur. Dès que la mission

Foureau-Lamy eut quitté Temassinin, le capitaine Pein partit

en reconnaissance vers le S.-W. jusqu’au puits d’In-Kelmet,

à deux jours au N.-E. d’Amguid, couvrant le flanc droit de la

mission. De retour à Temassinin, il en repartit pour s’avancer

jusqu’à Tikhammar et à l’Oued-Affatakha, qu’il ne comptait pas

dépasser ; mais la nécessité d’assurer le retour de l’escorte

d’un dernier et important convoi, que le lieutenant de Thézillat

avait dû accompagner à Assiou, le contraignit de pousser jusqu’à

Tadent. C’est seulement lorsque tout son monde fut rentré qu’il

se décida à revenir en suivant une route nouvelle, qui le ramena

à la Sebkha d’Amadghor et à Amguid[300]. Partout où il avait

passé, il avait fait le levé de son itinéraire, exécuté de

nombreuses reconnaissances, recueilli d’utiles renseignements

auprès des indigènes.

Quant à la mission Foureau-Lamy, elle fut retardée par la

difficulté d’abreuver et de nourrir un si grand nombre de chameaux,

difficulté encore aggravée par une sécheresse persistante. En

outre, la route présente des obstacles très rudes au point de

vue de la nature et du relief du sol. Jusqu’à Aïn-el-Hadjadj,

la mission suivit l’itinéraire de la première mission Flatters ;

mais à partir de ce point, elle entra en pays complètement

inconnu, jusqu’auprès d’Assiou (In-Azaoua), où elle rejoignit

l’itinéraire de Barth.

La carte de la région était complètement erronée, bien que

la succession des oueds, puits et points importants, fixée par

Duveyrier d’après renseignements soit tout-à-fait exacte et

rende de précieux services au voyageur. Mais il est nécessaire de

faire subir aux diverses régions des corrections de report soit vers

l’Est, soit vers l’Ouest, soit vers divers azimuts. On traversa

d’abord, non sans peine, le Tindesset, portion ouest du Tassili des

Azdjer, région gréseuse offrant des altitudes de 1.400 mètres,

et entourée vers l’Est d’étendues volcaniques ; la mission y

rencontra des températures très basses de − 8° et − 10°. On

découvrit ensuite l’Adrac, région difficile et tourmentée ; elle

se relie par son angle S. W. au massif d’Ahorrène, qui porte ses

sommets principaux à 1.800 mètres, ne le cédant en rien du reste

aux pics majeurs situés plus à l’Est et appartenant à l’Adrar

proprement dit. La ligne de partage entre la Méditerranée et

l’Atlantique fut franchie par 1374 mètres d’altitude et presque

sur le 25e parallèle Nord. Puis, devant l’Oued-Tafassasset, il

fallut marcher dix jours dans une nouvelle région montagneuse, le

massif de l’Anahef, composé de granit, de gneiss et de schistes,

absolument dépourvu d’eau.

La mission arriva ensuite à Tadent, sur la route des caravanes de

Ghat à l’Aïr. De ce point, MM. Foureau et Lamy allèrent, avec

une faible escorte de 30 Chaanba, visiter les parages où eut lieu,

en 1883, le massacre de la mission Flatters. La traversée entre

Tadent et Assiou fut encore très pénible par suite du manque de

toute espèce de végétation ; la mission perdit un grand nombre de

chameaux. Le puits d’Assiou n’existe pour ainsi dire plus comme

point d’eau ; il est remplacé par In-Azaoua, situé un peu plus

loin dans l’Oued-Tafassasset, qui draine toutes les eaux du flanc

oriental de l’Anahef.

D’In-Azaoua, une marche de 11 jours, à travers une région

montagneuse parfois très difficile, où un seul puits intermédiaire,

celui de Taghazi, permit de renouveler la provision d’eau, amena

la mission à Iferouane, premier village de l’Aïr, habité par

des Touareg. Le manque d’animaux de transport, pour remplacer

ceux très nombreux qui avaient péri en route depuis l’Algérie,

la mauvaise volonté des indigènes, les tromperies des guides,

retinrent longtemps les voyageurs dans l’Aïr. Ils y endurèrent

de cruelles souffrances, notamment par suite du manque de vivres,

et durent se résoudre à sacrifier une grande partie de leurs

bagages. Ils furent attaqués à deux reprises par les Touareg, sans

aucun succès d’ailleurs ; sur un des Touareg tués on trouva des

fragments de papiers, ayant appartenu à Erwin de Bary. M. Foureau

est d’accord avec l’explorateur allemand qui l’avait précédé

sur le régime climatique, la végétation de l’Aïr et le degré

d’importance d’Agadès.

Arrivée dans cette ville le 28 juillet, la mission ne la quitta

définitivement que le 17 octobre, et, par des marches longues et

pénibles, traversa l’Azaouak, zone désertique, puis le Tagama,

relativement boisé, le Damergou, plus découvert, avec des champs

de mil. Elle parvint enfin à Zinder, grande et belle ville,

où elle trouva un détachement d’une centaine de tirailleurs

sénégalais. De Zinder, Foureau-Lamy se dirigèrent vers le Tchad,

traversant Kouka en ruines ; arrivés sur les bords du lac, ils

opérèrent leur jonction avec deux autres missions françaises :

la mission de l’Afrique centrale, ancienne mission Voulet-Chanoine

devenue la mission Joalland-Meynier, qui s’était avancée du

Niger au Tchad, et la mission Gentil qui provenait du Congo et du

Chari. Pendant que Foureau rentrait en France par l’Oubangui,

ayant parcouru près de 10 degrés de latitude en passant par le

centre du continent noir, les forces réunies des trois missions,

sous les ordres du commandant Lamy, livraient bataille à Rabah à

Koussri ; le conquérant noir était tué, mais ce succès était

trop chèrement payé par la mort de Lamy enseveli dans son triomphe

(22 avril 1900). La défaite des bandes de Rabah était achevée à

Dikoa par le capitaine Reibell. La mission Foureau-Lamy, c’est en

somme la mission Flatters reprise et réussissant. Il est seulement

fâcheux qu’on ait attendu 20 ans pour cela. La preuve est faite

dorénavant qu’on peut traverser le Sahara avec une petite troupe

bien commandée.

Les résultats scientifiques de la Mission Saharienne sont trop

considérables pour qu’il soit possible d’en donner ici même un

aperçu. Les _Documents_ rapportés par la mission et l’exposé

méthodique des résultats de la grande expédition ont été

publiés par M. Foureau[301]. Les observations astronomiques

et météorologiques, l’orographie et la structure du pays,

l’hydrographie, la carte, la nature géologique, la flore et la

faune, l’ethnographie, les découvertes d’ordre préhistorique

sont successivement passés en revue. C’est en quelque sorte

l’encyclopédie des connaissances acquises sur cette longue bande

d’Afrique qui va d’Ouargla à l’Oubangui[302]. L’Atlas,

dressé par le capitaine Verlet-Hanus, d’après les travaux

exécutés sur le terrain par M. F. Foureau et par les officiers

de l’escorte militaire comprend 16 planches en couleur contenant

l’itinéraire général de la mission entre Ouargla et Bangui,

à l’échelle de 1/400.000e. Cet itinéraire est appuyé sur plus

de cent positions astronomiques. Il est complété par une série

de profils qui donnent une impression très nette de la région

traversée.

Au point de vue géologique, c’est à M. Foureau que nous devons les

documents paléontologiques permettant d’établir une chronologie

précise des formations géologiques qui affleurent dans le grand

désert : schistes siluriens du Tindesset, caractérisés par la

présence de graptolithes, grès dévoniens, grès et calcaires

carbonifères, argiles et grès albiens. Si l’on rapproche les faits

observés par M. Foureau de ceux qui ont été constatés depuis à

l’Ouest de l’Ahaggar, on constate[303] que le Sahara septentrional

et central comprend deux régions essentiellement distinctes : une

région de plissements postcarbonifères, et une région tabulaire

où les plissements sont antérieurs au dévonien. Les terrains

crétacés forment une vaste nappe transgressive, qui s’étend

indistinctement sur les deux systèmes de plissements. M. E. Haug

déclare que, parmi les faits stratigraphiques mis en lumière au

cours de ces dernières années, il n’en est certainement pas qui

dépassent en intérêt ceux qu’a moissonnés M. Foureau au cours

de ses voyages successifs en pays touareg.

Dans le chapitre consacré à la géographie physique, le Sud

Algérien, le grand Erg, la hammada de Tinghert, l’Erg d’Issaouan,

les massifs montagneux et les plateaux du Sahara central, les massifs

de l’Aïr, les plateaux sahariens du Tagama et du Damergou sont

décrits de main de maître ; M. Foureau y a joint des observations

sur les dunes et sur les phénomènes éoliens. Pour la richesse des

renseignements météorologiques, M. Foureau a toujours satisfait

les plus difficiles. L’hydrographie contient des considérations

sur le bassin de l’Igharghar, sur l’Oued Tafassasset, qui parait

s’acheminer vers le S.-S.-W., dans la direction de Sokoto et du

Niger, sur les oueds de l’Aïr, sur le problème du Tchad. Les

collections botaniques et zoologiques sont malheureusement

incomplètes, détruites par les accidents de la route.

Les collections préhistoriques reccueillies par M. Foureau

et commentées par le Dr Haug et le Dr Verneau, sont des plus

précieuses. Le chapitre ethnographique apporte beaucoup de

renseignements nouveaux sur les Touareg du Nord et sur les Keloui de

l’Aïr. Enfin l’aperçu commercial et les conclusions démontrent

que toute la partie du Sahara qui s’étend depuis le Sud Algérien

jusqu’aux confins septentrionaux de l’Aïr est improductive,

stérile et n’offre aucune ressource sérieuse. Dans la région

même de l’Aïr, les cultures sont extrêmement réduites, et

il y a peu de chances d’étendre ces petits jardins entretenus

à grand’peine. Dans l’état actuel des choses, le Sahara n’a

aucune valeur, ne produit absolument rien, et il y a lieu de procéder

à son organisation de la façon la plus économique possible[304].

III

Parmi les missions sahariennes, il convient de mettre à part

celles de MM. G. Méry et B. d’Attanoux, à cause du caractère

de tentatives commerciales qui leur est propre.

En 1892, M. G. Méry fut chargé par M. Georges Rolland, ainsi que

par la Société d’études pour la construction d’une voie

ferrée de Biskra à Ouargla et prolongements, d’une mission

géographique et commerciale au sud d’Ouargla vers le pays des

Touareg Azdjer. Parti d’El-Oued avec 3 indigènes et 4 chameaux

seulement, il gagna El-Biodh par Aïn-Taïba, reconnaissant le grand

Gassi découvert par la première mission Flatters, le plus beau

couloir de la région tant par son sol régulier de _reg_ que par

sa largeur, qui atteint jusqu’à 12 kilomètres, et constatant

que l’établissement d’une voie ferrée ne rencontrerait aucune

difficulté provenant de la nature du terrain[305]. D’El-Biodh,

il marcha vers le S.-S.-E., comptant atteindre Tabalbalet, d’où

les premiers campements Azdjer n’étaient pas éloignés, mais,

après 3 jours de marche dans cette direction, il fut contraint

de revenir sur ses pas par suite du refus de son guide Chaanbi

de l’accompagner plus loin à cause des Touareg. Il revint à

Aïn-Taïba, où il rencontra M. Foureau revenant d’Hassi-Messeguem,

et rentra à El-Oued par Hassi-bel-Haïran et Hassi-Mey.

En 1893, M. G. Méry est envoyé de nouveau par le syndicat de

Biskra-Ouargla, avec mission de chercher à s’entendre avec les

chefs des Azdjer et d’obtenir le libre passage sur leur territoire

pour des caravanes à destination du Soudan central. M. Méry était

allé au préalable à Tripoli se renseigner sur le mouvement des

échanges existant entre ce port et le Soudan, ainsi que sur la nature

des marchandises échangées. D’El-Oued, M. Méry accompagné de

M. Guilloux, se dirigea sur Hassi-Mey et Hassi-bel-Haïran. Là,

il fut rejoint par un _miad_ de Touareg revenant d’Alger, où ils

étaient allés, dans un but mal défini, pour voir le Gouverneur

et échanger des salutations, dirent-ils, mais surtout pour se

renseigner sur nos intentions à leur égard[306].

La mission, conduite par Abd-en-Nebi, marabout des Ifoghas

et arrière-neveu de Cheikh Othman, se dirigea sur le lac

Menghough par Tabalbalet et Aïn-el-Hadjadj, suivant la route

de la première mission Flatters. Au lac Menghough, elle eut

des entrevues avec les chefs Azdjer Guedassen et Mouley. Elle

regagna ensuite El-Oued par Temassinin, El-Biodh, Aïn-Taïba

et Hassi-bel-Haïran. L’itinéraire avait été relevé à la

boussole par M. Méry, qui avait fait en outre des observations

météorologiques, recueilli des échantillons géologiques

et botaniques, tandis que M. Guilloux faisait des observations

astronomiques.

Au point de vue scientifique, le voyage de M. G. Méry n’a donc pas

été sans résultats. Au point de vue économique, les assertions

de cet explorateur étaient en complète contradiction avec celles

de M. Foureau. M. Méry affirmait que « tous les Touareg, même

les bergers, connaissaient le traité de Ghadamès, et que pas un

ne manquerait à la parole donnée par un chef au nom de toutes les

tribus[307] ». M. Foureau déclarait que la masse de la nation ne

connaissait point la convention de 1862. Le courant d’échanges

entre la Méditerranée et le Soudan est très important d’après

M. Méry, insignifiant d’après M. Foureau[308]. Une vive polémique

s’est engagée là-dessus ; elle ne présente d’ailleurs plus

qu’un intérêt rétrospectif, puisque les conditions de la

pénétration saharienne sont aujourd’hui complètement changées.

« Je ne crains pas, disait M. G. Méry, d’affirmer que nous

avons la route du Soudan ouverte par le Nord, et à ceux qui me

contrediraient, je me contenterais de répondre que je m’offre

à en faire pratiquement la preuve. » Cette réponse eût en

effet convaincu les plus incrédules. Malheureusement, elle ne

fut pas faite. En octobre 1893, le Syndicat Ouargla-Soudan, avec

l’appui officiel du Gouvernement général de l’Algérie,

envoya une mission pour essayer de tirer parti de la première

mission Méry. Cette mission comprenait M. Méry, chef de mission,

M. B. d’Attanoux, ancien officier, rédacteur au _Temps_,

M. Bonnel de Mézières, ancien membre de la mission Maistre,

et deux Pères Blancs, le P. Hacquart, supérieur de la station

d’Ouargla, et le P. Ménoret. Mais, dès les premiers jours,

un désaccord survint entre M. Méry et ses compagnons au sujet de

l’organisation de la caravane et des mesures à prendre pour assurer

sa sécurité. M. Méry, souffrant, rentra en France : il alla de là

à Tombouctou, où il ouvrit avec beaucoup de succès des comptoirs

commerciaux commandités par le Syndicat Ouargla-Soudan ; il mourut à

Tombouctou, après un séjour de plusieurs années. M. B. d’Attanoux

fut désigné comme nouveau chef de la mission, et le départ fut

ajourné pour utiliser le retour dans son pays d’une députation

de Touareg qui venait d’arriver à El-Oued, où elle fut reçue

par le général de la Roque.

La pénétration saharienne (1830-1906) · 第 10 / 15 段