d’ailleurs le traité de 1845, et qu’on agit en effet. En 1865,
le colonel de Colomb[141], après un repos de cinq ans, poursuivit
ses expéditions antérieures dans le Sud-Ouest. En avril 1866,
il vint camper à El-Ardja, à 2 kilomètres des ksour de Figuig,
mais sans qu’il lui fût permis de s’attaquer à ce foyer de
désordre. En 1867, le général Deligny[142] proposa au Gouverneur
général, le maréchal de Mac-Mahon, de diriger une expédition
contre Figuig. Il montrait que l’apparition d’une force imposante
devant Figuig aurait un immense retentissement dans toute la zone
saharienne, aussi bien celle dépendant de l’Algérie que celle
relevant du Maroc : « Dans ma conviction, disait-il, l’opération
est très bonne, sera fructueuse en résultats et pourra clore pour
des années l’ère des insurrections. Dans aucun cas, elle ne
saurait rien présenter de dangereux et de compromettant[143]. »
Mais cette manière de voir ne fut pas adoptée par le Gouvernement.
Cependant les nécessités de la lutte avec les rebelles amenèrent
encore une fois sous les murs de Figuig le colonel Colonieu, en
avril 1868[144]. Ce fut la dernière expédition jusqu’à celle
du général de Wimpffen en 1870.
Le général de Wimpffen ne fut autorisé à entreprendre son
expédition de l’Oued-Guir, rendue nécessaire par une situation
menaçante, qu’à la condition expresse de ne point s’attaquer
à Figuig et de ne pas même s’en approcher. En ne lui laissant
pas toute latitude, on empêcha sa colonne d’avoir tous les
résultats qu’on en pouvait attendre. Les conséquences furent
néanmoins importantes, tant au point de vue géographique qu’au
point de vue politique[145]. L’expédition de l’Oued-Guir
imprima aux turbulentes populations du Sud-Ouest une haute idée de
notre puissance, en enlevant aux Ouled-Sidi-Cheikh la plus grande
partie de leurs moyens d’action ; elle maintint dans le devoir
les tribus hésitantes ; surtout, c’est grâce à elle que la
guerre franco-allemande de 1870 et l’insurrection algérienne de
1871 n’eurent pas leur contre-coup dans le Sud-Oranais, dont la
tranquillité ne fut pas troublée[146]. Deux succès remportés
à Benoud (1871) et à Nefich (1874) sur les Ouled-Sidi-Cheikh
achevèrent la défaite des dissidents.
En Algérie comme dans le monde entier, la guerre de 1870 nous imposa
une période de réserve pendant laquelle nous dûmes en quelque sorte
nous replier sur nous-mêmes, pour guérir nos blessures et attendre
le retour de nos forces. Cependant l’insurrection de 1871 avait
rendu une intervention nécessaire dans la région du Sud-Est. En
1866, à la suite de l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh,
l’aghalik d’Ouargla avait été rattaché à la province
de Constantine et placé sous le commandement d’un grand chef
indigène, le caïd Ali Bey ben Ferhat, qui commandait en même temps
l’Oued-Rir et le Souf et s’installa à Touggourt. Il se montra
insuffisant, et son action maladroite amena en mai 1871 le massacre
de la garnison et d’une partie de sa propre famille par le faux
chérif Bou-Choucha[147]. Peu de temps après (décembre-janvier
1871), Touggourt et Ouargla étaient réoccupés par le général
de Lacroix ; le lieutenant-colonel Gaume et le commandant Rose
poursuivirent quelques révoltés jusqu’à Aïn-Taïba, à la
limite du grand Erg[148]. L’année suivante (janvier 1873), la
colonne du général de Galiffet[149], forte de 700 hommes environ,
se dirigeait sur El-Goléa par la route de l’Ouest, qui passe
par Hassi-el-Hadjar, Hassi-Berghaoui, Hassi-el-Zirara. Arrivée à
El-Goléa le 24 janvier, elle trouvait l’oasis évacuée par les
habitants, qui avaient seulement laissé quelques nègres à la garde
des maisons. Le 1er février, le général de Galiffet reprenait le
chemin d’Ouargla qu’il atteignait par la route directe en sept
jours[150]. Cette petite expédition eût dû avoir pour conséquence
immédiate l’occupation du Touat et du Tidikelt, qui s’attendaient
à nous voir continuer notre marche en avant et nous envoyaient des
protestations d’amitié. Malheureusement, ce fut un effort sans
lendemain. Ne pas dépasser Ouargla était une politique, occuper le
Touat en était une autre ; nous n’avons su nous arrêter à aucune
de ces deux solutions, et nos hésitations ont duré vingt-cinq ans.
*
* *
Dans les conditions nouvelles où se trouvait l’arrière-pays
de nos possessions algériennes par suite de l’insurrection
algérienne et de la guerre de 1870, l’exploration individuelle
ne pouvait guère être fructueuse. Aussi les tentatives isolées
faites pendant cette période, le plus souvent sans l’aveu ou
contre le gré du Gouvernement, n’ont-elles guère donné de
résultats, pas plus pour la géographie que pour la pénétration
économique ou commerciale. Les rares explorateurs sahariens de cette
époque sont d’ailleurs, pour la plupart, des hommes sans culture
et sans préparation, incapables de voir et d’observer, pleins
d’ignorance et de présomption. Nous sommes loin des espérances
qu’avaient fait concevoir les Duveyrier et les de Colomb. Au point
de vue scientifique comme au point de vue politique, nous entrons
dans une période d’effacement et de stagnation.
En 1874, Dournaux-Dupéré, ancien commis de marine, ancien
instituteur à Frenda, accompagné de deux négociants, l’un
Français, Joubert, l’autre originaire du Souf, projetèrent
de gagner le Niger par l’Ahaggar, mais, modifiant leurs
plans primitifs, ils voulurent auparavant s’assurer l’appui
d’Ikhenoukhen. C’était en somme faire l’épreuve de la valeur
réelle du traité de Ghadamès[151]. Dans ce but ils se rendirent
d’abord à Ghadamès, pour de là gagner Ghat : « Les Touareg
que j’ai vus ici, écrivait Dournaux-Dupéré à Duveyrier,
se souviennent parfaitement du traité et s’en félicitent ;
le moment est des plus favorables à une reprise sérieuse des
relations avec eux[152]. » Cependant, quelques jours plus tard,
les trois voyageurs étaient assassinés au sud de l’Oued Ohanet,
à l’instigation, dit-on, des négociants de Ghadamès, jaloux
de voir les Français s’engager sur les routes suivies par leurs
caravanes. D’après le récit fait par un chef targui de Ghat
à l’explorateur allemand Erwin de Bary, les Ifoghas et les
Imanghasaten n’auraient pas été étrangers au meurtre[153].
La même année, un voyageur de commerce, Paul Soleillet, qui avait
déjà visité le Sud-Algérien et le Mzab, se propose, comme tant
d’autres avant et après lui, de réunir l’Algérie au Sénégal
par Tombouctou. Il était chargé par la Chambre de Commerce d’Alger
de « reconnaître la route d’Alger à l’oasis d’In-Salah par
Laghouat, le Mzab et El-Goléa ; de présenter aux populations du
Sahara central des échantillons de nos produits manufacturés et
de tâcher de ramener avec lui, à son retour, des négociants du
Sahara central, porteurs de quelques marchandises du désert et du
Soudan ». Une pareille mission, comme l’événement le démontra,
n’avait aucune chance de succès. Quittant El-Goléa, accompagné
de quatre indigènes seulement, il se dirigea rapidement sur In-Salah ;
arrêté au ksar le plus septentrional de ce district, celui de
Miliana, il reçut l’ordre de sortir immédiatement de l’oasis ;
il demanda une réponse aux lettres de la Chambre de Commerce et de
l’agha de Touggourt, on ne voulut même pas les ouvrir ; menacé
de mort, il dut remonter sur son mehari à onze heures, le même
soir[154]. Son voyage n’avait eu aucune espèce de résultat
« M. Soleillet, écrivait très justement M. Duponchel[155],
voit plutôt le fait du voyage en lui-même que l’utilité des
renseignements qu’il pourrait en rapporter. Ne s’imposant
d’autre tâche que de nous tenir au courant de ses moindres
incidents de route, il croit fort inutile de porter son attention
ou d’appeler la nôtre au-delà. » Son rapport à la Chambre
de Commerce[156] témoigne qu’il était presque sans culture ;
aucune route, aucun croquis d’itinéraire ne permet de suivre sa
marche, et les observations d’orientation qu’il a faites sont
si défectueuses, qu’on sait à peine quelle route il a suivie[157].
Une proposition d’un avocat, nommé Léon Seror, qui voulait aller
installer un marché à El-Goléa et créer un poste de résident
commercial à In-Salah, avec le titre de consul de France, ne fut pas
prise en considération et ne méritait évidemment pas de l’être.
Les seules explorations qui, dans cette période, offrent quelque
intérêt, sont celles de Victor Largeau, quoiqu’elles n’aient
pas eu non plus de bien grandes conséquences. Largeau résolut
de s’adresser aux négociants mêmes de Ghadamès, pour essayer
d’ouvrir ces régions au commerce français ; en 1875, remontant
d’abord l’Igharghar, il gagna Ghadamès par Hassi-Bothin et
rentra par El-Oued, après avoir obtenu des promesses encourageantes ;
les négociants s’engageaient à faire bon accueil à nos
commerçants et à entrer en relations d’affaires avec nos marchés
du Sud-Algérien. L’année suivante, accompagné cette fois de
trois jeunes gens, Louis Say, Gaston Lemay et Faucheux, Largeau se
rendit de nouveau à Ghadamès par Berresof. Il garantissait aux
Ghadamésiens la vente de leurs marchandises aux prix de Tripoli
et une entière sécurité pour la route, s’ils voulaient bien se
rendre en Algérie avec des produits du Soudan. Il reçut de belles
paroles et se croyait certain de détourner au moins une caravane
vers Touggourt[158]. Mais, quand le jour fut venu de l’accompagner
à son retour, les Ghadamésiens prétextèrent les menaces des
Turcs de Tripoli, tandis que le kaïmakam niait avoir reçu aucune
lettre du pacha. Il fut contraint de reprendre la route d’El-Oued,
ne ramenant ni un négociant, ni une charge de marchandises.
En 1877, Largeau tenta de se rendre au Tidikelt. Après un séjour
prolongé à Ouargla, il s’avança jusqu’au Hassi-Zmeïla dans
l’Oued-Mya, mais, effrayé des menaces des gens d’In-Salah,
qui avaient écrit aux Chaanba d’Ouargla de ne pas conduire
d’infidèles dans leur pays, il abandonna ses projets et revint
sur ses pas. Largeau a raconté ses deux voyages à Ghadamès dans de
nombreux articles et dans un ouvrage sans prétention scientifique,
mais qui n’est pas dépourvu d’intérêt et de couleur[159]. En
1876-77, l’enseigne de vaisseau Louis Say descendait d’Ouargla à
Aïn-Taïba, explorait les Gassi jusqu’à El-Biodh et s’avançait
jusqu’à Temassinin.
Le cardinal Lavigerie avait rêvé de répandre le christianisme
parmi les populations noires de l’Afrique et il espérait lui
aussi atteindre le Soudan par la voie du Sahara. La Société
des Missionnaires d’Alger ou Pères Blancs, fondée après la
famine de 1867, fut organisée définitivement en 1874. Les Pères
Blancs furent d’abord établis à Biskra, Géryville, Laghouat et
Metlili. De cette dernière ville partirent, en 1876, les Pères
Paulmier, Ménoret et Bouchard ; ils furent assassinés par leurs
guides un peu avant d’arriver à Hassi-Inifel. Ces guides étaient
des Touareg qui, chassant avec des Chaanba dissidents au sud du Mzab,
avaient été capturés par les nomades algériens et envoyés à
Alger ; l’année précédente, on les avait déjà proposés comme
guides à Largeau, qui les avait refusés. Ils offrirent eux-mêmes
leurs services au cardinal Lavigerie, qui eut le tort d’ajouter
foi à leurs protestations de dévouement.
Cet insuccès ne découragea pas Lavigerie ; il résolut d’essayer
de la voie de Ghadamès, qui avait toujours été reconnue un peu
moins dangereuse que celle de l’Ahaggar. En 1879, les Pères Richard
et Kermabon partent de Ghadamès, parcourent la région des Azdjer
pour l’étudier, se mettre en rapport avec ses habitants et chercher
le point le plus favorable à l’établissement d’une station de
missionnaires. Guidés par les Touareg Ifoghas, ils s’avancent
jusqu’à l’Oued-Tikhammalt, au nord-ouest de Ghat, gagnent de
là le lac Mihero, pour remonter ensuite sur l’Oued-Tidjoujelt,
et Temassinin, d’où ils gagnent Ghadamès après une absence de 56
jours. Ils avaient recueilli d’utiles renseignements géographiques
et noué de bonnes relations avec les plus importantes tribus Azdjer,
notamment les Ifoghas et les Imanghasaten.
*
* *
Les sondages de l’Oued-Rir[160], interrompus en 1866, furent repris
en 1873 : le débit de la nappe artésienne avait diminué dans la
plupart des oasis, et Sidi-Khelil, où l’on n’avait pu creuser
profondément, par suite de la fluidité des sables, souffrait de la
sécheresse malgré ses 27 puits. Un sondage poussé à 90 mètres
lui donna une source de 1.200 litres, tandis qu’une autre de près
de 2.000 litres rendait la vie à l’oasis d’El-Berd[161]. Enfin
l’initiative privée intervenait aussi dans cette région. En 1878,
comme l’Administration des Domaines mettait en vente les terrains
séquestrés après la petite insurrection d’El-Amri, MM. Fau,
Fernand et Albert Foureau se firent adjuger la petite oasis de
Foughala, au Zab, et deux autres oasis ; ce fut l’origine de la
_Compagnie de l’Oued-Rir_.
C’est également à la création de quelques oasis nouvelles qui
devaient aboutir en fin de compte les missions et les projets du
commandant Roudaire. Les grands chotts qui s’étendent au Sud
de la province de Constantine et de la Tunisie, jusqu’au fond
du golfe de Gabès, sur une longueur de 375 kilomètres, avaient
déjà depuis longtemps attiré l’attention des savants[162]
et dès 1845, M. Virlet-d’Aoust établissait qu’un des plus
importants de ces bas-fonds, le chott Melrir, était au-dessous de
la Méditerranée. Plus tard, les observations barométriques faites
par MM. Vuillemot, Marès, Dubocq, Ville, avaient également donné
des altitudes inférieures au niveau de la mer ; mais les résultats
obtenus présentaient entre eux d’assez grandes discordances. En
1872, le Ministre de la Guerre chargea le capitaine Roudaire et le
capitaine Villars d’exécuter les opérations géodésiques de la
méridienne de Biskra. Le nivellement trigonométrique fait en 1873-75
fournit la preuve que le fond des chotts Melrir et Rharsa se trouvait
à 24 mètres en moyenne au-dessous du niveau de la mer. M. Roudaire
conçut alors la pensée qu’il serait possible, en introduisant
les eaux de la Méditerranée dans la région des chotts, de faire
pénétrer la fertilité, le commerce, la vie jusqu’au cœur du
Sahara algérien. M. de Lesseps prêtait à ce projet l’appui de son
influence. Il fallait tout d’abord s’assurer de l’altitude du
chott Djerid et de la véritable nature des seuils qui le séparent
de la mer et du Rharsa. Tel fut l’objet de la mission que reçut
M. Roudaire en 1875 ; vérification faite, il dut convenir que le
niveau du Djerid se trouvait au-dessus du niveau de la mer.
Pomel[163], directeur de l’Ecole supérieure des Sciences d’Alger,
contesta qu’il y ait eu dans l’antiquité, comme le soutenaient
les partisans de la mer intérieure, communication entre la
Méditerranée et les chotts ; il exposa les faits dans diverses notes
présentées par lui à l’Académie des Sciences, en 1874-75. En
1879, Pomel obtint une mission à l’effet d’étudier les
formations littorales de la côte orientale de la Tunisie, le seuil de
Gabès et les dépôts du voisinage des chotts tunisiens ; ses idées
sur la véritable nature de ces dépôts et sur l’existence d’un
seuil crétacé se trouvèrent pleinement démontrées[164]. Pomel
refusait aussi de croire à la modification du climat de l’Algérie
qu’on escomptait, et estimait la dépense nécessaire à un chiffre
beaucoup plus élevé que M. Roudaire. D’autres objections étaient
formulées par Fuchs, Cosson, etc., sur les conséquences plus que
douteuses de l’entreprise. Aussi, dès cette époque, le projet
de mer intérieure peut être considéré comme condamné. En 1882,
une Commission chargée par le Gouvernement d’examiner le projet
Roudaire, conclut qu’il n’y avait pas lieu, pour le Gouvernement
français, d’encourager l’entreprise.
Des idées plus exactes sur la constitution géologique et la
véritable nature du Sahara commençaient d’ailleurs vers cette
époque à pénétrer dans le public. En 1872, Pomel[165], mettant
à profit les observations recueillies au cours de son voyage de
1862 et les documents fournis par les explorateurs, publiait une
étude d’ensemble sur le Sahara[166], œuvre de haute valeur,
dans laquelle il rectifie les idées erronées qui avaient cours
sur la géographie physique de cette contrée et discute, pour
répondre au désir exprimé par Edouard Lartet, les questions
relatives à l’hypothèse d’une mer saharienne à l’époque
quaternaire. Pomel montre que les pays de l’Atlas se rattachent
à l’Europe par leur structure géologique et sont séparés de
l’Afrique par le Sahara. Il présente un aperçu géographique
des différentes régions naturelles du Sahara, bassin des chotts,
hamadas, areg. Il fait justice des conceptions répandues alors sur
l’extension des dunes et leur infertilité absolue et montre que
les parties les plus stériles et les plus désolées du désert
sont au contraire les hamadas. Au Congrès de l’_Association
française pour l’avancement des Sciences_ à Clermont-Ferrand,
en 1876, Pomel revint sur ces questions et exposa, dans un résumé
d’une remarquable précision, l’_Etat actuel de nos connaissances
sur la géologie du Soudan, de la Guinée, de la Sénégambie et du
Sahara_. Comme directeur de l’Ecole Supérieure des sciences et du
Service de la carte géologique de l’Algérie, Pomel devait, pendant
de longues années encore, contribuer à l’étude scientifique du
Sahara, de sa constitution stratigraphique, des phases de son climat,
de ses faunes anciennes, de ses dessins rupestres.
Une autre mission scientifique nous a fait connaître exactement les
curieuses populations du Mzab : ce fut celle qu’obtint Masqueray en
1878. Il séjourna au Mzab près de deux mois[167] et en rapporta de
précieux documents, les livres historiques, législatifs et religieux
des Beni-Mzab, la Chronique d’Abou-Zakaria, le Kitab-en-Nil. Il
traduisit et commenta la Chronique, histoire de la secte ibâdite
et des origines de ce curieux groupe religieux, publia l’année
suivante une _Comparaison du dialecte des Zenaga du Sénégal avec
le vocabulaire des Chaouïa et des Beni-M’zab_[168]. Lorsqu’on
organisa l’enseignement supérieur à Alger, en 1880, Masqueray,
comme professeur et directeur de l’Ecole des Lettres, continua
à donner, tant par lui-même que comme directeur du _Bulletin
de Correspondance Africaine_, de précieuses contributions à la
connaissance de la géographie, de l’histoire, de la linguistique
du Sahara.
En 1876 parut la première édition de la carte générale de
l’Algérie à 1/800,000e en 4 feuilles, publiée par le Dépôt de
la guerre ; elle s’étend jusqu’à la latitude d’El-Goléa[169].
*
* *
Sauf ces résultats scientifiques et les résultats locaux obtenus
dans l’Oued-Rir, on voit que la période qui va de 1864 à 1879
mérite véritablement le nom de période de stagnation sous lequel
nous l’avons désignée. Si l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh
et la guerre de 1870 expliquent assez l’origine de cette stagnation,
on ne voit pas pourquoi elle s’est prolongée aussi longtemps. Or,
en pareille matière, ne pas avancer c’est reculer. Au point de vue
de l’occupation, la marche naturelle des choses nous conduisait
à prendre possession du Touat et à nous assurer de gré ou de
force de la route de Ghadamès et de Ghat. Nous n’avons osé agir
ni à l’Est, ni à l’Ouest ; l’expédition d’El-Goléa a
été une demi-mesure sans utilité, qui n’a fait en quelque
sorte que souligner notre faiblesse, de même que, dans nos
expéditions du Sud-Ouest, nous semblions avoir peur des ksouriens
de Figuig. Enfin, en 1874, Ghat, qui avait vécu indépendante
jusque là, fut occupée par les Turcs. L’importance de cette
prise de possession, contre laquelle nous aurions pu protester et
que nous aurions pu empêcher, nous échappa complètement à ce
moment[170]. Au point de vue de l’exploration, les résultats sont
nuls ; ceux des rares explorateurs qui ne sont pas de simples martyrs
de la foi ou de la science sont trop mal préparés et passent trop
rapidement pour pouvoir faire œuvre utile. Ils ne rapportent ni
itinéraires soigneusement levés, ni observations scientifiques,
trop heureux de rapporter leur tête sur leurs épaules. Au
point de vue commercial, les illusions, explicables pendant la
période précédente, se maintiennent et s’aggravent, malgré
les démentis de l’expérience. Dans la pratique, les caravanes du
Sud ont complètement abandonné le chemin de l’Algérie et aucun
échange de quelque importance ne se fait par cette voie avec le
Soudan. Les projets de chemins de fer transsahariens vont pendant
quelques années modifier cet état de choses et provoquer toute
une série de missions importantes.
* * * * *
[Note 136 : _Documents_, II, p. 817-818.]
[Note 137 : _Id._, II, p. 823.]
[Note 138 : JULES CAMBON, _Documents_, II, préface, p. XI.]
[Note 139 : J. CAMBON, _ibid._]
[Note 140 : _Documents_, II, p. 81.]
[Note 141 : DUVEYRIER, _Historique_, p. 242.]
[Note 142 : _Documents_, II, p. 515.]
[Note 143 : _Id._, II, p. 517.]
[Note 144 : DUVEYRIER, _Historique_, p. 245 (d’après PERROT). —
LÉON PERROT, _Itinéraire de Géryville à Figuig et retour_
(_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1881, p. 273). — COLONIEU, _Colonne
de Géryville en 1868_ (_Bull. Soc. Géogr. d’Oran_, 1891, p. 293).]
[Note 145 : DE WIMPFFEN, _L’Expédition de l’Oued-Guir_
(_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1872, 1er semestre, p. 34, avec
carte). — A. FILLIAS, _Récits Militaires, L’Expédition de
l’Oued-Guir_, in-8o, Alger, 1880. — _Itinéraires de la colonne
Wimpffen_ à 1/400.000e, levé par le capitaine KESSLER, autographié
au bureau de l’Etat-Major, Alger, 1870. — _D’Oran à l’oasis
de l’oued Guir_ (_Spectateur militaire_, 1878, 4e série, t. III,
p. 215 ; t. IV, p. 72, avec carte).]
[Note 146 : _Documents_, II, p. 82.]
[Note 147 : L. RINN, _Histoire de l’Insurrection de 1871 en
Algérie_, in-8o, Alger, 1891, p. 483 et 611.]
[Note 148 : L. RINN, ouvr. cité, p. 631 (d’après le rapport du
commandant ROSE, avec croquis à l’appui). — Cf. _Colonne Gaume
d’Ouargla à Aïn-Taïba_, 7-25 janv. 1872 ; rapport du commandant
ROSE (_Bull. d’Oran_, 1891, p. 99-121).]
[Note 149 : H. TARRY, _Colonne Expéditionnaire du Général
de Galiffet dans le Sahara_ (_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1873,
p. 327). — Capitaine PARISOT, _D’Ouargla à El-Goléa_ (ibid.,
p. 325). — DUVEYRIER, _La région entre Ouargla et El-Goléa_
(_Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1876. 1er sem. p. 577) avec carte des
Itinéraires dans le pays des Chaanba 1859-73 (DUVEYRIER, ROSE,
PARISOT) à 1/1.600.000e.]
[Note 150 : Il résulte des recherches faites à notre demande par
M. le lieutenant-colonel Laquière, ainsi que des renseignements
recueillis par lui auprès du bachagha Lakhdar, que le général de
Galiffet n’a laissé aucune garnison à El-Goléa, contrairement
à l’assertion de M. P. VUILLOT (p. 115), qui paraît reposer sur
une erreur.]
[Note 151 : SCHIRMER, _Le Sahara_, p. 382.]
[Note 152 : _Bull. Soc. Géogr. Paris_, 1874, p. 161.]
[Note 153 : SCHIRMER, _Le dernier Rapport d’un Européen sur Ghat et
les Touareg de l’Aïr_, in-8o, Paris, 1898, p. 22-23. Cf. la version
donnée par le P. RICHARD, _Missions Catholiques_, 1881, p. 161.]
[Note 154 : P. SOLEILLET, _Afrique Occidentale, Algérie, Mzab,
Tidikelt_, in-8o, Paris, 1877, p. 90, 222. Cf. SCHIRMER, _Le Sahara_,
p. 381.]
[Note 155 : DUPONCHEL, _Lettre à la Commission du Transsaharien_,
Montpellier, 1880, p. 14.]
[Note 156 : P. SOLEILLET, _Exploration du Sahara Central, Voyage
d’Alger à l’Oasis d’Inçalah_. Rapp. présenté à la Chambre
de Commerce d’Alger, Alger, fo, autogr., 1876. V. aussi MAC CARTHY,
_Le Cas de M. Soleillet_ (_Bull. Soc. Géogr. d’Alger_, 1880,
p. 116).]
[Note 157 : _Documents_, IV, p. 238.]
[Note 158 : SCHIRMER, _Le Sahara_, p. 383.]
[Note 159 : V. LARGEAU, _Le Pays de Rirha, Ouargla, Voyage à
Rhadamès_, in-16, Paris, 1879. Cf. _Bull. Soc. Géogr._ Paris,
1877, 1er sem., p. 35. — V. LARGEAU, _Le Sahara Algérien_, in-16,
Paris, 1881.]
[Note 160 : SCHIRMER, _Le Sahara_, p. 424.]
[Note 161 : ROLLAND, _Sur les sondages artésiens et les
nouvelles oasis françaises de l’Oued-Rir_, in-8o, Paris 1887,
extr. _C. R. Ac. Sc._ — Id., _L’Oued-Rir et la Colonisation
française du Sahara_ (_Bull. Soc. Géogr. comm._, 1887,
p. 663). Cf. _Revue Scientifique_, 18 juin 1887.]
[Note 162 : Nous empruntons tout l’exposé qui suit à L. LANIER,
_L’Afrique, Lectures Géographiques_, p. 338 (9e édition,
1897). M. L. LANIER donne la bibliographie complète de la question,
p. 344.]