ORGANISATION ET RECRUTEMENT

L'organisation actuelle de la légion comporte, pour plus de 12.000

hommes, 56 compagnies réparties en 13 bataillons formant 2 régiments,

dont les dépôts respectifs sont à Sidi-Bel-Abbès et Saïda, plus un

bataillon de marche, soit plus de 6.000 hommes par régiment, ce qui

constitue l'effectif de 3 régiments au moins de l'organisation normale.

La loi du 7 juillet 1900 classe la légion étrangère avec les tirailleurs

algériens et les bataillons d'infanterie légère d'Afrique dans la

catégorie de réserve de l'armée coloniale, bien qu'en fait l'emploi de

la légion comme troupe d'occupation permanente coloniale soit consacré

depuis bientôt trente ans.

Le recrutement des régiments étrangers s'opère exclusivement par voie

d'engagements volontaires, dont la durée est uniformément fixée à cinq

ans, et de rengagements.

Les engagements volontaires pour la légion sont contractés au titre

étranger, et l'on entend par titre étranger la situation, la condition,

l'état militaire de _l'étranger non naturalisé_ servant par engagement

ou par rengagement dans les régiments étrangers. Cette condition _est

partagée par le Français_ qui contracte un engagement volontaire dans

ces régiments, sauf l'exception prévue par l'article 11 de l'instruction

ministérielle du 20 février 1902 spécifiant que «les jeunes Français qui

n'ont pas encore satisfait à leurs obligations militaires peuvent

_exceptionnellement_ être autorisés par le ministère de la Guerre à

contracter un engagement volontaire de cinq ans _au titre français_ dans

les régiments étrangers».

[Illustration: Le déjeuner du poste, à l'entrée de la caserne de

Bel-Abbès.]

Les Français qui ont contracté pour la légion un engagement au titre

étranger sont liés au service dans les conditions du titre étranger pour

toute la durée du contrat spécial qu'ils ont volontairement souscrit. En

principe, ils ne peuvent pas obtenir de passer du titre étranger au

titre français au cours de leur engagement. Telle est la règle. Par

exception, néanmoins, sur autorisation spéciale du ministre et après

examen de leur situation particulière, quelques légionnaires français

engagés au titre étranger sont parfois autorisés à passer du titre

étranger au titre français. La condition essentielle habituellement

exigée de ceux qui sollicitent cette faveur est de ne pas avoir

d'antécédents judiciaires.

La durée des rengagements, dans les régiments étrangers, varie d'un à

cinq ans; ils sont renouvelables jusqu'à une durée totale de quinze ans

de services, pour le personnel servant au titre français comme pour

celui servant au titre étranger. Ces rengagements ne peuvent être

contractés que par les militaires de ces régiments présents au corps et

par continuation de service. Les seuls militaires des régiments

étrangers pouvant être admis à rengager au titre français dans ces

régiments sont ceux qui servent au titre français et qui, nous venons de

le voir, constituent l'exception. 11 faut ajouter que les légionnaires

d'origine étrangère qui viennent à obtenir la nationalité française par

voie de naturalisation sont considérés comme servant au titre français

du jour de leur naturalisation. Dès ce moment, il leur est loisible,

soit de rengager au titre français, soit de demander à passer dans un

corps français.

[Illustration: Dans les cuisines, avant le repas du matin: tout est

prêt.]

Jusqu'en ces derniers temps, les militaires étrangers, ou servant au

titre étranger, ne bénéficiaient d'aucun des avantages prévus par la loi

du 21 mars 1905 pour les militaires des corps français ayant accompli la

durée du service légal, savoir: primes d'engagement et de rengagement,

haute paie dès l'ouverture de la troisième année de service, solde

mensuelle après cinq ans de service pour les sous-officiers. Un rapport

du ministre de la Guerre au président de la République, en date du 7

août 1910, a fait ressortir qu'il était peu équitable d'appliquer des

traitements différents à des militaires d'un même corps suivant que les

services rendus par eux le sont au titre français ou au titre étranger;

et ce rapport, en conséquence, proposait d'étendre aux militaires

étrangers, ou au titre étranger, les divers avantages dont jouissent les

militaires des corps français, à l'exception, toutefois, de la prime

d'engagement et de rengagement. Un décret du 7 août 1910 a consacré ces

propositions.

En ce qui concerne les changements de corps, sont seuls admis à passer

pour convenances personnelles dans les divers corps de l'armée

métropolitaine ou des troupes coloniales les militaires des régiments

étrangers servant au titre français.

[Illustration: A LA LÉGION.--Devant l'infirmerie régimentaire, à

Bel-Abbès: quelques blessés du Maroc.]

D'autre part, les dispositions de la loi du 18 mars 1889, réglant le

droit à l'obtention de la pension de retraite proportionnelle après

quinze ans de services, sont applicables aux militaires français et

naturalisés Français servant au titre étranger, mais non point aux

légionnaires étrangers qui n'ont point obtenu la naturalisation. Une

intéressante décision du Conseil d'État statuant au contentieux, en date

du 1er mai 1903, a établi que le Français qui, n'ayant pu se rengager

dans un corps français en raison d'antécédents judiciaires, est entré

dans un régiment étranger sous un nom supposé peut, après quinze ans de

service, acquérir le droit à la pension proportionnelle.

[Illustration: Roïdi, Turc, 2 ans de service; 2 campagnes.]

[Illustration: Verhoven, Belge, 11 ans de service, 16 campagnes.]

[Illustration: Monico, Grec, 2e étranger.]

[Illustration: Schiaveneto, Italien 1er étranger.]

[Illustration: Verollet, Français, 12 ans de service; 15 campagnes.]

[Illustration: Dominguès, Cubain, 1er étranger.]

L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913 · 第 13 / 58 题