La légion étrangère, qui a pour statut organique actuel le décret du 4
septembre 1864, a été créée par l'ordonnance royale de 1831. Ce n'était
point un dernier vestige conservé des régiments étrangers suisses,
allemands, irlandais, qui entrèrent dans les armées de l'ancien régime
en France, comme chez les autres puissances. Encadrée par des officiers
en majorité français, et composée en grande partie, à l'origine, par de
nombreux bannis politiques, Polonais, Belges, Italiens, Allemands,
Espagnols, qui étaient venus chercher un refuge chez nous, la légion
avait, dès sa formation, pris un caractère très différent des régiments
mercenaires dont on achète les services. Le corps comprit d'abord 7
bataillons de 8 compagnies chacun et les hommes étaient répartis par
nationalité dans les bataillons qui partirent, en 1831, pour l'Algérie
où les légionnaires prirent une part fort brillante aux deux sièges de
Constantine, à la prise de Zaatcha. Sous le second Empire, la légion se
couvrit de gloire en Crimée, en Italie, à Magenta, et au Mexique. En
1870-1871, un corps de légionnaires défend Orléans, avec l'armée de la
Loire, puis combat la Commune. Les légionnaires sont de l'expédition de
Tunisie; ils prodiguent l'héroïsme en Extrême-Orient, forment le noyau
de la colonne du général Doods, au Dahomey, et participent à
l'expédition de Madagascar. Enfin, dès que nous tirons le canon au
Maroc, les légionnaires y accourent. Ils s'illustrent partout et
continuent le feu, presque chaque jour, avec leur traditionnelle
bravoure et leur admirable résistance de vieux soldats d'un corps où,
seul, le service à long terme a été maintenu. Tels sont les états de
service--trois quarts de siècle de combats presque ininterrompus--de
cette troupe d'élite dont les attaques si directement intéressées des
journaux francophobes voudraient tenter de priver notre défense
nationale.
[Illustration: A LA LÉGION.--Dans la cour de la caserne du 1er étranger,
à Bel-Abbès: l'aération de la literie.]