LE «TITRE ÉTRANGER» ET l'«ÉLÉMENT ÉTRANGER»

Voilà donc comment sont réglés par la législation actuelle et la

jurisprudence les conditions du recrutement à la légion et les avantages

et droits accordés aux légionnaires. Nous avons remarqué que des

Français--le plus grand nombre--servent dans ce corps au titre étranger

et que des étrangers, naturalisés il est vrai, y figurent au titre

français. Il ne faut donc point confondre, à cause des similitudes de

terminologie, les conditions avec les sources du recrutement, ni le

_titre étranger_ avec _l'élément étranger_.

L'élément étranger, qui demeure l'élément normal le plus important, 60 à

65% environ, se recrute parmi les volontaires de nationalités

quelconques et peut se diviser en trois catégories: la première se

compose des jeunes étrangers n'ayant pas encore accompli de service

militaire dans leurs pays d'origine. En raison de l'âge, cette catégorie

est inutilisable tout d'abord pour le service colonial. Aussi a-t-on

soin de maintenir ces jeunes gens dans les portions centrales d'Algérie

et ne les envoie-t-on aux colonies que lorsqu'ils ont atteint l'âge et

le développement physique désirables. Les deux autres catégories qui

comprennent: 1° les étrangers déserteurs, 2° les étrangers ayant

satisfait à la loi militaire de leur pays d'origine, fourniront à la

légion un nombreux contingent aussitôt utilisable et particulièrement

remarquable au point de vue du développement et de la résistance

physiques ainsi qu'au point de vue de l'éducation militaire, puisqu'il

s'y trouve parfois des officiers étrangers.

Il faut, en outre, joindre à ces trois catégories celle des étrangers

ayant déjà accompli un congé à la légion et qui y contractent un

rengagement.

L'Allemagne, y compris l'Alsace-Lorraine, fournit à peu près 40% des

contingents étrangers. Le contingent annuel des engagés est d'environ

3.000 hommes, dont 700 Allemands et 400 Alsaciens-Lorrains ou immigrés

allemands qui se présentent comme Alsaciens-Lorrains.

Les formalités d'engagement pour les étrangers sont des plus

élémentaires. Ils doivent avoir dix-huit ans au moins. Ils donnent un

nom, indiquent une profession, et signent leur engagement, sans qu'on

soumette leur déclaration à une enquête.

Pour les Français, les formalités d'engagement sont très simples aussi,

bien que soumises à certaines conditions indispensables: le consentement

du chef de corps n'est point exigé non plus que le certificat de bonne

conduite à la libération précédente. D'autre part les engagements,

contrairement à ce qui se passe dans les autres corps, sont reçus

jusqu'à quarante ans. Il suffit de produire, avec un certificat

d'identité, le livret militaire et un extrait du casier judiciaire afin

de s'assurer si l'homme a satisfait à la loi du recrutement et s'il n'a

pas subi de condamnations entraînant l'exclusion de l'armée.

L'engagement des Français à la légion ne peut, nous l'avons dit, être

souscrit que dans des conditions identiques à celles des étrangers,

c'est-à-dire pour une durée de cinq ans et sans allocation de prime ou

gratification d'aucune sorte. Les conditions, on le voit, sont peu

avantageuses. D'où il suit que ne s'engagent généralement à la légion

que les Français empêchés par une raison majeure de contracter un

engagement volontaire ou un rengagement dans les corps où il est payé

des primes d'engagement ou de rengagement. Mais il ne faut pas oublier

le caractère de la légion et l'esprit dans lequel les hommes, le plus

généralement, se font incorporer, un grand nombre d'entre eux cherchant

à l'abri du drapeau un relèvement et une réhabilitation.

Ceci dit, qu'il faut retenir, on doit noter que les Français engagés à

la légion proviennent surtout des catégories suivantes:

1° Pour le plus grand nombre, des militaires de toutes armes sans

certificat de bonne conduite et qui, de ce fait, se sont vu refuser

l'accès des corps où sont reçus les rengagements comportant des

avantages pécuniaires;

2° Des hommes présentant des antécédents judiciaires autres néanmoins

que ceux entraînant l'exclusion de l'armée, et n'ayant pas été admis en

conséquence à s'engager ou à rengager dans les mêmes corps;

3° Pour une part beaucoup moindre, des hommes âgés de plus de

trente-deux ans, possesseurs de certificats et qui, désirant prendre du

service, n'ont pu contracter un rengagement dans les troupes coloniales,

où l'âge limite a été fixé à trente-deux ans par la loi du 30 juillet

1893.

Ces trois catégories ne comprennent que des individus ayant déjà

satisfait à la loi militaire. Elles sont en conséquence composées

d'hommes ayant en général dépassé l'âge de vingt-cinq ans, engagés

auxquels il faut joindre les Français, assez nombreux, qui entrent à la

légion sous un nom et une nationalité d'emprunt et qui sont presque

toujours des hommes ayant dépassé la trentaine et comptant de précédents

services militaires.

Les diverses catégories de Français libérés antérieurement par d'autres

corps et qui, pour une raison quelconque, viennent servir à la légion,

forment pour ces effectifs un appoint important. L'auteur de _la Légion

étrangère et les troupes coloniales_ note que ceux des hommes de ces

catégories qui n'ont à leur actif que le fait de s'être vu refuser le

certificat de bonne conduite à leur sortie du régiment en France pour de

trop nombreuses punitions, de salle de police ou prison, deviennent

généralement à la légion de bons soldats coloniaux. L'amalgame de cette

catégorie française avec les catégories étrangères constitue le fond le

plus solide des compagnies de la légion.

Il convient enfin, pour en finir avec les engagés français que l'on

rencontre à la légion, de citer deux sources de recrutement très

différentes.

L'une de ces sources, d'ailleurs très faible, envoie à la légion

étrangère des jeunes gens libérés du service militaire en France ou en

Algérie, munis de leurs certificats et qui, désirant suivre la carrière

militaire en servant spécialement à la légion, contractent dans ce corps

un engagement volontaire «au titre étranger». A cette catégorie, qui

fournit nombre de sous-officiers et même quelques officiers au titre

étranger, on pouvait, il y a quelques années encore, rattacher les

jeunes Alsaciens et Lorrains nés avant 1870, qui fournirent à la légion

un très important appoint d'engagés volontaires et--après naturalisation

au cours de leur service militaire--un bon nombre d'excellents

officiers. Ces engagés sont devenus plus rares. Par contre, il faut

signaler comme venant à la légion depuis une vingtaine d'années une

forte proportion d'Allemands immigrés en pays annexés et qui se

présentent comme Alsaciens.

Une seconde source de légionnaires français d'élite est représentée par

les sous-officiers venant, par permutation ou mutation d'office, des

régiments de France ou d'Algérie, et qui continuent de servir au titre

français.

[Illustration: Angst, Alsacien, 2e étranger.]

[Illustration: Bezdicek, Autrichien, ancien capitaine de l'armée

autrichienne, 15 ans de service; 29 campagnes.]

[Illustration: Castel, Français (Breton) 2e étranger.]

[Illustration: Monument aux soldats de la Légion étrangère et de l'armée

d'Afrique morts dans le Sud-Oranais, à Saïda.]

[Illustration: Hesseling, Allemand, 1er étranger; 12 ans de service; 16

campagnes.]

[Illustration: Dorozinski, Polonais, 1er étranger; 2 ans de service; 2

campagnes.]

[Illustration: De Bulmerincq, Anglais, 2e étranger.]

[Illustration: Kowalzik, Russe, 1 an de service; 1 campagne.]

[Illustration: Huguet, Espagnol, 2e étranger.]

[Illustration: Martinetti. Suisse italien. 3 ans de service; 4

campagnes.]

[Illustration: Philippin, Suisse français, 1er étranger.]

[Illustration: Peter, Suisse allemand, 2 ans de service; 2 campagnes.]

[Illustration: Berde, Hongrois, 2e étranger.]

L'Illustration, No. 3673, 19 Juillet 1913 · 第 14 / 58 题