_La reproduction des photographies illustrant cet article est
autorisée.--Le correspondant-photographe de_ L'Illustration _à Alger, M.
Geiser, mettra gratuitement des épreuves à la disposition des journaux
allemands soucieux de compléter leur documentation sur la Légion
étrangère._
Ces derniers jours, une partie de la presse allemande a recommencé, avec
une violence nouvelle, sa campagne favorite contre notre légion
étrangère. Cette fois, les feuilles pangermanistes ont raconté qu'un de
nos officiers, le colonel Pierron, aurait fait fusiller à Oran un
légionnaire allemand de dix-sept ans, bien que celui-ci, un nommé
Muller, eût été gracié par le président de la République. Ce jeune
Allemand avait été porté déserteur et était revenu après trois jours et
demi d'absence. Telle est la fable qui, par son invraisemblance
grossière, ne méritait même pas un démenti. Cependant, des journaux
français ont enquêté pour savoir ce qui avait pu, dans la réalité des
faits, donner un sens à cette singulière histoire, et voici les
renseignements qui furent recueillis par le _Matin_:
Un légionnaire, nommé Hans Muller, et qui n'était pas Allemand, mais
Suisse, avait été exécuté, non pas à Oran, mais à Oudjda, il y a trois
ans, à la suite d'une condamnation à mort, motivée par l'abandon de son
poste en face de l'ennemi et provocation à la désertion. Le légionnaire
était âgé de vingt ans révolus et le président de la République n'avait
été saisi d'aucun recours en grâce en sa faveur. En outre, le colonel
Pierron ne commandait pas à Oudjda en 1910 et n'avait pu être mêlé ni de
près ni de loin à cette affaire. Voilà toute la vérité. Il n'empêche,
comme le fait remarquer notre confrère le _Temps_, qu'il a suffi à un
journal wurtembergeois de second ordre de lancer au hasard une nouvelle
si peu sérieuse pour qu'aussitôt une grande partie de la presse
allemande, des organes importants en tête, accueillent cette information
et en fassent le prétexte d'une campagne d'injures contre la France et
de diffamations contre la légion, traitée, une fois de plus, de «corps
de déserteurs», d'«institution infâme».
[Illustration: Salle d'honneur du 2e régiment.]
[Illustration: Salle d'honneur du 1er régiment.]
Insultes traditionnelles, auxquelles un ancien de la légion étrangère,
M. Candau-Maurer, ripostait naguère par ces nobles paroles prononcées à
l'un des banquets de l'Alliance coloniale française:
«La légion est non seulement l'école de l'abnégation et de la bravoure,
mais encore le lieu de refuge où tant de malheureux égarés ont pu se
refaire une vie honorable. La soutenir, la défendre est, au premier
chef, un devoir sacré auquel nous ne saurions faillir, car il nous est
commandé par l'amour de la patrie et par la solidarité humaine et
fraternelle.»
[Illustration: Une chambrée.]
[Illustration: Chez le coiffeur.]
La vérité, c'est que non seulement à l'étranger, mais en France même, on
est, d'une façon générale, très peu renseigné sur la légion dont
l'organisation et la composition sont choses fort mal connues du grand
public, du monde parlementaire, voire de certains milieux mêmes de
l'armée. La psychologie des régiments étrangers, le pittoresque des
divers contingents qui les alimentent et auxquels M. le général Bruneau
a consacré un excellent chapitre de son dernier livre: _En colonne_
(Calmann-Lévy, éditeur), ont fait l'objet de diverses publications,
parmi lesquelles il faut citer l'étude du colonel de Villebois-Mareuil,
publiée en 1896 dans la _Revue des Deux-Mondes_, et le livre ardent de
M. Georges d'Esparbès sur la _Légion étrangère_. Pour l'organisation
même des régiments étrangers, dont nous allons tâcher de donner un
exposé précis, on pourra consulter, avec l'édition méthodique du
«Bulletin officiel du Ministère de la Guerre» (2e partie, cadres et
effectifs), le Recueil de documents sur la légion présenté par le
lieutenant-colonel Morel (Chapelot, éditeur), un article anonyme paru
dans _l'Opinion_ du 11 mars 1911, et le très intéressant travail sur _la
Légion étrangère et les troupes coloniales_, publié par la librairie
Chapelot encore, sous la signature G. M.