Ce petit état des sept Provinces-Unies, pays fertile en pâturages, mais
stérile en grains, malsain, et presque submergé par la mer, était,
depuis environ un demi-siècle, un exemple presque unique sur la terre
de ce que peuvent l’amour de la liberté et le travail infatigable. Ces
peuples pauvres, peu nombreux, bien moins aguerris que les moindres
milices espagnoles, et qui n’étaient comptés encore pour rien dans
l’Europe, résistèrent à toutes les forces de leur maître et de leur
tyran, Philippe II, éludèrent les desseins de plusieurs princes, qui
voulaient les secourir pour les asservir, et fondèrent une puissance
que nous avons vue balancer le pouvoir de l’Espagne même. Le désespoir
qu’inspire la tyrannie les avait d’abord armés: la liberté avait
élevé leur courage, et les princes de la maison d’Orange en avaient
fait d’excellents soldats. A peine vainqueurs de leurs maîtres, ils
établirent une forme de gouvernement qui conserve, autant qu’il est
possible, l’égalité, le droit le plus naturel des hommes.
Cet état, d’une espèce si nouvelle, était, depuis sa fondation, attaché
intimement à la France: l’intérêt les réunissait; ils avaient les mêmes
ennemis; Henri-le-Grand et Louis XIII avaient été ses alliés et ses
protecteurs.