DE L’ANGLETERRE.

L’Angleterre, beaucoup plus puissante, affectait la souveraineté

des mers, et prétendait mettre une balance entre les dominations de

l’Europe; mais Charles Iᵉʳ, qui régnait depuis 1625, loin de pouvoir

soutenir le poids de cette balance, sentait le sceptre échapper déjà de

sa main: il avait voulu rendre son pouvoir en Angleterre indépendant

des lois, et changer la religion en Écosse. Trop opiniâtre pour se

désister de ses desseins, et trop faible pour les exécuter, bon mari,

bon maître, bon père, honnête homme, mais monarque mal conseillé, il

s’engagea dans une guerre civile, qui lui fit perdre enfin, comme nous

l’avons déjà dit[380], le trône et la vie sur un échafaud, par une

révolution presque inouïe.

Cette guerre civile, commencée dans la minorité de Louis XIV, empêcha

pour un temps l’Angleterre d’entrer dans les intérêts de ses voisins:

elle perdit sa considération avec son bonheur; son commerce fut

interrompu; les autres nations la crurent ensevelie sous ses ruines,

jusqu’au temps où elle devint tout-à-coup plus formidable que jamais,

sous la domination de Cromwell, qui l’assujettit en portant l’Évangile

dans une main, l’épée dans l’autre, le masque de la religion sur le

visage, et qui, dans son gouvernement, couvrit des qualités d’un grand

roi tous les crimes d’un usurpateur.

Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I · 第 59 / 89 题