DE L’ESPAGNE.

L’Espagne, gouvernée par la branche aînée de la maison d’Autriche,

avait imprimé, après la mort de Charles-Quint, plus de terreur que la

nation germanique. Les rois d’Espagne étaient incomparablement plus

absolus et plus riches. Les mines du Mexique et du Potosi semblaient

leur fournir de quoi acheter la liberté de l’Europe. Vous avez vu ce

projet de la monarchie, ou plutôt de la supériorité universelle sur

notre continent chrétien, commencé par Charles-Quint, et soutenu par

Philippe II.

La grandeur espagnole ne fut plus, sous Philippe III, qu’un vaste corps

sans substance, qui avait plus de réputation que de force.

Philippe IV, héritier de la faiblesse de son père, perdit le Portugal

par sa négligence, le Roussillon par la faiblesse de ses armes, et

la Catalogne par l’abus du despotisme. De tels rois ne pouvaient

être long-temps heureux dans leurs guerres contre la France. S’ils

obtenaient quelques avantages par les divisions et les fautes de leurs

ennemis, ils en perdaient le fruit par leur incapacité. De plus, ils

commandaient à des peuples que leurs priviléges mettaient en droit de

mal servir; les Castillans avaient la prérogative de ne point combattre

hors de leur patrie; les Aragonais disputaient sans cesse leur liberté

contre le conseil royal; et les Catalans, qui regardaient leurs rois

comme leurs ennemis, ne leur permettaient pas même de lever des milices

dans leurs provinces.

L’Espagne cependant, réunie avec l’empire, mettait un poids redoutable

dans la balance de l’Europe.

Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I · 第 56 / 89 题