[En marge: M. Fouché sentant le danger approcher, et n'étant pas

content des promesses équivoques des royalistes, recommande au

maréchal Davout de tâcher d'obtenir un armistice, sans prendre avec

les Bourbons d'engagement précipité.]

[En marge: Il imagine de céder quelques places de la frontière, pour

suppléer aux concessions politiques qu'il n'est pas disposé à faire.]

M. Fouché partageait entièrement l'avis du maréchal; mais M. de

Vitrolles avec qui il était en communications continuelles, et qui

n'avait point de pouvoirs, ne lui faisait que des promesses vagues,

soit pour les choses, soit pour les hommes, et se bornait à lui

répéter qu'on n'oublierait jamais les immenses services qu'il aurait

rendus en cette occasion. Sachant quelle était la valeur de telles

assurances, M. Fouché aurait voulu, soit pour lui, soit pour le parti

révolutionnaire, des gages plus solides. M. de Tromelin, revenu de sa

mission au quartier général anglais, n'avait également rapporté que

des paroles très-générales, consistant à dire que le duc de Wellington

n'était pas autorisé à donner des sauf-conduits pour Napoléon, qu'il

fallait absolument recevoir les Bourbons, et au lieu de leur imposer

des conditions s'en fier à la sagesse de Louis XVIII, qui accorderait

tout ce qui était raisonnablement désirable. Le général Tromelin

avait rapporté en outre des expressions extrêmement flatteuses du duc

de Wellington pour M. Fouché, et le témoignage d'un vif désir de

s'aboucher avec lui. Frappé des dangers signalés par les chefs

militaires, inquiet des vagues déclarations des agents royalistes, M.

Fouché qui continuait à tout prendre sur lui-même, répondit au

maréchal Davout qu'il fallait se hâter de négocier un armistice, mais

sans contracter d'engagement formel à l'égard des Bourbons, que les

accepter trop vite ce serait s'exposer à les avoir sans conditions, et

n'être pas même dispensé d'ouvrir ses portes aux armées ennemies, dont

rien n'aurait garanti l'abstention et l'éloignement. Cependant, en ne

proclamant pas les Bourbons immédiatement, un sacrifice quelconque

devenait nécessaire si on voulait obtenir un armistice. Les premiers

négociateurs, dans leur entrevue avec les généraux prussiens, leur

avaient entendu dire que pour s'arrêter ils exigeraient les places de

la frontière, et de plus la personne de Napoléon. M. Fouché pensa

qu'il fallait sacrifier les places de la frontière pour sauver Paris,

car Paris c'était la France et le gouvernement. Cette opinion était

fort contestable, car, livrer Paris, c'était seulement restituer le

trône aux Bourbons, tandis que livrer des places telles que

Strasbourg, Metz, Lille, c'était mettre dans les mains des étrangers

les clefs du territoire, qu'ils ne voudraient peut-être pas rendre aux

Bourbons eux-mêmes. Mais M. Fouché, préoccupé en ce moment de la

question de gouvernement beaucoup plus que de la sûreté du territoire,

autorisa le maréchal à céder les places frontières pour obtenir un

armistice qui arrêterait les Anglais et les Prussiens aux portes de la

capitale. Cette autorisation devait être remise au maréchal Grouchy,

commandant les troupes en retraite, pour qu'il la fît parvenir aux

négociateurs de l'armistice, là où ils se trouveraient.

[En marge: M. Fouché sachant qu'on exigera la personne de Napoléon,

prend le parti de le faire partir tout de suite, même sans attendre

les sauf-conduits.]

Dans ces diverses réponses on n'avait point parlé de la personne de

Napoléon. L'expédient que proposa M. Fouché fut de le faire partir à

l'instant même pour Rochefort, en lui accordant la condition à

laquelle il paraissait tenir essentiellement, celle de mettre à la

voile sans attendre les sauf-conduits. Cette détermination était la

plus honorable qu'on pût adopter, car l'ennemi ne pourrait plus

demander la personne de Napoléon au gouvernement provisoire,

lorsqu'elle ne serait plus dans ses mains. Après la raison d'honneur

il y avait, pour en agir ainsi, la raison de prudence. Beaucoup de

militaires parlaient d'aller à la Malmaison chercher Napoléon, pour le

mettre à la tête des troupes, et livrer sous Paris une dernière

bataille. En le faisant partir immédiatement, on l'enlevait à ses

ennemis acharnés comme à ses amis imprudents. L'amiral Decrès et M.

Merlin furent chargés de se transporter à la Malmaison pour presser

Napoléon de s'éloigner, en lui remettant l'autorisation de lever

l'ancre dès qu'il serait à bord des deux frégates de Rochefort, et en

faisant valoir, pour le décider, les exigences de l'ennemi qui

demandait sa personne, et l'impossibilité de répondre de sa sûreté à

la Malmaison, où un parti de cavalerie pouvait aller le surprendre à

tout moment. Ces ordres donnés, on se rendit à la Chambre des

représentants pour lui faire savoir à quel point la situation s'était

aggravée, et lui proposer la mise de Paris en état de siége, les

autorités civiles continuant d'exister, et conservant leurs pouvoirs,

par exception au régime des places fortes, où l'autorité militaire

subsiste seule après la proclamation de l'état de siége. L'assemblée

que le bruit du canon avait fort agitée, et à laquelle on n'apprit

rien en lui apportant ces communications, vota l'état de siége à la

presque unanimité.

[En marge: Le bruit du canon réveille le génie de Napoléon.]

[En marge: Les Prussiens s'étant mis en avance sur les Anglais de deux

marches au moins, Napoléon imagine de les battre les uns après les

autres.]

[En marge: Il propose à la commission exécutive de livrer une

bataille, et de remettre le commandement après la victoire.]

Le bruit du canon dans la plaine Saint-Denis avait ému les habitants

de la Malmaison comme ceux de la capitale, excepté Napoléon qui ne

s'alarmait guère parce qu'il connaissait plus qu'homme au monde la

portée des dangers. Le maréchal Davout, soit pour garantir la

Malmaison, soit pour empêcher l'ennemi de passer sur la rive gauche de

la Seine, avait fait barricader les ponts de Neuilly, de Saint-Cloud,

de Sèvres, et détruire ceux de Saint-Denis, de Besons, de Chatou, du

Pecq. Ces précautions ne mettaient pas cependant la Malmaison à l'abri

d'une surprise, et le colonel Brack, officier de cavalerie de la

garde, y était accouru pour avertir que des escadrons prussiens

battaient la plaine, qu'on pouvait dès lors être enlevé si on ne se

tenait sur ses gardes. On eût conçu des alarmes bien plus vives si on

eût été informé des projets de Blucher que nous aurons bientôt

occasion de faire connaître. Le général Beker avait trois ou quatre

cents hommes, et il était résolu à défendre Napoléon jusqu'à la

dernière extrémité. Une vingtaine de jeunes gens, tels que MM. de

Flahault, de La Bédoyère, Gourgaud, Fleury de Chaboulon, étaient prêts

à se faire tuer pour protéger la glorieuse victime confiée à leur

dévouement. Napoléon souriait de tout ce zèle, disant que l'ennemi

venait à peine de déboucher dans la plaine Saint-Denis, que la Seine,

quoique basse, n'était pas facile à franchir, et que les choses

n'étaient pas telles que le supposait l'imagination alarmée de ses

fidèles serviteurs. On était presque seuls à la Malmaison. Excepté MM.

de Bassano, Lavallette, de Rovigo, Bertrand, qui n'en sortaient guère,

excepté les frères et la mère de Napoléon, excepté la reine Hortense,

on n'y voyait d'autres visiteurs que quelques officiers échappés de

l'armée, venant avec des habits en lambeaux, et tout couverts encore

de la poussière du champ de bataille, informer Napoléon de la marche

de l'ennemi, et le supplier de se remettre à leur tête. Napoléon les

écoutait avec sang-froid, les calmait, les remerciait, et faisait son

profit de leurs renseignements. Sans savoir bien au juste la position

des coalisés, il avait conclu de ces divers rapports, que, selon sa

coutume, le fougueux Blucher devançait le sage Wellington, et qu'il

s'était mis à deux marches des Anglais. Tout de suite, avec la

promptitude ordinaire de son coup d'oeil militaire, il avait entrevu

qu'on pouvait surprendre les coalisés éloignés les uns des autres, et

par un heureux hasard trouver sous Paris l'occasion qu'il avait

vainement cherchée à Waterloo, de les battre séparément, et de

rétablir ainsi la fortune des armes françaises. Il devait en effet

revenir de Soissons au moins 60 mille hommes; on en comptait bien 10

mille dans Paris, et avec 70 mille combattants on avait plus qu'il ne

fallait pour écraser Blucher, qui n'en pouvait pas réunir plus de 60

mille, et Blucher écrasé, on avait chance de faire subir au duc de

Wellington un sort désastreux. Après un tel triomphe on ne savait pas

ce que le succès communiquerait de chaleur aux âmes, provoquerait

d'élan de la part de la nation, et Napoléon, se laissant aller à un

dernier rêve de bonheur, imagina qu'il serait bien beau de rendre un

tel service à la France, sans vouloir en profiter pour lui-même, et de

reprendre le chemin de l'exil après avoir rendu possible un bon traité

de paix. Sauver peut-être la couronne de son fils, était tout ce qu'il

attendait de ce dernier fait d'armes!

Il ruminait ce grand projet pendant la nuit du 28 au 29 (car c'était

dans la soirée même du 28 qu'il avait obtenu les renseignements sur

lesquels il fondait sa nouvelle combinaison), lorsqu'il fut tout à

coup interrompu par l'arrivée de MM. Decrès et Boulay de la Meurthe

(on n'avait pu trouver M. Merlin pour l'envoyer), lesquels vinrent au

milieu de la nuit lui exprimer les intentions de la commission

exécutive relativement à son départ. Il les reçut immédiatement, et

sur la remise de l'ordre qui prescrivait aux capitaines des deux

frégates de lever l'ancre sans attendre les sauf-conduits, il déclara

qu'il était prêt à partir, mais qu'il allait auparavant expédier un

message à la commission exécutive. Il congédia ensuite, le coeur

serré, ces deux vieux serviteurs qu'il ne devait plus revoir.

[En marge: Le général Beker chargé de ce message.]

Le 29 dès la pointe du jour, il fit préparer ses chevaux de selle,

endossa son uniforme, manda auprès de lui le général Beker, et avec

une animation singulière, qu'on n'avait pas remarquée chez lui depuis

le 18 juin, il exposa ses intentions au général. L'ennemi, dit-il,

vient de commettre une grande faute, facile du reste à prévoir avec le

caractère des deux généraux alliés. Il s'est avancé en deux masses de

soixante mille hommes chacune, qui ont laissé entre elles une distance

assez considérable pour qu'on puisse accabler l'une avant que l'autre

ait le temps d'accourir. C'est là une occasion unique, que la

Providence nous a ménagée, et dont on serait bien coupable ou bien fou

de ne pas profiter. En conséquence j'offre de me remettre à la tête de

l'armée, qui à mon aspect reprendra tout son élan, de fondre sur

l'ennemi en désespéré, et après l'avoir puni de sa témérité, de

restituer le commandement au gouvernement provisoire..... J'engage,

ajouta-t-il, ma parole de général, de soldat, de citoyen, de ne pas

garder le commandement une heure au delà de la victoire certaine et

éclatante que je promets de remporter non pour moi, mais pour la

France.--

Le général Beker fut frappé de la belle expression du visage de

Napoléon en ce moment. C'était la confiance du génie se réveillant au

sein du malheur, et en dissipant un instant les ombres. Malgré sa

répugnance à se charger d'une mission dont il n'espérait guère le

succès, le général partit, pressé par Napoléon de ne pas perdre de

temps, et courut sur-le-champ aux Tuileries. Il eut beaucoup de peine

à traverser le pont de Neuilly, complétement obstrué, et trouva en

séance la commission exécutive, qui n'avait presque pas cessé de

siéger pendant la nuit. M. Fouché la présidait, et comme toujours

semblait la composer à lui seul.

[En marge: Refus absolu de M. Fouché, durement exprimé.]

En apercevant le général Beker, M. Fouché lui demanda du ton le plus

pressant s'il apportait la nouvelle du départ de Napoléon. Le général

répondit que Napoléon était prêt à partir, mais qu'auparavant il avait

cru devoir adresser une dernière communication au gouvernement

provisoire. M. Fouché écouta l'exposé du général Beker avec un silence

glacé. À peine le général avait-il achevé, que tout le monde se

taisant, M. Fouché prit la parole. Il avait mis quelques instants,

mais bien peu, à préparer sa réponse, car il aurait eu la certitude de

voir la France sauvée, qu'il n'aurait pas voulu qu'elle le fût par les

mains de Napoléon. Il faut ajouter pour être juste, que comptant peu

sur le succès des projets militaires de Napoléon, dont il était

incapable d'apprécier le mérite, croyant y découvrir un nouveau coup

de ce qu'il appelait sa mauvaise tête, il craignait, si ces projets

échouaient, de justifier toutes les défiances des généraux ennemis,

aux yeux de qui l'abdication n'était qu'un piége, et qui voyant leurs

soupçons réalisés, se vengeraient peut-être sur Paris de la nouvelle

bataille qu'on leur aurait livrée.--Pourquoi, dit-il durement au

général Beker, vous êtes-vous chargé d'un pareil message? Est-ce que

vous ne savez pas où nous en sommes? Lisez les rapports des généraux

(et en disant ces mots il lui jeta sur la table une liasse de

lettres), lisez-les, et vous verrez qu'il nous arrive des troupes en

désordre, incapables de tenir nulle part, et qu'il n'y a plus d'autre

ressource que d'obtenir à tout prix un armistice. Napoléon ne

changerait rien à cet état de choses. Sa nouvelle apparition à la tête

de l'armée nous vaudrait un désastre de plus et la ruine de Paris.

Qu'il parte, car on nous demande, sa personne, et nous ne pouvons

répondre de sa sûreté au delà de quelques heures.--Pas un des

collègues de M. Fouché n'ajouta un mot à ce qu'il avait dit. Ayant

encore questionné le général sur les personnes qui étaient

actuellement à la Malmaison, et sachant que M. de Bassano était du

nombre, il s'écria qu'il voyait bien d'où partait le coup, et il

écrivit un billet destiné à M. de Bassano, dans lequel il lui répétait

qu'il y aurait le plus grand danger à retenir Napoléon seulement une

heure de plus.

[En marge: Napoléon se voyant refusé, se décide à partir pour

Rochefort.]

Le général Beker regagna la Malmaison en toute hâte, trouva Napoléon

toujours en uniforme, ses aides de camp préparés, et n'attendant que

la réponse à son message pour monter à cheval. Quoique Napoléon ne fût

pas surpris de la réponse qu'on lui apportait, il en fut affligé, et

un instant courroucé. Mais bientôt il se résigna en voyant qu'on ne

voulait pas même un dernier service de lui, quelque grand, quelque

certain que ce service pût être, et il se rappela l'opposition de ses

maréchaux en 1814, lorsqu'il pouvait accabler les alliés dispersés

dans Paris. C'était la seconde fois en quinze mois que la fortune lui

offrant une dernière occasion d'écraser l'ennemi, on refusait de le

suivre, soit doute, défiance, ou irritation à son égard! Pour la

seconde fois, il recueillait le triste prix d'avoir fatigué, dégoûté,

si on peut le dire, le monde de son génie!

[En marge: Le 29 juin au soir, Napoléon quitte la Malmaison.]

Dès lors il ne songea plus qu'à s'éloigner. Ses compagnons d'exil

étaient choisis: c'étaient le général Bertrand, le duc de Rovigo, le

général Gourgaud. Drouot aurait dû être du nombre, mais lui seul ayant

été jugé capable de commander la garde impériale après que Napoléon

serait parti, il avait été obligé d'accepter ce commandement. Napoléon

lui-même le lui avait prescrit. Il regrettait Drouot, disait-il, comme

le plus noble coeur, le meilleur esprit qu'il eût connu. Mais il ne

désespérait pas de le voir en Amérique, ainsi que le comte Lavallette

et quelques autres sur lesquels il comptait. Sa mère, ses frères, la

reine Hortense, devaient aller l'y rejoindre. Tous ses préparatifs

terminés, il se décida à partir vers la fin du jour. Il avait peu

songé à se procurer des ressources pécuniaires, et avait confié à M.

Laffitte quatre millions en or, qui par hasard s'étaient trouvés dans

un fourgon de l'armée. La reine Hortense voulut lui faire accepter un

collier de diamants, pour qu'il eût toujours sous la main une

ressource disponible et facile à dissimuler. Il le refusa d'abord,

cependant, comme elle insistait en pleurant, il lui permit de cacher

ces diamants dans ses habits, puis embrassant sa mère, ses frères, la

reine Hortense, ses généraux, il monta en voiture à cinq heures (29

juin, 1815), tout le monde jusqu'aux soldats de garde fondant en

larmes. Il se dirigea sur Rambouillet en évitant Paris, Paris, où il

ne devait plus rentrer que vingt-cinq ans après, dans un char

funèbre, ramené mort aux Invalides par un roi de la maison d'Orléans,

qui lui-même n'est plus aux Tuileries au moment où j'achève cette

histoire, tant les habitants de ce redoutable palais s'y succèdent

vite dans le siècle orageux où nous vivons!

Tandis qu'il quittait cette France où il venait de faire une si courte

et si funeste apparition, un message annonçait son départ à la

commission exécutive et aux deux Chambres. Dans celle des

représentants, où l'on n'avait plus guère de doute sur ce qu'il

fallait espérer de l'abdication, un saisissement douloureux suivit la

lecture du message, et on sentit bien que Napoléon partait pour

toujours, et que prochainement on partagerait son sort, les uns

destinés à l'oubli ou à l'exil, les autres au dernier supplice!

[En marge: M. Fouché fait arriver aux avant-postes la nouvelle du

départ de Napoléon, afin de faciliter la conclusion d'un armistice.]

Délivré de cet incommode voisin, M. Fouché reprit plus activement que

jamais des communications dont il faisait des intrigues, au lieu d'en

faire une grande et loyale négociation, premièrement pour la France,

et secondement pour les hommes compromis dans nos diverses

révolutions. Il avait un double objet, traiter avec Louis XVIII et les

chefs de la coalition, aux meilleures conditions possibles, et comme

il fallait du temps, obtenir un armistice qui lui laissât tout le

loisir nécessaire pour parlementer. Ne se contentant pas de M. de

Vitrolles, chargé de négocier avec les royalistes, du général Tromelin

chargé d'établir des relations avec le duc de Wellington, il fit choix

d'un nouvel agent destiné également à s'aboucher avec le généralissime

britannique: c'était un Italien fort remuant, nommé Macirone, qui de

Romain s'était fait Napolitain, puis Anglais, et avait servi

d'intermédiaire à Murat lorsque celui-ci s'était donné à la coalition.

Présent à Paris depuis la catastrophe de Murat, et connu de M. Fouché,

il était un agent assez commode à envoyer à travers les avant-postes

ennemis jusqu'au camp des Anglais. M. Fouché l'y envoya en effet pour

savoir au juste ce que le duc de Wellington voulait sous le double

rapport du gouvernement de la France et de l'armistice. En même temps

il fit mander par toutes les voies aux négociateurs de l'armistice le

départ de Napoléon, afin de prouver que l'abdication de celui-ci

n'était pas une feinte, et d'éviter qu'on ne fît dépendre le succès

des négociations de la remise de sa personne aux armées ennemies.

[En marge: Arrivée des commissaires chargés de l'armistice au quartier

général ennemi.]

[En marge: C'est avec le duc de Wellington que s'établit la

négociation.]

On a vu que les premiers négociateurs après avoir conféré sur la route

de Laon avec les officiers prussiens, s'étaient acheminés vers le Rhin

pour traiter de la paix avec les souverains eux-mêmes. Les seconds

négociateurs avaient été dirigés sur le quartier général des généraux

anglais et prussien pour traiter de l'armistice. C'était à ces

derniers qu'était dévolue la mission essentielle, celle d'arrêter

l'ennemi en marche sur Paris. La question allait dès lors se trouver

transportée tout entière au camp du duc de Wellington. En effet le

maréchal Blucher, patriote sincère et ardent, guerrier héroïque mais

violent au delà de toute mesure, ne possédait ni le secret ni la

confiance de la coalition, et bien qu'ayant décidé la victoire de

Waterloo par son infatigable dévouement à la cause commune, il

n'avait cependant pas l'importance qui en général s'attache au bon

sens plus qu'à la gloire elle-même. Ce n'était donc pas à lui,

quoiqu'il fût le plus rapproché, qu'il fallait s'adresser, mais au duc

de Wellington. Les commissaires chargés de négocier l'armistice, MM.

Boissy d'Anglas, de Flaugergues, de La Besnardière, les généraux

Andréossy, Valence, se dirigèrent d'abord vers les avant-postes qui

étaient exclusivement prussiens, puisque l'armée anglaise était encore

en arrière, furent accueillis fort poliment par M. de Nostiz, et

conduits de poste en poste sans pouvoir rencontrer le maréchal

Blucher, soit qu'il ne fût pas disposé à les recevoir, soit qu'il ne

fût pas facile à joindre. Après diverses allées et venues, M. de

Nostiz leur conseilla lui-même de voir le duc de Wellington, qui

pourrait les entendre plus utilement que le général prussien. Le

général anglais était à Gonesse, et les commissaires s'y rendirent

pour s'aboucher avec lui. Ils avaient sagement fait, car c'était là

seulement que se trouvait la tête capable de diriger une révolution,

qui pour notre malheur allait être la seconde accomplie par les mains

de l'étranger.

[En marge: Avantage de traiter avec ce personnage, qui jouit de la

confiance générale.]

[En marge: Ses sages opinions sur le gouvernement de la France.]

[En marge: Nécessité, selon lui, d'ajouter à la Charte une exécution

plus franche, et de composer un véritable ministère constitutionnel.]

[En marge: Opinions qui régnaient à la cour de Gand.]

[En marge: Déchaînement universel et injuste contre M. de Blacas.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 20/20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 32 / 59 段