XXIII

Les chants qui suivent sont consacrés au complot tramé entre Ulysse,

son fils, les bergers, contre les prétendants, et aux complots des

prétendants contre Télémaque, dont ils ont appris le retour. Ulysse,

obstinément déguisé en mendiant, descend à la ville, guidé par le

gardien des pourceaux.

«Il jette sur ses épaules une besace toute déchirée; une corde lui

servait de ceinture. Eumée lui donne le bâton. Ils se mettent en

route; les bergers et les chiens restent seuls pour la garde des

bergeries. Ainsi le sage «Eumée conduit à la ville son roi, qui

s'appuyait sur un bâton comme un pauvre vieux mendiant, ses membres

couverts de livides haillons.

Tous ces déguisements, toutes ces vicissitudes, tous ces périls du

père, du fils, de l'épouse, inspiraient de jour en jour plus d'intérêt

à nos âmes neuves encore aux hasards de la destinée humaine.

Cet intérêt redoubla quand Ulysse, introduit dans la ville, y est

insulté par le mendiant effronté Irus, vil adulateur des prétendants,

dont il consomme les restes. L'attention centupla quand le faux

mendiant extermine les usurpateurs de son palais, les oppresseurs de

sa femme et de son fils. Nous fondîmes en larmes quand la chaste

Pénélope, ne se fiant pas à ses yeux, exige, avant de reconnaître son

époux et son roi, qu'il lui décrive le lit conjugal, renfermé dans les

appartements secrets, et que lui seul peut connaître, s'il est

véritablement Ulysse.

«Dans ce lit artistement sculpté, il existe un signe de reconnaissance

ignoré de tous, excepté de moi. Dans l'enceinte de la cour croissait

un olivier aux feuilles allongées; jeune et vigoureux, il s'élevait

comme une large colonne. Je construisis autour de ce pilier la

chambre nuptiale, et je la recouvris d'un toit; j'abattis ensuite les

branches de l'olivier. Coupant alors le tronc à peu de distance de la

racine, j'en polis la surface avec le rabot, je le ciselai avec soin,

je l'alignai au cordeau, j'en formai la base du lit; je le perçai des

deux côtés avec la tarière. C'est sur ce fondement que je façonnai le

lit. Je l'incrustai d'or, d'argent et d'ivoire; je tendis d'un côté à

l'autre des sangles de cuir recouvertes de pourpre!

«Pénélope, à ce signe, sent son coeur se fondre et ses genoux se

dérober sous elle.» Les époux se reconnaissent; rien ne manque au

groupe triomphant de la famille que l'aïeul Laërte; ce père d'Ulysse

vit retiré dans une maison des champs, loin de la ville, depuis le

départ et les malheurs d'Ulysse.

--«Sans la vieillesse, nous dit notre mère, la famille n'a point de

sérénité ni de sainteté; un vieillard retiré du monde est la couronne

de la famille déposée pour les jours de fête dans le trésor de la

maison. Souvenez-vous, mes enfants, de votre grand'père! Avant de

mourir, il vivait dans la solitude et dans la paix de sa demeure de

Monceaux, où nous vous conduisions les jours de fête pour jouer entre

ses genoux. Homère connaissait cette grâce des cheveux blancs qui

correspond dans une famille complète à la grâce de l'enfance. Écoutez

comme il mène Ulysse et Télémaque, le fils et le petit-fils, reporter

leur victoire et leur bonheur à sa source, chez le vieillard Laërte,

leur aïeul. Reconnaissez dans la description de son petit domaine

champêtre les vergers de votre grand'père, vieux et féconds en fruits

comme l'âge avancé.» Elle lut alors:

«C'est là qu'était la maison de Laërte; tout autour régnait une

galerie où mangeaient, se reposaient et dormaient les domestiques

attentifs à travailler sous ses ordres et à lui complaire. Auprès de

lui vivait une femme âgée de Sicile, qui prenait grand soin du

vieillard dans cette campagne éloignée de la ville... Ulysse, voulant

éprouver si son père le reconnaîtra, se rend au verger; il y trouve

Laërte occupé à creuser la terre autour d'un olivier pour y retenir

l'eau du ciel. Laërte était revêtu d'une pauvre et mauvaise tunique

toute rapiécée; ses jambes étaient entourées de lanières de cuir mal

recousues, pour prévenir les piqûres des reptiles ou des insectes; ses

mains portaient des gants à cause des broussailles épineuses, etc.»

--«N'est-ce pas ainsi que vous avez surpris cent fois votre père et

votre oncle, en costume de jardinier, autour de leurs ceps ou de leurs

ruches? Mais continuons.»

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 235 / 237 题