XXIV

Nous frémissions. Bientôt nous sourîmes de nouveau aux suaves

peintures de l'industrie des oiseaux, si supérieurement décrite depuis

par Audubon, Wilson, Toussenel, madame Michelet, ces historiographes

de l'intelligence et de l'amour des animaux.

«Une admirable providence se fait remarquer dans les nids des oiseaux;

on ne peut contempler sans être attendri cette bonté divine qui donne

l'industrie au faible et la prévoyance à l'insouciant.

«Aussitôt que les arbres ont développé leurs fleurs, mille ouvriers

commencent leurs travaux: ceux-ci portent de longues pailles dans le

trou d'un vieux mur, ceux-là maçonnent des bâtiments aux fenêtres

d'une église, d'autres dérobent un crin à une cavale ou le brin de

laine que la brebis a laissé suspendu à la ronce. Il y a des bûcherons

qui croisent des branches dans la cime d'un arbre; il y a des

filandières qui recueillent la soie sur un chardon. Mille palais

s'élèvent, et chaque palais est un nid; chaque nid voit des

métamorphoses charmantes: un oeuf brillant, ensuite un petit couvert

de duvet. Ce nourrisson prend des plumes; sa mère lui apprend à se

soulever sur sa couche. Bientôt il va se pencher sur le bord de son

berceau, d'où il jette un premier coup d'oeil sur la nature. Effrayé

et ravi, il se précipite parmi ses frères, qui n'ont point encore vu

ce spectacle; mais, rappelé par la voix de ses parents, il sort une

seconde fois de sa couche, et ce jeune roi des airs, qui porte encore

la couronne de l'enfance autour de sa tête, ose déjà contempler le

vaste ciel, la cime ondoyante des pins et les abîmes de verdure

au-dessous du chêne paternel. Et pourtant, tandis que les forêts se

réjouissent en recevant leur nouvel hôte, un vieil oiseau qui se sent

abandonné de ses ailes vient s'abattre auprès d'un courant d'eau; là,

résigné et solitaire, il attend tranquillement la mort au bord du même

fleuve où il chanta ses amours, et dont les arbres portent encore son

nid et sa postérité harmonieuse.

«C'est ici le lieu de remarquer une autre loi de la nature. Dans la

classe des petits oiseaux, les oeufs sont ordinairement peints de la

couleur dominante du mâle. Le bouvreuil niche dans les aubépines, dans

les groseilliers et dans les buissons de nos jardins; ses oeufs sont

ardoisés comme la chape de son dos. Nous nous rappelons avoir trouvé

une fois un de ces nids dans un rosier; il ressemblait à une conque de

nacre, contenant quatre perles bleues; une rose pendait au-dessus,

toute humide. Le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste

voisin comme une fleur de pourpre et d'azur. Ces objets étaient

répétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un noyer qui servait de

fond à la scène, et derrière lequel on voyait se lever l'aurore. Dieu

nous donna, dans ce petit tableau, une idée des grâces dont il a paré

la nature.....

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 197 / 237 题