Nous frémissions. Bientôt nous sourîmes de nouveau aux suaves
peintures de l'industrie des oiseaux, si supérieurement décrite depuis
par Audubon, Wilson, Toussenel, madame Michelet, ces historiographes
de l'intelligence et de l'amour des animaux.
«Une admirable providence se fait remarquer dans les nids des oiseaux;
on ne peut contempler sans être attendri cette bonté divine qui donne
l'industrie au faible et la prévoyance à l'insouciant.
«Aussitôt que les arbres ont développé leurs fleurs, mille ouvriers
commencent leurs travaux: ceux-ci portent de longues pailles dans le
trou d'un vieux mur, ceux-là maçonnent des bâtiments aux fenêtres
d'une église, d'autres dérobent un crin à une cavale ou le brin de
laine que la brebis a laissé suspendu à la ronce. Il y a des bûcherons
qui croisent des branches dans la cime d'un arbre; il y a des
filandières qui recueillent la soie sur un chardon. Mille palais
s'élèvent, et chaque palais est un nid; chaque nid voit des
métamorphoses charmantes: un oeuf brillant, ensuite un petit couvert
de duvet. Ce nourrisson prend des plumes; sa mère lui apprend à se
soulever sur sa couche. Bientôt il va se pencher sur le bord de son
berceau, d'où il jette un premier coup d'oeil sur la nature. Effrayé
et ravi, il se précipite parmi ses frères, qui n'ont point encore vu
ce spectacle; mais, rappelé par la voix de ses parents, il sort une
seconde fois de sa couche, et ce jeune roi des airs, qui porte encore
la couronne de l'enfance autour de sa tête, ose déjà contempler le
vaste ciel, la cime ondoyante des pins et les abîmes de verdure
au-dessous du chêne paternel. Et pourtant, tandis que les forêts se
réjouissent en recevant leur nouvel hôte, un vieil oiseau qui se sent
abandonné de ses ailes vient s'abattre auprès d'un courant d'eau; là,
résigné et solitaire, il attend tranquillement la mort au bord du même
fleuve où il chanta ses amours, et dont les arbres portent encore son
nid et sa postérité harmonieuse.
«C'est ici le lieu de remarquer une autre loi de la nature. Dans la
classe des petits oiseaux, les oeufs sont ordinairement peints de la
couleur dominante du mâle. Le bouvreuil niche dans les aubépines, dans
les groseilliers et dans les buissons de nos jardins; ses oeufs sont
ardoisés comme la chape de son dos. Nous nous rappelons avoir trouvé
une fois un de ces nids dans un rosier; il ressemblait à une conque de
nacre, contenant quatre perles bleues; une rose pendait au-dessus,
toute humide. Le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste
voisin comme une fleur de pourpre et d'azur. Ces objets étaient
répétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un noyer qui servait de
fond à la scène, et derrière lequel on voyait se lever l'aurore. Dieu
nous donna, dans ce petit tableau, une idée des grâces dont il a paré
la nature.....