XXIII

Une exclamation d'enthousiasme éclata dans tout le jeune auditoire; le

père Béquet, qui s'était attendri, reprit sa voix virile en

poursuivant la page.

«L'oiseau,» continua-t-il à lire, «semble le véritable emblème du

chrétien ici-bas: il préfère, comme le fidèle, la solitude au monde,

le ciel à la terre, et sa voix bénit sans cesse les merveilles du

Créateur.

«Il y a quelques lois relatives aux cris des animaux, qui, ce nous

semble, n'ont point encore été observées, et qui mériteraient bien de

l'être. Le divers langage des hôtes du désert nous paraît calculé sur

la grandeur ou le charme du lieu où ils vivent et sur l'heure du jour

à laquelle ils se montrent. Le rugissement du lion, fort, sec, âpre,

est en harmonie avec les sables embrasés où il se fait entendre,

tandis que le mugissement de nos boeufs charme les échos champêtres de

nos vallées; la chèvre a quelque chose de tremblant et de sauvage dans

la voix, comme les rochers et les ruines où elle aime à se suspendre;

le cheval belliqueux imite les sons grêles du clairon, et, comme s'il

sentait qu'il n'est pas fait pour les soins rustiques, il se tait sous

l'aiguillon du laboureur et hennit sous le frein du guerrier. La nuit,

tour à tour charmante ou sinistre, a le rossignol et le hibou; l'un

chante pour le zéphyre, les bocages, la lune, les amants, l'autre

pour les vents, les vieilles forêts, les ténèbres et les morts. Enfin

presque tous les animaux qui vivent de sang ont un cri particulier,

qui ressemble à celui de leurs victimes. L'épervier glapit comme le

lapin et miaule comme les jeunes chats; le chat lui-même a une espèce

de murmure semblable à celui des petits oiseaux de nos jardins; le

loup bêle, mugit ou aboie; le renard glousse ou crie; le tigre a le

mugissement du taureau, et l'ours marin une sorte d'affreux râlement,

tel que le bruit des récifs battus des vagues où il cherche sa proie.

Cette loi est fort étonnante, et cache peut-être un secret terrible.

Observons que les monstres parmi les hommes suivent la loi des bêtes

carnassières. Plusieurs tyrans ont eu des traces de sensibilité sur le

visage et dans la voix, et ils affectaient au dehors le langage des

malheureux qu'ils songeaient intérieurement à déchirer. Néanmoins la

Providence n'a point voulu qu'on s'y méprît tout à fait, et, pour peu

qu'on examine de près les hommes féroces, on trouve sous leurs feintes

douceurs un air faux et dévorant, mille fois plus hideux que leur

furie.»

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 196 / 237 题