L'hiver, redoublant ses ravages,
Désole nos toits et nos champs;
Les oiseaux sur d'autres rivages
Portent leurs amours et leurs chants.
Mais le calme d'un autre asile
Ne les rendra pas inconstants;
Les oiseaux que l'hiver exile
Reviendront avec le printemps.
À l'exil le sort les condamne,
Et plus qu'eux nous en gémissons!
Du palais et de la cabane
L'écho redisait leurs chansons.
Qu'ils aillent d'un bord plus tranquille
Charmer les heureux habitants.
Les oiseaux que l'hiver exile
Reviendront avec le printemps.
Oiseaux fixés sur cette plage,
Nous portons envie à leur sort.
Déjà plus d'un sombre nuage
S'élève et gronde au fond du nord.
Heureux qui sur une aile agile
Peut s'éloigner quelques instants!
Les oiseaux que l'hiver exile
Reviendront avec le printemps.
Ils penseront à notre peine,
Et, l'orage enfin dissipé,
Ils reviendront sur le vieux chêne
Que tant de fois il a frappé.
Pour prédire au vallon fertile
De beaux jours alors plus constants,
Les oiseaux que l'hiver exile
Reviendront avec le printemps.
_Le Marquis de Carabas_ et _la Marquise de Pretintailles_, deux petits
pamphlets à double but, l'un de dérider la bourgeoisie, l'autre de
désinféoder le paysan, sont restés des proverbes de gaieté et de
comique dans l'oreille du peuple. Les prétentions surannées de la
noblesse, exagérées par le pinceau d'un autre Molière, y sont livrées
à la risée de la multitude comme des tartufes de vanité.
Le poëte s'élève dans la chanson du _Dieu des bonnes gens_ jusqu'à des
hauteurs lyriques; la patrie humiliée frémit dans ces vers:
Il est un Dieu: devant lui je m'incline,
Pauvre et content, sans lui demander rien.
De l'univers observant la machine,
J'y vois du mal, et n'aime que le bien.
Mais le plaisir à ma philosophie
Révèle assez des cieux intelligents.
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Dans ma retraite, où l'on voit l'indigence,
Sans m'éveiller, assise à mon chevet,
Grâce aux amours, bercé par l'espérance,
D'un lit plus doux je rêve le duvet.
Aux dieux des cours qu'un autre sacrifie!
Moi, qui ne crois qu'à des dieux indulgents,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Un conquérant, dans sa fortune altière,
Se fit un jeu des sceptres et des lois,
Et de ses pieds on peut voir la poussière
Empreinte encor sur le bandeau des rois.
Vous rampiez tous, ô rois qu'on déifie!
Moi, pour braver des maîtres exigeants,
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
Dans nos palais, où, près de la Victoire,
Brillaient les arts, doux fruits des beaux climats,
J'ai vu du Nord les peuplades sans gloire
De leurs manteaux secouer les frimas.
Sur nos débris Albion nous défie;
Mais les destins et les flots sont changeants:
Le verre en main, gaîment je me confie
Au Dieu des bonnes gens.
On regrette seulement dans ces beaux vers que le refrain, sans rapport
avec la pensée, vienne terminer la strophe, qui serait une ode, et qui
redevient ainsi malheureusement un couplet. Quelle logique y a-t-il
entre l'Empire qu'on pleure en larmes épiques et le dieu des bonnes
gens auquel on se confie _gaîment_? C'est le vice du genre, et c'est
en même temps sa trop grande facilité; le refrain remplace le coup de
massue que doit frapper l'ode à la fin de la strophe.