XI

_Le Retour dans la patrie_, élégie chantée par un soldat ou un

proscrit, n'a pas ce vice. Le refrain y est le cri de l'amour de la

patrie à l'aspect du rivage paternel:

Qu'il va lentement le navire

À qui j'ai confié mon sort!

Au rivage où mon coeur aspire

Qu'il est lent à trouver un port!

France adorée!

Douce contrée!

Mes yeux cent fois ont cru te découvrir.

Qu'un vent rapide

Soudain nous guide

Aux bords sacrés où je reviens mourir.

Mais enfin le matelot crie:

Terre! terre! là-bas, voyez!

Ah! tous mes maux sont oubliés.

Salut à ma patrie!

Oui, voilà les rives de France;

Oui, voilà le port vaste et sûr,

Voisin des champs où mon enfance

S'écoula sous un chaume obscur.

France adorée!

Douce contrée!

Après vingt ans enfin je te revois!

De mon village

Je vois la plage,

Je vois fumer la cime de nos toits.

Combien mon âme est attendrie!

Là furent mes premiers amours;

Là ma mère m'attend toujours.

Salut à ma patrie!

Au bruit des transports d'allégresse

Enfin le navire entre au port.

Dans cette barque où l'on se presse,

Hâtons-nous d'atteindre le bord.

France adorée!

Douce contrée!

Puissent tes fils te revoir ainsi tous!

Enfin j'arrive,

Et sur la rive

Je rends au Ciel, je rends grâce à genoux.

Je t'embrasse, ô terre chérie!

Dieu! qu'un exilé doit souffrir!

Moi, désormais je puis mourir.

Salut à ma patrie!

Il est impossible de ne pas remarquer combien l'art exquis du poëte

sait contenir comme un paysagiste un grand horizon dans le petit cadre

de ses couplets! La nécessité d'abréger le rend précis: il a peu de

notes, mais il frappe toujours sur la note juste, et la brièveté

ajoute à la force du sentiment.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 132 / 237 题