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Quant aux années qui suivirent le désastre de son père, la mort de son

grand-père, la dispersion et l'indigence de cette famille, il ne m'en

dit jamais rien.

Il paraît, d'après ses chansons et ses notes, que tout tomba à cette

époque autour de lui dans une pauvreté irrémédiable, et que le jeune

poëte chercha pour la première fois dans son esprit les ressources

bien douteuses et bien précaires que le talent littéraire encore

ignoré du public et de soi-même peut offrir à une famille écroulée.

Ce fut alors aussi que ce jeune homme fut confondu quelque temps par

l'adversité avec ceux qui souffrent de la vie dans les misères d'une

capitale. Il y contracta des opinions républicaines et soldatesques

très-opposées à celles de son père; il y respira le sentiment

plébéien, noblesse inverse du prolétaire, jusqu'au dédain pour des

classes plus favorisées du sort. Enfin il y fut initié par les moeurs

communes à la langue triviale du peuple dont il goûtait les larmes au

fond du verre.

Mais ce qu'il y contracta surtout, ce fut la pitié pour ce peuple et

l'amour réel des déshérités. Cette compassion et cet amour du peuple

honnête et souffrant des ateliers des grandes villes devint sa seconde

nature: le malheur fut sa famille. Cela se conçoit; on s'attache à ce

que l'on fréquente. C'est ainsi que moi-même, élevé dans les champs et

NÉ PARMI LES PASTEURS, comme je l'ai chanté un jour, j'ai contracté,

en vivant presque constamment parmi les ouvriers de la campagne, une

estime, un goût, une tendresse pour les paysans, qui me firent

toujours et qui me font encore préférer la table, la veillée d'une

chaumière aux banquets et aux fêtes des palais. Béranger ne

connaissait pas les paysans, moi je ne connaissais pas les prolétaires

des villes avant 1848; j'avais chanté des idylles, il devait chanter

des couplets.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 95 / 237 题