Ce fut alors, si l'on en croit l'esquisse biographique d'Alexandre
Dumas, que l'âme de Béranger s'ouvrit pour la première fois, et
peut-être pour la seule fois de sa vie, à l'amour.
Rien n'est plus près d'aimer qu'un malheureux: les larmes communes
sont la soudure des coeurs. L'aventure racontée par Dumas est si
étrange qu'elle doit être vraie: on n'invente jamais autant de poésie
que la nature, la vie et les hasards du coeur en jettent sur le chemin
des hommes d'aventures. Le grand poëte, c'est le sort; nous ne sommes
que les personnages avec lesquels il compose ses drames. J'ai connu
les deux personnages vieillis de ce drame de jeunesse et d'amour. Je
parlerai tout à l'heure de celle qui fut Lisette, compagne de la
jeunesse, de l'âge mûr, de la poésie et de la vieillesse de Béranger.
Voici comment, selon la biographie intime, ces deux enfants se
connurent, s'aimèrent, et mêlèrent leurs destinées qui devaient se
confondre jusqu'au tombeau.