18 octobre 1921.

Quel torrent nous entraîne! Assis dans un des endroits les plus beaux et

les plus aimés--au Jardin du Luxembourg par une après-midi radieuse et

chaude--je savoure ces instants heureux, je pense agréablement au passé

que j’ai vécu là; j’ai conscience de jouir de quelques minutes

privilégiées... et je n’en ai pas consacré dix à cette méditation qui

est conforme à mes goûts, que je bâille!... Quelque chose m’ordonne

d’agir. Nul temps n’est donc fait pour rêver? Ma nature m’ordonne

secrètement de me lever et de courir à ces actions qui, même futiles et

même tout à fait vaines, du moins ont cela pour elles qu’elles nous

arrachent à la conscience de vivre. On vit; on ne doit pas se regarder

vivre.

Juillet 1923.

Prendre un ton simple, «se mettre à la portée», c’est très bien, et l’on

peut dire d’excellentes choses sur ce mode; mais c’est une dangereuse

habitude de l’esprit; il risque, en l’adoptant, que le parti exprimé

trop simplement ne gagne la pensée; gardons-nous, sous le prétexte de

nous faire comprendre des simples, de n’avoir plus que des idées

puériles.

Même date.

En un sens la littérature est bien plus que la vie, puisque chez

certains--comme moi--le fait d’écrire me fait passer à un état

d’activité, d’intelligence, de passion même, qu’ils n’atteignent pas

dans la vie.

C’est à cause de cela que la littérature est si frappante pour ceux-là

mêmes qui vivent le plus. Ils ne s’élèvent pas à ce degré où un homme

assis à sa table et dénué de passions est arrivé par un enchantement.

[Illustration]

Feuilles tombées · 第 32 / 33 题