NOTES:

[A] «C’est ainsi que j’ai appris, dès ma prime jeunesse, que les

écervelés, seuls, imaginent pouvoir soustraire même un petit enfant à

l’influence des événements publics; et nul, depuis lors, ne m’a paru

plus niais qu’un monsieur ou une dame qui, en buvant une tasse de thé

ou un verre de porto, se proclament anarchistes.» (_La Touraine_, p.

49.)

[B] «Je ne crois pas mauvais que la proportion soit rompue en faveur

de ceux qui aperçoivent la vie conformément à une idée préétablie.

Ceux qui jugent impitoyablement chaque objet, chaque individu, chaque

action, ont leur utilité grande, mais à quelle anarchie le monde

serait-il livré si la nature prévoyante n’avait créé la plupart des

hommes ingénus, aveugles et crédules!» (_La Touraine_, p. 71.)

[C] Il va de soi que je ne vise pas ici la veine de la comédie, dont

le Bel Avenir par exemple offre une si alerte réussite, mais celle de

_Les Leçons d’Amour dans un parc_, la veine d’un <small>XVIII</small>ᵉ

siècle qui a passé par Anatole France. Il n’y aurait rien à dire contre

France si seulement nos écrivains consentaient à l’oublier, à nous

laisser à nous, lecteurs, le soin de nous souvenir de lui.

[D] Ces quelques pages ne prétendent en aucune façon à étudier en son

détail l’œuvre de Boylesve--qui au reste, du vivant de l’auteur et au

lendemain de sa mort, a donné lieu à nombre d’excellents articles:

parmi eux il convient d’isoler celui de Jean-Louis Vaudoyer: _Près de

René Boylesve_ (Hommage à Boylesve--_Les Nouvelles Littéraires_, 23

janvier 1926): en des dimensions que le cadre mesurait, avec ce bonheur

d’expression qui est celui de J.-L. V., je ne sais rien sur Boylesve

de plus finement, de plus tendrement exact.--Je tiens toutefois à

marquer ici ma conviction qu’avec le recul cette œuvre apparaîtra la

plus importante et la plus solide qu’ait produite le roman français

entre Flaubert et Proust. J’ai parlé ailleurs de «la solidité à toute

épreuve» des livres de Flaubert; or c’est par la solidité que valent

avant tout ceux de Boylesve: dans un ouvrage littéraire, quel qu’il

fût, il n’était rien qu’il estimât autant que la solidité, et c’est à

cause d’elle qu’il était demeuré à Flaubert si fidèle. D’autre part,

il y a en Boylesve des traces d’un pré-proustisme indéniable (dont il

serait fort intéressant de repérer et de suivre les manifestations).

Par où s’expliquent et sa résistance à Proust, et l’étendue de son

abandon. Les ouvrages post-proustiens de Boylesve ne permettent pas

de tout à fait apprécier ce qu’il aurait pu accomplir dans cette

voie: comme il en va avec tous les artistes qui ont leurs biens en

terres et non en argent liquide, les phases de transition étaient chez

lui longues et difficultueuses. Telle que son œuvre nous parvient,

je crois que l’avenir retiendra surtout à côté de certains des

premiers livres: _Mademoiselle Cloque_, _La Becquée_, _L’Enfant à la

Balustrade_,--témoignages français non moins probants que ces portraits

de famille qu’Ingres exécutait à la mine de plomb--les deux romans

intimes et les deux romans-somme de période médiane.

[E] Bien entendu je prends ici ces mots de «subjectif» et d’«objectif»

dans le sens courant, et non point dans leur saine et seule valide

acception philosophique. (Je tiens à me prémunir contre les foudres

légitimes de mon ami Ramon Fernandez.)

[F] _La Touraine_, p. 99-101.

[G] _L’Enfant à la Balustrade_, p. 385-386.

[H] _La Touraine_, p. 92-94.

[I] _La Touraine_, p. 94-96.

[J] «Plus nous avançons dans la lecture des _Essais_, plus nous nous

éloignons des exercices un peu rhétoriques du début, plus nous voyons

Montaigne soucieux non seulement de se définir, mais encore de se

_classer_: son moi ne remplit pas le cadre, il y a de l’espace autour

de lui dans ce noble tableau où tient Épaminondas.» (Ramon Fernandez,

_Messages_ p. 155.)

[K] Le besoin d’être jugé, besoin français s’il en est, proche parent

du besoin de se juger, qu’il ne faut cependant pas tout à fait

confondre avec lui,--le besoin de se juger appartenant en commun,

en tout pays et en tout temps, aux hommes qui comptent; le besoin

d’être jugé plus particulier, lui, à ceux de notre race,--que le

Français y soit porté par l’instinct social si développé en lui, et

qui souvent l’incline à un respect du «social» comme tel; ou que, plus

profondément, en vertu tout ensemble et de son courage intellectuel

et d’un certain scepticisme foncier quand un jugement que l’on peut

former sur soi, il tende à révoquer en doute ce jugement tant qu’il

n’est pas contresigné par autrui.--Quoi qu’il en soit, ce besoin

d’être jugé, Boylesve l’éprouvait au maximum (et en ce sens le

fragment de _Feuilles tombées_ que j’ai cité tout à l’heure: «J’aime

mieux la forme des choses qu’un visage: elle sait me plaire et elle

ne me juge point», s’il correspond à l’état d’exaltation solitaire,

n’exprime pas et même trahit l’ossature de sa pensée normale). C’est en

fonction de ce besoin d’être jugé que s’explique et que se légitime la

considération dans laquelle Boylesve tenait, et voulait que l’on tînt,

les manifestations de l’opinion publique. Dans nos longs tête-à-tête,

c’était là le sujet où nous prenions parfois ces «positions opposées

ou simplement différentes» auxquelles j’ai fait allusion,--le point

où il m’était plus facile de le comprendre que de le suivre; mais

c’est que je n’avais pas encore su voir dans cette considération pour

l’opinion publique ce que trop tard j’y aperçois aujourd’hui: la

pointe, la dentelure héroïque du besoin d’être jugé.--A cet égard,

comme à maints autres (_Mon Amour_ ne s’inscrit-il pas, en regard

de _Dominique_, comme l’autre volet d’un idéal dyptique?), Boylesve

rappelle Fromentin--à qui du reste il ressemblait, au témoignage de

Madame Vaudoyer qui avait connu Fromentin, et que frappait à nouveau

cette ressemblance tandis que nous regardions ensemble le portrait

de Fromentin par Ricard. Dans le chapitre--qui est sans doute le

chef-d’œuvre des _Maîtres d’autrefois_,--le chapitre sur Ruysdaël,

ayant à parler du peintre le plus près de son cœur, Fromentin commence

par faire à l’opinion publique des concessions si étendues que d’abord

il semble que l’on ne voie clairement que les manques de Ruysdaël; mais

c’est afin--à la faveur de ces concessions mêmes--d’obtenir gain de

cause en ce qui concerne l’intime, l’irremplaçable de son génie. Sans

cesse, dans ses jugements, dans ses propos et jusque dans son attitude,

Boylesve procédait de la sorte. Abandonner l’inessentiel pour ne jamais

transiger sur le noyau: se replier mais pour tenir, là aussi il y

a--non plus la pointe ou la dentelure--mais le retrait héroïque d’un

autre besoin: celui de sauver l’enjeu central de la partie, de sauver

la citadelle.

[L] «Quelle est donc la vertu singulière de l’angoisse chrétienne, pour

qu’elle communique à tous les grands esprits qui en sont touchés je

ne sais quelle beauté et quelle magnanimité d’âme, ou quelle passion

enfin, que n’ont pas tout de même un Socrate, un Montaigne, un Gœthe!»

(_Feuilles tombées._)

[M] Mᵐᵉ René Boylesve.

[N] Il s’agit du _Bel avenir_.

[O] _Le Bel Avenir._

[P] Il s’agit de l’héroïne de _Mon Amour_.

Feuilles tombées · 第 33 / 33 题