Ma pauvre petite femme est couchée dans cette chambre hier si gaie, si
charmante, et si pleine de mon nouveau bonheur. De cette chambre, on a
bouché les vitres avec des morceaux de papier d’emballage, et caché les
clairs rideaux de mousseline blanche à dessins bleus avec de grands
voiles d’andrinople. Un paravent intercepte encore le jour des deux
chambres voisines. Et dans cette nuit, on aperçoit le visage de plâtre,
la petite figure de pierrot de ma pauvre chérie, qui souffre la
privation de la lumière de mai, et qui, sous son petit front, appréhende
de demeurer sa vie entière défigurée! Pauvre enfant, si heureuse
d’éprouver et d’orner sa jeunesse, subira-t-elle ce supplice? Et tout au
fond de l’angoisse que je sens dans son cœur, surgit la crainte d’être
moins aimée de moi. Comment lui dire que je l’en aimerais davantage? ou
plutôt, comment le lui faire croire? Pour une femme, il n’y a pas
d’épreuve plus terrible, et je vois bien que cela seul l’affecte dans sa
maladie. Elle eût bien courageusement affronté la mort, mais elle
fléchit devant la perspective d’être laide. O mon Dieu! prenez-nous en
pitié! De ma vie, je ne me suis senti si profondément malheureux.