29 avril 1901.

Ma pauvre petite femme est couchée dans cette chambre hier si gaie, si

charmante, et si pleine de mon nouveau bonheur. De cette chambre, on a

bouché les vitres avec des morceaux de papier d’emballage, et caché les

clairs rideaux de mousseline blanche à dessins bleus avec de grands

voiles d’andrinople. Un paravent intercepte encore le jour des deux

chambres voisines. Et dans cette nuit, on aperçoit le visage de plâtre,

la petite figure de pierrot de ma pauvre chérie, qui souffre la

privation de la lumière de mai, et qui, sous son petit front, appréhende

de demeurer sa vie entière défigurée! Pauvre enfant, si heureuse

d’éprouver et d’orner sa jeunesse, subira-t-elle ce supplice? Et tout au

fond de l’angoisse que je sens dans son cœur, surgit la crainte d’être

moins aimée de moi. Comment lui dire que je l’en aimerais davantage? ou

plutôt, comment le lui faire croire? Pour une femme, il n’y a pas

d’épreuve plus terrible, et je vois bien que cela seul l’affecte dans sa

maladie. Elle eût bien courageusement affronté la mort, mais elle

fléchit devant la perspective d’être laide. O mon Dieu! prenez-nous en

pitié! De ma vie, je ne me suis senti si profondément malheureux.

Feuilles tombées · 第 12 / 33 题