106.--_Lundi 31 décembre._

Que se passe-t-il? Le facteur m'a apporté un pli recommandé, qui

contenait cette lettre d'Elle:

«Ma bonne Meunière,

»Voulez-vous m'aider à faire quelque chose pour qui vous savez? Oui,

n'est-ce pas? Eh bien! sans un mot de plus, sans un mot de moins,

écrivez de suite, par le retour du courrier, à peu près ceci:

«J'ai bien compris votre lettre, Madame, et je vais vous demander de ne

pas arriver comme vous me l'indiquez, le 5 ou le 6. Ma maison ne sera

prête à vous recevoir qu'à partir du 19, etc...»

»Ma bonne Meunière, comprenez-moi bien, il ne faut pas qu'on se doute

que je vous dicte cela, mais cela serait, pour que vous savez, une

grande imprudence, si nous n'agissons pas comme je vous le demande pour

lui. Faites ce que je vous écris aussi un peu pour moi. Ce retard nous

permettra de rester auprès de vous plus longtemps.

»Vous m'avez bien comprise. En grâce, faites ce que je vous demande. En

plus, renvoyez votre réponse par retour du courrier et faites-la partir

de Riom.

»Bons souvenirs.

»J'ajoute ce mot: Je compte sur vous pour qu'il ne se doute pas de ce

que je vous écris. Pour lui, et encore une fois, c'est très important,

faites ce que je vous demande, et croyez qu'il m'en coûte. C'est un vrai

sacrifice, mais c'est pour lui.»

Je devine qu'il veut absolument venir ici dès la fin de cette semaine,

et que, devant son désir impérieux, elle a dû s'incliner, en apparence,

du moins, et feindre comme si elle m'avait écrit dans ce sens...

Puisque c'est pour Lui, mon devoir est tout tracé. Je n'ai pas à

apprécier: je n'ai qu'à faire ce qu'elle me demande, car elle doit

savoir mieux que moi...

Mais, tout de même, il y a quelque chose qui me met mal à l'aise: cette

obligation de l'aider à Lui mentir,--à Lui, qui ne lui a jamais rien

caché...

* * *

107.--_Mardi 1er janvier 1889_.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Quelle différence encore, dans sa situation à Lui, entre cette nouvelle

année et la précédente!

Il n'est plus le général à plume blanche qui, d'un moment à l'autre,

pouvait redevenir Ministre de la Guerre. Il n'est plus soldat, hélas!...

Il est homme politique.

Mais là, comme toujours, il est vite devenu le premier, le plus en vue,

celui sur lequel se fixent les yeux pleins d'espérance du peuple et

aussi les regards terrifiés de ses adversaires...

Né pour être chef, il l'est devenu d'une nouvelle armée, autrement

nombreuse que celle qu'il commandait ici, car elle comprend des

millions de citoyens qui mettent leur confiance en lui.

Pourvu qu'il veuille, la victoire lui est acquise!

* * *

108.--_Vendredi 4 janvier_.

La lettre qu'Elle m'avait demandée n'a pas suffi:

«Mercredi soir.

»Ma bonne Meunière,

»Merci de votre lettre. Elle était parfaitement ce qu'il fallait et vous

m'aviez très bien comprise... Mais elle n'a pas suffi! Car vous

connaissez le maître: quand il a mis quelque chose dans sa tête, il le

veut,--et, malgré votre lettre, il veut encore que nous partions samedi

soir. Hélas! tout mon cœur le désirerait, mais toute ma raison s'y

refuse, car, à l'heure actuelle, la chose serait très imprudente pour

lui, et nous le regretterions plus tard. Il faut savoir l'aimer pour lui

avant de l'aimer pour moi. Il faut donc que, dès que vous aurez reçu

cette lettre, c'est-à-dire dès demain vendredi, vous envoyiez cette

dépêche:

«_Monsieur Auguste, 14, rue Lapérouse_,

»_Quoiqu'il m'en coûte, vous supplie de retarder au moins de huit

jours.»_

et vous signerez de votre prénom. Je m'arrangerai ensuite, mais, je vous

en prie, qu'il ne se doute pas que c'est moi qui vous dicte cela. Je

vous assure qu'en le faisant, je me sacrifie, mais il le faut.

»Je vous écrirai demain, dès votre dépêche reçue, ce que vous aurez

ensuite à écrire, mais envoyez cette dépêche de suite et comme je vous

l'indique. Merci de m'aider à travailler pour lui, cela m'est pénible,

mais je ne veux pas que son amour pour moi l'emporte sur la raison...

D'ici peu, nous pourrons nous rattraper, et je vous jure que je voudrais

être au jour où nous pourrons, sans danger, vous arriver.

»Vous savez que je vous souhaite beaucoup de bonheur, et, pour commencer

cette année, je vous embrasse de tout cœur.»

Cette lettre ne m'a été remise qu'à midi. Je suis aussitôt descendue à

Clermont pour expédier la dépêche.

Je comprends maintenant pourquoi il serait si imprudent qu'Il s'absente

actuellement de Paris. Il est candidat à Paris même, pour le siège que

vient de laisser vacant la mort de M. Hude, et l'élection est fixée au

27 de ce mois.

* * *

109.--_Samedi 5 janvier_.

Elle est toujours encore dans l'angoisse!

«Vendredi 4.

»Ma bonne Meunière,

»Il est 4 heures et la dépêche que je vous ai demandé d'envoyer n'est

pas encore arrivée. J'en suis tout ennuyée. J'espère qu'elle va arriver.

Mais, dans le cas où vous n'auriez rien envoyé quand vous aurez reçu

cette lettre, envoyez-en une de suite, comme je vous l'ai indiqué, à M.

Auguste, 14, rue Lapérouse, et disant que vous nous demandez de retarder

au moins de huit jours.

»Je vous écris à la vapeur, toute contrariée que votre dépêche ne soit

pas encore arrivée. Ma lettre d'hier n'était pas recommandée, l'ayant

mise trop tard à la poste. Celle-ci ne le sera pas non plus, pour la

même raison. Faites bien ce que je vous demande, pour que nous ne vous

arrivions pas, je vous en prie. C'est la nécessité, pour qui vous savez.

Mais, dans le cas où il voudrait quand même partir, je vous enverrais,

demain, une dépêche vous disant:

«_Effet raté et prenez précautions_.»

»Si vous recevez cette dépêche, c'est que nous partirions malgré tout

demain soir--(quelle imprudence et quelle folie!)--et que nous serions

dimanche matin, par l'express, à Clermont; que votre cocher nous

attende, etc., etc... Dieu! que j'aimerais mieux faire ce voyage

quelques jours plus tard! ce qui nous permettrait, d'abord, de rester

plus longtemps.

»Ma bonne Meunière, pour lui que j'aime tant, arrangeons cela ainsi. Si

une dépêche a été envoyée, ne le faites plus. Mais, dans le cas

contraire, vite, vite, envoyez-en une de Royat, dès demain matin à la

première heure.

»Mes bonnes amitiés.»

Je suis retournée au télégraphe de Clermont. On m'a affirmé que ma

dépêche d'hier avait été dûment transmise. Elle doit donc l'avoir reçue

peu après l'envoi de cette lettre.

Moi, qui me faisais une telle joie de leur prochaine arrivée, j'en

arrive à former des vœux pour qu'elle soit retardée. Comment

pourrait-Elle le rendre franchement heureux, puisqu'Elle ne viendrait

qu'à contre-cœur.

* * *

110.--_Dimanche 6 janvier_.

Dieu merci! la chose est enfin arrangée:

«Samedi.

»Ma bonne Meunière,

»Votre dépêche est enfin arrivée hier soir, à 7 heures. Merci. Je vous

écrirai demain. Aujourd'hui, je n'en ai pas le temps.

»Merci et amitiés.

»N'écrivez pas avant que vous n'ayez ma lettre, pour que vous sachiez ce

qu'il faudra que vous écriviez.»

* * *

111.--_Vendredi 11 janvier_.

Aujourd'hui, seulement, m'est arrivée la lettre annoncée:

«Jeudi 10 janvier 1889.

»Vous devez vous demander pourquoi je ne vous ai pas envoyé plus tôt, ma

bonne Meunière, la lettre annoncée, afin que vous puissiez écrire. C'est

que je viens d'être un peu souffrante. Je vous assure que j'ai regretté

vivement de n'être pas auprès de vous. Il me semble que, bien soignée

par vous, j'aurais été si bien. Enfin, bientôt, quand nous aurons

traversé cette élection, et une autre chose, nous vous arriverons gais

et heureux. Pour le moment, il faut que vous écriviez à peu près ceci à

qui vous savez:

»Que vous ne pensiez pas que nous pouvions venir si près du jour de l'an

et que vous avez mis les ouvriers chez vous... Que vous en avez été

désolée, car cela pouvait faire croire que vous ne nous étiez plus

dévoués, quand c'était le contraire, mais que, justement, la seule

chambre bonne n'avait plus ni plancher, ni plafond, etc..., mais que,

maintenant, vous nous attendiez avec espoir et bonheur, etc., etc...»

»Dieu! Ce qu'il m'en a coûté de faire cela et de ne pas partir! Je vous

le dirai mieux de vive voix, ma bonne Meunière. Mais, encore une fois,

quitter Paris à l'heure présente était une grosse et terrible imprudence

pour lui, et lui-même commence peut-être à le reconnaître, car, hier, il

me disait:

«Enfin, cela vaut peut-être mieux que notre Meunière n'ait pas pu nous

recevoir.»

»Vous m'avez aidée à participer au grand succès sur lequel nous comptons

et sommes sûrs pour le 27... Mais ne parlez pas de tout cela dans votre

réponse... _Ne parlez absolument_ que des empêchements que vous aviez et

de vos regrets.

»Encore merci et mes bonnes amitiés.

»Si vous voulez, dès que je saurai le résultat du 27, je vous le

télégraphierai. Mais n'en dites rien dans votre lettre.»

Je devine, par les expressions qu'Elle me dicte, qu'il a éprouvé un

moment de grosse contrariété en recevant les missives qu'Elle m'a fait

écrire, et peut-être même qu'il a douté de moi... Et cette pensée m'est

bien pénible.

Enfin, ce qui me console, c'est qu'ils ont pris le sage parti de ne

venir qu'après le 27: seulement quelques semaines après, j'imagine. Car

si vraiment Il était élu à Paris,--ce dont on ne paraît pas aussi sûr

qu'Elle l'est,--les conséquences de sa victoire seraient incalculables,

et il lui faudrait tout d'abord s'occuper d'en tirer parti, sans perdre

un instant...

Il faudra que je me mette maintenant à combiner ce qu'il convient de

faire pour donner un air de vraisemblance à la fable des réparations qui

auraient mis leur appartement sens dessus dessous...

* * *

112.--_Lundi 21 janvier_.

Une lettre recommandée d'Elle:

«Dimanche,

»Bravo! ma bonne Meunière, vous avez parfaitement compris, et votre

lettre était très bien écrite. De tout cœur je vous en remercie et je

me fais une fête de vous dire que bientôt, sans danger pour lui, nous

allons vous arriver... Dieu! comme j'en suis heureuse, et vous allez

l'être aussi, n'est-ce pas? Et vous le serez quand nous vous arriverons,

j'en suis sûre. Je rêve de ce cher bonheur. Dans huit jours, la vie

infernale qu'il mène dans ce moment sera terminée, et cette fois sans

crainte. J'ai pu fixer avec lui irrévocablement notre départ au jeudi

31. Nous vous arriverons vendredi matin: cela sera le 1er février.

Cela lui fera du bien de passer quatre à cinq jours dans notre chère

chambrette. Nous le gâterons, nous le reposerons, nous le soignerons

bien, et il reprendra sa bonne mine. Pour le moment, il a une toute

petite figure un peu tirée. Mais son séjour auprès de vous le remettra

complètement.

»Lundi 28, matin, je vous enverrai une dépêche vous parlant de santé.

Vous comprendrez que selon que j'ajouterai: très bonne, bonne ou pas

bonne, cela voudra dire que le succès du 27 est très bien, bien... ou

qu'il aura échoué. Mais cette dernière hypothèse est impossible, car le

succès est sûr.

»Écrivez-lui vite que vous nous attendez sûrement vendredi 1er au

matin. Que votre cocher soit à la gare, etc... Comme je voudrais y

être!! Encore merci, ma bonne Meunière. Je vous embrasse en attendant le

1er.»

Je ne sais ce que j'ai, mais la nouvelle de leur arrivée pour le 1er

février, au lieu de me combler de joie, m'a rendue toute soucieuse. Il

me semble que c'est trop tôt... Et puis, avec ces lettres interceptées

en novembre et décembre, j'ai peur qu'il ne leur soit plus permis de

rester ignorés chez moi. J'ai peur de l'espionnage, des démonstrations

possibles sous leurs fenêtres, et surtout du bruit mené dans la presse,

dans les feuilles antiboulangistes telles que ce nouveau journal, _La

Bataille_. J'ai peur de la mauvaise impression que cette fugue en

galante compagnie, au lendemain de la victoire, pourrait produire à

Paris et dans toute la France...

Mais j'espère bien que les événements se chargeront tout seuls de

modifier leur projet...

En attendant, je n'ai que le temps de faire remanier de fond en comble

leur appartement.

* * *

113.--_Vendredi 25 janvier_.

Le peintre a achevé sa besogne. Il a couvert le plafond de leur chambre,

auparavant tout nu, de dessins sur fond blanc, avec encadrement rose. Il

a badigeonné en blanc la cimaise des murs, qui était couleur de bois. Il

a changé aussi la couleur des boiseries de la salle à manger.

Le brave homme paraissait assez étonné de la lubie qui m'avait prise de

faire transformer des peintures encore bien neuves, puisqu'elles ne

remontaient même pas à un an et demi!

Maintenant, au tapissier!

* * *

114.--_Samedi 26 janvier_.

C'est demain le grand jour.

Peuple de Paris, quel sera ton vote? Qui choisiras-tu, de Jacques ou de

Boulanger, de l'obscur conseiller municipal dont les antiboulangistes,

vraiment pas heureux dans leur choix, ont fait le «candidat de la

République», ou du glorieux général que tu fus jadis unanime à acclamer?

Qui des deux surnagera dans ce déluge d'affiches sous lequel les deux

partis aux prises cherchent à s'étouffer?

Peuple de Paris, sur qui toute la France aura les yeux fixés demain,

quelle sera ta décision souveraine?...

* * *

115.--_Dimanche 27 janvier_.

Durant toute la journée, je n'ai cessé un seul instant de songer à ce

qui se passait à Paris. Il s'est mis à neiger. Le front collé contre la

vitre, j'ai regardé tomber les flocons, et j'ai eu conscience qu'en ce

même instant il neigeait des bulletins de vote là-bas.

* * *

116.--_Lundi 28 janvier_.

À la pointe du jour, on frappe. C'est une dépêche. C'est la dépêche

qu'elle m'a promise.

«_Clermont, Paris, 79511 20 28 12h. 30m._

»_Santé absolument parfaite. Suis heureuse. À bientôt. Lettre suit._

»_Marguerite._»

Il est élu, élu à une majorité qui doit être formidable.

Vite, je m'apprête et je cours à Clermont, pour me procurer des

journaux. Il est élu par 244.000 voix contre 162.000 à M. Jacques!

C'est un triomphe qui dépasse tout ce que ses partisans les plus

enthousiastes pouvaient rêver. J'en suis littéralement grise de joie.

* * *

117.--_Mardi 29 janvier_.

Les journaux de Paris sont venus, donnant les détails complets de la

journée. J'ai appris avec étonnement et avec peine qu'il a tenu en mains

le moyen de terminer la lutte d'un seul coup,--et qu'il ne l'a pas fait!

Tout le peuple de Paris était massé sur les boulevards, se bousculant

vers le restaurant de la place de la Madeleine où l'on savait qu'Il

était venu apprendre les résultats, et tout ce peuple n'attendait que le

moment où Il sortirait pour le porter en triomphe.

Il Lui suffisait, à Lui, de mettre son uniforme afin d'être mieux

reconnu, de se montrer et de se laisser aller dans les bras qui se

tendaient vers Lui. Au même instant, un immense cortège se serait formé.

La Ligue des Patriotes, dévouée corps et âme à sa cause, aurait pris la

tête, et tout le peuple de Paris aurait suivi. Et cette foule

enthousiasmée, à l'élan de laquelle aucune armée au monde aurait pu

résister, serait entrée à l'Élysée sans coup férir, sans une goutte de

sang versée! Lui, il aurait pu y coucher le soir même et y signer sa

première proclamation annonçant au peuple français l'avènement du régime

nouveau!

Et Il ne l'a pas voulu!

Des amis, paraît-il, le pressaient, le suppliaient d'agir. Il n'a rien

voulu entendre. Aussitôt le résultat du vote définitivement connu, il

s'est échappé en voiture, se dérobant aux ovations.

Puisque, cette fois, on ne peut s'en prendre à ses amis, qui donc a eu

assez d'action sur Lui pour l'empêcher de faire ce que son intérêt

personnel lui criait de hâter et ce que la France entière aurait ratifié

à une majorité écrasante?

Oui, qui donc?

* * *

118.--_Mercredi 30 janvier_.

J'ai reçu, sous pli recommandé, la lettre suivante:

«Mardi.

»Vous avez bien reçu ma dépêche, n'est-ce pas, ma bonne Meunière, et

vous avez dû en être bien heureuse. C'est un beau succès, mais bien

mérité!

»Enfin, c'est bien convenu et bien arrêté: nous partons après-demain

soir, c'est-à-dire jeudi 31, par l'express de huit heures qui arrive, je

crois, vers les cinq heures du matin à Clermont. Nous descendrons à

Clermont. Que votre cocher soit à la sortie des voyageurs à nous

attendre et pour nous conduire à sa voiture, que nous ne pourrions pas

retrouver autrement. J'aurais voulu vous écrire plus longuement, mais

j'ai peur du courrier et je veux que cette lettre parte sûrement

aujourd'hui. Ne répondez pas, c'est plus prudent. Nous sommes sûrs que

vous nous attendez et que tout sera bien fait. Je vous écrirai du reste

encore demain.

»À vendredi et nos bonnes amitiés.»

Ne pas répondre!--J'ai eu des envies folles de lui écrire directement, à

Lui, de lui dire: «Je vous en supplie, ne venez pas! Puisque vous n'avez

pas voulu achever votre victoire d'un seul coup, tout au moins ne

permettez pas à vos adversaires de la rendre stérile en se concertant,

en se rassemblant pendant que vous serez au loin, dans les bras d'une

femme!»

Mais, venant de moi, c'était inutile. Il ne m'aurait pas comprise...

* * *

Le Journal de la Belle Meunière Le Général Boulanger et son amie; souvenirs vécus · 第 86 / 146 题