Décidément, leur arrivée ne sera plus pour cette année. C'est ce que
m'apprend la lettre recommandée que j'ai reçue d'Elle ce matin.
«Vendredi 21 décembre.
«Ma bonne Meunière.
»Il y a une fatalité, un sort jeté sur nous. Nous voilà encore forcés de
retarder notre arrivée. Soyez persuadée que nous en souffrons. Mais il
s'agit d'intérêts si graves dans ce moment pour nous, pour moi, que nous
sommes forcés de remettre un plaisir pour gagner un bonheur... Si vous
devinez, ne parlez pas de cela dans votre réponse et dites-nous si le
vendredi 19 vous conviendrait. Cette fois, cela sera la dernière remise,
et nous vous arriverons, je l'espère, bien heureux et bien gais.
»Priez pour moi... et comptez sur notre profonde affection.»
Bien sûr que je devine... C'est aux instances qu'ils ont intentées tous
deux pour devenir libres et pouvoir s'épouser que fait allusion sa
lettre. Comment ne prierai-je pas pour Elle, et cela de toutes les
forces de mon âme, puisque, pour Lui, ce serait atteindre au but suprême
de ses vœux?
* * *