XI

Miss Anna.

Nous abandonnerons provisoirement le camp des rancheros, et, faisant

rétrograder notre récit de quelques heures, nous retournerons sous la

voûte du voladero au moment où, sur l'ordre de Matadiez, les torches

avaient été éteintes toutes à la fois.

Miss Anna, effrayée par l'obscurité subite qui avait instantanément

succédé à la lueur douteuse qui jusque-là avait éclairé le combat, mais

conservant cependant toute sa présence d'esprit, s'était, autant que

cela lui était possible, rapprochée de son père, dont elle sentait

combien il était important pour elle de ne pas être séparée.

Tout à coup elle frissonna; elle avait senti une main presser doucement

la sienne et s'appuyer fortement sur la bride de son cheval, qui,

obéissant à l'impulsion nouvelle qui lui était donnée, au lieu

d'avancer comme elle le désirait, reculait peu à peu, mais par un

mouvement continu, de façon à sortir de la mêlée. Inquiète de cette

direction donnée malgré elle à sa monture, la jeune fille, soupçonnant

un nouveau piège, se tint sur ses gardes, prête à tout événement, et

résolue à faire face au danger, quel qu'il fût, qu'elle prévoyait.

Miss Anna ne ressemblait en rien à ces jeunes filles de notre vieille

Europe, qui, abritées sous l'aile tutélaire d'une mère inquiète et

attentive, ou derrière les murailles épaisses d'un couvent, rendues

faibles et craintives par l'invisible mais toute puissante protection

qu'elles sentent planer incessamment autour d'elles, tremblent au

bourdonnement d'une mouche qui vole, et s'évanouirent à l'appréhension

d'un danger imaginaire; issue de deux sangs fiers et énergiques,

l'indomptable volonté et le sang-froid de la race anglo-saxonne se

réunissaient en elle au courage patient et dévoué, et à l'angélique

douceur de la race hispano-américaine; élevée au Mexique, au milieu

des continuelles révolutions qui bouleversent ce malheureux pays, elle

s'était, enfant, accoutumée à regarder le danger en face, à ne chercher

de protection qu'en elle-même et à agir sous l'impulsion de son propre

cœur.

On se tromperait fort si, d'après ce que nous venons de dire, on se

figurait miss Anna comme une espèce d'amazone se plaisant au milieu du

danger et parfois le recherchant pour se donner la joie d'y échapper

par sa force et son courage; il n'en était rien: dans la vie ordinaire,

miss Anna était une jeune fille douce, modeste, rougissant au moindre

mot et obéissant passivement, sans colère ni impatience, aux ordres

souvent un peu durs de son père, heureuse même d'être ainsi délivrée de

toute responsabilité personnelle et de pouvoir se livrer en liberté à

ses rêves de jeune fille. Mais, dans les circonstances exceptionnelles,

son caractère s'éveillait pour ainsi dire; il grandissait avec les

événements, et, si graves qu'ils fussent, il la maintenait toujours à

leur niveau.

Cette fois encore, à l'approche du danger, miss Anna sentit croître son

courage; la situation était pour elle excessivement critique; isolée

pour ainsi dire au milieu de tous ces hommes qui combattaient avec

acharnement dans les ténèbres, elle comprit qu'elle n'avait de secours

à demander à personne, que c'était en elle-même qu'elle devait chercher

protection, et que, si elle hésitait à se défendre, elle était perdue.

Son parti fut pris en un instant.

Feignant de se tromper sur les intentions de l'homme qui tenait son

cheval, elle cessa d'essayer à dégager sa bride, et, se penchant

légèrement en avant:

--Est-ce vous, Remigo Vásquez, demanda-t-elle, qui essayez de me sortir

de la mêlée?

--Oui, señorita, répondit une voix étouffée dont l'intonation sinistre

aurait dissipé tous ses doutes, si par hasard elle en avait conservé;

c'est l'ordre de votre père.

--Bien, dit-elle, approchez-vous et prenez ma valise; elle est à moitié

dégrafée. Je ne veux pas qu'elle demeure entre les mains de ces bandits.

Presque aussitôt la jeune fille sentit les mains de l'inconnu sur la

croupe de son cheval. Réunissant les rênes, elle appuya vigoureusement

les éperons aux flancs de l'animal, qui hennit de douleur, le fit

cabrer et le lança en avant avec une rapidité vertigineuse.

Le cheval partit à fond de train, renversant du poitrail tous les

obstacles qui s'opposaient à son passage. La jeune fille entendit un

blasphème, une balle siffla à son oreille et perça son chapeau: c'était

probablement le bandit qui essayait de se venger du tour qu'elle lui

avait joué.

La jeune fille ne s'occupa point de cet incident, elle ne songeait qu'à

fuir et à sortir de la mêlée; tout à coup un fracas horrible retentit,

une masse de terre et de rochers s'était détachée de la voûte et était

tombée à deux pas derrière elle; une seconde de plus elle était

engloutie sous les décombres.

Le cheval épouvanté redoubla de vitesse, emportant dans sa course

furieuse sa maîtresse à travers la campagne.

Miss Anna était sauvée, provisoirement du moins, du péril le plus grand

qu'elle avait à redouter.

Les rochers avaient élevé en s'amoncelant une infranchissable barrière

entre elle et ses ravisseurs; malheureusement elle était seule, car

elle se trouvait séparée à la fois de ses amis et de ses ennemis, et

abandonnée au milieu de la nuit dans un désert inconnu.

Elle continua cette course affolée, poursuivie pendant quelques

instants encore par les horribles cris d'agonie des misérables

écrasés sous les décombres; puis les cris et le tumulte des combats

s'éteignirent peu à peu, tout retomba dans le silence et elle demeura

seule, essayant vainement de calmer sa monture et de ralentir sa course

furieuse qui augmentait à chaque seconde.

Elle n'avait échappé au péril d'être enlevée et peut-être assassinée

par les bandits que pour se voir presque aussitôt exposée à être

précipitée dans quelque fondrière ou brisée sur les rochers de la route

par un animal emporté que la terreur rendait fou.

La nuit était claire et étoilée, la route large, la jeune fille ne

désespéra pas de son salut; renonçant à arrêter son cheval, elle se

borna à le diriger autant que possible en ligne droite, tout en lui

parlant et en le flattant doucement avec la main, attendant avec le

stoïcisme d'un esprit énergique qui a la conviction d'avoir tout fait

pour se sauver, soit que le cheval buttât contre une pierre invisible

et roulât avec elle sur le sol, soit, ce qui était moins probable,

qu'il s'arrêtât de lui-même; préparée à l'un ou à l'autre événement, la

jeune fille adressa à Dieu une fervente prière et continua, résignée à

ce que le ciel ordonnerait d'elle, sa course fiévreuse dans la nuit.

Depuis plus d'une heure déjà, semblable au coursier-fantôme de la

légende allemande, le cheval filait silencieusement dans l'espace,

portant courbée sur son cou et cramponnée à sa crinière la jeune

fille que, malgré tout son courage, la terreur commençait à envahir;

les arbres échevelés fuyaient à droite et à gauche de la route, les

accidents du paysage se noyaient dans les teintes mates de l'horizon.

Ce steeple-chase effroyable continuait avec la même vertigineuse

rapidité; le cheval soufflait du feu par les naseaux; il faisait

entendre des rauquements sourds et des ahans de fatigue; un nuage de

fumée grisâtre l'enveloppait comme un linceul, et malgré les efforts

de la jeune fille, il maintenait toujours cette allure affolée qui

menaçait d'aboutir à une épouvantable catastrophe.

Cependant l'aspect du paysage peu à peu se modifiait, la route

devenait meilleure, les arbres plus resserrés et plus touffus prenaient

l'apparence d'une alameda, tout semblait présager qu'on approchait

d'un pueblo ou du moins d'une ranchería; déjà se voyaient, à une assez

courte distance, se détachant de la masse sombre de l'horizon sur

laquelle ils tranchaient, ces murs en adobe, blancs et peu élevés qui,

au Mexique, aux environs des villages, servent à clore les champs et

les propriétés rurales.

Miss Anna releva doucement la tête et jeta un regard anxieux autour

d'elle, l'espoir lui remontait au cœur: les villageois quittent le lit

de bonne heure pour aller soigner les bêtes au corral et commencer les

durs travaux des champs. Tout n'était pas perdu; la jeune fille pouvait

être sauvée, si Dieu, qui jusque-là l'avait si évidemment protégée,

consentait une fois encore à lui venir en aide.

Cependant, à droite et à gauche du chemin, perdus dans la brume,

commençaient à apparaître des ranchos épars çà et là, sentinelles

perdues du village qui nécessairement ne devait pas être loin.

Peu à peu les ranchos se rapprochèrent à droite et à gauche,

s'alignèrent de chaque côté de la route, puis enfin ils se joignirent

et se soudèrent pour ainsi dire les uns aux autres, et formèrent une

large rue. Miss Anna, toujours emportée par son cheval, entrait dans un

pueblo.

L'aube commençait à rayer les nuages de nuances plus claires; à

l'horizon, des teintes blanchâtres envahissaient le ciel, le soleil ne

tarderait pas à se lever, le jour à paraître; derrière les fenêtres de

quelques ranchos, des lumières tremblotantes annonçaient le réveil des

habitants; au bruit saccadé du galop précipité du cheval, plusieurs

portes s'entrouvrirent. Miss Anna poussa alors des cris de détresse en

demandant du secours.

Tout à coup un cavalier apparut à l'extrémité opposée du village; un

coup d'œil lui suffit pour comprendre la situation désespérée de la

jeune fille.

--Courage! lui cria-t-il, redressez-vous sur la selle!

La jeune fille devina plutôt qu'elle n'entendit cette recommandation

et obéit instinctivement, car, malgré tout son courage et sa force de

volonté, la pauvre enfant, en proie à un vertige horrible, n'avait plus

pour ainsi dire conscience de ce qui lui arrivait. Le cavalier inconnu

s'élança à toute bride et arriva comme un ouragan au-devant de la jeune

fille, en faisant tourner son lasso autour de sa tête.

Tout à coup le lasso s'abattit sur le cou de l'animal; le cheval,

effaré, fit un effort terrible, poussa un hennissement de douleur et

s'abattit foudroyé sur les genoux, frissonnant de terreur et soufflant

avec force.

La jeune fille lâcha la bride, ferma les yeux, et, adressant une

suprême prière à la Divinité, elle s'évanouit.

Mais elle ne toucha pas le sol, des mains empressées l'avaient enlevée

de selle et empêchée de se briser le crâne sur le cailloutis pointu qui

pavait la route.

Lorsqu'elle reprit ses sens, il faisait grand jour, plusieurs femmes

l'entouraient et lui prodiguaient des soins.

La jeune fille souleva péniblement sa tête alourdie par la douleur et

jeta un regard anxieux autour d'elle, essayant de rappeler ses idées

confuses encore et de se souvenir de ce qui s'était passé.

Miss Anna était à demi couchée sur une butaca dans une chambre

modestement meublée, mais très propre; le soleil entrait joyeusement

par les fenêtres ouvertes et donnait un air d'indicible gaieté à cette

pauvre demeure.

La pitié la plus sincère, l'intérêt le plus réel animaient le visage

des femmes qui entouraient la jeune fille; elle sourit doucement en les

regardant avec reconnaissance et referma les yeux.

Mais cette fois elle n'était plus évanouie, le calme renaissait peu

à peu dans son esprit, l'intelligence voilée par le choc de tant

d'événements terribles reprenait son empire et recommençait à se faire

jour, la souffrance s'éveillait de nouveau avec le souvenir.

Quelques minutes s'écoulèrent sans que le plus léger bruit vînt

troubler le silence religieux qui régnait dans la chambre; enfin miss

Anna sentit qu'on lui prenait délicatement la main, en même temps une

douce voix murmura à son oreille:

--Pourquoi pleurer ainsi, señora, votre souffrance redoublerait-elle?

Au nom de la sainte Vierge de Guadalupe, ayez confiance en nous, nous

serions si heureuse de vous soulager.

Miss Anna rouvrit ses yeux pleins de larmes, la douleur l'avait

vaincue, elle pleurait.

--Merci, répondit-elle en essayant de sourire, merci; vous êtes bonnes

et je vous rends grâce des soins si touchants que vous avez prodigués

avec une délicatesse si grande à une étrangère. Dieu vous récompensera.

--Nous n'avons fait que notre devoir, señorita, reprit la femme qui

déjà lui avait parlé; mais Dieu soit loué, vous êtes sauvée maintenant.

--Hélas! murmura la jeune fille en sentant redoubler sa douleur, c'est

vrai, mon Dieu! je suis sauvée.

La jeune Indienne, pauvre fille aussi ignorante qu'elle était bonne, se

trompa à l'expression de ces paroles.

--Vous pourrez continuer votre voyage aussitôt que vos forces seront

revenues, dit-elle avec douceur; votre cheval n'est point blessé, on en

a pris le plus grand soin; et puis, voyez, votre valise est là près de

vous, sans que rien y manque.

--Oh! fit-elle avec un geste de nonchalance charmante, ce n'est point

de cela que je voulais parler.

--Comment vous sentez-vous à présent, señora?

--Mieux, beaucoup mieux; j'espère que dans quelques heures mes forces

seront assez revenues pour me permettre de continuer mon voyage.

--Ne vous hâtez pas autant de vous remettre en route, señora; bien que

nous ne soyons que de pauvres Indiens, grâce à Dieu, si restreintes

que soient nos ressources, elles nous permettent encore d'offrir une

hospitalité, sinon luxueuse, du moins décente aux voyageurs dans votre

position.

--Merci, mon enfant; comment vous nommez-vous?

--Anita, señora, pour vous servir, répondit-elle avec une révérence;

mon mari a été _pressé_ il y a quelques jours, et a été forcé de se

rendre à l'armée que son Excellence le président a rassemblée à San

Luis de Potosí, pour battre les hérétiques.

--De sorte que vous êtes seule ici maintenant, mon enfant, reprit miss

Anna, amusée par le gentil babil de la pauvre fille.

--Hélas! oui, señora, répondit-elle en portant ses mains à ses yeux

mouillés de larmes, et bien triste, allez.

--Je vous crois, chère petite, et je vous plains sincèrement. Nous

reviendrons sur ce sujet, ajouta-t-elle avec intention.

--Je suis à vos ordres, señora.

--Mais dites-moi, ma chère Anita, quel est l'homme généreux qui m'a si

providentiellement sauvée d'une mort horrible?

--Je ne le connais pas, señora, il est _forastero_, étranger,--et

entrait en même temps que vous dans le village.

--C'est Dieu qui l'envoyait à mon secours, murmura pieusement la jeune

fille.

--Oh! bien certainement, señora.

--Et qu'est-il devenu? A-t-il continué sa route?

--Non, señora; il a déclaré qu'il ne s'éloignerait pas avant de savoir

comment vous êtes, et il attend qu'il vous plaise de le recevoir.

--Pourquoi ne m'avoir pas dit cela plus tôt?

--Désirez-vous donc qu'il entre?

--A l'instant, si cela est possible.

--Vous allez être satisfaite. Et la jeune Indienne quitta la chambre,

suivie de ses compagnes, auxquelles elle avait fait signe de ne pas

demeurer davantage.

En effet, miss Anna était complètement remise de son affreux accident

et n'avait plus besoin que de calme et de repos.

Quelques minutes s'écoulèrent; enfin la porte s'ouvrit et Anita

reparut, précédant l'homme qui avait si adroitement lacé le cheval au

milieu de sa course furibonde, et, selon toutes probabilités, préservé

la jeune fille d'une chute mortelle.

L'inconnu entra timidement dans la chambre, marchant sur la pointe

du pied pour empêcher ses lourds éperons de grincer sur le sol, et il

s'arrêta devant la jeune fille, la tête basse et tournant gauchement et

d'un air embarrassé son chapeau entre ses mains.

Miss Anna examina attentivement cet homme et un frisson de crainte la

saisit sans qu'il lui fût possible de se rendre compte de l'émotion

étrange qu'elle éprouvait à la vue des traits sinistres de cet

individu, qui pourtant était son sauveur. Cependant elle surmonta cette

première impression, et lui faisant un geste gracieux de la main:

--Approchez, señor, lui dit-elle d'une voix douce et harmonieuse,

mais légèrement tremblante, je tenais à vous voir et à vous exprimer

moi-même la vive reconnaissance que je conserverai pour le signalé

service que vous m'avez rendu.

--Señorita, répondit l'étranger d'une voix sourde, vous ne me devez

aucune reconnaissance pour ce que j'ai fait; tout vaquero mexicain sait

lacer un cheval emporté; ce n'est pas un grand mérite; il n'y a donc

pas là un motif à un remercîment de la part d'une personne comme vous!

--Au contraire, car vous avez agi sous l'impression d'un bon mouvement,

puisque je vous suis complètement étrangère.

--En êtes-vous sûre, señorita? répondit-il en relevant enfin la tête et

la regardant avec une expression singulière.

--Mais, murmura la jeune fille surprise et troublée de cette réponse

à laquelle elle était si loin de s'attendre, je le crois... je le

suppose, du moins, je ne me rappelle pas vous avoir jamais vu.

--C'est vrai, señorita, jamais vous ne m'avez vu; j'ajouterai même que

jamais, jusqu'à ce moment, je n'avais moi-même eu l'honneur de vous

voir, et cependant vous ne m'êtes pas étrangère.

--Je ne vous comprends pas, señor.

--En effet, ce que je vous dis là vous doit sembler bien

extraordinaire; lorsque je vous ai rencontrée si providentiellement,

señorita, je vous cherchais.

--Vous me cherchiez, moi! s'écria-t-elle avec une surprise de plus en

plus grande.

--Oui, señorita, reprit-il froidement, seulement, je conviens avec vous

que, lorsque j'ai lacé votre cheval, j'ignorais que ce fût à vous que

je rendais ce service, car la nuit était trop sombre, et j'étais trop

éloigné de vous pour vous reconnaître.

--Vous me confondez, señor, vous m'effrayez même en me parlant ainsi;

comment vous étiez-vous mis à ma recherche, quel intérêt si grand

aviez-vous donc à me rencontrer?

--Rassurez-vous, señorita, et pardonnez-moi si je vous parle comme je

le fais; mon intention n'est point de vous effrayer, au contraire; un

seul mot vous instruira de mes intentions, et, j'en suis convaincu, me

fera obtenir votre confiance.

--Parlez, au nom du ciel, señor.

--Señorita, j'ai juré cette nuit même au colonel don Pablo de Zúñiga,

qui m'a généreusement donné la vie, que je lui ramènerais miss Anna

Prescott. Me comprenez-vous maintenant, señorita? Est-il besoin de plus

amples explications?

--Oh! mon cousin! mon cher et loyal don Pablo! s'écria-t-elle avec

élan; où est-il?

--A quelques lieues d'ici à peine, avec votre père; arrivé trop tard

pour vous sauver, il vous a vengée, du moins, et d'une façon terrible.

--Et mon père? Parlez-moi de mon père.

--Votre père est sain et sauf, señorita, auprès de don Pablo, je vous

le répète; mais son désespoir est grand, car il ignore où vous êtes et

ce qui vous est arrivé.

--Oh! je ne veux pas demeurer un instant de plus ici; conduisez-moi

auprès de mon père.

--Vous avez donc confiance en moi, à présent, señorita?

--Oui, confiance entière. Ne venez-vous pas de la part de don Pablo de

Zúñiga?

--C'est vrai, señorita, dit-il avec un sourire.

--Partons, partons le plus tôt possible.

--Croyez-vous que vos forces soient assez revenues pour faire une

longue traite à cheval, señorita? Peut-être vaudrait-il mieux attendre

encore une heure ou deux.

--Non, pas une seconde; partons, je vous en prie.

--Je vous obéis, señorita, répondit-il en s'inclinant; dans dix minutes

les chevaux seront sellés.

--Merci... Attendez! Pensez-vous pouvoir vous procurer un cheval dans

ce pueblo?

--Le vôtre est frais et reposé, señorita.

--Aussi n'est-ce pas pour moi, répondit-elle en souriant; c'est pour

cette chère enfant.

--Pour moi, señorita! dit Anita avec une surprise joyeuse.

--Oui, je vous emmène avec moi; j'espère avant peu vous rendre votre

mari.

--Oh! señora, fit-elle en tombant à ses genoux et en baisant ses mains

avec effusion, que vous êtes bonne et que je vous aime!

--Relevez-vous, chère petite, ne pleurez pas. Bientôt vous serez

heureuse, je vous le promets. Je n'aime pas les dettes, ajouta-t-elle

avec un charmant sourire, et je veux m'acquitter avec vous. Ainsi c'est

convenu, hâtez-vous de faire vos préparatifs, nous n'avons pas de temps

à perdre.

Ainsi qu'il l'avait promis à miss Anna, Matadiez, car nos lecteurs

ont sans doute reconnu déjà ce digne personnage, revint au rancho,

conduisant par la bride trois chevaux soigneusement sellés et harnachés.

--Partons! s'écria joyeusement la jeune fille, et elle s'élança vers la

porte.

--Attendez! dit tout à coup Matadiez en la retenant par le bras, il

se passe dans le pueblo quelque chose d'extraordinaire; laissez-moi

m'informer.

Et il sortit sans attendre la réponse de la jeune fille.

En effet, une rumeur étrange de cris et de trépignements de chevaux,

mêlés à des rires et à des blasphèmes, se faisait entendre au dehors.

Les chasseurs mexicains: Scènes de la vie mexicaine · 第 18 / 29 题