avait soif de vengeance, monta sur un manche à balai et partit rapide
comme l'éclair.
Catherine dit à Jean: "J'entends ma mère qui arrive. Changez-vous en
étang; je me changerai en canard." La mère arriva. Elle s'aperçut de la
métamorphose, et elle ne pensa qu'à punir les enfants. Elle commença
donc à boire l'eau, mais elle but si avidement qu'elle mourut.
Alors Jean et Catherine continuèrent leur route. Ils arrivèrent dans une
forêt, où ils rencontrèrent le roi et toute sa cour à la chasse. Le roi
regarda le jeune homme et la jeune fille. Il les questionna, et bientôt
il reconnut son fils, et l'embrassa avec des transports de joie.
Le jeune prince finit par épouser la jolie Catherine, qui continua à
l'aider comme par le passé, et ils furent toujours très heureux.
GODEFROI, LE PETIT ERMITE.[28]
[Note 28: One of the stories in the collection of Canon Christopher
Schmid, the German writer, who was born in 1768 and died in 1854. These
stories were translated into French by the tutor of the Comte de Paris
in 1842, and have been the delight of French as well as of German
children. In the original version this story is very long indeed, as the
worthy Canon used his stories as vehicles for his religious teachings.
This is a complete outline of the story.]
Il y avait une fois un pauvre homme qui avait une très grande famille.
Cet homme était pauvre, mais il était toujours occupé, il était très
industrieux. Cet homme avait une petite maison, et comme sa femme était
aussi très industrieuse, la maison était toujours en ordre.
L'homme, qui s'appelait Pierre, avait aussi un petit jardin. Dans ce
jardin il cultivait quelques arbres fruitiers, et il y cultivait aussi
beaucoup de légumes. Au printemps, en été, et en automne, cet homme
industrieux travaillait dans les champs de ses voisins qui étaient plus
riches que lui, et qui le payaient bien.
Il travaillait aussi pour les pêcheurs, car sa maison était près de
l'eau. En hiver, quand il ne pouvait pas travailler dans les champs, et
quand le temps était trop mauvais pour aller à la pêche, il restait à la
maison, où il fabriquait des filets ou des paniers, qu'il vendait aux
pêcheurs ou aux fermiers.
Les enfants de cet homme étaient très industrieux et très intelligents.
Le plus intelligent était Godefroi, qui avait douze ans, et qui était
assez grand pour aider son père aux champs, au jardin, à la pêche, et à
la fabrique de paniers et de filets. Mais Godefroi n'était pas toujours
sage. Il aimait mieux jouer que de travailler.
Un jour le père dit à Godefroi: "Mon fils, tu as été sage pendant une
semaine, et maintenant tu mérites une récompense. Demain matin, si le
temps est beau, nous irons à l'Île Verte que tu vois en mer à une grande
distance d'ici. C'est une île où demeurait mon père. Sur l'île nous
trouverons beaucoup d'osier pour faire nos paniers, et nous trouverons
aussi un grand noyer. Nous cueillerons les noix, et nous les apporterons
à la maison, où tu pourras les manger cet hiver."
Godefroi était naturellement enchanté. Il se leva de bonne heure le
lendemain matin, et quand il vit que le temps était superbe il s'habilla
vite, et courut déjeuner. Après déjeuner le père dit: "Maintenant,
Godefroi, aide-moi à faire les préparatifs de départ. Voici une quantité
d'objets. Porte-les au bateau."
Godefroi vit deux petites haches, un grand manteau d'hiver, deux
paniers, une corde, une marmite, un pot de lait, cinq pains, et de la
viande, et il dit à son père:
"Toutes ces choses ne sont pas nécessaires. Un pain est assez. Il fait
chaud; pourquoi prendre ce manteau d'hiver?"
"Oh!" dit le père, "c'est plus prudent. Je suis allé à l'île une fois.
Une grande tempête est arrivée. J'ai été obligé de rester trois jours
sur l'île. Je n'avais pas assez de provisions et j'avais froid.
Maintenant, si une tempête arrive, nous aurons assez de provisions, et
nous aurons un bon manteau d'hiver pour nous couvrir."
Le petit Godefroi répondit: "Le temps est magnifique aujourd'hui; il n'y
a pas de signe de tempête; c'est vraiment absurde de charger le bateau
ainsi!" car Godefroi pensait qu'il était aussi sage que son père.
Mais le père insista, et Godefroi porta tous les objets dans le bateau.
La soeur de Godefroi dit: "Voici un chapeau neuf pour toi, Godefroi, un
chapeau que j'ai garni moi-même. Regarde, j'ai mis un beau ruban vert à
ton chapeau, et je l'ai attaché avec des épingles, car je n'avais pas le
temps de le coudre."
Godefroi dit adieu à sa soeur, à ses six frères et à sa bonne mère, et
partit joyeusement avec son père.
L'Île Verte était à une grande distance; elle était à une si grande
distance qu'elle paraissait bien petite. Mais bientôt l'île parut de
plus en plus grande, et la maison qu'ils avaient quittée de plus en plus
petite.
Quand ils arrivèrent à l'île, Godefroi dit à son père:
"Regarde, mon père. Notre maison paraît si petite maintenant. Elle
paraît aussi petite qu'une toute petite pierre blanche!"
"Oui," dit le père, "nous avons été trois heures en bateau; nous sommes
à une grande distance de la maison. Maintenant, Godefroi, prends une
hache et suis-moi."
Le père attacha le bateau avec la corde, puis il prit une hache, et alla
couper une grande quantité d'osier. Godefroi coupa de l'osier aussi. Il
arrangea les branches en fagots, et il les porta l'un après l'autre dans
le bateau. A midi la provision d'osier était toute faite, et le père
dit: "Godefroi, j'ai faim, allons dîner."
Le père et le fils allèrent au bateau. Le père s'assit sous un grand
arbre, et dit à Godefroi:
"Va chercher le pain, le lait, la viande, et le beurre."
Godefroi alla chercher les provisions. Le père fit du feu. Il mit du
pain, du beurre, et du lait dans la marmite. Il mit la marmite sur le
feu, et dit: "Nous aurons une bonne soupe au lait." Quand la soupe fut
prête, Godefroi et le père dînèrent de bon appétit. Alors le père dit:
"Godefroi, porte toutes ces choses au bateau, et alors nous irons
cueillir les noix."
"Oh! mon père," dit Godefroi, "allons maintenant cueillir les noix. Je
porterai les choses dans le bateau plus tard."
"Non," dit le père, "porte les choses maintenant. Un garçon devrait
avoir de l'ordre. Et ce n'est pas de l'ordre, c'est du désordre de
laisser ces pains, ce beurre, ce lait, cette marmite, cette pierre à
feu, et ce manteau ici sous un arbre."
Godefroi obéit à regret. Quand tous les objets furent à leur place, le
père dit: "C'est bien, mon fils; maintenant prends les paniers et
suis-moi." Le père alla vers le centre de l'île, et arriva enfin à un
grand noyer tout chargé de noix.
Le père grimpa sur l'arbre. Il secoua l'arbre, et les noix tombèrent en
grande quantité. Godefroi remplit ses paniers. Il porta les paniers
pleins de noix au bateau, les vida, et revint les remplir une seconde,
et une troisième fois.
Le père était dans l'arbre, occupé à faire tomber les noix. Godefroi
était très occupé à remplir ses paniers. Il ne remarqua pas l'approche
d'une tempête. Son père ne la remarqua pas non plus. Godefroi était dans
le bateau.
Il vidait ses paniers pour la quatrième fois, quand une grande vague
arriva et enleva le bateau. Godefroi saisit les rames pour ramener le
bateau à terre, mais les vagues emportèrent les rames. Alors le pauvre
garçon commença à crier.
Son père arriva au rivage, juste à temps pour voir disparaître le petit
bateau, qui était emporté par les vagues avec une grande rapidité. Le
pauvre homme pensa: "Mon enfant, mon pauvre enfant est mort. Il a péri
dans les vagues!" Et il pleura beaucoup. La mère de Godefroi avait vu la
tempête, et dit: "Oh, voici une tempête terrible! J'espère bien que mon
mari et Godefroi sont restés sur l'île." Elle pria toute la nuit.
Le lendemain la mer était calme, mais le père et Godefroi n'arrivèrent
pas. Alors la pauvre femme alla chez un riche voisin appelé Thomas et
lui dit que son mari et son fils n'étaient pas revenus de l'Île Verte.
Le voisin, compatissant, dit: "Ne pleurez pas, pauvre femme. Il est
probable que la tempête a emporté le bateau. Mais votre mari et Godefroi
sont, sans doute, sur l'île. Je vais partir immédiatement pour aller les
chercher."
Le brave homme partit immédiatement, et avant la nuit il revint avec le
pauvre père, qui raconta, en pleurant, que le bateau avait été emporté
par la tempête et que le pauvre Godefroi avait sans doute péri. Toute la
famille pleura beaucoup, et la mère resta inconsolable.
Mais Godefroi n'avait pas péri. Le vaisseau, emporté rapidement par la
tempête, avait disparu dans l'obscurité. Le pauvre petit Godefroi, pâle
d'effroi (de terreur), commença à prier avec ferveur: "Bon Dieu,
sauvez-moi!"
Après avoir voyagé quelque temps dans l'obscurité, le vaisseau fut jeté
sur un rocher. Le choc fut terrible, et Godefroi sortit vite du bateau,
et tomba sur le rocher. Quand la tempête fut finie, le pauvre garçon
s'aperçut qu'il était sur une île. Son bateau avait été jeté dans une
petite anse (baie) entre deux grands rochers.
Il regarda de tous côtés, et ne vit rien que les rochers, et l'immensité
du ciel et de la mer. Après quelques minutes, cependant, il aperçut
l'Île Verte à l'horizon, mais elle était à une grande distance et ne
paraissait pas plus grande qu'une petite plante.
Godefroi courut à son bateau, en disant: "L'Île Verte est là, il faut
que je retourne à l'Île Verte!" Mais au bout de quelques minutes il vit
que c'était impossible. Le bateau était brisé (cassé). Il vit que les
rames étaient parties aussi. Alors Godefroi commença à pleurer. Mais il
n'y avait personne pour le consoler, personne pour l'aider, et Godefroi
essuya enfin ses larmes.
Il alla prendre du pain et des noix dans le bateau, mangea tristement
son souper, et quand la nuit arriva, il s'enveloppa dans le grand
manteau d'hiver de son père, se coucha sur le rocher, et s'endormit en
pleurant. Le lendemain matin il se réveilla. Le soleil était chaud, bien
chaud. "Oh!" dit Godefroi, "j'ai soif! J'ai bien soif; où y a-t-il de
l'eau?"
La mer était là, mais l'eau de mer est très désagréable. Elle est très
salée, et il est impossible de la boire. Le pauvre Godefroi regarda de
tous côtés. Enfin il se décida à quitter le rocher où la tempête l'avait
jeté, et à aller chercher une fontaine dans l'île. Il prit du pain et
des noix dans sa poche, il mit son chapeau sur la tête, il prit une des
petites haches et un bâton et partit.
Il marcha longtemps, longtemps, et découvrit que l'île était formée
d'une grande masse de rochers. Au centre de l'île il y avait deux pics
très élevés. Les rochers de l'île étaient chauffés par le soleil, et la
soif du pauvre Godefroi était toujours plus ardente. Il souffrait
beaucoup. Enfin il tomba à genoux en pleurant, et dit:
"Mon Dieu, faites-moi trouver de l'eau, ou je mourrai de soif!"
A cet instant il entendit un petit murmure, et en descendant dans un
petit ravin il trouva une source d'eau claire. Quelle joie pour
Godefroi! Il but avec plaisir, et alors il tomba à genoux, et remercia
Dieu qui lui avait montré cette source d'eau fraîche.
Alors Godefroi mangea son pain et ses noix, et quand il eut fini ce
dîner frugal, il gravit (grimpa) la plus haute des deux montagnes.
Du sommet de la montagne il vit la vaste mer, et près de l'horizon l'Île
Verte, qui paraissait si petite. Godefroi vit aussi beaucoup de
vaisseaux qui suivaient la ligne de l'horizon, mais qui ne
s'approchaient pas de son île, qui était vraiment dangereuse parce
qu'elle était entièrement composée de rochers.
Godefroi descendit de la montagne, il retourna au bateau, il mangea du
pain et des noix, il s'enveloppa dans son manteau, et passa une seconde
nuit sur l'île déserte, après avoir pensé à ses parents et après avoir
récité sa prière du soir.
Quand le matin arriva, Godefroi vit avec détresse que sa provision de
pain était bien petite: "Oh!" dit-il, "je n'ai que peu de pain. J'ai
examiné toute l'île hier, depuis le sommet de la montagne, et je n'ai
pas vu une seule plante ou un seul arbre fruitier. J'ai vu de la mousse
et des sapins, mais il est impossible de manger de la mousse ou du bois
de sapin. Je suis sûr que je mourrai de faim ici sur cette île déserte,
car mon père m'a souvent dit que l'Île Verte était la seule île sur nos
côtes. Il ne sait donc pas que cette île existe, et il ne pensera pas à
venir me chercher ici!"
Le pauvre Godefroi mangea aussi peu que possible, mais hélas! son pain
diminua bien rapidement. Il alla dans toutes les directions pour trouver
des provisions, mais il ne trouva rien, absolument rien. Enfin Godefroi
mangea son dernier morceau de pain, et ses dernières noix, et s'assit
tristement au bord de la fontaine, en pensant qu'il serait bientôt mort
de faim.
Son attention fut bientôt attirée par les poissons qui nageaient dans
l'eau limpide: "Oh!" dit-il, "si j'avais seulement une ligne, des
hameçons, et un filet, je pourrais prendre des poissons!"
Tout à coup il vit son chapeau. Le ruban vert que sa soeur avait attaché
avec des épingles attira son attention. Il prit une épingle, et la
courba. Puis il effila le ruban. Il tressa les fils avec beaucoup de
soin et fit une ligne. Il attacha l'épingle à une extrémité de la ligne.
Il attacha une branche d'osier à l'autre extrémité. Alors il chercha et
trouva un ver. Il attacha ce ver à son épingle, et jeta son hameçon à
l'eau. Quelques minutes après Godefroi dansait de joie, car il avait
attrapé un poisson!
Il courut au bateau, chercha sa pierre à feu, ramassa de la mousse
sèche, et en quelques minutes il eut un bon feu. Alors il suspendit la
marmite sur le feu. Il mit de l'eau fraîche de la fontaine dans la
marmite, et il mit aussi son poisson dans la marmite.
"Oh!" dit-il, "quelle bonne chose que j'aie porté toutes les choses dans
la barque (bateau) après notre dîner. Si j'avais laissé le pain, le
beurre, la viande, la marmite, la pierre à feu, les haches et le manteau
sous le grand arbre, où j'ai dîné avec mon père, je serais mort de faim
sûrement. Mon père avait bien raison; l'ordre est une bonne chose!"
Quand le poisson fut prêt, Godefroi le mangea de bon appétit. Le poisson
n'était pas très bon, cependant, car Godefroi n'avait pas de sel, mais
bientôt il trouva du sel sur les rochers, du sel laissé par les vagues.
Godefroi passa dès lors une grande partie de son temps à pêcher.
Il fabriqua un gros hameçon avec un clou. Cette opération fut très
difficile. Godefroi aiguisa (fit une pointe) le clou sur une pierre. Il
le courba aussi sur une pierre. Il effila sa cravate pour faire une
ligne solide, et enfin il attrapa de gros poissons de mer.
Un jour il arriva une grande tempête. Le pauvre Godefroi était
malheureux. Il ne pouvait pas pêcher, car les vagues étaient terribles.
Les poissons ne venaient pas à la surface. La pluie tombait, et Godefroi
était très inconfortable. Le vent était froid, très froid.
Le pauvre Godefroi pleura beaucoup, et quand la tempête fut dissipée,
et quand il eut satisfait son appétit, il dit:
"L'automne arrive. Il est certain que l'hiver arrivera bientôt aussi. Il
faut que je trouve une grotte, ou je mourrai de froid!" Godefroi chercha
longtemps parmi les rochers, et enfin il trouva une grotte, près de la
fontaine. Cette grotte était si bien cachée par deux sapins qu'il ne
l'avait pas vue.
La grotte était sèche. Godefroi sécha une grande quantité de mousse sur
les rochers. Il porta cette mousse sèche dans la grotte et en fit un bon
lit. Il sécha le manteau de son père, et il le porta aussi dans la
grotte. Il y porta aussi la marmite, les cruches, les haches, la pierre
à feu, la corde, et même les clous et les planches du bateau, car la
dernière tempête avait complètement démoli le pauvre bateau.
Alors Godefroi dit: "Si j'avais un réservoir, je pourrais y mettre mes
poissons, et même quand le temps est mauvais, je pourrais avoir à
manger."
Godefroi chercha beaucoup, et il trouva enfin une bonne place. Il fit
une bonne digue avec des pierres, il conduisit l'eau de la fontaine dans
ce bassin par un petit canal, et il mit dans le bassin une partie des
poissons qu'il attrapait.
Il coupa aussi des sapins avec sa hache, fit des fagots des petites
branches, et des bûches des grandes branches. Il porta ce bois dans le
ravin où était sa grotte, pour y faire du feu en hiver.
L'hiver arriva bientôt. Le pauvre Godefroi fit une porte pour sa grotte
en tressant les branches d'osier qu'il avait apportées de l'Île Verte.
Il ferma toutes les ouvertures avec de la mousse, et il attacha la porte
à deux grands arbres placés de chaque côté de l'entrée de sa grotte.
La neige commença à tomber, et Godefroi, qui ne pouvait pas faire de feu
dans sa grotte à cause de la fumée, construisit une petite cuisine dans
la vallée. Il prit des pierres et fit un mur. Ce mur et un grand rocher
formaient trois côtés de la cuisine. Le quatrième côté était ouvert, et
le toit était formé des planches du bateau.
Godefroi y passait une partie de la journée, assis près de son feu. Pour
s'occuper, il fabriqua une table et un banc des planches du vaisseau. Il
arrangea d'autres lignes. Il arrangea un autre hameçon. Il prit un clou,
il le chauffa dans le feu comme il avait vu faire au forgeron du
village. Il fit une bonne pointe au clou, car il avait une pierre comme
enclume, et sa hache comme marteau. Il fit aussi deux barbes à
l'hameçon.
Enfin le printemps arriva. Godefroi, qui espérait toujours être sauvé,
vit beaucoup de vaisseaux, qui, hélas! passaient toujours loin de l'île,
trop loin pour voir ses signaux désespérés.
Godefroi trouva une petite anse où il y avait du sable fin, et là il
trouva aussi des moules et des huîtres. Il mangea les moules et les
huîtres avec plaisir, et il trouva des perles dans les coquilles.
"Oh!" dit-il, "mon père m'a dit que les perles étaient précieuses. Je
vais trouver autant de perles que possible, et si j'arrive jamais chez
mon père, je lui donnerai ces perles, et il ne sera plus pauvre."
Godefroi trouva beaucoup de perles; et il trouva aussi des branches de
corail, de corail rouge. Il plaça les perles et le corail dans un petit
panier qu'il tressa lui-même.
Une année s'était passée depuis que Godefroi était arrivé dans l'île,
une année entière. Les habits du pauvre enfant étaient usés, entièrement
usés. Godefroi coupa le manteau de son père, et en fit une espèce de
robe, comme celle que portaient les moines qui passaient dans le
village.
Tout l'été Godefroi pêcha, et coupa du bois, car il voulait avoir une
grande provision de bois pour l'hiver, qui arrivait rapidement. Un jour
il dit, "Aujourd'hui j'irai de l'autre côté du ravin couper du bois."
Il partit, mais quand il arriva à midi dans son ravin, il leva les mains
d'horreur. Le ravin était en feu! Il avait laissé un peu de feu dans la
cuisine. Le vent avait attisé le feu. La provision de bois était toute
en flammes. Le toit de la cuisine était brûlé. Les lignes à pêche
étaient brûlées. La porte de la maison, sa table, le banc, tout, tout
était détruit!
Le pauvre Godefroi tomba à genoux, et dit: "Hélas! maintenant il faudra
bien mourir. Voici l'hiver, je n'ai plus rien que ma hache et ma robe.
Ma provision de bois que j'ai obtenu par mon travail, mes lignes, mes
pauvres lignes, tout est perdu!" Et il regarda tristement la fumée
noire, qui montait vers le ciel. Pauvre petit Godefroi, il était en
effet bien malheureux.
La veille, le père de Godefroi avait dit à sa famille: "Il faut que je
visite l'Île Verte. Ma provision d'osier est épuisée." Il partit donc
avec deux enfants, et il promit à sa femme qu'il ne permettrait pas aux
enfants d'entrer dans le bateau sans lui. La pauvre femme les laissa
partir à regret, car elle pensait toujours au pauvre petit Godefroi.
Le père et les enfants arrivèrent à l'Île Verte sans accident. Ils
coupèrent l'osier, et quand la provision fut finie, la petite fille dit
à son père:
"Papa, viens avec nous sur la montagne. J'aimerais tant gravir une
montagne!"
Le père consentit. Ils arrivèrent bientôt au sommet de la montagne, et
ils regardèrent leur maison, qui paraissait bien petite. Alors ils se
tournèrent et regardèrent la mer. Tout à coup la petite fille dit:
"Papa, regarde là-bas. Voilà quelque chose qui ressemble à de la fumée."
Le père regarda, et dit:
"C'est de la fumée. C'est probablement un vaisseau en feu!"
"Non," dit le petit garçon, "ce n'est pas un vaisseau, papa, je suis sûr
que c'est un volcan, comme j'ai vu dans ma géographie à l'école!"
Le père regarda attentivement, et dit enfin: "C'est curieux, mais je
crois distinguer deux montagnes. On dirait une île. Je n'ai jamais
entendu parler d'une île dans cette direction-là!"
"Oh, papa," dit la petite fille, "s'il y a une île là, peut-être qu'elle
est habitée. Peut-être que notre frère Godefroi est là, sur cette île,
car c'est dans cette direction-là que la tempête a emporté le bateau."
Le père, qui avait eu la même pensée, commença à trembler. Enfin il dit:
"C'est possible, mon enfant, c'est possible. Rentrons vite à la maison.
Je parlerai au bon voisin Thomas. Il me prêtera peut-être son bateau à
voile, et j'irai à cette île!"
Les enfants descendirent la montagne, et s'embarquèrent vite. Arrivés à
la maison, les enfants et le père racontèrent ce qu'ils avaient vu, et
le coeur de la pauvre mère battit plus fort de joie.
"Va vite chez le voisin Thomas," dit-elle à son mari. "Il a un bateau à
voile. Il est compatissant; il nous aidera, j'en suis sûre!"
Le père alla chez Thomas, et lui raconta tout. "C'est possible," dit
Thomas. "Et demain matin, si le temps est favorable, nous partirons,
vous et moi, et mon voisin Jean, et nous irons à cette île."
Le lendemain ils partirent par un temps magnifique, et avant le coucher
du soleil, ils arrivèrent tout près de l'île. L'île paraissait déserte.
Il n'y avait pas un signe d'habitation. Il n'y avait plus de fumée.
"L'île est déserte!" dit Thomas tristement. "Elle est complètement
déserte."
Le père de Godefroi regarda aussi tristement ces rochers inhospitaliers,
mais il dit: "Il est tard; débarquons, et nous chercherons dans l'île.
Peut-être que le corps de mon pauvre enfant a été jeté ici."
Ils débarquèrent et commencèrent à chercher. Enfin ils arrivèrent dans
la petite vallée, toute noircie par le feu de la veille (jour avant). Là
ils virent un moine à genoux. Le père s'approcha, et dit d'une voix
tremblante: "Mon père, mon brave ermite, avez-vous vu un petit garçon
nommé Godefroi..."
Le père ne put finir, car le moine s'était précipité dans ses bras. Ce
moine, cet ermite, c'était Godefroi lui-même!
Après quelques minutes de grande émotion Godefroi raconta ses aventures
à son père. Il lui raconta comment il était arrivé à l'île, comment il
avait fabriqué des lignes et des hameçons, comment il avait passé le
long hiver. Il lui dit combien il avait travaillé pour faire une grande
provision de bois pour son second hiver, et il décrivit son désespoir
quand il découvrit que le feu avait tout détruit.
"J'ai pensé que Dieu m'avait abandonné," dit Godefroi.
"Oh! mon fils," dit le père, "au contraire! Car, sans cet accident, ta
petite soeur n'aurait pas remarqué cette île, nous n'aurions pas pensé
que peut-être la tempête t'y avait jeté, et nous ne serions pas venus
ici aujourd'hui pour te trouver!"
Le lendemain Godefroi s'embarqua avec Pierre, Thomas et Jean, et avant
le soir il arriva à la maison où il fut reçu avec une joie que je vous
laisse imaginer, car il est impossible de la décrire en quelques mots.
Thomas était si content du succès de son entreprise qu'il invita toute
la famille et tout le village à dîner chez lui. Au dessert Godefroi
raconta toutes ses aventures, et tout le monde admira le courage qu'il
avait montré. Godefroi donna à son père les perles et le corail, les
seules choses que le feu avait épargnées, et le père, heureux et fier de
son fils, les montra à tout le monde.
Un marchand de corail offrit d'acheter le corail et les perles, et lui
donna une bonne somme d'argent. Cet argent permit à Pierre de donner une
excellente éducation à tous ses enfants, et surtout à Godefroi qui en
profita bien.