Une locution qui nous est étrange, mais qui est commune à l’arabe, est

celle-ci: _Le chemin que moi allant sur lui_, au lieu de, _le chemin

sur lequel je vais_.--_L’homme que j’ai donné à lui_, au lieu de

_l’homme à qui j’ai donné_.--_Vous que nous avons vu votre face_, au

lieu de, _vous dont nous avons vu la face_.--_Celui que j’ai entendu sa

parole_, au lieu de, _celui dont j’ai entendu la parole_.--La raison

de cette tournure est que l’hébreu, manquant des pronoms relatifs,

_qui_, _lequel_, _dont_, a été obligé de prendre ce détour assez

simple, mais monotone, qui montre toujours sa pauvreté.

On veut que la particule ω signifiant _et_, placée devant un verbe,

convertisse tantôt le futur en prétérit, et tantôt le prétérit en

futur, et cela au moyen de tel ou tel point-voyelle dont on l’affecte;

mais, puisque les points-voyelles sont factices, une si étrange règle

est sans autorité; avec cela on fait des prophéties quand on veut.

Il est constant qu’il est des cas où notre bon sens veut entendre au

prétérit ce qui est un futur évident. Par exemple: ω_a i_aM_e_R est

bien certainement _et il dira_: cependant il est telle narration où

il faut l’entendre _et il a dit_: mais qui sait si cette locution,

impropre par elle-même, n’a pourtant pas eu lieu chez les Hébreux avec

le sens futur?

Après avoir dit que dans le style hébraïque le prétérit est souvent

mis pour nos imparfaits, plus-que-parfaits de l’indicatif ou du

subjonctif (au lieu de dire que c’est nous qui mettons tout cela au

lieu du prétérit), le raisonnable grammairien Ladvocat ajoute ces mots

remarquables, page 190: «Les Hébreux changent souvent de temps et de

personnes, passent continuellement du futur au prétérit, du prétérit

à l’impératif, à l’infinitif, au participe; du singulier au pluriel,

etc. C’est dans ces changemens et dans cette variété que consistent en

partie _la nature_ et _la beauté_ de leur poésie; mais il ne faut pas

s’imaginer que tout cela se fasse au hasard, sans règle ni mesure....»

Et plus haut il a dit: «Ils font plusieurs ellipses ou réticences de

mots; mais elles ne sont pas si communes que les grammairiens ont

coutume de le dire; en imaginant toutes celles qu’ils voudraient

introduire, on fait dire au texte tout ce que l’on veut.»

Un tel aveu est précieux de la part d’un homme qui a écrit sous

la censure ombrageuse de la Sorbonne: la vérité est que, faute de

précision, une foule d’équivoques remplissent surtout les psaumes et

les prophéties, comme l’a avoué franchement le savant Calmet.

Enfin il y a des locutions dont on ne se rend pas bien compte dans nos

langues. Par exemple, quand l’hébreu dit (la) _mort vous mourrez_; (le)

_goût j’ai goûté_, les Latins ont traduit cela tantôt par des ablatifs,

_morte morieris_, tantôt par des participes, _gustans gustavi_: ce

n’est pas positivement le sens de l’hébreu, car ces deux mots _mort_

(mωt).... et _goût_ (ԏăm) sont indéfinis, comme je le présente; c’est

une manière d’affirmer en répétant.

Une autre locution singulière est d’employer un infinitif ou substantif

absolu à la place d’un futur ou d’un impératif. Par exemple: Moïse, au

lieu de dire aux juges qu’il a établis: _Vous entendrez et déciderez

entre vos frères_, leur dit: _Entendre_ ou _audition entre vos frères_;

tel est le sens du mot š_e_mă (B_e_IN ɑҤi-K_e_M); ailleurs il dit

encore, Exode, au lieu de _observez le jour du sabbat_, _observance_ ou

_observer_ le jour du sabbat. Š_e_MωR aT _i_ωM H_e_-ŠɑBɑT.

Une tournure commune à l’hébreu, à l’arabe, etc., est encore celle-ci:

_il ajouta_ et _il prit une femme_; _il ajouta_ et _il fit un voyage_,

pour dire, il prit ensuite, ou il fit encore; cela s’entend très-bien.

Il serait long et hors de mon sujet de faire une revue minutieuse de

toutes les formes de ce genre; c’est par l’usage, c’est en traduisant

qu’il faut les apprendre. Aujourd’hui, j’ai suffisamment rempli

ma tâche, si je suis parvenu à rendre claire à mes lecteurs une

matière jusqu’ici très-obscure, et si quelqu’un d’eux trouve dans mon

travail un encouragement et un instrument pour le développer et le

perfectionner.

FIN DE LA GRAMMAIRE.

TRADUCTION LITTÉRALE

DU PSAUME,

C’EST-A-DIRE

DU CHANT CX, SELON L’HÉBREU,

CIX, SELON LE LATIN.

Remarquez que le mot grec ψαλμός ou ψάλμα formé de ψάλλω, _jouer du

luth_, _chanter avec le luth_, n’est que le sens littéral du mot

hébreu. Le Latin aurait dû traduire _cantus_, et le Français _chant_;

mais le génie du temps et de la chose ont préféré l’obscur.

TITRE Héb. L_e_ DɑωD MɑZMωR.

Fr. A David chant.

Nos docteurs ont traduit _chant de David_, ce qui est très-différent:

il est vrai que la particule -L_e_- comporte un équivoque; mais si

le titre du Psaume 98 est _chant à_ ï_e_hωh--MɑZMωR l’ï_e_hωh; si

celui du Psaume 92 est _chant au jour du sabbat_,--MɑZMωR l’iωM h_e_

šɑbɑt, on ne dira pas que le sabbat ou ïehωh les aient composés;

c’est donc le sens du contenu qui doit décider la question: je soutiens

que c’est ici un _chant_ en l’honneur de David par un prêtre qui le

complimente de ses victoires (et David traita les prêtres de manière à

mériter leurs remerciemens).

VERSET I. Nâm i_e_hωh l’aD_o_N-i.

A dit Dieu à maître mien.

L’hébreu, comme on le voit, n’a point le jeu de mots du latin

(_Dominus, Domino meo_), qui a introduit un équivoque d’autant plus

vicieux que le mot i_e_hωh signifie l’_existant_ même si l’on veut,

l’_Éternel_. Pourquoi les anciens Grecs et Latins n’ont-ils jamais

écrit ce _mot_? La raison en est bizarre et vraie; en ce temps là,

il était de dogme que le mot i_e_hωh avait des vertus magiques si

terribles qu’il faisait trembler la terre et apparaître les démons;

voilà nos maîtres! ils convinrent de le remplacer par le mot _seigneur_.

Š_e_B L’iɑmiN-i ăD ašit aïBi-K

Assieds-toi à droite mienne jusqu’à ce que j’ai posé ennemis tiens

HɑDM L’R_e_gli-K.

escabeau à pieds tiens.

Pourquoi le Latin dit-il, _je poserai?_

VERSET II. M_e_ԎԎ_e_H ăZZ -- ɑK i_e_šlɑҤ

Le bâton de puissance (ou force) tienne lancera

i_e_hωh Me ṣîωn.

Dieu de Sion.

Cet ordre de mots est vicieux, on nous le dit élégant: comment nos

docteurs appellent-ils _baguette_ (_virga_) le mot -M_e_ԎԎ_e_H- ou

plutôt -M_e_nT_e_H-, dérivé de -nɑtɑh- signifiant un _bâton_

capable de former un poteau ou les barres d’un lit (de sangles)? La

_baguette_ (_virga_) comme celle de Moïse, semblable à un serpent de 28

à 30 pouces (tels qu’on les voit encore dans les mains des jongleurs

d’Égypte), se nomme Š_e_B_e_Ԏ. Pourquoi rendre deux mots si différens

par un même? De tous temps, chez les Arabes, l’homme puissant qui

est en marche, mène devant lui des sbires armés de gros bâtons dits

_nabbout_, avec lesquels ils exercent sur le peuple une dure police.

Voilà le bâton instrument et _signe de pouvoir_ auquel il est fait ici

allusion.

R_e_D_e_h B_e_ Q_e_RB aïBi-K.

domine dans l’assemblée d’ennemis tiens.

VERSET III. aMM-ɑK NɑDɑBT.

Avec toi je me suis élancé de plein gré

(c.-à-d. je t’ai accompagné)

B iωM ҤÎL -- ɑK; B_e_ HɑDɑRi Q_o_DŠ

au jour de force (ou puissance) tienne dans les pompes de la sainteté.

Pourquoi le Latin dit-il _tecum principium_ (avec toi le principe au

jour de ta force): cela n’a pas de sens.

M_e_ RɑҤm MɑŠR_e_q L’-ɑK L_e_-Kɑ ԏ_e_l i_e_LɑDT-ɑK.

du sein de l’aurore à toi rosée j’ai engendré toi.

Cela est inintelligible. Il faut qu’il y ait eu ici erreur de copiste:

si l’on pouvait dire que L_e_ et Kɑ sont deux particules équivalentes

au latin _in sicut rorem_ (comme une rosée), il en résulterait ces

mots _du sein de l’aurore comme une rosée_ (bienfaisante) _je t’ai

engendré_: cette image serait dans le génie du pays. Le Latin a tout

brouillé et mutilé: _ex utero ante luciferum genui te_.

VERSET IV. N_o_ŠBă ï_e_hωh ωɑ La i_e_NɑҤM:

A fait serment Dieu et ne se repentira;

aTɑh Kɑh_e_n L’ aωLɑM ăL D_e_BRɑTI MELKIṢ_e_D_e_q.

toi prêtre a toujours sur (ou selon) les paroles de melkisedek.

VERSET V. aD_o_nɑï ăL iɑMiN-ɑK MɑҤɑṢ B’

Dieu sur (ou par) droite tienne a brisé au

ïωm af-ω MɑL_e_K_i_M.

jour de colère sienne les rois.

Ici ad_o_nɑï est un des noms propres de Dieu; aussi les Juifs

l’ont-ils orthographié bien différemment d’a_don_-i (mon maître).

VERSET VI. iɑDiN B_e_ GωïM: MɑLa gωïωT.

Il jugera dans les nations: Il a rempli les sépulcres.

MɑHɑṢ RAŠ ăL aRṢ RɑBɑH.

Il a brisé tête sur ou contre terre nombreuse ou innombrable.

Ici, le mot gωiωT n’est pas clair, il est susceptible de deux sens:

l’un _vallée_ et toute _ouverture profonde_; l’autre _cadavre_:

l’analogie combinée de ces deux choses m’a conduit à l’idée de

_sépulcre_ ou _grand trou_ dans lequel on jette en masse les corps

morts d’un champ de bataille.

VERSET VII. M_e_ NɑҤL B_e_ DɑR_e_K i_à_štɑh; aL KɑN

Du torrent en route il boira; sur quoi

iɑRîm RɑŠ.

il élèvera la tête.

Le mot Nɑɦl _torrent_ se dit spécialement de celui d’Égypte près de

Gaza.

Tel est mot-à-mot le sens de ce _chant_ qui n’est guère poétique pour

nous, mais qui a pu l’être pour les Hébreux; voici ma traduction au net.

«(Le Dieu) Iehouh a dit à (David) mon maître: siège à ma droite,

jusqu’à ce que _j’aie_ posé tes ennemis l’escabeau de tes pieds: Iehouh

lancera de Sion le bâton de ta puissance: domine sur l’assemblée de tes

ennemis; je t’ai accompagné de ma bienveillance au jour de ta force

(ou victoire) et dans les pompes de la sainteté (David aima beaucoup

les processions). Du sein de l’aurore je t’ai engendré comme une

rosée.--Iehouh a juré et ne se repentira point: tu es grand prêtre pour

toujours selon les paroles de Melkisedek (qui fut fondateur, roi et

prêtre de Jérusalem): Adonaï, au jour de sa colère, a brisé les rois

_par ta main droite_; il jugera les nations: il a rempli les sépulcres;

il a brisé contre terre une multitude de têtes: dans la route, il boira

du torrent, et pour cela il élèvera la tête[196].»

[196] Par transition brusque, le poète n’applique-t-il pas ce

verset à David? L’histoire remarque que, sortant à pied de

Jérusalem, chassé par Absalon, ce roi passa d’abord le torrent

de _Cédron_, puis monta sur la cime ou tête du _Mont-Olivet_,

où il adora le Dieu auquel se reporte sa victoire. Il y aurait

ici une allusion de quelque mérite--aL KɑN prend aussi le

sens de _sur cela_, _après cela_.

Il y a dans ces pensées des allusions à des faits, à des _dictums_

nationaux dont nous ne sentons pas la valeur, mais il est clair que

c’est une composition du genre Pindarique, où le poète, comme égaré par

l’inspiration, saute d’une idée à l’autre; et de plus, il est clair que

c’est un _chant guerrier_, puisque toutes ses images sont de haine,

d’inimitié, de combats, de victoires, d’ennemis tués, etc. Comment se

fait-il que les premiers Chrétiens et leurs suivans en aient fait un

chant mystique, dénaturé au point que l’on voit dans les traductions

suivantes?

TRADUCTION TRADUCTION

DE LE MAISTRE DE SACI[197] DES RÉFORMÉS (PROTESTANS)

(1701.) (Basle, 1818. Petit in-4º.)

[197] Avec lequel il ne faut pas confondre M. Sylvestre de Sacy.

PSAUME DE DAVID. PSAUME DE DAVID.

(_Préambule._) David, comme Psaume prophétique du règne de

figure de J.-C., et sous l’idée Jésus-Christ.

de l’association de Salomon à son

règne, décrit ici sa génération

éternelle, son divin sacerdoce,

son triomphe et son règne sur

toutes les nations.

1 Le Seigneur a dit à mon 1 L’Éternel a dit à mon Seigneur:

Seigneur: asseyez-vous à ma sieds-toi à ma droite,

droite,

2 Jusqu’à ce que je réduise vos 2 Jusques à ce que j’aie mis tes

ennemis à vous servir de ennemis pour le marche-pied de

marche-pied. tes pieds.

3 Le Seigneur fera sortir de Sion 3 L’Éternel fera sortir de Sion

le sceptre de votre puissance: le sceptre de ta force,

régnez au milieu de vos _disant_: Domine au milieu de

ennemis. tes ennemis.

4 Vous posséderez la principauté 4 Ton peuple _sera un peuple_

et l’empire au jour de votre _plein_ de franche

puissance, et au milieu de volonté[198], au jour _que tu_

l’éclat qui environnera vos _assembleras_ ton armée avec

saints. Je vous ai engendré de une sainte pompe, ta postérité

mon sein avant l’étoile du sera comme la rosée qui est

jour. produite du sein de l’aurore.

5 Le Seigneur a juré, et son 5 L’Éternel a juré, et il ne s’en

serment demeurera immuable: repentira point, _que_ tu _es_

que vous êtes le prêtre sacrificateur à toujours, selon

éternel selon l’ordre de l’ordre de Melchisédec.

Melchisédech.

6 Le Seigneur est à votre droite; 6 Le Seigneur est à ta droite; il

il a brisé et mis en poudre les transpercera les rois au jour

rois au jour de sa colère. de sa colère.

7 Il exercera son jugement au 7 Il exercera ses jugemens sur

milieu des nations; il remplira les nations; il remplira _tout_

tout de la ruine de ses de corps morts; il écrasera le

ennemis; il écrasera sur la chef _qui domine_ sur un grand

terre les têtes d’un grand pays.

nombre de personnes.

8 Il boira de l’eau du torrent 8 Il boira du torrent dans le

dans le chemin, et c’est pour chemin, c’est pourquoi il

cela qu’il élèvera sa tête. lèvera la tête en haut.

[198] Les biblistes anglais et les réformés ont lu ici

{ àmm ak NɑdɑBɑt, }

{ peuple tien s’est porté };

il est vrai que àmm signifie aussi peuple; mais il gouvernerait

le singulier NɑdɑB, ou le pluriel NɑdɑBω, et non pas le féminin

NɑdɑBɑt; et puis, quel sens! En général, ils s’éloignent de

jour en jour davantage du sens vrai pour un sens illuminé.

Qu’on me permette encore une remarque sur ce dernier verset: les

attributs propres des eaux du torrent, surtout dans les montagnes

rapides de Syrie et de Judée, sont d’être _imprévues_, _passagères_,

_dévastatrices_. N’est-ce pas là l’image naturelle et physique des

accidens de ce que nous nommons _adversités_? Alors le verset dernier

appliqué à David, comme je l’ai dit, devient une métaphore réellement

ingénieuse et noble; il en résulte le sens suivant:

«Dans la route (de sa vie) il boira l’eau du torrent (de l’adversité);

puis il relèvera sa tête (triomphant de prospérité).»

Je demande à tout lecteur si l’on peut dire que nous possédons les

livres juifs dans leur vérité, dans leur sens droit et naturel? et

voilà sur quelles bases, avec quels matériaux, avec quels architectes

se trouve construit un édifice vraiment _prodigieux_ dans son

élévation, sa forme et sa durée.

NOTES.

[F2] Pour la page 341.

EUSÈBE, _Prépar. évang._, liv. IX, chap. IX.

Eusèbe nous cite un ancien poète grec nommé Chœrilus, qui, dans une

description des divers peuples dont se composa l’armée de Xercès, a dit:

«Vient ensuite une race d’hommes d’un aspect étrange: leurs bouches

poussent les cris de la langue phénicienne; ils habitent les monts de

Solime près d’un immense marais; leurs têtes rasées et sales offrent

le hideux spectacle d’un casque formé du cuir fumé de la tête d’un

cheval.»

Il est bien clair que ce sont-là les Juifs ou Hébreux de Jérusalem, et

que le langage phénicien leur est pleinement attribué.

Walton, auteur de la Bible polyglotte anglaise, dans ses Prolégomènes,

page 17, § 19, colonne 1re, cite une foule de passages des pères

de l’Église, Augustin, Ambroise, Jérôme, etc., ainsi que du savant

Samuel Bochart (en son _Phaleg et Chanaan_), lesquels prouvent, sinon

l’identité, du moins l’extrême analogie de l’hébreu avec le kananéen,

ou phénicien des Carthaginois, dont les paysans, même du temps de saint

Augustin, se servaient encore en déclarant qu’ils étaient _Kanani_.

Le même Walton, § 14, même page, cite un grand nombre de noms de

villes et de personnes tant hébreux que phéniciens, qui confirment

cette identité; mais on ne peut admettre la preuve que lui et d’autres

biblistes veulent tirer du verset 18 d’Isaïe, chapitre 19 (En ce

temps-là, il y aura en Égypte cinq villes parlant la langue de Kanaan),

attendu que tout le chapitre est si obscur, et le temps mentionné si

incertain que l’on n’en peut faire aucun usage raisonnable. Au reste,

depuis cette page 17 jusqu’à la page 27, l’estimable et savant Walton

abonde en preuves intéressantes, au soutien de tout ce que j’ai dit sur

les points-voyelles.

[F3] Note relative à la page 351.

EUSÈBE, _Prépar. évang._, liv. X, chap. V.

Dans le cours de ce chapitre, Eusèbe établit comme un fait palpable

l’identité du nom des lettres de l’alfabet grec, avec celui des lettres

hébraïques. Car, dit-il, en quoi _aleph_ diffère-t-il d’_alpha_? en

quoi _beta_ diffère-t-il de _beth_, _gamma_ de _gimel_, _delta_ de

_delth_, ou _e-psilon_ de _he_, ou _zaï_ de _zeta_, ou _theta_ de

_theth_? etc. Ces noms, ajoute-t-il, n’ont point de sens en grec,

mais ils en ont en hébreu (et de là il déduit pour l’alfabet grec

une origine hébraïque ou syrienne); par exemple: _alph_ signifie

discipline, enseignement; _beth_, une sorte de maison; _gimel_, la

plénitude; _delt_, des livres: _he_, elle-même; de manière qu’il en

résulte cette phrase: la discipline de la maison; la plénitude des

livres elle-même.

_Ouau_ signifie en elle-même; _zaï_, il vit; _heth_, vivant; d’où

résulte cette phrase; en _elle vit vivant_; _leth_, bon; _ioth_,

principe; ce qui fait bon principe; _chaph_ signifie cependant; _labd_

apprenez; _mem_ signifie d’eux; _nun_, éternel; _samch_, secours;

_ain_, œil ou fontaine; _phe_, bouche; _sade_, justice; _kôph_,

appellation; _res_, tête; _sen_, dents; _thau_, des signes (_signa_).

Voilà, ajoute-t-il, le sens des lettres en hébreu, et nous ajoutons

que maintenant cela est bien connu pour faux et ridicule; le plus

instructif de ce passage est l’orthographe usitée à cette époque avec

des altérations remarquables du texte même: par exemple l’hébreu porte

_lamd_ et non pas _labd_; mais, à cette époque, les hommes de la trempe

d’Eusèbe, fascinés d’une seule idée, n’y regardaient pas de si près.

D’autre part, nous savons très-bien que dans le vieil alfabet grec,

le _ouan_ avait laissé sa trace dans Episemon _bau_, le Q_o_ƒ dans

Episemon _qoppa_, le _sade_ dans Sampi, qui tous trois ont été

conservés pour chiffres. Les Coptes ont gardé cet ordre. (_Voy._

Walton, Prolégomènes, § 8, page 8, chap. 2). Enfin, ajoutez que,

dans tous les mots de deux syllabes, Eusèbe n’offre point le _c_ ou

_tcheva_ que l’on voit aujourd’hui; ce qui prouve l’addition

qu’en ont faite les rabbins depuis l’an 325, où il écrivit; il dit:

_alph_ pour _aleph_, _delth_ pour _dalet_, _labd_ pour _lamed_, _samch_

pour _samech_.

[F4] Note pour la page 371.

NOTES _extraites de Briant Walton en ses Prolégomènes à la

Bible polyglotte_, page 53, § 30, col. première.

Les Juifs divisent la loi en deux branches, l’une _loi écrite_, l’autre

_loi orale_, c’est-à-dire transmise de bouche en bouche; dans ce second

cas elle est appelée _Qabalah_, c’est-à-dire _reçue_ (par le disciple);

au contraire, elle est appelée _massoura_ (en latin _tradita_),

c’est-à-dire transmise (par le maître, par le docteur.)

La différence principale entre ces deux branches est que _qabalah_ se

compose surtout de sens mystiques, d’acceptions allégoriques, données

aux faits les plus naturels par des esprits rêveurs et visionnaires,

et cela à une époque où ceux que l’on appelle païens furent assez

généralement infatués de ce travers; les rabbins de cette secte ont

acquis un si grand crédit, que, parmi les Juifs, on regarde comme

_niais_ celui qui ne sait et ne croit que la _doctrine écrite_. Cette

doctrine pour eux est seulement une chandelle allumée à l’effet de

trouver _la pierre mystérieuse des sens cachés_.

Les auteurs chrétiens qui ont le mieux traité de la _qabalah_ sont

Pic de la Mirandole, après lui Pierre Galatin (_de arcanis catholicæ

Veritatis_, 1512), Sextus Cinensis, en sa Bibliothèque chrétienne,

Bonfrerius et Serrarius.

D’après eux, la _qabalah_ se divise en trois branches: une première est

celle qui a existé avant notre ère, et encore un peu après elle; elle

se compose de sens allégoriques, absolument dans le sens des disciples

de Pythagore et de Platon; elle ne diffère en rien des interprétations

mystiques de ceux des premiers Chrétiens, qui prétendirent que la loi

de Moïse n’était qu’une figure de celle qu’ils introduisaient, et qui

voulurent absolument trouver des sens cachés sous les sens littéraux

les plus simples. Walton, page 53, colonne 1re, cite, à ce sujet, un

passage remarquable de Grotius, duquel résulte que l’apôtre saint Paul

doit être considéré comme le chef de cette branche judéo-chrétienne.

(Il résulte de ces faits qu’il y avait dans l’Asie occidentale

une doctrine intérieure comme on l’a retrouvée de nos jours dans

l’Asie orientale, chez les sectateurs de Boudga et de Brama; il est

extrêmement probable que ce sont les allégories mythologiques qui ont

donné lieu en première instance à cette manière d’alambiquer et de

subtiliser les choses naturelles.)

La seconde branche de la _qabalah_ est purement la pratique de

la _magie_, au moyen des vertus et forces supposées inhérentes à

certaines paroles. Les Juifs expriment par ce moyen tous les miracles

des Chrétiens. (Les anciens Chrétiens expliquaient de même tous les

miracles et prodiges des païens. L’ancien monde a été généralement

infatué de cette croyance à la magie. _Voy._ Apulée, en son Ane d’or.)

La troisième branche, qui est la plus moderne, consiste à tirer des

divinations et des horoscopes au moyen de la combinaison fortuite des

lettres et des mots de la loi. (C’est une pure folie d’ignorance dont

le pendant se trouve encore de nos jours dans toute l’Europe.)

Le même Walton, Prolégomène 8, page 44. La _masωrah_, qui est l’autre

branche de science, a pour radical le mot _masar_, signifiant

transmettre. Par _massore_ et _massorète_, il faut entendre une

succession d’hommes studieux qui ont fait, sur les livres _écrits_, des

remarques très-souvent minutieuses et superstitieuses, mais quelquefois

utiles sur les variantes des manuscrits: leurs notes, transmises de

main en main, ont fini par former une espèce de code; sous ce point

de vue, on peut dire que la _massore_ a commencé peu après Ezdras,

dont l’exemplaire, d’abord unique, puis perdu avec le laps du temps, a

fourni des copies dans lesquelles s’introduisirent nécessairement des

fautes par l’inadvertance des scribes. Les persécutions d’Antiochus

ayant détruit beaucoup de ces manuscrits, il dut en être refait une

édition sous les Asmonéens, et c’est à cette époque et aux procédés qui

furent employés pour cette opération que l’on doit attribuer plusieurs

graves différences de la version grecque et du texte hébreu.

Parmi les notes marginales que les rabbins apposèrent sur leurs

manuscrits, l’on en reconnaît deux de très-haute antiquité: l’une dite

_keri_ ou plutôt _qori_, qui signifie _lu_ ou _lisez_; l’autre _ketib_,

qui signifie _écrit_, et qui avertit qu’on doit lire de telle ou telle

autre manière. Walton n’admet leur existence que peu avant le Talmud,

c’est-à-dire vers le début de notre ère.

L’une des grandes opérations des _massorètes_ a été de faire le compte

des versets, des mots, des lettres de chaque livre et de leur totalité;

ils ont compté combien de mots commencent par la lettre _sade_ ou

finissent par la lettre _t_, etc., etc. Avec un détail aussi vaste

qu’inutile, ce chapitre de Walton est curieux. La somme totale des

livres est de 815,280 lettres, sauf les contestations de quelques

rabbins qui en comptent quelques-unes de plus ou de moins; la lettre

ω est la plus répétée: elle se compte 76,922 fois; la lettre θ est la

moins nombreuse, 1,152 fois; puis la lettre _sameck_, 13,580; puis šen,

32,148 fois; puis _sad_, 21,822 fois, etc., etc.

[F5] Note pour la page 373, ligne 1.

_Sur les livres conservés par les Juifs établis en Chine._

Divers monumens chinois, cités par les missionnaires jésuites,

déclarent, les uns, que les Juifs parurent en Chine (pour la première

fois) vers la fin de la dynastie des _Tcheou_, vers l’an 224 avant

notre ère; les autres, que ce fut seulement vers l’an 73 de notre ère,

un an après la ruine de Jérusalem par Titus.

L'Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques OEuvres de C.-F. Volney, tome VIII · 第 25 / 28 段